La musique ça s’écoute, mais parfois ça se regarde aussi. Chaque semaine, La Face B vous sélectionne les clips qui ont fait vibrer ses yeux et ses oreilles. Tout de suite, la deuxième partie de notre sélection 287 des clips de la semaine.

Les Louanges – La journée va être chaude
Troisième extrait de son prochain album à venir, Alouette! Le 10 avril prochain, Vincent Roberge, aka Les Louanges, interpelle sur l’inaction du monde et la politique de l’autruche de certains face à la question du dérèglement climatique avec La journée va être chaude, en scandant haut et fort : “Alors que la maison brûle / On fait comme tout le monde”.
Si vous avez bien révisé vos cours d’histoire, vous verrez aussi la référence à Jacques Chirac en ouverture de son discours devant l’assemblée plénière du IVe Sommet de la Terre, le 2 septembre 2002 à Johannesburg, en Afrique du Sud, où il déclarait : “Notre maison brûle et nous regardons ailleurs”. Bon, on dira ce que l’on voudra de Jacquo et de son “engagement” écologique par la suite, et même avant cet événement, mais cette phrase était drôlement bien sentie et reste encore aujourd’hui un bel analogisme.
Le clip de La journée va être chaude est, comme les deux autres, signé par Charles-Antoine Olivier (CAO), et on apprécie là encore la simplicité des plans et la qualité de l’image : Les Louanges, la nature, rien de plus. On y raconte une histoire et on sent l’intensité des propos à travers les images et la musique. Que demander de plus quand deux personnes talentueuses se rencontrent et décident de travailler ensemble ? Rien. On se tait et on apprécie.
Laura Perrudin – Time Thieves
On s’aventure cette fois-ci dans une écoute qui va bousculer un peu vos habitudes, mais qui va faire du bien à vos oreilles. Troisième single de son album TEMPUS, qui sortira le 23 janvier, Laura Perrudin nous présente cette semaine Time Thieves, une chanson sur le vol du temps, la prédation de l’attention et l’accélération généralisée dans laquelle nous baignons — et nous noyons parfois. Elle met en mots l’aliénation contemporaine des flux, l’injonction à la performance permanente, et se demande ce que nos régimes d’attention fabriquent de nous.
Portée par une harpe celtique préparée, Time Thieves est sans aucun traitement électronique ni overdub : tout est produit mécaniquement, en transformant physiquement le son de la harpe avec des objets coincés dans les cordes, pour le rendre percussif et abrasif. Les petits geeks de musique que vous êtes ont sûrement déjà vu et/ou entendu des pianos préparés, comme dans les pièces de John Cage ou encore d’Erik Satie dans Le Piège de Méduse, où l’on ajoute des éléments sur les cordes d’un piano afin d’en altérer le son et de créer autre chose.
Réalisé par Mendori Films, le clip a été tourné en plan-séquence dans un garage désaffecté à Rennes, transformé en atelier artistique par un collectif informel et anonyme.
Bonnie « Prince » Billy – They Keep Trying To Find You
La nouvelle année a démarré de manière toute à la fois étrange et brutale et c’est avec un grand besoin de douceur que l’on s’est tourné vers Bonnie « Prince » Billy et son morceau They Keep Trying To Find You, premier single d’un album attendu pour le mois de mars prochain.
De la douceur, ce titre en regorge dans son écriture folk qui met en orbite la voix à la beauté irréelle du musicien. Cependant, dans l’écriture, c’est bien la noirceur de l’époque, ici transformée en poésie, qui transparait. Un monde en grand bouleversement qui impacte chacun. Dans They Keep Trying To Find You observe l’autre et ce qui l’impacte, il note la dépression, la perte de sens et l’isolement qui frappe la personne face à lui. Ce besoin de refuser le monde, de l’ignorer et de se renfermer sur soi même petit à petit, tant ce qui nous entoure ne semble plus représenter ce que l’on recherche.
Cette sensation se fait encore plus présente dans la vidéo réalisée par Abi Elliott. Dans un décor à moitié détruit et désœuvré se joue une étrange chorégraphie entre notre héroïne et un monstre qui l’observe et la traque. Entre la fuite, la confrontation et les jeux de miroirs, on assiste à une sorte de métaphore entre l’humain et le monstre qui grandit peu à peu en lui, cette part de soi que l’on cherche souvent à rejeter alors qu’il serait parfois plus simple d’apprendre et de coexister pour mieux avancer.
Sam Quealy – By My Side (feat. Marlon Magnée)
En ce dimanche matin, on se réjouit de vous proposer d’écouter et surtout de visionner ce titre aussi solaire que coloré. On tourne le bouton au maximum. Sam Quealy et Marlon Magnée prennent possession du studio sur By My Side.
