Entrevue Musique & Enfance #1 : Klô Pelgag

Dans notre esprit, l’enfance et la musique sont fortement liées, l’une nourrissant l’autre et inversement. Cet été , entre la France et le Québec, on est allé à la rencontre d’artistes qu’on affectionne pour discuter avec eux de leur rapport à la musique dans leur enfance et de l’enfance dans leur musique. Des conversations souvent intimes et qui débordent parfois. Pour ce premier rendez-vous, on vous propose notre rencontre avec Klô Pelgag.

La Face B : Est-ce que tu te souviens de tes premiers souvenirs musicaux ?

Klô Pelgag : Mes premiers souvenirs à faire de la musique ou à écouter de la musique ?

LFB : Oui, à entendre de la musique ou la musique dans ta vie.

Klô Pelgag : Mes parents n’étaient pas des gens qui écoutaient nécessairement beaucoup de musique, pas de grands mélomanes, mais mes parents tenaient à ce que tous leurs enfants suivent des cours de piano. Donc, mes premiers rapports avec la musique, il y a quand même beaucoup de musique classique, initiation à la musique classique pour les enfants. On avait une cassette qui s’appelait Beethoven habite à l’étage, un peu un livre audio avec la musique à travers.

Donc, il y a beaucoup de choses comme Vivaldi. Mais à part ça, mes premiers souvenirs musicaux, je dirais que c’est les pièces que j’apprenais au piano. Puis la musique québécoise dans les premiers trucs que j’ai écoutés.

Ensuite, vers l’adolescence, je suis vraiment plus tombée dans la musique, le rock progressif genre Pink Floyd, Harmonium aussi que tu dois connaître. J’aimais ça être surprise par la musique, puis quand il se passait beaucoup de choses, comme Gentle Giant aussi, King Crimson

LFB : Justement, le fait que tes parents t’aient fait jouer d’un instrument quand tu étais petite, c’était quelque chose dont toi aussi tu avais envie ou c’est quelque chose qu’on t’a imposé ?

Klô Pelgag : J’avais très envie parce que je suis la plus petite et j’avais deux frères plus vieux. Eux prenaient des cours de piano et j’allais voir leurs concerts, le gastésien. J’avais hâte moi aussi de pouvoir le faire. J’étais une élève plutôt indisciplinée.

Mais ma prof de piano est vraiment devenue un peu ma meilleure amie. Elle m’a vraiment pris sous son aile, elle a accepté la façon dont il fallait me faire apprendre, qui était peut-être différente, puis beaucoup à m’écouter, et finalement devenir une adulte significative dans ma vie. Puis c’est probablement grâce à elle aussi un peu que je fais de la musique, dans le sens où si j’avais fait le lien avec quelque chose de plus strict…

LFB: Tu penses que ça t’aurait bloqué complètement l’amour de la musique ?

Klô Pelgag : Je pense qu’il y a dans la musique une dimension qui est très dans les sentiments pour moi. Que quelqu’un prenne le temps de faire « Ah, qu’est-ce que ça te fait cette pièce-là? ». J’étais super sensible… Elle me faisait choisir des pièces à jouer. Oui, c’est ça. Je pense que ça témoigne de mon rapport à la musique aussi quand même.

LFB : Est-ce que tu as l’impression, justement, le côté strict, tu l’as complètement déconstruit après ?

Klô Pelgag : Oui, parce qu’il n’y en a pas eu, en fait. Je n’ai jamais vraiment lu la musique. Finalement, j’apprenais tout à l’oreille et elle acceptait ça. Je n’étais pas une élève performante traditionnelle, mais elle reconnaissait en moi que j’avais du talent et une oreille, une sensibilité. Ce n’est pas tous les professeurs qui peuvent valoriser ça. Les gens qui sont plus près du classique, ce n’est pas nécessairement ça qu’on valorise. Ce n’est pas comme si j’avais un gros background de musique classique. J’ai suivi des petits cours de piano. Surtout dans mes cours de piano, on a surtout parlé plus que fait de la musique, je dirais.

LFB : Et quel impact ça a eu, justement, après, quand tu t’es mise à créer, toi-même, de la musique ? Ce truc un peu libre, justement.

Klô Pelgag : Je pense qu’on sent dans certaines pièces, que j’ai écouté de la musique classique. Surtout mon deuxième album, je pense. Mais, ça m’a influencée dans le sens où j’avais, sans me rendre compte, quand même acquis une certaine musicalité, une sensibilité… Ne serait-ce qu’au début, je jouais beaucoup avec des instruments à cordes, un peu plus musique de chambre qu’aujourd’hui. C’est dur à dire.

LFB : Un côté un peu baroque, peut-être. Et justement, tes goûts musicaux à toi, comment est-ce qu’ils ont évolué entre l’enfance et l’adolescence ? Est-ce que tu as l’impression qu’à un moment précis de ta vie, ça s’est cristallisé sur quelque chose ou est-ce que ça continue d’évoluer ?

