Après avoir découvert leur premier album The House paru le 16 janvier dernier chez A Tant Rêver du Roi / M2L Records, on avait qu’une envie : rencontrer les bordelais NASTYJOE. On a retrouvé Bastien Blanc (guitare / choeurs) le temps d’une visio un samedi de bon matin post soirée de release. Son comparse Robin Rauner qui assure le chant l’a rejoint sur une question quelques jours plus tard par mail. On évoque ensemble la métaphore de la maison, les pièces que l’album nous évoque, l’approche créative et la sensibilité. Retrouvez NASTYJOE le 6 février prochain à La Maroquinerie, vous ne serez pas déçus !

La Face B : Salut Bastien, comment ça va ?
NASTYJOE : Eh bien, pour être tout à fait honnête, ça va, mais j’avoue qu’hier on a un peu fêté la sortie du disque. On a répétition cet après-midi, donc ça serait bien que ça aille.
LFB : Au lieu de demander, d’où vient ce nom NASTYJOE, je serais curieuse de savoir, qu’est-ce qui le rend si nasty, ce Joe parce que votre esthétique musicale, elle est quand même clean.
NASTYJOE: C’est vrai, c’est très intéressant. À la base, quand tu choisis un nom, il y a toujours une question de sonorité. On s’est longtemps posé la question, on a réfléchi à plein de choses. Pour nous, « Nasty », à l’origine, c’était une référence au chat du batteur, qui s’appelait Joe.
Son côté « nasty », c’était surtout lié au fait qu’on venait de monter le groupe, il y a sept ou huit ans. On répétait beaucoup, et lui, globalement, il faisait un peu n’importe quoi. Il revenait, passait nous voir à la salle de répète, se bousillait les oreilles avec nous… Il y avait ce côté un peu vilain, un peu casse-pieds.
Et je pense que, dans notre musique, ce qu’on a essayé de garder à travers ce nom, c’est surtout cette énergie, et aussi un côté un peu naïf. Nasty, ça veut dire « vilain », mais pour nous, c’est plutôt ce côté un peu simple, un peu débile, pris avec du recul. C’est notre côté un peu bébête, assumé.
On est des gens simples, gentils, et le côté « vilain », il s’exprime surtout dans la musique : l’énergie brute, le côté bourrin qu’on peut avoir en live.
LFB : Pour l’album, vous avez décidé de travailler avec Baptiste Leroy, qui a travaillé notamment avec Johnny Jane, et plus proche musicalement, toute proportion gardée, Structures. Est-ce que tu peux me raconter l’histoire de cette collaboration ?
NASTYJOE : Alors là, pour le coup, ça s’est vraiment fait via quelqu’un entre lui et nous : un ami à moi qui travaille dans l’édition musicale à Paris. Il me l’avait présenté un peu au hasard, soit lors d’un concert à Paris, soit pendant un week-end où j’étais monté. En tout cas, il m’avait présenté son pote avec qui lui bossait déjà professionnellement. Le contact est tout de suite très bien passé. On est de la même génération, il m’en parlait beaucoup et il me disait souvent : « Ce serait cool que je vous présentiez vraiment, vous avez clairement une fibre commune, musicalement mais aussi humainement. »
On s’est donc rencontrés peu de temps après. La première fois, c’était très simple : on s’est retrouvés au bar, on a bu des coups, discuté, parlé de références musicales. À aucun moment on n’a évoqué l’idée de faire un disque ensemble. À ce moment-là, on se connaissait juste humainement.
Un peu plus tard, on connaissait déjà bien son travail et lui avait aussi écouté ce qu’on faisait. Notre ami en commun nous a alors dit : « Franchement, ça vaudrait le coup que vous tentiez un truc ensemble. » Et ça tombait pile au moment où on sortait Fentanyl et Cigarette, les deux singles qui précédaient l’album. On cherchait justement un endroit et quelqu’un pour les enregistrer.
Comme on n’avait pas beaucoup de moyens, donc on est restés à Bordeaux. On lui a écrit en lui disant : « Est-ce que ça te chauffe de faire un test, de mixer ces deux morceaux ? Si ça nous plaît à tous, trop cool, sinon aucun souci. » Et en fait, il a fait un taf incroyable sur ces deux titres, qu’on a adoré.
À partir de là, on a continué à bosser ensemble et on s’est dit que ce serait vraiment cool de faire un album entier avec lui. Jusqu’ici, il était surtout intervenu sur le mix, donc assez tard dans le process. Or le mix, c’est déjà la conséquence de choix faits à la prise, à la compo… Nous, on voulait l’intégrer bien plus en amont. Comme on était devenus assez proches, on a décidé de faire ce disque tous ensemble, en intégrant Baptiste presque comme un cinquième membre du groupe.
LFB : Ca veut dire que pour l’album vous l’avez fait à distance sans lui ou vous êtes montés à Paris pour bosser plus étroitement avec lui ?
