Avec Les lumières de la ville, Métamorphose et désormais Bal de fin d’année, Jeanne Bonjour continue de dévoiler les contours de son prochain EP annoncé pour début 2026, plus rock, plus intense et plus explosif. On l’a rencontrée quelques minutes avant son concert – bal de fin d’année sold out à La Boule Noire, le 27 novembre dernier. Un entretien riche et très drôle dans lequel vous apprendrez, entre autres, que Jeanne Bonjour a déjà invoqué l’esprit de David Bowie, mais aussi comment dire « multifruit » en néerlandais.

La Face B : Comment ça va ?
Jeanne Bonjour : Super ! Un peu dans le jus, mais ça va très bien.
La Face B : Tu vas monter sur scène dans quelques minutes. Tu es dans quel état d’esprit ?
Jeanne Bonjour : Un peu stressée, je ne vais pas mentir. C’est un peu la course. Il y a des paroles que je suis encore en train d’apprendre ! J’ai l’impression de ne pas avoir bien révisé mon bac. Non, je rigole ! (rires) Il y a pas mal de guests pour ce concert et je n’ai pas l’habitude d’en inviter autant. Je suis encore en train de revoir des trucs, mais ça va.
La Face B : Du coup, ça veut dire qu’il y a pas mal de surprises ?
Jeanne Bonjour : Ah, il y a beaucoup de surprises ! Il y a une tombola. Important, quand même (rires). Pour gagner des lots, d’ailleurs. Il va y avoir une reine qui va se faire sacrer dans la soirée. C’est important (rires). Qui n’est autre que ma grand-mère, la reine de mon cœur. Il faut créer des souvenirs avant tout.
Et sinon, il y a des invités. Il y a Jérémy Kapone, qui était juste là, David Boring des Naive New Beaters. Il y a Do Not Do. Et il y a ma mère, Sylvie Jourdan. On va faire un morceau. Elle fait de l’accordéon. J’ai ramené la famille à Paris, à la capitale !


La Face B : Est-ce que tu peux nous dire d’où t’est venue cette idée de bal de fin d’année ?
Jeanne Bonjour : Oui, c’est très simple. En fait, j’ai un titre qui s’appelle Bal de fin d’année qui va sortir, et donc tout est un peu parti de ça. La période pour le sortir était un peu propice à cette Boule Noire. On s’est dit : « Est-ce qu’on ne ferait pas une énorme fête de fin d’année ? » Ça collait totalement avec le titre et, en plus de ça, j’avoue que j’adore ce mood-là. Et je crois que l’entourage avec qui je travaille aussi. On s’est dit : « C’est maintenant ou jamais, on va faire le bal. » (voir le portfolio du concert de Jeanne Bonjour)
La Face B : Tu sembles accorder beaucoup d’importance à l’image, au-delà de la musique. Et je me demandais ce que ça a représenté pour toi, tout cet univers-là ?
Jeanne Bonjour : C’est vrai que j’ai commencé par le théâtre. J’ai fait des études de cinéma. Donc, il y avait un truc très dans le visuel. Et ma famille fait beaucoup de musique, comme on a pu le voir. Donc, c’est vrai que c’est mon truc à moi. Le côté cinéma, c’est vraiment mon petit truc que je kiffe.
Et donc, je trouve ça hyper complémentaire avec la musique. Dans Les lumières de la ville, j’avais déjà des images quand je l’écrivais. En plus, j’en parle dans mes morceaux, je fais référence au cinéma, même dans mes paroles. Moi, dès que je vis une situation, ça m’aide à prendre du recul. Je me dis : « Ah, trop marrant, on dirait un film absurde. » (rires)
La Face B : Justement, tu évoquais ta famille à l’instant. C’est une famille d’artistes. Je me demandais en quoi le fait d’avoir grandi dans cette famille-là t’avait influencée. Et quel était ton rapport à la musique quand tu étais enfant ?
Jeanne Bonjour : La musique, c’est comme un langage. C’est-à-dire qu’on a tellement toujours fait de la musique que je ne me suis jamais dit que c’était un truc hyper pro. En même temps, ma mère, c’était son métier. Donc, un peu bizarre ! (rires) En fait, ça a toujours été hyper naturel. Je me rappelle d’une fois où on finissait de manger, on était une famille nombreuse, donc neuf à table, et d’un coup, on s’est mis à faire de la musique et ça a duré genre cinq heures ! C’était exceptionnel parce que je m’en souviens encore.
On s’amusait à faire un freestyle avec les notices du jus multifruit. Je me rappelle encore comment on dit multifruit en néerlandais : sinazelsap, voilà ! Bon moyen mnémotechnique. (rires) Bref, tout ça pour dire que c’était très naturel, même un peu nécessaire, je dirais. J’ai tout de suite vu ça comme un truc pour se réunir. Même quand on s’embrouille, à la fin de la journée, on va forcément un peu faire de la musique, et c’est cool. Se réunir, comme ce soir finalement !
