Melchior (vol. 1) ou la robomance de Forever Pavot. Le super groupe d’Emile Sornin se voit rejoint par l’automate Melchior. Automate vous dites ? Les Geppetto d’un jour ne sont autres que Jonas Euvremer et Emile Sornin lui-même. Une tête de mannequin coiffure d’occasion, des vêtements chinés en fripe, mains en plastoc et de l’inventivité géniale ont suffi pour lui donner un corps de robot-pantin bricolé. Le nouveau membre de Forever Pavot devient même un pilier central sur l’album. Découverte de cet objet sonore totalement insolite et bien réel sorti chez Born Bad Records en fin 2025.

Quelques clapotis de clavier comme pour initier une programmation, un synthé presque enfantin et voilà que le morceau Waiting for the Sign ouvre l’album. Mais de quel signal parle-t-on ? Si ça se trouve ce n’est qu’une question de commande, d’instruction à la machine pour s’assurer de son bon fonctionnement. Pour ce morceau d’ouverture, Melchior invite la chanteuse Lispector à chanter à ses côtés. Une introduction qui joue avec la répétition sans trop de variation mélodique pour mieux s’achever de manière cartoonesque.
Si vous aviez envie de faire quelques mouvements dignes de la daddy dance, le morceau coloré qu’est Patch 1985 vous ravira. On se surprendrait à taper des mains pour battre la mesure pour se synchroniser avec ces percussions quasi mécaniques. Il n’est pas sans rappeler des tubes synthpop de ces années décidément déjantées que sont celles de 1980.
Les bidouillages technologiques sont beaucoup plus audibles sur Count to 10 qui se fait presque plus nostalgique. Count to 10 dégage une sorte de douceur apaisante mais qui se voit très vite interrompue par des moments que l’on dirait tirés des génériques voire même de jingles d’un vieux journal télévisé. La voix de Melchior semble s’humaniser davantage sur une mélodie absolument mélancolique.
Il a un cachet encore plus retro que Patch 1985 c’est Godbot. En creusant un peu, on pourrait trouver une influence des Beach Boys dans ce morceau bien popeux. Les cuivres discrets mais bien présents semblent évoquer un chœur.
Pipeau ? Flûte d’un autre âge ? Non non, c’est bien encore un énième synthé analogique qui nous accompagne sur Skyway. Forever Pavot joue cette fois sur les juxtapositions de nappes, intensifie les couleurs sonores, les percussions se font plus légères pour mieux nous embarquer. On dirait que Melchior est bien le fils de son père qui ne pouvait pas laisser le clavecin trop loin. Le morceau s’achève sur ce qui aurait pu être la bande originale d’un film des années 1970.
Si jusqu’ici, il s’exprimait en anglais, Melchior prend désormais la parole en français ! Et là sur UFO, c’est le prolongement de ce que l’on décrivait sur la ligne précédente. Les amoureux des compositions de François de Roubaix y trouveront une parenté assumable. Lispector reprend du service. Ils explorent ensemble l’idée d’objet non identifié, un peu l’hommage direct à ce projet sonore dont le secret n’a plus lieu d’être. Au contraire, il faut se faire passer le mot !
On retourne aux petites bizarreries informatiques sur Cosmic battle. Aucun doute on est en pleine immersion dans un décor de science-fiction complètement vintage ! Si Forever Pavot a exprimé sa volonté d’imaginer chaque chanson comme une scène de film, c’est beaucoup plus flagrant sur Cosmic battle. En tendant l’oreille sur la dernière minute, on se surprendrait à entendre une inspiration, comme un clin d’œil tendre à la célébrissime Symphonie n°5 de Beethoven.
On entend comme un petit marteau enfantin qui frappe sur des cordes d’un piano numérique qui a bien vécu. Le morceau Olympus joue sur cette répétition quasi mécanique, comme dans une comédie complétement absurde où l’on imagine déjà des gags dignes de celui de la scène à l’usine des Temps modernes de Chaplin. La voix de Melchior s’est mise en retrait au profit d’un geste instrumental pur.
Avec un bip bip incessant qui a de quoi vous rendre parfaitement zinzin, vous penserez forcément aux douchettes des caissières, c’est Shoppers on the run ! Derrière sa légèreté ambiante, Forever Pavot confie à Melchior un regard ironique sur le monde d’aujourd’hui. Subtilement se pose la question du désir, moins la fièvre acheteuse. On s’imprègne à nouveau dans ce qui pourrait s’apparenter à un hypermarché où l’on déambulerait dans les rayons avec un caddie où chaque article scanné (bip bip !) tombe comme le ballon bien envoyé dans un panier de basket.
Laissons la frénésie de côté le temps d’une contemplation partagée avec Kumiosolo. Postcard est plus dans l’ordre du souvenir. Avec ses harmonies feutrées et une instrumentation à dominante aérienne, Postcard renoue avec la mélancolie croisée sur Count to 10 dans un autre genre encore. Une image qui s’installe en douceur, croyez le ou non, Melchior a un cœur qui bat.
Conclusion hyper cinématographique et instrumentale, Melchiator permet à Melchior de tirer sa révérence tout en élégance.
A l’heure où l’intelligence artificielle s’invite dans la création musicale, Forever Pavot a réussi à transformer ce qui pouvait s’apparenter à un gadget ou encore une curiosité visuelle et marketing en un fil conducteur doté d’émotions, un véritable comparse créatif. Derrière l’apparent bricolage technologique et plastique, Forever Pavot signe avec Melchior (vol. 1) une nouvelle forme de création riche en couleurs géniales, délicieusement et jamais vulgairement, rétros.