La musique ça s’écoute, mais parfois ça se regarde aussi. Chaque semaine, La Face B vous sélectionne les clips qui ont fait vibrer ses yeux et ses oreilles. Sans plus attendre, voici la seconde partie de la 283ème partie des clips de la semaine.

Agathe Plaisance – Deep rest
Agathe Plaisance dévoile cette semaine son nouvel album Deep rest accompagné d’un clip éponyme. Comment évoquer la dépression avec justesse, sans tomber dans le pathos, et en faisant même émerger de la beauté ? C’est le pari réussi de l’artiste, non seulement musicienne mais aussi plasticienne et réalisatrice, qui signe là encore une œuvre forte.
Avec Agathe Plaisance, on n’écoute pas seulement de la musique, on ressent des émotions – les siennes, qui en font naître d’autres chez nous, on plonge dans son univers, toujours extrêmement soigné.
Dans Deep rest, Agathe campe le personnage d’une jeune femme exsangue de sentiments, hormis la douleur. L’amour apparaît comme la dernière lueur d’un paysage intérieur glacé.
Agathe joue sur les antagonismes pour mieux illustrer le déchirement dans lequel elle se trouve. Le lieu : intérieur vs extérieur. L’époque : l’anachronisme entre aujourd’hui et le passé. L’ambiance : claire-obscure, le jour vs la nuit. La solitude vs la présence de l’autre.
On notera au passage plusieurs clins d’œil à l’Eure, son département d’origine dont elle se fait l’ambassadrice : le château de Beaumesnil en guise de décor, le plan du bassin qui évoque évidemment Claude Monet, etc.
Les plans alternent au fil du morceau, en même temps que les paroles se répètent, comme des cycles qui se reproduisent irrémédiablement et dont on ne peut sortir, comme prisonnier d’une spirale infernale.
Hausmane – Under the weather (live session Studios Ferber)
C’est déjà un peu Noël grâce à Hausmane ! L’un de nos chouchous du moment nous gâte en dévoilant une nouvelle live session enregistrée aux Studios Ferber autour du morceau Under the weather. Dans les deux précédentes, Darling et Thème 3, il était accompagné de La Chica, Coline Rio et Claire days. Cette fois, on le retrouve seul. Enfin, pas tout à fait. Avec ses musiciens, les excellents Nathan Mollet au piano et au synthé, Viktor Raynaud à la basse, Levane Katchlichvili à la guitare, Cathy Jane aux chœurs et au violon ainsi que Matis Hurion à la batterie.
Une interprétation subtile, précise et follement élégante pour donner corps à ce morceau à la fois sombre et lumineux, dans lequel Hausmane évoque des temps difficiles tout en s’accrochant à l’espoir de jours meilleurs.
Un (autre) moment suspendu qui continue de nous faire vibrer plusieurs mois après ce concert devenu mythique pour nous. Pour (re)vivre la magie, rendez-vous au Musée sauvage à Argenteuil et le 6 février 2026 au 306 Paris dans le cadre du festival Au fil des voix.
Barbara Forstner – Building a home
Barbara Forstner vient de sortir son 1er album solo Long long gone. Une œuvre folk intime, délicate et sincère, dans laquelle l’artiste franco-américaine explore ses souvenirs d’enfance, d’adolescence et le passage à l’âge adulte, entre New-York et Paris.
A cette occasion, elle dévoile le clip Building a home. Le morceau raconte la naissance de l’amour et la création d’une toute nouvelle vie à deux qui s’impose avec la force de l’évidence. Comme dans tout son album, ce Building a home est porté par la seule voix sensible de Barbara Forstner, accompagnée de sa fidèle guitare. Pas de fioriture, seulement l’émotion brute et vraie.
Le clip réalisé par William Ashton Peyrieux, en noir et blanc, nous plonge dans le monde de Barbara Forstner. Une atmosphère un brin nostalgique, dans laquelle on la suit dans les rues de Paris, seule avec sa guitare, marchant, jouant, observant les boutiques et les passants. Sa guitare est comme le crayon qui noircit les pages de son journal intime : elle lui permet de mettre à nu ses sentiments. Et subtilement, on devine les pas d’un autre à côté d’elle. L’histoire ne dit pas si l’amour durera toujours, mais prend la forme d’une belle déclaration.
