La musique ça s’écoute, mais parfois ça se regarde aussi. Chaque semaine, La Face B vous sélectionne les clips qui ont fait vibrer ses yeux et ses oreilles. Tout de suite, la première partie de notre sélection 287 des clips de la semaine.

Pitou – To Do What
Pour faire le clip de son nouveau single To Do What issu de son album P2 à venir en mars prochain, la néerlandaise Pitou est allée puiser dans des collections de dessins qu’elle a reçu de son entourage amicale comme celui de fans.
Façon cadavre exquis, les dessins proposés n’ont aucun sens logique, narratif qui semble ici miroir du désordre mental qui anime le processus créatif lui-même questionné dans la chanson. Collages de matières variées, encres feutrées ou issues d’un stylo ou encore tracés au crayon, les corps d’un nouveau type voire d’une nouvelle espèce se juxtaposent et s’animent tous dans cette composition riche comme pour offrir une danse surréaliste invitant à vivre l’énergie brute.
Dans To Do What, Pitou explore aussi les sons. En un peu plus de trois minutes, se mêlent des sonorités hors des normes musicales et célèbrent la créativité retrouvée. Pitou joue avec les hachures sonores qui pourraient donner l’impression d’un circuit mental, une création en cours d’élaboration. Le morceau prête son corps à la réflexion, à l’incertitude de quoi faire. Pitou livre avec To Do What un bout de son voyage expérimental nourri de contrastes.
Avee Mana – 101 Love
C’est Marseille, bébé ! Le quatuor AveeMana débarque en 2026 avec son premier album Layers prévupour le mois de février chez Hazard Records et Howlin’ Banana. Histoire de faire patienter avec respect, rien de mieux qu’un clip pour une mise en bouche prometteuse où se mélangent les influences psyché et garage : Love 101.
Love 101 s’offre un clip qui prend des allures de petit stage de remise à niveau dans la société à destination exclusive de la gente masculine. Dans le paysage du rock, il faut bien admettre que c’est plus que bienvenue ! Si on peut éviter les excès dans la connerie pour bien démarrer l’année, ça ne serait pas mal non plus mais, comme dirait ma mère, la connerie est une maladie incurable.
Relativement court mais bien précis, le morceau Love 101 fait souffler le son graineux dans une esthétique très garage d’antan, clairement inscrit dans un héritage des années 70. Affutez vos amplis et décrassez vos enceintes pour les préparer à ces guitares bien tranchantes, vrombissantes et bien prêtes à en découdre en live !
OCEAN ALLEY – FIRST BLUSH
Ocean Alley revient avec First Blush, un morceau qui donne l’impression d’ouvrir une fenêtre sur un après-midi d’été sans fin. Le groupe australien y déroule tout ce qu’il sait faire de mieux : des guitares chaudes, une rythmique nonchalante et cette manière très naturelle de mêler romantisme et envie d’évasion. C’est une chanson qui parle d’amour sans grand discours, plutôt à travers une ambiance, un état d’esprit, comme un premier frisson ou un moment suspendu au bord de l’eau.
Le clip prolonge exactement cette sensation. Tourné à Waikiki, à Hawaï, il ressemble à une série de cartes postales qu’on aurait envie de garder pour soi : le groupe en bateau, des baignades, des rires, des moments de calme au milieu de l’océan. La réalisation de Jamieson Kerr, évite tout effet tape-à-l’œil pour se concentrer sur quelque chose de très simple : des amis, des proches, du soleil, de l’eau salée, et cette impression que l’amour peut aussi se trouver là, dans ces instants où il ne se passe presque rien, mais où tout semble à sa place.
SYML – Lost Myself
SYML revient avec une version intimiste de Lost Myself, enregistrée en petit comité à Paris, et c’est exactement le type de moment qui rappelle pourquoi les Unplugged fonctionnent toujours aussi bien.