Sam Quealy, artiste australienne, reine du gabber et de l’hyperpop, nous invite dans une danse libérée et désinvolte aux côtés de Marlon Magnée, co-créateur du groupe La Femme. Sortez les lunettes de soleil, et assumez la cravate à pois. C’est une immersion dans les 70’s, du groove, un mélange de pop et d’électro réconfortant. Les plans sont très bien construits. La scène devient leur terrain de jeu. Si la mélodie est entêtante, le solo de guitare clôt le tableau et révèle son potentiel. Avec la lueur d’une fin d’après-midi, By My Side est une douce parenthèse, qui nous donne surtout l’envie de s’amuser et de lâcher prise. Complices, leurs voix se répondent sans se confondre. Une balle de ping pong rebondit entre les 4 murs de notre pièce intérieure, qui avait certainement besoin d’un peu de chaleur.
A$AP Rocky – Punk Rocky
Quitte à faire une entrée, autant qu’elle se fasse dans un cadre mémorable. Le retour d’un artiste avec un nouvel album après une longue absence, une pochette confiée à Tim Burton, un premier clip réunissant Winona Ryder et Danny Elfman, figures indissociables de l’univers du cinéaste : tous les éléments sont réunis pour une collaboration aussi ambitieuse que singulière, portée par un titre aussi sombre qu’envoûtant. A$AP Rocky a dévoilé lundi dernier Punk Rocky, premier extrait de son prochain opus.
Prendre à bras-le-corps la dualité et la brutalité des sentiments amoureux en les mettant en images, dans une atmosphère à la fois familière et pourtant irréelle, faite de violence et de danse. Cette création s’inscrit comme une nouvelle strate d’un univers sensoriel dont les curseurs sont volontairement poussés à l’extrême. Il ne reste alors qu’à se laisser happer par cette proposition sonore, à accepter l’invitation et à poser un pied dans un territoire encore inexploré.
L’immersion se poursuivra dès vendredi prochain avec Don’t Be Dumb, titre de ce nouvel album, attendu comme une échappée créative et un véritable moyen d’évasion en ce début d’année.
Searows – Dirt
Avec Dirt, Searows livre l’un des moments les plus dépouillés et poignants de Death in the Business of Whaling, son nouvel album attendu le 23 janvier 2026 chez Last Recording On Earth / Communion. Dans sa forme la plus nue, guitare-voix sans fard, Dirt laisse toute la place à l’émotion et au récit intérieur. Telle une berceuse fragile, la voix d’Alec Duckart flotte au-dessus des cordes entre méditation et contemplation. Tandis que le refrain, porté par de discrètes harmonies, agit comme un point d’ancrage apaisant.
Sur le fond, Dirt explore le sentiment d’enfermement émotionnel, cette impression d’être coincé dans une relation ou un état intérieur dont on ne parvient plus à s’extraire. Le texte évoque la peur, la confusion et la perte de repères, jusqu’à ce sol qui finit toujours par nous ramener à la terre, à l’inévitable. Une réflexion mélancolique sur le besoin de combler l’autre, même lorsque cela nous prive de nos propres ailes.
À propos du morceau, Searows confie : « Quand j’ai commencé à écrire cette chanson, je ne savais pas vraiment ce que je voulais dire. (…) Elle parle des cycles répétitifs que l’on apprend de son environnement ou de sa culture, du chaos qui nous entoure, et de cette impression de ne rien pouvoir faire d’autre que le regarder se produire. Parfois, on peut créer de l’art à partir de ce chaos, sans savoir s’il s’agit d’une compréhension nouvelle ou simplement de son reflet. »
Le clip, produit et dirigé par Karlee Boon et Marlowe Ostara prolonge cette vision épurée avec élégance. Tourné en noir et blanc, il alterne plans serrés et plans larges de Searows, guitare à la main, et images de paysages ou de formes en mouvement. Chaque plan respire, chaque silence visuel répond à la retenue musicale de la chanson.Une sobriété visuelle révélatrice : Dirt n’a définitivement besoin d’aucun artifice pour toucher juste. Le clip capte cette tension singulière entre mélancolie et liberté, signature de Searows, où la tristesse n’est jamais figée mais traversée d’élans lumineux. Une émotion brute discrète mais constante qui frappe en plein cœur.
Avec Death in the Business of Whaling, Searows amorce un tournant important. Enregistré fin 2024 dans une ancienne écurie près de Seattle avec le coproducteur Trevor Spencer (Father John Misty, Beach House), l’album marque une volonté d’élargir le spectre sonore tout en adoptant une écriture plus symbolique, proche du folklore et de l’inconscient — « viscérale plutôt que littérale ». Dirt incarne parfaitement cette nouvelle direction : une chanson intime, codée et universelle, qui ne cherche pas à expliquer, mais à faire ressentir. Searows sera en concert le 30 mars à la Bellevilloise une occasion de retrouver cette musique dans sa forme la plus pure : une voix, une guitare, et une fragilité qui devient force.