Sharp Pins – Popafangout
Avec Popafangout, premier extrait de Balloon Balloon Balloon sorti le 21 novembre 2025 via K/Perennial, Kai Slater livre le titre le plus exubérant de son répertoire Sharp Pins. Titre d’ouverture de ce troisième album, il amorce un tournant plus psychédélique et décomplexé par rapport à Radio DDR, déployant une effervescence kaléidoscopique qui donne le ton aux 21 morceaux qui suivent.
« Popafangout » nous immerge dans l’univers onirique et énigmatique cher à Kai Slater. Les couplets tissent des images oniriques : créatures « silvertone » dans le Puget Sound, visages qui s’effacent dans la foule, couleurs dans les nuages. Cette poésie absurde, née du subconscient de l’artiste, se base sur sa spontanéité et son approche du premier jet, où l’idée initiale reste la plus vraie. Comme il le dit lui-même, il « cherche à retrouver cette imagination enfantine où l’on peut imaginer un homme avec une théière à la place de la tête — un espace mental cathartique accessible à tout âge. »
Sur le plan musical, le titre se démarque par sa densité orchestrale et le soin des harmonies vocales. Capturé sur cassette, Kai Slater assume pleinement la saturation et les aspérités du format analogue. Le résultat ? Une pop psychédélique hybride oscillant à la fois années 60 et power-pop années 90, espiègle mais authentique.
Le clip, réalisé par Grace Bader Conrad et coréalisé avec Kai Slater, tourné en 16mm, cultive une esthétique artisanale et psychédélique, en parfaite cohérence avec la musique. Texture granuleuse légèrement surexposée, passages en stop-motion, objets bricolés : chaque plan incarne l’esprit DIY du musicien. Pas de narration linéaire, seulement des images bondissant au rythme kaléidoscopique du morceau, dans un pop-art des années 60-70 qui dialogue avec la pochette acidulée de l’album.
Filmé comme une petite comète artisanale, Popafangout est un plongeon dans l’univers enfantin et érudit de Kai Slater : un mélange de psych-pop, de collage punk de Chicago et de paisley underground. La pop lo-fi acidulée de Sharp Pins épouse parfaitement ces images tamponnées à la main, comme un groupe jouant dans une chambre d’ado en 1967, mais avec ce souffle résolument 2025. Ce clip démontre que l’art peut éclore partout, et que la musique de Sharp Pins naît du même émerveillement bricolé. Sharp Pins s’impose tout simplement avec du talent, de l’authenticité et une vision artistique bien affirmée.
Ecca Vandal – MOLLY
Ecca Vandal, c’est un mélange de cultures et d’influences qui la rendent impossible à ranger dans une case : née en Afrique du Sud, elle a grandi en Australie mais est d’origine sri-lankaise, elle porte dans sa musique une énergie qui détonne. Depuis 2017, elle aligne les morceaux coup-de-poing et ces derniers mois, sa montée est fulgurante : première partie de Limp Bizkit à Bercy, Point Éphémère sold out… Elle navigue entre rock, punk, hip-hop et indie comme si c’était la même langue et c’est aussi ça qui la rend si unique.
Dans “MOLLY”, Ecca Vandal pose un couplet porté par un riff ultra simple mais terriblement addictif, avant de basculer dans un refrain où des guitares vaporeuses entourent sa voix rauque. Les paroles, elles, racontent un esprit qui flotte entre lucidité et confusion, comme si tout devenait plus clair…mais seulement quand il est trop tard. On y lit aussi la fin d’un lien, abîmé par le temps, la dépendance émotionnelle, et des attentes mal placées. C’est un morceau qui frappe autant pour son énergie que pour sa vulnérabilité.
Le clip, lui, déborde de couleurs et d’inventivité. On y retrouve Ecca Vandal avec son batteur dans une petite cuisine pastel, puis devant un garage peint comme une maison de poupée, vétue d’ailes d’ange, clin d’œil à ses propres paroles. La réalisation nous balade de décor en décor, chacun plus saturé, plus joyeux, presque naïf. Cette direction artistique faussement simple fonctionne à merveille : un vrai bijou visuel, éclatant et hyper efficace.
Les Louanges – Je confirme ma présence
Après GODDAMN!, sorti en septembre, Les Louanges dévoile cette semaine le deuxième single de son album Alouette! à venir : Je confirme ma présence.