Lost Myself, c’est une chanson de 2022, dans laquelle SYML explore cette sensation de se perdre soi-même dans une relation, avec une certaine acceptation teintée de mélancolie. Le morceau, issu de son second album The Day My Father Died, parle d’amour non comme un rêve romantique mais comme une action, quelque chose de simple et vital.
Cette version de Paris Unplugged, capturée au Consulat à Paris, montre SYML dépouillé de tout, juste avec ses musiciens et cette atmosphère de confiance absolue. En live, avec le silence qui pèse entre chaque note, avec sa voix qui flotte sur des instruments minimalistes, on sent vraiment le poids de ce qu’il raconte, mais aussi cette décision tranquille d’apprendre à s’aimer soi-même.
Sébastien Tellier – Parfum Diamant
Voici une dizaine de jours que l’année a commencé, et je ne sais pas vous, mais personnellement, j’ai déjà bien besoin d’un peu de réconfort et de légèreté. Quel plaisir donc, de découvrir une session Colors Studios de Sébastien Tellier, quelques semaines avant la sortie de Kiss the Beast, son album prévu le 30 janvier. Après Refresh, aux accents disco, l’electro-pop de Thrill of the Night et la ballade Naïf de Cœur, difficile de savoir à quoi s’attendre.
Il dévoile ici Parfum Diamant, un titre onirique, planant, qui s’accorde à merveille avec le mauve qui l’entoure. De sa voix suave, il nous emmène en voyage dans un ciel azur qu’aucun nuage ne semble voiler. Entre rêve et réalité, on se laisse flotter sur la douce mélodie du refrain. Hypnotisé par sa gestuelle minimaliste, qui semble peindre l’air ou diriger un orchestre invisible, on l’écoute parler de cet amour aérien. Imprévisible comme à son habitude, il brandit un instrument à vent, dont la sonorité fait penser à un gong et ajoute au côté méditatif du morceau.
C’est ainsi que démarre en beauté la dixième saison des Colors Show. De notre côté, nous sommes impatients de découvrir la version studio de la chanson, ainsi que le reste du disque. En attendant, on n’est pas tout à fait prêt à revenir à la réalité, c’est donc repartit pour un tour de Parfum Diamant.
Bruno Mars – I Just Might
Le grand jour est arrivé : on a des nouvelles de notre showman préféré ! Bruno Mars a affolé la presse ce vendredi en annonçant son nouvel album solo, The Romantic, à paraître fin février. 10 ans après 24K Magic, le chanteur-producteur nous promet un printemps sous le thème de la disco-funk comme il sait si bien le faire. Pour premier single, il nous présente I Just Might, accompagné d’un clip à l’esthétique léchée.
Cela pourra surprendre de se dire que Bruno Mars n’a sorti aucun album depuis 10 ans maintenant ! Alors qu’il reste parmi les artistes les plus écoutés au monde, des projets en collaboration ont maintenu sa popularité, et quels tubes : entre Die With A Smile avec Lady Gaga ou encore APT avec ROSE, il semble ne rien avoir perdu de sa capacité à créer des tubes.
Que pensons-nous alors de ce nouveau titre, I Just Might ? Car, certes, Bruno Mars reste dans son registre. Un morceau qui mêle disco, pop et funk, avec une ambiance retro années 70, jusque là, pas de surprise. Mais I Just Might tire sa force de sa capacité à remettre au goût du jour ce qui était populaire il y a déjà 10 ou 15 ans. Le clip est coloré, fun, Bruno nous donne tout simplement de la légèreté, et un peu de baume au cœur en ces temps troublés. Si le morceau ne révolutionne pas le registre de l’artiste, il appuie là où il faut, il le fait bien et touche sa cible : nous faire danser, nous donner le sourire.
Keaton Henson – Conversation Coach
Ohé les introvertis et les timides en société, vous êtes là ? Parce que Keaton Henson, oui. Avec Conversation Coach, on a ici le parfait guide pour savoir quoi dire et comment agir pour ne pas (encore) passer pour le plus gros weirdo de la planète. Ou, en tout cas, on vous donnera des exemples de choses à ne pas faire, comme aborder des sujets deep avec une personne que vous ne connaissez pas dès la première seconde.