NASTYJOE : Pour l’album, justement, on a voulu mettre toutes les chances de notre côté. On s’est enfermés une semaine complète dans un studio à Bordeaux, à Cryogene Productions, tous les cinq, avec Baptiste derrière la console, mais pas seulement. Il a vraiment eu un rôle à 360 degrés : il prenait des instruments, bougeait des pédales, proposait des idées, remettait en question certaines parties, notamment de batterie. Ça nous a permis de prendre du recul immédiatement.
On a donc fait sept jours à fond à Bordeaux, puis une petite session supplémentaire de trois jours dans son studio à Paris, le 48L, pour les arrangements : rajouter des synthés, des textures, des détails. Le gros du disque s’est clairement fait sur la semaine à Bordeaux. Les trois jours à Paris, on aurait presque pu s’en passer, mais ils ont permis d’arriver à une vraie forme de satiété, en se disant : « Ok, on a tout essayé, on a été au bout. »
Après ça, il y a eu pas mal de travail de mix qui s’est étalé dans le temps. Mais honnêtement, si on parle du cœur de l’album, il s’est joué là : une semaine intense, concentrée, et très collective.
LFB : Une semaine, c’est très court ! Mais le résultat final est brillant, hyper maitrisé, pas un truc qui dépasse, respect ! Comment vous avez appréhendé le projet album et Est-ce que tu penses que vous auriez pu le sortir plus tôt ?
NASTYJOE : Eh bien écoute, c’est une vaste question. Mais en toute honnêteté, je pense que non. On s’en est souvent voulu, d’ailleurs, d’être aussi lents dans nos processus d’enregistrement.
On aurait aimé avoir déjà un disque de plus à notre actif, que ce soit notre deuxième album. Si tu regardes notre parcours, on a sorti trois EP — enfin, deux officiellement — un seul album avant celui-ci, et quelques singles. Et puis on est tombés sur une période compliquée, comme tout le monde, avec le Covid. À ce moment-là, on a pris beaucoup de retard sur un projet qu’on devait sortir en 2020 et qui n’est finalement sorti qu’en 2022.
Ensuite, tout s’est décalé : les échanges, les plannings… Et quand tu vois l’investissement que représente un disque — en argent, en énergie, en temps — je pense qu’à l’époque, sortir quelque chose de plus vite aurait été mettre la charrue avant les bœufs. On n’était tout simplement pas prêts.
Bien sûr, ça aurait été chouette d’avoir une discographie plus fournie aujourd’hui. Mais si toi, tu ressens cet album comme un objet mature, c’est exactement ce qu’on cherchait. Quitte à sortir moins d’albums sur la durée, on préfère prendre le temps. D’autant plus que notre fer de lance, ça a toujours été le live.
Avec le recul, on préfère avoir un disque dont on est vraiment fiers, un objet abouti, lisse au sens noble, fidèle à ce qu’on avait en tête, plutôt que multiplier les sorties sans forcément tout maîtriser. Après, l’idéal, c’est sans doute un équilibre entre les deux, mais dans notre cas, chaque projet demandait énormément de préparation, de réflexion, d’enjeux aussi.
Je pense que cette impression de maturité vient surtout du temps qui a passé. On a grandi. Et la thématique de l’album, autour de la maison, du foyer, parle justement de ça : du temps qui passe, du regard qu’on porte sur le passé, tout en vivant le présent et en se projetant vers l’avenir. Je crois que cet album raconte assez bien ce chemin-là.
On avait aussi conscience que ce disque allait être un premier vrai marqueur. Pas forcément sur l’aspect médiatique, mais surtout d’un point de vue professionnel : pour les gens qui vont avoir envie de travailler avec nous, de nous programmer en concert, de nous suivre sur la durée. Un EP, c’est une très bonne formule, parce que c’est plus court, plus condensé, et ça permet d’installer un univers assez rapidement. Mais un album, pour un groupe en développement comme le nôtre — même si ça fait longtemps qu’on joue — ça reste toujours un cap important, presque un point de référence. C’est vrai qu’on aurait aimé le sortir plus tôt, mais au final, on est contents que ce soit celui-là qui joue ce rôle de marqueur, plutôt qu’un disque dont on se serait peut-être lassés avec le temps.
LFB : Avant de rentrer vraiment dans l’album, j’aimerais bien que tu m’expliques la couverture de l’album, parce que pour moi, elle fait référence aux rêves, il y a un côté un peu lynchéen sur les bords et qui n’est absolument pas une maison finalement…

NASTYJOE: Non, ce n’est pas vraiment une maison (sourire). Et oui, tu as cité Lynch, c’est complètement une référence à cette pochette-là. De manière générale, on est une grande partie du groupe à être très fans de David Lynch : de son travail, de son esthétique, de ce côté très dreamy qu’on retrouve aussi bien dans ses films que dans ses séries. Il se dégage toujours quelque chose de très onirique, presque irréel, une imagerie mentale très forte. Et forcément, ça nous influence aussi, y compris dans la musique.