Sur un sample de l’artiste québécoise Suzanne Jacob, Les Louanges jette un regard sombre sur le monde et l’époque. Gouvernements cyniques, violences, fake news, tout y passe. Avec l’habileté qui caractérise son écriture, l’artiste dénonce sans se poser en donneur de leçon. Il admet ne pas être parfait mais s’engage à être au rendez-vous afin de lutter pour les causes qui en valent la peine.
Inquiet mais déterminé, il ne baisse pas les bras et ose rêver d’un monde meilleur, où on aurait “hâte à demain”. Il se fait la voix d’une génération désabusée mais pas découragée, dans ce morceau qui fait l’effet d’un coup de poing. Pas de couplet, pas de refrain, des vérités brutes débitées sur une prod inclassable.
Le clip, réalisé par Charles-Antoine Olivier, met en scène Les Louanges, assis sur une chaise de jardin dans un paysage enneigé. Une simplicité qui permet de se concentrer sur le son, le fond, et les émotions qu’on lit sur le visage de l’artiste.
Alouette! est prévu au printemps, et on peut d’ores et déjà vous dire qu’on confirme notre présence pour la sortie !
Plume – au singulier
Au singulier est le titre qui ouvre le dernier EP de Plume, une chanteuse française formée dès l’enfance par des parents musiciens. Il explore les questionnements existentiels face à l’amour et au temps. Écrit par Fanny Lecompte et produit par Jim Bauer, le morceau se plonge dans l’introspection : « Que vais-je faire de mes amours » / « Que vais-je faire du mot toujours ». Il transforme ainsi chaque doute en méditation mélancolique sur la solitude et la connexion humaine.
Le clip plonge le spectateur dans une atmosphère contemplative et maritime. Une jeune femme pensive occupe l’écran, encadrée par la mer et ses vagues en arrière-plan. Entre les plans de l’océan qui déferle, le visage pensif de la jeune femme apparaît, souvent voilé par un tissu blanc que le vent agite délicatement devant ses yeux. Cette alternance entre l’intimité du personnage et la puissance brute de l’océan crée une tension visuelle qui renforce le message du morceau : la fragilité face aux questionnements de l’existence, et la recherche d’une réponse dans le silence contemplatif.
ISHA & Limsa d’Aulnay – Berlingo
Quelques semaines après l’obsédant Fin de ce monde, et à une semaine de la sortie de leur Bitume Caviar (vol.2), ISHA & Limsa d’Aulnay continuent de teaser l’association franco-belge la plus cool du moment en dévoilant Berlingo.
Sur une prod de Dee Eye & JeanJass, le duo continue d’enfoncer le clou d’un rap mélodique, puissant, superbement écrit et fortement rattaché à leurs vies.
Monter dans la Berlingo de ISHA & Limsa d’Aulnay, c’est prendre une route pavée de punchlines bien senties et d’histoires intimes et sincères qui ne cherchent jamais à en faire trop mais juste à transformer une réalité en puissance poétique en creusant dans leur quotidien pour la partie d’ISHA et dans les souvenirs d’une vie pour pour Limsa. En résulte une association toujours aussi parfaite bien aidée par une production qui claque.
Pour le clip de L’ENFANTSOLEIL produit par BIEN VU, le clin d’œil est permanent et plus que ISHA & Limsa d’Aulnay c’est l’iconique Berlingo qui joue le premier rôle du clip.
On suit l’utilitaire dans tous les plans, dans toutes les galères, sur la route, en panne ou à la casse, comme un rappel des aventures et des histoires des deux rappeurs. Ambiance grisaille, neige et bitume au programme de la vidéo qui trace la route avant d’annoncer subtilement le second projet du duo pour la semaine prochaine et de se transformer dans ses derniers instants en clip animé un bien étrange.
Bitume Caviar, c’est toute une histoire et c’est que nous propose une nouvelle fois ISHA & Limsa. Le groupe sera sur la scène du Zénith l’année prochaine et vient d’annoncer un passage à Montréal en juin dans le cadre des Francos de Montréal.
MDNS FEAT. THÉA – TÉLÉPHONE!
Cette semaine, deux enfants terribles de la nouvelle scène française se réunissent pour un cri commun ! En effet, MDNS invite cette semaine THÉA pour partager avec lui son nouveau morceau, TÉLÉPHONE!
