JusteNiels : L’enfant Indigo, cinq cris pour exister

À 23 ans, JusteNiels parle à sa génération avec une sincérité rare. Auteur-compositeur indépendant, il a réussi à construire un univers où l’hypersensibilité devient force. Découvrez son nouvel EP L’Enfant Indigo : cinq morceaux qui définissent une époque.

Un peu plus fort : la danse du vertige

Dès les premières secondes, Un peu plus fort nous invite à danser. Il y a quelque chose d’étrangement libérateur dans ces sonorités : pop légère, groove rock, rythme qui pulse. On s’attend presque à se laisser porter, à suivre le mouvement. Et puis on écoute vraiment les paroles, et on comprend : cette danse, c’est celle du vertige.

Parce que sortir de l’ombre, c’est accepter d’être vu. Et être vu, pour celui qui a toujours évité les regards, c’est une forme de chute. JusteNiels le sait : il nous donne une musique qui nous fait bouger, qui nous dit que c’est possible, que c’est même agréable. Mais il nous dit aussi que cela fait peur.

« Qui n’a jamais eu peur de sortir de sa zone de confort ? » Cette question, c’est la vraie tension de la chanson. Pas la sensibilité elle-même, c’est la décision d’en faire quelque chose. De se lever, de dire « un peu plus fort ». Les freins sont souvent invisibles : c’est la peur de décevoir, de déranger, d’être rejeté. C’est l’environnement, la « foule trop dense » qui paralyse bien plus que n’importe quelle fragilité personnelle. Un peu plus fort devient alors un acte de courage quotidien, presque banalisé. Pas un cri héroïque, juste la décision de ne pas rester paralysé par ce qui aurait pu nous enfermer.

Les Chemins Rouges : La supplication de celui qui a survécu

Les Chemins Rouges fait quelque chose que peu de chansons osent faire : elle parle directement du gouffre. Pas de manière froide ou distante, mais avec la douceur de quelqu’un qui supplie. JusteNiels utilise la beauté d’une étoile filante pour dire ce qui se murmure toujours trop bas : reste avec moi, ne pars pas.

L’étoile filante brille, attire les regards, mais se consume peu à peu. « Elle traversait les chemins rouges pour rejoindre la piste de danse où elle s’en allait valser avec un trou noir. » Sous cette image poétique, il y a une réalité plus sombre : les chemins rouges, ce sont les cicatrices qu’on se fait, les promesses qu’on se refait à soi-même avant de les briser.

Le vrai cœur de la chanson est son refrain. Une supplication qui revient, encore et encore : « Je voudrais que tu restes en vie, ne t’en vas pas« . Pas avec force ou conviction absolue. Avec l’épuisement de quelqu’un qui compte les instants : « encore une heure, encore un soir« . C’est la voix de celui qui sait que chaque moment sauvé compte, que l’urgence est réelle.

Puis vient le tournant. Celui qui parle et révèle qu’il a lui-même marché sur ces chemins rouges. « Je le sais parce que moi aussi je suis passé par là, et j’en garde des traces indélébiles sur le cœur. » Il parle du fond de sa propre plaie et c’est cela qui rend le message crédible : ce n’est pas un « tu vas aller mieux » vide de sens, c’est une voix qui a survécu et qui te dit : ce qui te paraît impossible maintenant, ça peut devenir une part de toi.

Les Chemins Rouges ne représente pas une chanson de victoire. C’est quelque chose de plus humble et de plus vrai : deux personnes dans le noir, l’une qui tend la main à l’autre et qui dit simplement : reste.

Un million de fois : Les portes de sortie

©Niels Leuba

Il y a une vraie cruauté à ce titre : un million de fois. Pas une fois, pas dix, pas cent. Un million. C’est la répétition infinie du même tourment. Et JusteNiels le dit d’emblée : tu as « ce cœur trop grand qui bat trop fort dans ce monde trop dense« . La souffrance ici n’est pas tragique, elle est quotidienne.

Ce qui est remarquable, c’est la description du mécanisme d’évasion. « Tu vas te saouler la gueule avec le plus de bruit possible assez longtemps pour oublier ce putain de moteur dans le crâne qui te pourrit la vie. » JusteNiels refuse de juger. Il décrit simplement ce que font les gens trop sensibles quand les pensées deviennent insupportables : ils créent du bruit pour noyer le bruit interne. Ils se distraient parce que le silence est devenu une arme. « T’as peur du silence » : cette ligne dit tout. Le silence, pour quelqu’un submergé par ses propres pensées, c’est pire que n’importe quel vacarme externe.