Natanya – On Ur Time
Il est l’heure. Les Anglais débarquent, et avec eux cette sensation familière d’assister à une (re)naissance. Natanya traverse un moment charnière dans sa carrière en signant un beau retour avec un run dont on peine à détourner le regard. Son nom circule de bouche en bouche, adoubée par celles et ceux que l’on écoute religieusement. Natanya n’est pas encore partout, mais elle devrait être entourée en rouge sur votre watch list 2026. C’est un secret trop beau pour rester caché.
Ni titre phare du projet, ni complètement oublié, On Ur Time naviguait jusque-là entre les deux, discret mais présent. Aujourd’hui, il commence à avoir son heure de gloire, fort de sa place dans un projet très bon dans son ensemble, où chaque titre a son tour pour se révéler.
Sa pop rnb joue avec le passé sans jamais s’y enfermer. Elle convoque la nostalgie comme on feuillette un vieux carnet, avec sourire, malice et amusement. Il y a dans sa voix quelque chose d’étrangement addictif, des gimmicks qui s’accrochent à l’oreille comme un refrain qu’on se surprend à fredonner sans s’en rendre compte. Un charme insistant, presque hypnotique. Elle semble prête à conquérir le monde et on n’attend que ça.
MPL & Ben Mazué – Fleur Bleue
Le quintette MPL s’unit à Ben Mazué pour rendre hommage aux sentimentaux et aux romantiques. Avec leur titre Fleur Bleue, les musiciens racontent que l’on est tous un peu « fleur bleue ». « Si on te dit que tu es fleur bleue / Dis-toi que tu n’es pas seul, et qu’on est au moins deux », chante en chœur Ben Mazué avec le groupe. Ce morceau floral est une véritable ode à l’amour, même celui qui fait pleurer ou du mal.
Pour mettre en image ce titre pop et pétillant, le réalisateur Juan Jonquères d’Oriola met en scène MPL et Ben Mazué dans un salon de coiffeur : un lieu propice aux confidences et aux renouveaux. Changer de coupe de cheveux comme on change l’eau des fleurs. Fleur Bleue donne le ton du prochain album de MPL qui sortira le 30 janvier prochain.
Seafret – Signal Fire
Avec Signal Fire, Seafret ouvre un nouveau chapitre de sa discographie. Premier aperçu de Fear of Emotion, leur quatrième album attendu le 27 mars 2026 via Nettwerk, le titre marque un retour fort et inspiré pour le duo du Yorkshire, Jack Sedman et Harry Draper. En ce début d’année, ils dévoilent un morceau ample et fédérateur, accompagné d’un clip à la fois intime et résolument cinématographique. Ballade folk portée par un banjo délicat, Signal Fire s’installe d’abord dans une retenue émotionnelle avant de déployer progressivement ce crescendo cathartique devenu la signature de Seafret — un groupe qui n’a jamais cessé de placer l’émotion au cœur de sa musique.
Mais Signal Fire, ça parle de quoi ? De la promesse d’être toujours là pour l’autre, malgré les doutes, le temps qui passe et la peur de se perdre. À travers des images de saisons qui défilent et de souvenirs partagés, Seafret dépeint un lien fragile, mis à l’épreuve par l’éloignement et l’usure. Le refrain, lui, se veut chaleureux et rassurant : quoi qu’il arrive, il suffira d’un signal, d’un S.O.S., pour se retrouver. Le duo explique que Signal Fire « a été écrit comme un rappel que l’aide existe et que l’on n’a jamais à affronter l’obscurité seul ». Ils précisent : « L’histoire racontée dans les couplets est centrée sur une relation, mais nous voulions que le refrain soit plus universel, qu’il aille au-delà de ce cadre. »
Réalisé et produit par Ian Couson, le clip illustre avec justesse cette quête émotionnelle. On y suit un homme solitaire qui capte un message à la radio — un appel à l’aide, un S.O.S. Il prend des notes, identifie une localisation, puis se met en route, vêtu comme un randonneur, bâton à la main. Tout au long du morceau, la caméra l’accompagne alors qu’il quitte la ville, traverse un pont, découvre un message dans une bouteille et s’enfonce dans une forêt verdoyante. Son périple le mène à travers la campagne anglaise, ses paysages agricoles et naturels, jusqu’à une plage dominée par un phare. Là, il retrouve d’autres personnes, elles aussi guidées par le même appel.
Signal Fire marque ainsi un retour à l’essentiel pour Seafret. Comme ils l’expliquent eux-mêmes : « Les chansons de Fear of Emotion sont nées de tout ce que nous avons traversé ces dernières années — les moments lumineux et magnifiques, mais aussi les zones d’ombre qui les accompagnaient. Nous ne voulions pas d’un seul morceau qui ne soit pas sincère ou ancré dans quelque chose de réel. Faire cet album a été une joie du début à la fin. Les collaborations ont apporté une part de magie que nous n’aurions pas pu créer seuls. ».
Plus qu’une entrée en matière, Signal Fire pose les bases émotionnelles de Fear of Emotion. Une chanson et un clip qui misent sur la retenue et l’authenticité, confirmant la capacité de Seafret à transformer l’intime en expérience universelle