Pour la conception, l’idée est venue assez tôt. Dès la semaine de studio, on avait déjà ça en tête — c’était en novembre 2024. On savait qu’on voulait travailler autour de la notion de maison. Notamment parce que certains morceaux avaient déjà leur titre, dont The House, qui s’appelait comme ça dès le départ. On s’est dit que ça pouvait être intéressant d’avoir un album éponyme, et tout s’est un peu imbriqué naturellement.
Il y avait déjà des lyrics que Robin avait écrites, qui entraient dans cette imagerie-là. Autour de la maison, du foyer, de l’espace intime. Ensuite, pour la pochette, on s’est posé énormément de questions. On a fait pas mal de tests graphiques. Robin et moi, on vient du graphisme — lui est plutôt vidéaste, mais il fait aussi beaucoup de visuel — donc on a exploré plein d’options.
À un moment, on s’est vraiment creusé la tête. On a utilisé l’intelligence artificielle pour générer des images à partir de prompts très précis. On a fait énormément d’allers-retours pendant des semaines.
On a accumulé beaucoup de matière, puis on a tout retravaillé à la main derrière. L’idée n’était pas de montrer une maison en tant que telle, mais plutôt d’en créer une pièce. On avait pourtant imaginé des choses plus littérales : travailler avec des potes peintres, construire un décor… Mais on s’est vite rendu compte que c’était trop lourd en termes de temps et de budget. On a donc préféré pousser la réflexion, croiser des références, et créer quelque chose de singulier, qui corresponde vraiment à l’univers du disque. Au final, ce n’est pas une maison, mais une pièce d’une maison, ouverte sur l’extérieur. Et ça évoque justement cette idée d’émancipation, d’ouverture, plutôt que quelque chose de fermé ou d’enfermant.
LFB : The House est loin d’être celle de Madness elle n’est clairement pas in the middle of the street loin de là, j’aimerais bien qu’on me raconte l’histoire de cette maison… Et pour citer une autre référence, j’ai l’impression que votre maison est plus celle que les camarades de Last Train diront que There’s no place I can call home…
NASTYJOE : La maison, telle qu’on l’a pensée, c’est un peu une forme de renfermement, mais au sens symbolique. Une maison, c’est un ensemble de pièces, et pour nous, cette maison-là représente notre foyer commun, ce qu’on a construit ensemble.
Il y a une vraie dualité là-dedans : d’un côté, la maison renferme les souvenirs. Il y a ce côté mélancolique, ce regard porté sur le passé, sur les expériences qu’on a vécues ensemble. Parce que cet album sort maintenant, mais ça fait quasiment dix ans qu’on joue ensemble. On s’est rencontrés très jeunes, on avait à peine quinze ans, même un peu moins. Et aujourd’hui, ça fait presque quinze ans qu’on partage tout ça.
L’idée, c’était de créer cette ambiance où chaque « pièce » de la maison aborde une thématique différente. Pas forcément une expérience vécue de manière très littérale par chacun, mais parfois quelque chose de plus métaphorique. Le point commun, c’est cette volonté de contenir des émotions : l’amour, la mélancolie, la tristesse, et plein d’autres choses encore.
Pour nous, la maison devient un lieu où tu figes ces moments-là. Chaque pièce correspond à une émotion, à un instant, et finalement à une chanson de l’album. The House, c’est donc cet endroit où, en principe, tu es censé te sentir en sécurité, où tu te rappelles de bons souvenirs — même si, évidemment, tout le monde n’a pas forcément une relation simple ou heureuse avec sa maison.
LFB : Dans l’album il y a du très intime, comme tu l’évoques, c’est une petite partie de vous, de votre histoire et à la fois, il y a une colère très saine, peux-tu m’expliquer cette dualité ?

NASTYJOE : Je pense qu’on a toujours été un peu dans cette logique-là : exprimer une dualité, confronter deux choses qui semblent opposées. Comme tu le disais au départ, il y a chez nous quelque chose de très mélancolique, presque triste et en même temps une énergie très forte, presque une forme d’extase. On a toujours joué avec ces deux pôles-là.
Cette idée de dualité, on l’aime beaucoup. Elle traverse nos références, la musique qu’on fait, mais aussi celle qu’on écoute. C’est un peu le prisme à travers lequel on fonctionne dans ce groupe : un mélange de naïveté et d’urgence, quelque chose de très fragile d’un côté, et de très brut de l’autre. On a toujours aimé confronter le mélancolique avec quelque chose de plus noise, plus rugueux.
Je pense que certaines chansons de l’album illustrent très bien ça. Alors là, c’est vraiment mon ressenti personnel, mais par exemple Worried For You incarne bien cette dualité. C’est une des premières chansons qu’on a travaillées à partir d’une batterie électronique. On s’est dit : « Pourquoi ne pas commencer comme ça et arriver sur un refrain hyper fort, pas du tout rock au sens classique ? »
Musicalement, il y a quelque chose d’assez solaire dans ce morceau, presque lumineux. Mais les paroles, elles, vont beaucoup plus en profondeur. Elles ne parlent pas seulement du fait de s’inquiéter pour quelqu’un, mais aussi de s’inquiéter pour soi-même, de prendre conscience de certaines choses, et finalement de s’émanciper, de choisir un chemin qui ne te fait plus de mal.