Klô Pelgag : Je pense que ça continue d’évoluer, mais je pense que c’était vraiment une évolution. C’est sûr que j’écoute des choses aujourd’hui que je n’aurais pas écouté avant, et vice-versa. Il y a de la musique qui te marque à tout jamais, juste parce que c’est ancré dans ton histoire, puis dans des moments de vie charnières, l’enfance, l’adolescence, ce que tes parents écoutaient, cette chanson-là que ta mère a écoutée en faisant le ménage. Ça fait quelque chose de spécial. Je pense que ça peut encore arriver à l’âge adulte d’associer des albums à des moments, vraiment. Mais ce qui est associé à l’enfance, c’est quelque chose de précis.

LFB : Du coup, tu continues à explorer la musique en tant qu’auditrice.

Klô Pelgag : Oui. Là, j’écoute plus de la musique instrumentale, je dirais, ces temps-ci. Je cherche beaucoup, je cherche quelque chose qui va rester accroché. Il y a des albums que j’écoute sans cesse, des fois pendant 3-4 ans. Je ne suis pas comme… Il y a des gens qui écoutent tout ce qui se fait. Je ne suis pas tant comme ça. Mais je fais beaucoup de musique aussi, donc je ne sais pas. Je ne dirais pas que je suis la plus grande mélomane de mon entourage.

LFB : Parce que tu es trop occupée à faire ta propre musique peut-être aussi ?

Klô Pelgag : Oui. Les musiciens qui m’accompagnent, ils écoutent tout le temps plein de trucs. C’est différent. Moi, quand je m’attache à un album, j’écoute ça pendant super longtemps.

LFB : Un côté un petit peu obsessionnel aussi sur certains ?

Klô Pelgag : Oui. C’est dur d’avoir ce sentiment-là pour tout ce que t’écoutes. Il y a un genre de musique qui, pour certains contextes aussi.

LFB : Et du coup, est-ce que dans ton histoire, tu te souviens du moment où tu as su que ce que tu voulais faire de ta vie, c’était de la musique et rien d’autre ?

Klô Pelgag : Oui, mais c’est une grande question, parce que quelque part, peut-être que je ne ferai pas ça toute ma vie. J’en parlais avec des ami.e.s… À chaque fois que je fais un album, je me dis peut-être que c’est le dernier. Mais en même temps, à chaque fois que je fais un album, je me dis il faut que j’en refasse un autre tout de suite. J’ai envie de faire plein de musique, mais c’est très étrange comme milieu quand même. Puis ce que devient l’industrie de la musique aussi, c’est très étrange, donc c’est compliqué le rapport à la musique des fois. Mais à un certain âge, vers 18-19 ans, là, je me suis consacrée à ça, puis je me disais, c’est ça, je vais faire dans la vie. J’ai choisi ma voie. Mais on peut être surpris par la vie.

LFB : Oui, mais après, tu pourrais faire de la musique de manière différente. Tu pourrais faire de la musique à l’image.

Klô Pelgag : Mais ça j’adorerais, c’est sûr. Mais ça resterait de la musique, là.

LFB : Oui. Mais il y a moins de représentation, moins de mise en avant.

Klô Pelgag : Mais je rêve de ça un peu, de faire de la musique et d’être comme en arrière. Ça doit être quand même le fun de le faire secrètement un peu, pis de pas être toujours en train de porter quelque chose. Il y a quand même quelque chose de d’intense là-dedans.

LFB : Oui, d’éreintant un peu.

Klô Pelgag : Des fois. C’est pour ça qu’il faut prendre des pauses pour faire les choses.

LFB : Et du coup, pour faire la bascule, quelle part d’enfance tu fais exister dans ta musique ? Est-ce que tu penses que c’est important de garder une forme de pureté, de naïveté quand tu crées quelque chose ?

Klô Pelgag : Je pense que oui. Pour moi, faire de la musique, c’est vraiment lié à… un laisser-aller puis l’abandon, donc c’est cette zone-là où on oublie toutes les contraintes de la vie puis les responsabilités qu’on a, le feu roulant. Puis d’arriver à être dans l’intuition, finalement. Je pense que c’est très lié à l’enfance, parce qu’en étant enfant, on est… En tout cas, normalement, dans le meilleur des mondes, on n’a pas de responsabilité, on est très instinctif. On dit tout ce qu’on pense, on n’est pas dans le contrôle encore, on ne se regarde pas encore. C’est une liberté.

À l’âge adulte, des fois, c’est difficile de retrouver cette affaire-là parce que là, tu as été confronté beaucoup au regard des autres sur toi. Est-ce que je ne suis pas capable de le faire ? Comment agir en société ? Être déçu par la société aussi, continuellement. Etre face à beaucoup de désillusions finalement puis d’être capable de passer par-dessus ça puis de retrouver cette part de légèreté dans la création. C’est libérateur quand tu arrives à le faire mais c’est quand même complexe.

LFB : Et du coup à l’opposé, dans le milieu de la musique qui est de plus en plus porté sur le business et des choses comme ça et très adulte justement, est-ce que c’est compliqué de la garder cette tendresse-là ?

