ADN #1078 : Gildaa

ADN : Acide du noyau des cellules vivantes, constituant l’essentiel des chromosomes et porteur de caractères génétiques. Avec ADN, La Face B part à la rencontre des artistes pour leur demander les chansons qui les définissent. Aujourd’hui, on se plonge dans les influences musicales de Gildaa.

Ella Fitzgerald – You’re my thrill

Dans l’album Clap hands, here comes Charlie! Mon préféré… dont la pochette m’a toujours procurée un sentiment très particulier, que je ne saurais expliquer.

En tout cas ! You’re my thrill est composé / écrit par Sidney Clare et Jay Gorney. Ça parle de désir et de folie amoureuse de façon tellement élégante.
L’arrangement est exceptionnel, ça joue « derrière » comme j’aime, un tempo infaisable.

La façon dont elle chante me touche profondément, c’est plein et calme, du miel comme toujours mais le sentiment est différent, on la connait plus avec sa joie trépignante et volubile, avec ses hautes envolées etc… là c’est plus complexe, lâché, mélancolique et on dirait qu’elle pourrait ne jamais respirer, sans problème.

Michael Jackson – They don’t really care about us

Le sample de percussion qu’ils ont créé, avec tout l’héritage africain présent au Brésil, mélangé à cette guitare rock à priori impossible à mettre là. Et cette voix insupportablement puissante et grisante. Ces percussions c’est la chose la
plus puissante qui me prend aux tripes et me fait perdre le contrôle, absolument. A cette époque il y ‘a Ile Aiye, qui nait dans la communauté religieuse du Candomblé, en réponse au racisme et l’oppression systémique du peuple noir au Brésil. C’est le premier afro-bloco, né à l’époque où le carnaval était réservé à l’élite blanche issue du colonialisme européen. Quelques années plus tard, Olodum arrive. C’est eux qu’on voit dans le clip.

Comment est-ce possible d’avoir autant écrit sur les mœurs de la société, dénoncé le racisme, parlé de la crise écologique, la psyché humaine et être accusé d’avoir agressé des enfants… c’est le paradoxe artistique le plus
douloureux de notre époque, je trouve. En tout cas, la prod, les paroles évidemment et le clip, tourné dans la ville de Salvador de Bahia avec le groupe mythique afro-bloco Olodum — je préfère ce clip à celui de la prison — chaque fois que je le regarde ou que j’écoute le morceau, je suis très émue.

C’est une de nos influences avec ma soeur Yndi, réalisatrice de l’album à venir, sur le morceau Soul sister dans l’album ( je sème des pistes pour quand il sortira… ).

Jacques Brel – les Vieux

Le texte…. Juste, le texte. Et cet accordéon qui, on dirait, peut s’arrêter à tout moment, comme la vie.
Un jour, j’ai dû faire un examen sous anesthésie générale et je me suis réveillée en chantant cette chanson— absolument sous l’emprise de la morphine— dans un couloir rempli de vieux, provoquant ainsi le fou rire honteux du personnel de l’hôpital.

Djavan – Flor de lis

Ce morceau me plonge directement dans le salon – cuisine de ma mère, où très régulièrement elle faisait des fêtes, avec toute la diaspora brésilienne qui jouait, mangeait, chantait et nous on était là, au milieu des adultes, tous les âges ensemble et toutes les couleurs de peau à l’image du Brésil. Et chaque fois, je demandais à ma mère de chanter ce morceau, c’est là que j’ai tout appris.

Djavan est un monument de la musique populaire brésilienne, sa voix, ses paroles et sa façon de jouer de la guitare c’est pour toujours mon artiste brésilien préféré, même s’il est passé par des phases où honnêtement, il a essayé de trucs bizarres qui à mon gout n’ont pas fonctionné, mais dans chaque album il y ‘a eu un chef d’œuvre.

Il a traversé la censure sous la dictature militaire et a su continuer d’écrire tout en raconter des histoires simples et dénoncer la politique terrible de cette époque. Cette chanson est un mythe parce que je ne sais toujours pas si ça lui est arrivé, en tout cas, elle raconte un enfant qui n’est pas né. Il fait une métaphore entre l’enfant une fleur, dans une mélodie et un arrangement qui indiquerait tout l’inverse de cette tragédie et en cela, réside tout le Brésil.

Jean Sebastien Bach – Chaconne

C’est le dernier mouvement de Partita pour violon solo en ré mineur.

C’est monumental. Il y a toute l’humanité dedans, c’est pour ça qu’il y a autant d’interprétation. C’est une lutte.
Il parait que ses élèves lui ont conseillé de la dédier à sa femme décédée, un truc comme ça…

Et là c’est comme quand on parle d’Edith Piaf pour parler d’une chanson écrite par Jean Constantin, y’a une partition; en l’occurrence c’est de la folie d’écrire une chose pareille.
C’est toute la vie qui est là entre 12 et 20 minutes — selon comment elle est jouée — et pour le cerveau je n’arrive pas à saisir comment c’est possible, on dirait un solo de jazz qu’on aurait attrapé en plein vol il y a 2 siècles.
Et il y’a l’interprétation qui porte le morceau jusqu’à nous.

J’aime profondément celle de Jascha Heifeitz même si parfois je trouve qu’il y a trop de force, il se laisse prendre par une douceur infinie dans la seconde partie.
C’est un chef d’œuvre que je m’entraine à jouer depuis maintenant 10 ans.
J’ai l’intention d’en faire quelque chose.

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