De manière générale, l’album est assez solaire dans ses couleurs, mais les thématiques abordées portent souvent cette dualité-là. Et puis il y a aussi une vraie liberté d’interprétation : chacun peut y projeter ce qu’il veut, trouver le sens qui lui parle. Robin, quand il écrit, a évidemment une idée précise en tête, mais cette ambivalence est là depuis toujours. Et je pense que c’est aussi une manière, parfois, de se protéger un peu : dire une émotion tout en en laissant percevoir une autre.
LFB : Cette dualité, je la ressens aussi énormément sur Things Unsaid qui est vraiment en plus scindée en deux – qui d’ailleurs me faisait penser à Rendez Vous dans leurs débuts -. Je voudrais comprendre ce choix de l’avoir coupée parce qu’il y a vraiment une continuité sur ce morceau. Quelque part ça permet vraiment d’avoir une émotion puis une autre, la dualité finalement !
NASTYJOE : Ouais, complètement. Je pense que, encore une fois, on est un peu dans le même sujet. Cette chanson-là, je l’ai écrite il y a déjà un petit moment et à la base j’avais imaginé une structure un peu hybride, un mélange des deux. Il y avait une première partie assez classique, couplet-refrain, puis une deuxième partie qui arrivait plutôt comme un pont.
On en a discuté avec les gars, on a retravaillé le morceau, on se l’est vraiment approprié ensemble, notamment en home studio. Et au final, on s’est rendu compte que les deux parties étaient très liées. Il y a notamment une mélodie qui fait le lien et qui permet de passer naturellement d’un univers à l’autre.
Du coup, on s’est dit que ça valait peut-être le coup de les séparer. Ce n’était pas du tout une question de se dire « ce serait cool d’avoir dix titres au lieu de neuf », mais plutôt une réflexion artistique. On avait encore cette idée de double image : quelque chose de très lisse, très pop, avec des influences un peu à la Cure pour la première partie et une deuxième partie plus sombre, plus tendue. Là où tu trouves Rendez-Vous, ça faisait partie des références qu’on avait en tête, tout comme Favourite Worst Nightmare, le deuxième album des Arctic Monkeys, qui est très sombre, avec des tempos rapides, quelque chose de très scandé.
Ça nous permettait aussi de créer une vraie transition entre ces deux morceaux, d’autant plus qu’on accorde beaucoup d’importance à la structure de l’album dans son ensemble, à la manière dont les titres s’enchaînent et à la façon dont on peut les relier entre eux.
LFB : Là vous avez fait partie 1, partie 2 mais il aurait pu y avoir un sous-titre…
NASTYJOE : C’est vrai mais dans les paroles il y a une continuité également dans les mélodies il y en a une aussi et ouais nous c’était encore une fois on est très souvent dans ce truc-là de dualité donc c’était intéressant que tu l’abordes parce qu’on aime beaucoup ça contredire deux avis, avoir deux émotions qui s’opposent mais qui sont liées.
LFB : A titre personnel, ça ne m’aurait pas dérangé d’avoir les deux sur un bloc dans la mesure où, je vais prendre un exemple très adolescent, je pense à Green Day qui avait fait Jesus of Suburbia sur 9 minutes, l’opéra rock par excellence. Vous auriez pu la faire tenir sur la durée, la structure aurait été la même…
NASTYJOE : Je pense qu’on a pas mal retravaillé le morceau. Comme je te disais, à la base il était un peu un mélange des deux, il durait autour de trois-quatre minutes. Mais très honnêtement, sur cet album-là, on s’est vraiment posé la question, parce qu’on a toujours eu un son un peu plus sombre, un peu moins rayonnant — tout est relatif évidemment, je ne veux pas dire non plus que ce soit complètement l’opposé, ou quelque chose de trop sombre non plus…
LFB : Un soleil noir ?
NASTYJOE : Exactement, oui. Je pense qu’il y avait quand même cette notion de soleil qu’on n’avait pas forcément avant. Et dans ce côté plus solaire qu’on aimait, on s’est aussi dit que ce serait bien d’arriver à faire des formats pop. Pas du tout dans l’idée de se dire « on va passer sur RTL2 », parce qu’on sait très bien que ce n’est pas si simple et que ce n’est pas forcément notre schéma — et en vrai, on s’en fiche un peu.
L’idée, c’était plutôt de faire un album où chaque chanson puisse exister par elle-même, être un objet qui peut plaire à quelqu’un. Aujourd’hui, dans la manière de consommer la musique — moi le premier, et je pense que les gars aussi — on écoute évidemment encore des morceaux hérités de choses comme Jesus of Suburbia, des titres longs qui te transportent, qui te font voyager pendant huit minutes. Mais la musique est quand même moins consommée comme ça aujourd’hui.