La Face B : Exactement ! Et quand tu fais de la musique, justement, tu commences plutôt par quoi en général ? Tu as des mots qui te viennent ? Des images ? C’est une mélodie ?
Jeanne Bonjour : C’est marrant parce que ça dépend vraiment des fois. Je dirais que le plus souvent, c’est quand même le texte. J’ai beaucoup de textes dans mon téléphone. Mais ça part surtout d’une idée, et ça vient avec une phrase qui est déjà mélodique dans ma tête, pour ensuite découler sur un morceau.
On me pose souvent la question, mais je n’arrive jamais à savoir. La prochaine fois que je vais composer, je vais analyser comment je fais ça ! (rires) Mais oui, c’est beaucoup la sonorité. Je dirais même les deux, parce que c’est la phrase qui définit le rythme. Les lumières de la ville, ça a beaucoup été ça.
La Face B : Et donc piano, mais t’as fait un peu de violon aussi ?
Jeanne Bonjour : Oui, on peut oublier cette partie de l’histoire. Non, je rigole ! (rires) J’en ai fait quand j’étais petite. J’ai essayé d’en refaire pour un casting dernièrement, parce que je continue le cinéma à côté. Ils cherchaient une violoniste et… c’était une cata ! Le piano, par contre, pas de problème !

La Face B : Tu es en train de préparer ton premier album. Qu’est-ce que tu peux nous en dire ?
Jeanne Bonjour : Est-ce que c’est un premier album ? Je suis en train de préparer plein de nouvelles chansons !
La Face B : Un nouveau projet.
Jeanne Bonjour : Un nouveau projet, c’est beau ça ! Déjà, j’y passe beaucoup plus de temps. Je vais plus pousser pour aller vraiment là où je veux aller, et vers ce qui me ressemble le plus. Justement, je parlais des inspirations de ma famille. Il y avait un truc beaucoup plus rock dans le milieu dans lequel j’ai grandi. J’ai eu ce besoin de revenir à ça.
J’ai sorti deux EP. Un tout premier vraiment toute jeune. Et après, il y avait cet EP-là, Nouvelle Ère, qui était aussi un peu une façon de tester ce que c’est de faire de la musique. Parce que c’est hyper long, le processus : composer, aller en studio, faire des clips, promouvoir le truc.
Et maintenant, j’avais envie de dire : « J’ai testé tout ça vraiment, allons à 100 % dans ce que je suis vraiment et ce que j’ai envie de défendre. » Et donc, c’est pour ça qu’il y a ma sœur sur scène, mon frère sur scène. Il y a un truc très organique, beaucoup plus vivant aussi, un truc de lâcher-prise que j’avais envie de transmettre. J’avais envie de transmettre vraiment un truc un peu explosif, entre guillemets. Un truc qui réveille un peu les gens.
La Face B : J’ai écouté ce que tu as fait depuis le début, et j’ai été frappée par l’évolution.
Jeanne Bonjour : Oui, je pense qu’on l’entend !
La Face B : Et notamment les deux derniers titres que tu as sortis. Je trouve qu’ils sont beaucoup plus intenses, complexes et plus rock.
Jeanne Bonjour : C’est exactement ça, ça fait partie des nouveaux morceaux qu’on travaille.
La Face B : Et du coup, je me suis dit : on a une Jeanne version augmentée qui arrive !
Jeanne Bonjour : C’est un peu ça le but ! Le but, c’est de se montrer 100 % soi. On se dit que c’est plus simple d’être soi-même, finalement, mais pas tant. Parce que c’est dur de réussir à livrer 100 % de qui on est. Déjà, on change tout le temps, et en plus de ça, vraiment creuser et se demander pourquoi je préférerais que ça sonne comme ça et pas comme ça… Ce sont des questions qu’il faut se poser, et il faut avoir le temps de se les poser. Ce n’est pas facile.
La Face B : Est-ce que tu as changé des choses dans ton approche, dans ta façon de travailler ?
Jeanne Bonjour : Si on part sur les compositions de base, en fait, j’évolue et du coup, les trucs se sont faits assez simplement. Même dans les thèmes qui ont été abordés, il y avait aussi une envie de ne pas avoir peur d’être plus précise sur certains sujets.
Les lumières de la ville parle vraiment du harcèlement de rue, même d’une image précise des lumières qui s’accélèrent quand je cours. Je trouvais ça rigolo de s’autoriser à dire ce souvenir précis, prenons-le pour voir.
