Chez La Face B, on adore les EP. On a donc décidé de leur accorder un rendez-vous rien qu’à eux dans lequel on vous présentera une sélection d’EP sortis récemment. Aujourd’hui, on s’intéresse aux projets de 1003, Macrowave & Île de Garde.
1003 – 0.3

Curieuse appellation pour un projet qui mêle de nombreuses influences autant indus qu’électro que pop. Encore un petit OMNI comme on aime en découvrir. Les Marseillais n’en sont pas à leur coup d’essai mais, avouons-le, on a attrapé le train en marche donc ne nous en voulez pas, on tâtonne encore tellement le quatuor s’amuse à brouiller les pistes. Mais une affirmation : quelle beauté !
On connaissait The End des Doors qui se positionnait à sa bonne place éponyme. Sachez que du côté de 1003 on ne va pas faire dans cette facilité et on vous la mettra en ouverture, parce que c’est mieux pour tout le monde. Vos oreilles seront séduites par cette rythmique quasi mécanique, cette montée en puissance continue et cette voix qui vous appelle de façon à vous extirper de cette ambiance qui se fait presque angoissante. C’est donc dans le prolongement de l’angoisse que retentissent comme des sirènes sur The contradiction qui vous transporte dans un territoire sonore plus familier voire carrément plus post punk. L’urgence se fait sentir, ça s’infiltre doucement mais ça finira par vous dévorer. Et brusquement tout s’arrête. The debater prend la suite et vous voilà suspendus au-dessus d’un vide bien étrange. On sent des ondulations métalliques dans ces petites touches électroniques. Et une fois le morceau bien entamé, c’est une course rythmique qui s’impose. Plus douce, plus trip hop peut-être avec ses sonorités bizarroïdes non moins charmantes qui se positionnent comme de véritables points d’interrogation, c’est The hole in the ground. Jusqu’ici habitués à la présence d’une voix humaine, The body s’en sépare pour un instrumental avec une âme rythmique forte. La batterie est organique, puissante et ne laisse aucun temps mort pendant un peu plus de 2 minutes. L’apaisement s’installe de manière très éphémère pour nous remettre dans une tempête post-rock. C’est en clôture que l’on retrouve le morceau avec lequel tout a commencé pour nous : The shapes. Sensuel, follement expérimental, le morceau offre une conclusion qui fait saliver sur la suite des aventures possibles.
1003 signe un objet surprenant, puissant et pour le moins qu’on puisse dire hybride. Il attirera les mélomanes les plus curieux, prêts à faire des grands huit émotionnels en concert. Si la drogue a souvent promis des trips, 1003 vous en garantit des beaux sans effet secondaire si ce n’est celui de l’addiction. Nous, on est déjà dans les starting blocks.
Macrowave – Imminent

Dans un autre registre plus orienté darkwave, tout aussi puissant et dans une noirceur plus avancée, le duo Macrowave formé par Killian Ebel et Aurélien Knaup n’a pas manqué sa cible en ce début d’année 2026. L’EP Imminent nous a bien secoués. Clip après clip, on guettait la moindre nouveauté pour mieux prolonger le voyage. Imminent est une œuvre courte mais qui promet une véritable densité et ce, dès les premières mesures. Amateurs de Carpenter Brut voire même de Perturbator cet EP est pour vous !
Le premier titre qui donnera son nom à l’EP et qui ouvre l’objet nous était parvenu dans un clip live où la tension était un personnage on ne peut plus central. Imminent repose sur une construction progressive et parfaitement maîtrisée dans la moindre seconde. La darkwave se mêle à une dimension plus industrielle sans jamais lâcher son auditeur que le duo maintient en état quasi d’alerte. C’est une fois immergé dans l’alerte que l’auditeur en prend plein les oreilles quand arrive Emergence. Une transformation s’opère, le rythme est accéléré, la puissance toujours au rendez-vous, plus brutal que son aîné, il prendrait sa place dans une séquence de course poursuite nocturne au milieu des tours résolument futuristes. No Return est sans doute le morceau qui agit comme une respiration plus contemplative grâce à ses sonorités plus aigües qui donnent un semblant de vie, comme un violon très aérien, mais très vite la pression lourde revient. Avec ses percussions presque tribales, Edge of Time est une pièce qui n’échappe pas à la dimension cinématographique et ses textures hyper soignées. C’est sur la voie post apocalyptique de Shattered que se referme l’objet du duo strasbourgeois. Un morceau qui se distord, qui joue sur la corde plus émotionnelle.
A travers leur maîtrise des textures, Macrowave a trouvé un terrain de jeu entre noirceur industrielle et élans cinématographiques, l’expérience est assez inouïe. On imagine des concerts chargés aux montées en puissance immersives, singuliers du fait de la présence effective des instruments interprétés en live qui leur confèreront une dimension encore plus vivante.
Île de Garde – Rage Blossom

Comment ne pas parler des merveilleuses Île de Garde ? Derrière ce nom qui fait penser autant à une île au large de la Bretagne qu’à la figure sainte d’Hildegarde de Binge, se révèle un trio de filles qui sont bien décidées à se faire une place sur la scène synthwave en France. En tout cas, c’est avec ce premier mini LP intitulé Rage Blossom paru en collaboration Born Bad et Carpaccio cathedrale que les sorcières du son Klara Coudrais, Morgane Poulain et Cécile Aurégan ont ravi nos oreilles et touché notre petit cœur.
L’objet s’ouvre sur l’implacable Fear the sun où le synthé de Cécile pourrait faire l’illusion d’un clavecin tombé dans l’oubli créée une boucle qui nous entraine dans leur atmosphère froide. Vous voilà embarqués dans leur manoir. Beaucoup plus synthétique mais non moins froide, c’est le superbe Homicide volontaire très littéraire dans sa forme parlée, plus rock dans sa musicalité qui prend la suite. Klara a un phrasé qui ne se repose quasiment pas, on commence à la sentir la rage. D’un récit descriptif, on bascule dans la colère. Et c’est à mi-parcours que le corps exulte. Intense, puissant, le morceau To Death trouve sa place à merveille dans le LP. Sans doute la piste où l’urgence se ressent, l’énergie est plus que bien posée que l’on croirait à une capture dans les conditions de concert. Le texte n’est pas vraiment chanté non plus ici mais comme scandé sans fin – n’hésitez pas, si vous boxez, à bien alterner les mouvements -. Sans doute plus mélodique, The Ageless woman joue avec les échos, Klara démultiplie les protagonistes. The Ageless woman nous emmène dans une nouvelle histoire où progressivement se posent les strates d’écoutes qui se chargent plus comme pour s’imposer. Véritable hymne de l’émancipation, c’est Birthday girl où notre trio féminin invite leur amie Kuntessa pour chantonner le refrain avec elles. Ce morceau s’apparente à un grand bol d’air où le lâcher prise de la dernière minute nous fait partir dans un trip psyché digne du film Fotogenico. Et l’objet s’achève sur le sommet Boy où Klara reprend le chemin du spoken word pour nous raconter une triste histoire de rupture.
Rage Blossom fait partie de ces objets sonores manifestes puissants. Île de Garde est un trio féminin qui s’affirme avec un son brut, mental puissant qui convoque synthwave et coldwave. Rage Blossom est un cri libérateur d’une vérité qui s’affranchit de filtre et ce, pour notre plus grand bonheur !