Du coup, on s’est dit : tant qu’à faire, autant mettre toutes les chances de notre côté. Il y aura peut-être des gens qui n’écouteront qu’un seul morceau, et c’est ok. En même temps, on a pensé l’album comme quelque chose qui peut aussi s’écouter d’une traite, comme un vrai voyage, avec des titres qui s’enchaînent et se répondent. Et au final, on aurait pu faire les deux, en soi.
LFB : Revenons sur cette idée de la maison, je pense que je ne serais pas la seule, j’aimerai exploiter l’idée que chaque morceau est une pièce. Etrangement, j’y ai vu une maison en contexte de soirée où tu vas avoir tout ton lot d’invités, tes incrustes que tu n’as jamais vu avant… Chaque chanson serait une pièce de la maison dans laquelle il se passe un truc…
Je vous partage mon idée générique. J’avais l’idée que Things Unsaid était un peu dans le garage pourquoi le garage ? Things Unsaid pour moi c’est la discussion qu’on veut avoir en privé, isolé de toute la soirée, le titre parle de lui-même donc a priori on veut en parler quand même, ça bouillonne à l’intérieur donc on va aller s’isoler, on va se mettre dans le garage, l’avantage du garage c’est souvent insonorisé et avec la grande porte métallique qui te laisse la possibilité que si ça te plait pas ce que je te dis, je vais me barrer et peu importe les conséquences. Dans votre morceau il y a ce truc de sentiment de fuite, de je trace ma route, j’en ai plus rien à foutre…
NASTYJOE : Ouais complètement.
LFB : Hole in the picture, j’avais mis la salle de bains, c’est l’idée de l’ado qui va se confronter à son image dans son miroir. Ca pourrait être aussi dans sa chambre mais je le vois vraiment dans son miroir…
Cold outside, ça tomberait sous le sens que ce soit dans le jardin pour l’idée que c’est dehors mais en fait je pense aussi que c’est intime, c’est la chambre c’est sa parenthèse à lui, c’est un humain juste posé sur son lit, qui revient rétrospectivement sur sa vie…
J’avais mis Worried for you le morceau le plus solaire comme tu dis, je l’ai presque pensé festif. On se retrouve entre la cuisine et le salon, t’as cette queuleuleu qui s’improvise et que les gars ils sont là pendant le refrain à traverser les pièces donc forcément ils vont passer un peu par la cuisine où il y a d’autres gens qui seraient en train de discuter sur un autre morceau qui serait une autre version de Things unsaid parce que la cuisine est aussi un endroit de contre soirée, où tu les vois bien cloper…
Et par contre, je précise, parce que ça va venir, peut-être qu’un des gars va me sortir une surprise… Mais pour moi, il n’y en a aucune qui serait les toilettes, parce qu’il n’y en a aucune à jeter (sourire). Ou alors ce serait un enfermement, mais il n’y a pas de chanson qui soit vraiment l’enfermement pur sur soi.
NASTYJOE
Bastien : Ouais, je trouve ça hyper intéressant, l’approche que tu as, cette idée de réflexion autour du fait de nommer une pièce comme une chanson. Après, je suis pas sûr qu’on soit allé aussi loin dans cette imagerie-là — en tout cas, peut-être que les autres, oui, mais moi, je pense pas qu’on ait vraiment réfléchi en se disant précisément quelles chansons iraient dans quelles pièces.
Mais dans l’absolu, je te rejoins complètement, c’est super pertinent. Notamment sur Things Unsaid, avec ce côté garage un peu à l’écart, un peu reculé, pour être tranquille, pour être à distance de choses plus deep, plus lourdes, qui n’ont pas forcément été abordées. Ce genre de thèmes, moi, je les verrais bien dans un garage aussi.
Pour Cold Outside, ce qu’on aimait bien, justement — et c’est aussi pour ça qu’elle est placée à la fin de l’album — c’était l’idée qu’elle puisse s’ouvrir sur autre chose. Elle est plus mélancolique, un peu moins mid-tempo, plus droite, avec des accords plutôt majeurs, quelque chose de plus solaire enfin, en fait, presque lunaire. Ce côté où t’es un peu entre deux états. Et du coup, l’image de l’extérieur nous parlait bien : tu sors, tu es dehors et après, on verra où ça mène. C’est vraiment pour ça qu’on l’a pensée comme une passerelle vers la suite. D’ailleurs, on est déjà en train de travailler sur ce qui arrive après. Mais ça nous permet aussi d’expliquer cette logique-là : on aime beaucoup le storytelling, on réalise nos clips nous-mêmes, donc on a besoin de cette imagerie globale, de quelque chose de cohérent.