Et forcément, le rendez vous est aussi dévastateur que ce que l’on peut attendre de la part de ces deux tourbillons d’énergie : des cris, de l’énergie, de la puissance pour un titre brut et direct (2 min 34 secondes au compteur). Pas le temps de s’ennuyer donc, avec un morceau qui comme son nom l’indique s’attaque au mal du siècle : notre téléphone. Rempli d’ironie, MDNS et THÉA nous parlent de cette addiction sans fin sur fond de gros riffs de guitare et un rythme effréné qui prend tout son sens quand les deux artistes unissent leur voix pour un hurlement qui fait beaucoup de bien.
Pour le clip, HS, Sketskills & Mobiusvisio s’unissent pour nous entrainer dans un univers à l’image du morceau : confrontation entre MDNS et THÉA dans une énergie qui rappelle autant l’Angleterre que le nord de la France, région chère au cœur de MDNS.
Des gros looks, une ambiance un peu trash qui leur va bien, des références autant à Trainspotting qu’à The Prodigy pour un clip qui fait sourire et bouger et dans lequel on ne trouve aucune présence de … téléphone.
Pour le reste MDNS a annoncé sa première tournée (avec une date déjà complète à l’Aéronef) tandis que THÉA, après avoir rempli l’Olympia, vient d’annoncer son premier Zénith de Paris.
Pretty Inside – Skin
Vous n’aimez pas le monde extérieur ? On ne saurait que trop vous déconseiller le dernier clip aux allures de cauchemar cinématographique de Pretty inside.
Par contre, si vous aimez le grunge, le fuzz et la scène indé française qui fait beaucoup de bien aux oreilles, on ne peut que vous inciter fortement à vous plonger dans Skin, l’excellent dernier single de Pretty Inside en attendant l’arrivée de leur nouvel album pour décembre.
Un morceau puissant, qui frappe souvent comme le tonnerre et qui nous entraine dans un questionnement sur son soi intérieur, la manière de le protéger et de se parer contre le monde extérieur, souvent dégueulasse et rempli d’idées qui nous polluent et nous détruisent.
Dans Skin, il y a une certaine idée de la carapace sociale à se créer tout en observant le monde tel qu’il est. Et cette idée se développe dans le superbe, mais flippant, clip qui accompagne le morceau de Pretty Inside.
Dans un joli noir et blanc, on y croise un homme obsédé par sa morning routine qui tombe peu à peu dans une psychose auto-destructrice, une sorte de bande de moines sectaires flippants, des miroirs déformants et des hommes sans visages (ainsi que des supers musiciens).
Un programme explosif dont on ne ressort pas indemne mais qui prouve une nouvelle fois toute l’ambition de Pretty Inside pour proposer un monde qui va au delà de ses morceaux. Et ça c’est assez fort pour être noté et soutenu !
sheng – GIRLS CLUBBING / BOYS BORING 闲男辣女
Pour sa réédition J’SUIS (TJR) PAS CELLE, Sheng creuse encore plus profond dans les codes de 2010. À la différence qu’elle est à la fois Rihanna et Slim Shady, la pop star et le rappeur OG.
La preuve avec Girls Clubbing, où elle arpente un Paris désert avec son gang de chipies pour se rendre en soirée. Malin : l’esthétique warehouse est maîtrisée uniquement grâce à trois fonds industriels et des lumières bien choisies. Et, Sheng, on a très envie de te voler ta styliste qui a su rassembler des pièces ultra-efficaces, du Y2K 100% 2025.
Clip et musique à siroter comme un bon soda, accompagné de votre nouveau mantra : « Les boys ? Trop trop boring ».
KALIKA – MES RÉVEILS SONT DES ALARMES x J’AI PLEURÉ
À tous les Little Monsters ayant loupé le show parisien de Lady Gaga cette semaine, ce double clip va vous remettre d’aplomb.
Fondu d’ouverture : entrepôt abandonné. Un DJ lance un son comme une invocation. Une mariée désenchantée sort d’un cercueil, entame les premiers mots de Mes réveils sont des alarmes. C’est son histoire qu’on suit, arpentant les gravats, fréquentant une licorne, avant de devenir veuve et diva d’une rave désertée pour déclamer J’ai pleuré.
Kalika réitère sa recette : dans un chaudron rouillé, mélanger la pop la plus dramatique avec l’électro la plus nerveuse. Et sa musique comme ses images nous racontent l’histoire de celles et ceux qui restent dans la warehouse quand les autres teufeurs sont partis se coucher.