Klô Pelgag : Oui, c’est compliqué. On va parler à n’importe qui de ça en ce moment. En fait, je pense que les spectacles, ça aide à voir pourquoi on fait ça. Parce que là, tu te dis OK, il y a des gens, des personnes vraies qui vivent quelque chose avec moi. Mais si tu mets juste tes albums sur Spotify, c’est dystopique.

LFB : C’est ce que tu as vécu avec ton album précédent. J’ai vu que tu avais mis ton spectacle sur Youtube que tu n’avais pas pu présenter pleinement à l’époque.

Klô Pelgag : Oui c’est parce que mon dernier album il est sorti en pandémie. On a quand même fait des spectacles mais pas tant que ça. Ça a donné lieu à la création de ce spectacle, film musical. Je suis vraiment fière de ça et je suis vraiment chanceuse d’avoir pu le faire. C’était quoi ta question ?

LFB : Si c’est difficile justement, même tu vois dans le milieu de la musique où tout passe par les chiffres, l’exposition, de garder justement une tendresse et des illusions presque enfantines de pourquoi on fait de la musique et comment on vit la musique.

Klô Pelgag : Moi je trouve ça difficile personnellement d’être confrontée à ça. C’est sûr que je m’imagine à une autre époque, que la musique et ton succès ne soient pas quantifiés nécessairement. Est-ce que ça, ça vaut la peine que je m’y attarde ? Il y a combien de personnes qui vont écouter cette chanson-là ? S’il y en a beaucoup, ça veut dire qu’elle est bonne. S’il n’y en a pas beaucoup, ça veut dire qu’elle est moins bonne. Est-ce que tu as le droit d’être un artiste même s’il n’y a pas beaucoup de gens qui écoutent ta musique ?

Est-ce que tu es vraiment un grand artiste parce qu’il y a beaucoup de gens qui écoutent ta musique ? Je pense que c’est dur, puis je trouve ça dur de voir… Je me considère quand même chanceuse, malgré tout, dans ma carrière, mais c’est difficile quand même psychologiquement pour les artistes aujourd’hui. Tu sais, puis le fait qu’il faut qu’on fasse notre propre promotion aussi. On fait le job qu’avant, dans les labels, il y avait… 15 personnes engagées à temps plein pour le faire. Puis là, c’est nous. Puis si ça ne fonctionne pas, c’est à cause de nous. C’est une grosse charge mentale de faire de la musique aujourd’hui.

LFB : Oui, puis de ce qu’on parlait aussi tout à l’heure, de mise en avant perpétuelle avec les réseaux sociaux, des choses comme ça.

Klô Pelgag : Oui, c’est ça, les réseaux sociaux. Après ça, le bon côté des choses, c’est que… c’est plus personnalisé parfois… puis direct. Ça peut être positif aussi. Il y a eu des côtés très négatifs de l’industrie auparavant aussi. Il y a eu de l’abus beaucoup. Les artistes, ils vendaient des centaines de milliers d’albums et ils ne recevaient pas nécessairement ce qui leur était dû. Il y a des pour et des contres dans toutes les situations, dans toutes les époques, mais c’est sûr que faire de la musique, ce n’est pas devenu plus simple, en même temps, être prof non plus, être infirmier non plus.

LFB : Si tu devais choisir une de tes chansons pour présenter ta musique à des enfants ?

Klô Pelgag : Ah, à des enfants… Les enfants aiment bien Les Ferrofluides-fleurs, Comme des rames.

LFB : T’as l’impression que c’est quoi ? C’est le rythme ?

Klô Pelgag : C’est plus léger, on dirait, dans l’enrobage, les arrangements.

LFB : Et si là, par exemple, pendant le festival, un enfant vient te voir et il te dit qu’il veut être musicien ou musicienne, tu lui dirais quoi ? Tu lui conseillerais quoi ?

Klô Pelgag : Un enfant ?

LFB : Oui.

Klô Pelgag: Poursuis tes rêves. Fais ce que tu veux faire dans la vie.

LFB : J’ai une dernière question. Est-ce que tu as gardé quelque chose de ton enfance dont tu ne te sépareras jamais ? Ça peut être un objet comme un sentiment…

Klô Pelgag : Ben, mon amour du fleuve, je dirais. Moi, ça me calme automatiquement. Quand je vais dans le centre, parce que j’habite à Montréal, puis j’ai grandi à Saint-Andémont, pas loin d’ici. Ma famille vient du bas du fleuve, à Rivière-Ouelle, puis quand je vais là-bas, automatiquement, je suis plus calme. Genre, moins d’anxiété, plus en paix. Probablement qu’il y a ce truc-là lié à mon enfance. J’ai toujours eu une vue sur l’eau, à part maintenant.

LFB : Mais tu pourrais à Montréal non ?

Klô Pelgag : Je pourrais, mais… On ne va jamais voir le fleuve à Montréal, en fait. Mais je n’ai pas vu sur le fleuve, malheureusement. J’ai vu sur la porte.

Crédit Photos : Cédric Oberlin

Retrouvez notre chronique d’ABRACADABRA de Klô Pelgag par ici

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