Et en vrai, c’est intéressant, parce que sur Worried for You, je suis assez d’accord avec toi : il y a un côté entre la cuisine et le salon. Comme ces grandes cuisines américaines ouvertes, avec une passerelle naturelle entre deux espaces. Hole in the Picture, pareil, c’est hyper intéressant. Je te rejoins totalement sur cette idée de se confronter à soi-même, à son regard, de faire un peu le bilan : qu’est-ce que ton passé représente, comment tu le vis aujourd’hui et qu’est-ce que tu mets en place pour que ça aille mieux, pour avancer. Cette image de cette salle de bain, du coup, je m’imagine bien aussi, mais assez sombre, tu vois, sans trop de lumière, où t’as juste un…
LFB : Un petit néon qui crépite !
Bastien : Ouais, complètement, qui crépite. Et là, on repart dans David Lynch, c’est parfait (sourire). Enfin, je pense que ça va dépendre aussi pour chacun d’entre nous, tu vois, le feeling est différent, mais ces chansons, alors, je ne sais pas s’il y a assez de pièces dans une maison ou il faudrait vraiment des grandes pièces.
Je pense notamment à Strange Place, qui est le premier single, avec le clip. D’ailleurs, le clip est vraiment le prolongement de la chanson et des textes. Celle-là, je la mettrais plutôt dans le grenier, parce qu’elle parle de quelque chose d’hyper fort. C’est une histoire d’amour entre deux personnages, avec ce côté mélancolique que j’aborde dès le départ, mais poussé à fond.
C’est une histoire qui se termine mal, mais justement, quand ça se termine, ça oblige aussi à regarder en arrière et à se demander : est-ce que tout est vraiment à jeter ? Est-ce qu’il n’y a pas eu du bon ? Est-ce que ça n’a pas fait du bien, malgré tout ? Et en même temps, considérer qu’une rupture peut faire énormément de mal aux deux personnes, tout en pouvant, avec le temps, faire aussi beaucoup de bien. Cette image-là, pour moi, c’est vraiment celle du souvenir. Il y a aussi ce côté très dreamy dans l’approche visuelle du clip. Du coup, je vois ça un peu comme une malle dans un grenier : tu l’ouvres, tu regardes le passé, et tu te dis « ok, c’était dur, mais c’était aussi beau ». C’était un moment fort.
Après, évidemment, c’est une question d’interprétation, mais je pense que Strange Place irait très bien dans le grenier, avec ce côté mélancolique qui rappelle quelqu’un qu’on a bien connu, qu’on a aimé. Ça peut être de l’amour, de l’amitié, peu importe. Moi, à la base, c’était plutôt une histoire d’amour dans la chanson et le clip, mais l’émotion peut aller plus loin que ça.
À l’inverse, Blood in the Back, je la verrais ailleurs. Nous, on l’imaginait comme quelque chose d’hyper agressif, rapide, très efficace, un morceau court, presque frontal. On avait cette image un peu bizarre mais assez claire : tu rentres de ta promenade — avec Dogs Breakfast, justement — t’es avec ton chien, dans le petit jardin ou le parc en face de chez toi. Tu rentres, tu poses tes affaires, t’as le son à fond, et t’as juste envie de te libérer.
Là, t’es dans ton salon, les enceintes qui crépitent, et tu te dis : « ok, maintenant, on se fait kiffer ». Et au final, Dog’s Breakfast parle aussi de ça, de ce moment-là, de ce retour, de cette énergie…
Du coup, Dog’s Breakfast était abordée à travers les paroles comme une sorte de discussion : le personnage qui chante parle à un chien dans un parc. C’est vraiment cette dérive-là, ce moment de questionnement un peu flottant… ce truc où tu te dis : « Bon, qu’est-ce que je fais là ? Je suis en train de parler à un chien…»
Mais en même temps, il y a ce côté léger, presque désinvolte. Et donc, pour la mise en scène, j’imagine soit une petite balade dans le parc en face de la maison, soit le personnage à la fenêtre, en train de regarder justement ce chien dans le parc. Ce qui rejoint assez bien, d’ailleurs, le sens des paroles.
Robin : Pour Hole in the Picture, c’est totalement la salle de bain. La chanson aborde l’image de soi, le fait de se défaire d’une image projetée lisse pour accepter ses propres imperfections. En ce sens, c’est vraiment le miroir de la salle de bain. C’est vrai que cette thématique renvoie pas mal à l’adolescence, au fait de se confronter au monde, aux autres et à soi.
Cold Outside serait effectivement le jardin (rires). On voyait le jardin et l’extérieur comme l’avenir, incertain et flou, en opposition à la maison qui est le lieu rassurant par excellence. En revanche, ne pas s’y confronter, c’est aussi rester dans une illusion et un certain isolement. Ce sont les allers et venues entre l’extérieur et l’intérieur qui donnent à l’intérieur de la maison son caractère réconfortant. Mais il y a effectivement un caractère introspectif sur ce qu’on a été à l’extérieur comme à l’intérieur.