Mais même ça ne suffit pas. « Alors tu t’enfermes un peu plus pendant des millions d’heures, seul dans le noir, avec ces millions de voix qui chantent en chœur tous les soirs. » Les pensées deviennent des voix. Elles ne t’appartiennent plus, elles t’habitent.

Le refrain, « Partons loin d’ici« , est une porte. Pas une promesse de transformation ou de guérison. Juste une invitation à s’échapper, ne serait-ce que temporairement. Et cette porte passe par des images douces : « par ces millions de feuilles qui dansent« , « par ces millions de rêves qui chantent« . C’est comme si JusteNiels disait : je sais que c’est difficile, mais regarde, il y a de la beauté juste là, à côté. La fenêtre est ouverte.

Un million de fois parle de quelque chose de très actuel : le trop. Trop de pensées, trop de sensibilité, trop de capacité à sentir dans un monde qui n’en a rien à faire. Et la solution qu’offre JusteNiels n’est pas de guérir ce trop. C’est de trouver, un million de fois, des portes de sortie. 

Comme un Gosse : Le cri d’une génération en feu

« Moi j’suis qu’un gosse, mes sentiments censurent aux parleurs. » JusteNiels ne demande pas pardon pour son enfance. Il la revendique et nous la montre sous l’angle d’une accusation, face à un monde d’adultes qui a échoué.

Les trous dans les poches et les rêves qui tapissent le cœur : voilà toute une génération. Appauvrie, mais portant encore de l’espoir. Jusqu’à la question qui change tout : « C’est quand que t’as foiré ? » Ce n’est pas un cri d’enfant perdu. C’est un jugement adressé aux adultes. Vous nous avez légué un naufrage (climat, guerres, crises) et vous nous demandez de le réparer.

« On est des enfants naufragés. » Cette phrase dit l’absurdité : ce n’est pas notre erreur, mais c’est notre fardeau. Et même alors, en grandissant, on apprend à faire semblant, à accepter les mensonges. C’est la perte la plus silencieuse.

Mais quelque chose refuse de s’éteindre. « Je chante haut et fort pour plus jamais me sentir si seul. » Et surtout : « Regarde en nous le feu. » Ce n’est pas de l’optimisme naïf. C’est une exigence politique. Vous avez notre rage, notre passion, notre envie de changer les choses. Comme un Gosse est le cri d’une génération qui refuse deux choses : accepter la destruction qu’on lui lègue, et renoncer à ses rêves. C’est une résistance simple, mais radicale. Le feu est là. Il attend juste son heure.

Existentielle : Quand la lune devient complice

©Niels Leuba

Il y a une cruauté poétique à faire de la lune une menteuse. Elle qui était censée guérir, celle qui veille sur les insomnies, celle qui promet que « le temps guérira tout« . Le temps passe, et rien ne change. 

Existentielle se divise en deux mondes : celui où on pleure, et celui où on rêve. Dans le premier, c’est simple : une « grosse bête noire » nous grignote lentement, on dévale une pente sans fin et on finit par tomber dans le vide. C’est la dépression vue de l’intérieur, sans métaphore charitable. C’est une chute qu’on ne peut pas arrêter. « Et y a rien à y faire. »

Mais le refrain refuse l’abandon : « Tu rêves plus fort. » Ce n’est pas une invitation à s’évader dans le déni. C’est un acte de survie. Quand la réalité nous broie, on rêve plus fort pour que notre tête continue de tourner, pour que quelque chose se meuve. Et la lune, cette même lune qui nous a menti, capture nos larmes et les fait s’évaporer, dans le but de les transformer.

C’est dans le deuxième couplet que tout bascule, sans qu’on ne remarque quand c’est arrivé. « On est que des grains de sable qui flottent dans l’éternité« . Cette acceptation ne devrait pas être apaisante, et pourtant elle l’est. Parce que si rien n’est grave, si nous finissons tous par nous envoler, alors la pression se relâche.

Existentielle est une chanson sur la rémission, pas la victoire. La crise existentielle ne disparaît pas. Elle devient notre compagnon. Comme la lune qui veille, qui murmure ses promesses, qui nous rappelle que nous existons. Et que ça compte.

L’Enfant Indigo ne promet pas la guérison. Il offre ce qui compte vraiment : la reconnaissance, la tendresse, la certitude qu’exister pleinement dans sa sensibilité, c’est déjà une forme de bravoure. Et c’est suffisant.

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