Voilà plusieurs mois que Jeanne Bonjour esquissait, patiemment, les contours d’un nouveau projet. Toujours pop mais plus rock, toujours sensible mais plus direct, parfois même incisif : Look marque une nouvelle étape dans le parcours de l’artiste. Un recueil de sept morceaux pour regarder ses blessures en face et trouver la force de les dépasser, avec panache.

Jeanne Bonjour en version augmentée
Originaire de Bretagne, à quelques encablures de Rennes et Cancale, Jeanne Bonjour a grandi dans une famille nombreuse où la musique occupe une place centrale (lire notre interview). Chez elle, elle n’est pas seulement une passion mais un véritable langage commun, presque un art de vivre.
C’est donc tout naturellement qu’elle s’est imposée comme une évidence pour la jeune artiste. Une trajectoire nourrie par sa passion pour la scène sous toutes ses formes : musicale bien sûr, mais aussi théâtrale. Un terrain d’expression idéal pour affirmer son identité artistique au sein d’une famille de musiciens — et préserver aussi son propre jardin secret.
Après deux premiers EP, 13 ans et Nouvelle Ère, Jeanne Bonjour franchit un cap avec Look. L’EP de la maturité ? Peut-être pas encore pour celle qui s’est lancée seulement au début des années 2020. Mais une évolution indéniable. Productions plus riches, écriture plus directe, énergie décuplée : Look dévoile une Jeanne Bonjour en version augmentée, plus explosive et plus assumée.
« Cet EP est un objet de force qui m’a aidée à m’aimer et à m’assumer en tant que femme. Il s’appelle Look comme une incitation à regarder ce qui nous entoure, réussir à s’ouvrir aux autres pour ensuite porter un regard plus juste sur soi et sur la vie. »
Look, un projet cathartique qui mêle énergie et mélancolie, ombre et lumière
L’EP s’ouvre avec Look Around, un morceau doux-amer qui pose d’emblée le décor. Jeanne Bonjour s’y montre fragile, aux prises avec ses vieux démons et ses peurs. Peu à peu, l’artiste prend de la hauteur, comme pour mettre ses blessures à distance. Le diagnostic est froid, presque clinique, mais enveloppé dans une douceur musicale qui s’épanouit dans un final instrumental particulièrement réussi, où piano, guitare et batterie dialoguent avant de se dissoudre dans des nappes de synthé planantes.
Avec Finir par en rire, Jeanne Bonjour reprend le dessus et nous entraîne sur le terrain — presque ludique — de la résilience. Sur un titre pop-rock teinté de disco, elle choisit le lâcher-prise pour mieux apprivoiser ses blessures et les dépasser.
Le ton se fait encore plus affirmé dans Bal de fin d’année. L’énergie monte d’un cran et l’artiste y prend sa revanche. Jeanne Bonjour évoque une expérience amoureuse douloureuse mais la transforme en moment de puissance. Les rôles s’inversent : la voilà reine du bal, laissant derrière elle un roi déchu qui s’éclipse avec fracas. Jeanne Bonjour, une vraie GOAT.
Dans Métamorphose, l’artiste poursuit sur cette veine rock, avec une énergie qui rappelle par moments The Ting Tings, pour explorer les jeux de dépendance et d’indépendance dans la relation amoureuse.
Les lumières de la ville, morceau majeur
À nos yeux, Les lumières de la ville figure parmi les morceaux les plus marquants de la discographie de Jeanne Bonjour à ce jour. L’artiste y aborde avec gravité l’insécurité ressentie par de nombreuses femmes dans l’espace public, leur culpabilisation et, plus largement, la domination masculine. Mais la chanson parle aussi d’émancipation et fait résonner, en filigrane, le combat féministe.
Les paroles ciselées, le rythme haletant et la montée progressive de la tension donnent au morceau une intensité particulière. Mention spéciale également au clip réalisé par Sacha Arethura, petit bijou visuel nourri de multiples références. On y décèle l’ombre du cinéma expressionniste, la mélancolie des gravures de Gustave Doré, le glamour de Federico Fellini ou encore l’univers fantasque du Rocky Horror Picture Show.
L’atmosphère se fait plus sombre avec Parfois je doute, où Jeanne Bonjour se met à nu. Elle explore les tréfonds de ses blessures avec une sincérité désarmante. Ici, pas d’embellissement : la réalité est affrontée dans toute sa brutalité. Enfin, l’EP s’achève avec Je n’y arrive pas, confession délicate autour de l’ambivalence des sentiments. Désorientée mais profondément vivante, Jeanne Bonjour y fait coexister désir, peur et incertitude — ces émotions contradictoires qui traversent toute relation — tout en laissant affleurer l’espoir d’un bonheur simple.
Avec Look, Jeanne Bonjour livre sans doute son projet le plus intense à ce jour. Un regard lucide sur les bleus de l’âme, mais aussi une déclaration vibrante à la vie, qu’elle prolonge avec une énergie communicative sur scène comme à l’écran.