C’est vrai que Worried for You a un côté plus « léger » / solaire. C’était pour nous le morceau qui symbolisait le fait de s’oublier. C’est un peu puéril, mais c’est ce sentiment d’arrêter de se regarder en se demandant ce qu’on est pour les autres et comment ils nous perçoivent. L’image que tu donnes d’une soirée colle bien à cette idée, où on s’oublie enfin. On rejoint totalement la déambulation dans la maison, puisque s’oublier, c’est s’affranchir, donc passer facilement d’une pièce à l’autre.
100 % d’accord avec toi pour Things Unsaid Pt. I, c’est le morceau de la contre-soirée. Je ne sais pas si on a tous eu les mêmes contre-soirées (rires), mais dans les nôtres c’était souvent là que la musique était la plus mélancolique, comme une respiration dans le tumulte. L’image fonctionne d’autant plus que la chanson aborde le poids des non-dits, et pour nous les contre-soirées étaient souvent un moment propice aux confessions.
En opposition, la partie II de Things Unsaid sent effectivement un peu plus la clope (rires). C’est peut-être plus le moment où on quitte la soirée, physiquement et psychologiquement. On serait peut-être sur le perron, un pied dans la soirée, l’autre déjà sur le retour. Ravis qu’aucune des chansons ne t’ait évoqué les toilettes (rires), on n’avait pas non plus pensé à cette pièce dans l’un des morceaux (rires).
LFB : La maison, c’est un peu celle que vous auriez laissée à des ados irresponsables, mais pour moi c’est aussi la maison qu’on a du mal à gérer, nos carapaces d’humain.
NASTYJOE : Ouais, parce que ça revient aussi au fait que tout a pris le temps que ça devait prendre. La maturation a été longue, et on aborde des sujets qui sont hyper personnels, métaphoriquement ou non, mais qui renvoient surtout à ce qu’on a vécu ensemble depuis très longtemps. On s’est rencontrés quand on était ados et je pense qu’on garde tous ça au fond de nous.
On reste un peu de grands enfants. Aucun de nous n’a vraiment accepté le passage à l’âge adulte. Dans le groupe, il y en a qui ont la trentaine, d’autres 27 ou 28, mais malgré ça, on se sent toujours comme l’enfant qu’on était quand on a monté le groupe. Il y a encore ce naturel, cette façon d’être un peu en retrait, de prendre les choses avec légèreté.
Alors oui et non, parce qu’aujourd’hui il y a aussi des responsabilités. En tant que groupe, on a un entourage professionnel qui investit du temps, parfois de l’argent, et à qui on doit montrer que c’est une bonne chose de nous faire confiance. Mais malgré ça, dans la direction artistique — visuelle, sonore — et dans toute cette imagerie mentale autour de la maison, on est restés fidèles à ce qu’on est. C’est toujours ça, au fond. On est resté ces grands enfants, ouais.
LFB : Est-ce qu’il y a des morceaux qui ont créé les fondations de la maison ?
NASTYJOE : Je vais essayer de me replacer dans le contexte de l’écriture. Je pense qu’il y avait déjà des morceaux assez anciens — enfin, tout est relatif — notamment Wire, The House… qu’est-ce qu’il y avait d’autre ? Il y en a trois ou quatre qui existaient déjà sous une première forme il y a deux ans, et qu’on avait donc déjà pu jouer en concert. Certains n’étaient pas du tout dans la forme définitive qu’ils ont aujourd’hui sur l’album, mais le fait de les jouer nous a beaucoup aidés à nous projeter.
En parallèle, on composait de nouveaux morceaux qui allaient davantage dans cette direction-là, contrairement à ce qu’on faisait avant, qui était moins solaire, plus deep, plus sombre. Et finalement, certains titres ont vraiment posé les fondations de cette évolution, notamment The House, Wire… Blood in the Back fait aussi partie des morceaux plus anciens.

Donc au final, c’est vraiment un mélange. Mais ces bases-là nous ont permis d’assumer pleinement ce virage : aller vers quelque chose de plus lumineux, tout en continuant à aborder des thématiques profondes. On reste fidèles à ce qu’on a toujours fait, sans renier le passé ni se dire qu’on abandonne tout pour faire de la pop — même si j’adore la pop, et je le dis sans aucun sens péjoratif.
Un disque cohérent, « rond », comme on les aime. Et finalement, ça nous a permis de se dire : bon, on y arrive. On arrive à faire le lien, le passage entre ces deux périodes. Et ces quatre chansons, pour moi, sont vraiment la bonne première étape, les fondations de la maison.
LFB : C’est une maison dans laquelle vous recommandez d’entrer, ou il vaut mieux la laisser derrière ?
NASTYJOE : Je pense que ça c’est pareil, ça va être une question d’interprétation pour chaque personne qui l’écoutera. Je pense que nous dans notre cas, il y a un peu des deux, tu vois, je pense. Il y a un peu des deux, je pense.
LFB : La fameuse dualité, elle revient tout le temps.
