Chroniques
Jhené Aiko, côte ouest à cœur ouvert
- Artiste
- Jhené Aiko
- Album
- Westside Whimsy
- Label
- Def Jam
- Sortie
- 11 septembre 2026

Six ans après son dernier album, Jhené Aiko revient les deux pieds dans la thérapie et les bonnes ondes, avec Westside Whimsy portée par sa voix angélique. Cette fois, elle plonge dans ses racines de la côte ouest, entre vent chaud, grains de sable sur la peau et rappeurs qui façonnent l'endroit.
Tout commence dans une Jeep. Dans Ghost, Aiko file entre Los Angeles et Hawaii, son île de prédilection, convaincue qu'on sème son passé en écrasant l'accélérateur. Mais la douleur fait le trajet avec elle, et la chanteuse tourne en rond malgré son mantra, « I gotta get it for myself » (« Je dois y arriver par moi-même »). Ce n'est qu'en s'ouvrant à l'introspection qu'elle peut enfin passer les vitesses.
Aimer sans s'enfermer
Alors seulement le regard se retourne. He Belongs détourne la formule « belongs to the streets », popularisée par Future et d'ordinaire lancée contre une femme dite « facile », censée n'appartenir qu'à la rue. Le reproche cède la place à une lucidité presque amusée, celle d'une femme qui met les autres en garde plutôt que de se justifier, et qui enchaîne les constats sans appel tout au long du titre « Can't turn a fling into a real thing, can't turn a promise to a wedding ring » (« On ne transforme pas une aventure en histoire sérieuse, ni une promesse en alliance »). Don't Be That Guy prolonge ce moment de bascule. Aiko ne cherche plus d'explications et refuse de porter le doute à la place de l'autre. Le sujet n'est pas tant les hommes qu'elle-même, et la fin d'une longue remise en question.
Vient ensuite l'apaisement. Avec Neighbors, où Larry June incarne l'homme attentif, puis Mine, l'amour cesse d'être un piège pour devenir un choix. C'est sans doute le cœur de l'album. Libérée de ce qui l'encombrait, l'artiste peut s'engager sans se perdre.
Une affaire de famille
Cette légèreté retrouvée s'incarne dans la ville. Comment rendre hommage à la côte ouest sans convier son président actuel ? So Good réunit Aiko et Kendrick Lamar dans un duo de séduction joueur, plus proche du flirt que de la déclaration. Un titre qui prolonge les collaborations réussies entre les deux artistes, avec un « Westside everything » qui plante le décor.
Les drums du hip-hop californien se mêlent à des guitares planantes, et un sample d'Ice Cube sur I Don't Mind ancre le disque dans l'héritage local. Larry June fait d'ailleurs son retour sur le titre et y assure les backs sans être crédité, une discrétion qui colle à l'esprit de l'album. Car la West Coast, comme l'a rappelé Kendrick Lamar avec son concert The Pop Out - Ken & Friends en juin 2024, est avant tout une famille, avec ses différends, mais qui sait se retrouver et porter son patrimoine avec elle. Beach Boy confirme cet esprit familial sur un ton plus léger, en racontant le quotidien d'Aiko à Hawaii, entre ses deux sœurs et ses amis producteurs.
Nami's Haiku, un des derniers titres, referme l'album sur son geste le plus intime. Adressé à sa fille, le morceau étire la libération à toute une descendance. Après s'être défaite de ce qui pesait sur elle, la chanteuse veut que ses erreurs ne deviennent jamais le fardeau de la génération suivante. Rien d'étonnant de la part de celle qui porte sa spiritualité comme une boussole, et balance sans cesse entre complexité et lâcher-prise.