Il y avait aussi le fait de prendre plus de temps dans l’écriture, prendre plus de risques. Mais je dirais que là, ce qui change vraiment par rapport à l’EP, c’est justement le truc de ne pas s’arrêter à ce que je pense être fini. C’est vraiment sur ça qu’on travaille. Depuis, je suis accompagnée par un label (NDLR : Un Plan Simple), et là, on retravaille les morceaux. Je ne l’avais jamais fait. Et ça peut paraître un peu épuisant, quand même, sur le papier, mais en fait, c’est hyper intéressant. On pense qu’un morceau est fini, mais en fait, on le revoit sous une toute autre forme. Et au pire des cas, elle ne sera pas bonne, et la première sera bonne. Voilà pourquoi ça prend un peu de temps. Retour en 2032 ! (rires)

La Face B : Et du coup, en termes de temps, tu as un peu de visibilité sur la date de sortie de ton prochain projet ?
Jeanne Bonjour : Ce n’est pas dans trop longtemps ! En tout cas, il y a des singles qui arrivent… 2026, TBC… Pour l’instant, on s’est beaucoup concentrés sur le morceau Bal de fin d’année, qui est du coup beaucoup plus incisif, explosif, etc. Là, je parle de manière très crue d’une mauvaise expérience avec un garçon, et je suis contente parce qu’il y a vraiment l’aspect pop de Nouvelle Ère dans la façon d’aborder le sujet, et aussi un peu rock des nouveaux morceaux. Mais on va vers un truc aussi un peu plus disco, je vous laisserai découvrir. C’est complètement le thème, c’est vraiment le thème de la soirée. Je suis contente de ce morceau !
La Face B : Si tu avais la possibilité de faire une collab bientôt avec un artiste, tu choisirais qui ?
Jeanne Bonjour : Alors… Je pense que ce serait Catherine Ringer, sûr. Parce que vraiment, plus le temps passe, plus je l’adore. Déjà, on reprend les Rita ce soir. En fait, j’adore sa manière d’écrire, de composer, le personnage, la façon de se produire sur scène. Enfin, j’adore. Donc oui, j’aimerais bien. Étienne Daho aussi. J’ai des goûts de ieuve ! (rires)
La Face B : Ce sont des artistes qui n’ont plus à faire leurs preuves, ils sont intemporels !
Jeanne Bonjour : Si on va dans un autre pays, là, je dirais Tame Impala, The Strokes, ABBA. On peut les faire revenir, s’il vous plaît ?! Mon feat de rêve, ce serait ABBA !
La Face B : Peut-être que tu peux invoquer leur esprit avec la boule à facettes ?
Jeanne Bonjour : J’ai déjà essayé de parler à David Bowie dans une interview, là, l’autre fois. Non, je rigole, on a fait une vidéo humoristique où je parle à David Bowie ! (rires)
La Face B : Je me demandais si tu avais eu des coups de cœur récemment pour des artistes, des films, des livres ?
Jeanne Bonjour : Il y a un artiste que j’aime, qui vient de Rennes et qui s’appelle Aamar. Et vraiment, quand on me demande ce qui est sous-coté, c’est bien sûr Aamar. C’est incroyable. C’est vraiment du rock, justement, vraiment bien fait, et ce n’est pas du tout assez écouté pour ce que c’est. Mais ça commence tout juste, en même temps.
Et sinon, en rap, j’ai fait une découverte qui s’appelle David Pistol. Je ne fais que des gens de ma région, d’accord ? (rires) Et après, je peux vous dire quand même, et qui est un peu plus écoutée, mais qui a sorti un morceau il n’y a pas longtemps : Nina Battisti. C’est vraiment super ce qu’elle fait. Dernier nom comme ça, qui est la première partie : Lunedel. Très belle découverte live, à voir comme ça. OK, très bien. J’ai fait mes recos. Parité, en plus ! (rires)
La Face B : Dernière question. Tout à l’heure, tu as évoqué d’autres projets. Est-ce que tu peux nous en dire un petit peu plus ? Tu disais qu’à côté, tu continuais le cinéma ?
Jeanne Bonjour : Oui, je continue le cinéma, je fais des castings. Prenez-moi dans vos films ! (rires) Après, c’est vrai qu’en ce moment, je suis beaucoup axée sur la musique quand même. Il y a énormément de choses à faire. Moi, ce que j’aime bien, c’est aussi ouvrir l’arc musical. Je fais parfois des actions culturelles dans des écoles. Ça, c’est cool, en vrai. C’est souvent des salles qui me proposent. J’en avais déjà fait dans des prisons aussi.
Ça me fait vraiment sortir de mon petit monde. Ça montre que la musique, c’est beaucoup plus large que ce qu’on croit, retravailler l’esprit de transmission aussi, et c’est génial. Donc ça, j’avoue que ça m’amuse pas mal. Et puis, je suis aussi parfois jury pour des trucs. C’est un peu annexe, mais ça m’enrichit vachement pour ce que je fais, parce que je découvre plein de projets tout le temps.
Photos : Félix Hureau-Parreira
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