NASTYJOE : Ouais, on est toujours dedans. Putain, on est chiants. (rires)
LFB : Non, non, mais je peux totalement comprendre. En même temps, il fait Cold outside. (sourire)
NASTYJOE : Non, mais en vrai, c’est intéressant, parce que si je parle de manière personnelle, j’ai un rapport très fort à la mélancolie. C’est quelque chose qui m’a toujours inspiré, un état d’esprit dans lequel j’ai souvent été. Et paradoxalement, je l’aime beaucoup, parce que c’est une émotion qui peut être parfois très heureuse, parfois très triste, mais qui reste pour moi quelque chose de positif.
Du coup, j’ai plutôt un bon souvenir de cette période de ma vie, de cette maison-là. À titre personnel, avec mon foyer, ma famille, mais aussi avec le groupe. Il y avait cette sensation de sécurité, le fait d’avoir gardé le cap tous ensemble depuis le début. Je pense que c’est quelque chose que chacun dans le groupe te dirait : ce sentiment de « safe place ». On s’y sent bien, protégés. Et ça a été le cas très tôt, et ça le restera, que ce soit dans nos vies personnelles ou dans l’idée que le groupe est aussi une maison, une sorte de foyer, une carapace.
Après, ça dépend évidemment de chacun. Certains ont attendu leurs 18 ans pour partir, d’autres sont partis avant, parce qu’ils ne voulaient plus se sentir enfermés dans quelque chose qui ne leur convenait pas. Tout dépend aussi des gens avec qui tu grandis. Il y a la famille que tu choisis, et celle que tu ne choisis pas.
Du coup, chacun peut y projeter sa propre histoire. Ça peut être une maison ouverte, dans laquelle on t’accueille et où tu te sens libre, bien. Mais ça peut aussi être une maison chargée de souvenirs, mélancoliques, beaux, mais parfois plus douloureux.
LFB : Est-ce qu’on peut dire que la maison, elle est rangée, maintenant ?
NASTYJOE : Rangée ? Je pense qu’il faut accepter ça, d’une certaine manière. Et en même temps, comme je te le disais au début, c’est un peu comme une malle : elle n’est pas fermée à clé.
Il y a des moments où c’est hyper important de se retrouver, de prendre du temps pour soi, de réfléchir. C’est aussi pour ça que j’aime beaucoup ce sentiment mélancolique. À n’importe quel moment, tu peux avoir besoin de quelque chose, et il ne faut pas hésiter à aller le chercher.
Du coup, cette maison-là, pour moi, elle n’est pas vraiment rangée. Elle est peut-être un peu à l’écart… mais elle existe. Elle est quelque part, dans un quartier. Et tu sais que si tu as besoin d’y aller, tu peux y aller.
LFB : Est-ce que vous avez des recommandations à me faire cinématographiques, littéraires, musicales qui vous ont plu récemment ?
NASTYJOE
Bastien : Dans la musique, parmi les œuvres qu’on a beaucoup aimées — et là, pour le coup, je parle vraiment de manière très personnelle — il y a des choses que j’ai énormément écoutées cette année. Et l’album qui m’a le plus marqué, musicalement, c’est celui d’Andrea Laszlo de Simone, un artiste pop italien.
Son disque s’appelle Una Lunghissima Ombra, ce qui veut dire « une très longue ombre », ou une sorte de pénombre. C’est hyper beau, très mélancolique. Et justement, pour moi, la mélancolie a toujours quelque chose de positif. C’est encore une fois ça qui m’a profondément touché dans cet album, qui est sorti vers la fin de l’année 2025 et que je considère vraiment comme une masterclass.
Il y a d’ailleurs un lien évident avec notre musique : cette volonté d’assumer une mélancolie qui n’est ni franchement joyeuse, ni vraiment triste. Chez lui, c’est pareil. Il y a cette zone un peu flottante et en même temps, quelque chose de profondément beau.
Et puis, en termes de séries, il y a aussi quelque chose qui m’a marqué : Severance. Ce n’est pas du tout récent, mais la saison 2 était incroyable. C’est une série Apple, vraiment très forte, qui aborde cette notion d’enfermement, mais de manière beaucoup plus sombre, presque oppressante.
Sans entrer dans un résumé détaillé, c’est l’histoire d’un homme qui travaille dans une entreprise et qui vit avec une forme de dualité : une personnalité quand il est au travail, une autre quand il est à l’extérieur.
Je trouve que Severance, comme l’album d’Andrea Laszlo de Simone, partagent justement cette idée de dualité : quelque chose à la fois positif et très négatif, douloureux mais réconfortant. C’est ce mélange-là que j’aime énormément. Et c’est aussi quelque chose qu’on cherche dans notre musique : il y aura toujours ces deux prismes, cette tension entre les contraires.
Robin : Donnie Darko en film et le dernier album de Djo, The Crux en musique.
Nicolas : My Beautiful Boy en film et le dernier album de Turnstile, Never Enough
François : Chair de Poule en livre ou Peaky Blinders la série et la chanson Ashamed de Mad Foxes.