Extrait de son nouvel album Parader, sorti le 21 novembre 2025, Conversation Coach fait suite au style du clip Operator, où l’on retrouve ces personnages en papier découpé qui illustrent les paroles de l’artiste anglais Keaton Henson. Des découpages simples, presque naïfs et enfantins, mais qui sont touchants de sincérité et dont l’animation les rend presque mélancoliques, surtout quand on sait que ces clips ont été réalisés par Keaton Henson lui-même. Ça leur apporte une dimension encore plus personnelle, tout comme le titre que ce clip illustre.
Et n’oubliez pas : la meilleure chose à faire, au final, quand on ne sait pas quoi dire ni comment interagir avec les gens, c’est de se taire et d’attendre d’être à l’aise. Ça va aller.
Tessa Rose Jackson – Built To Collide
Dans Built to Collide, premier extrait de son nouvel album à paraître le 23 janvier prochain, Tessa Rose Jackson nous invite à nous moquer un peu de nous-mêmes, à nous accepter comme on est et surtout à lâcher la rambarde quand on répète les mêmes erreurs. Ça nous est déjà tous·tes arrivé·e·s de rappeler une ex-relation, de se remettre à fumer, de se retrouver encore dans une impasse ou dans toute autre situation similaire qui nous est déjà arrivée moult fois. À chaque fois justement, on remet une pièce dans la machine et on repart sur nos vieux schémas. Et ce n’est pas grave.
Dans Built to Collide, qu’on pourrait traduire par “faits pour entrer en collision”, Tessa pousse son coup de gueule, parce que parfois, on vit et on apprend, et parfois, on vit et on n’apprend pas. On répète tous de vieilles erreurs, on trébuche encore et encore dans les mêmes nids-de-poule, et cette chanson en est une célébration.
Porté par un clip réalisé par Bibian Bingen, Tessa Rose Jackson opère la même chorégraphie dans différents lieux, à différentes heures du jour et de la nuit, afin de bien appuyer sur ce côté répétitif des choses que nous pouvons faire à plusieurs moments de nos vies. Mais Built to Collide n’est pas une musique dramatique, loin de là. La folk de Tessa nous emporte dans un lâcher-prise et on aurait bien envie, nous aussi, de danser sur la plage, la nuit.
Olive Jones – Kingdom
Attaquer le Brexit avec véhémence mais avec classe, il n’y avait qu’une anglaise pour le faire. Après avoir déjà dévoilé End of Time, Colour On The Wall, Talk About Love, Olive Jones partage cette semaine Kingdom et annonce dans la foulée la sortie de son 1er album For Mary pour le 13 mars.
Kingdom, c’est la dénonciation du Brexit, son écœurement à l’égard des dirigeants anglais et du système monarchique. « J’étais tellement bouleversée par le Brexit et encore plus bouleversée par l’arrogance et l’ignorance de la Grande-Bretagne en tant que pays à cette époque. Kingdom est mon hymne politique sur le bouffon qui a rendu cela possible. »
Olive Jones aurait pu sortir l’artillerie lourde, monter les beats et les décibels. Mais que nenni, l’artiste émergente a préféré un élégant groove R&B pour mettre en musique un vrai brûlot qui lui vaudra peut-être quelques colonnes dans les tabloïds. Who knows.
Une élégance qu’on retrouve aussi dans le clip réalisé par Olivia Sofia Ferrara. Entre ombre et lumière tamisée, les plans d’Olive Jones alternent montrant sa silhouette à la guitare ou sa bouche, élégamment maquillée, en train de porter son message. Cette élégance marque un contraste saisissant avec le passage central : une orgie sale de mets so british, incarnant le dégoût et l’aversion qu’elle porte aux dirigeants du royaume plus très uni.
Et le résultat est ultra efficace : God save Olive Jones !