Les clips de la semaine #290 – Partie 1

La musique ça s’écoute, mais parfois ça se regarde aussi. Chaque semaine, La Face B vous sélectionne les clips qui ont fait vibrer ses yeux et ses oreilles. Tout de suite, la première partie de notre 290ème sélection des clips de la semaine.

KNEECAP – LIARS TALE

On les avait laissé à des controverses stupides et sans fin, des tentatives baillons pour les faire taire à mesure que leur popularité grandissait. Plutôt que de tomber dans la surenchère, les gars du nord de l’Irlande ont décidé de répondre sur le terrain qu’il maitrise le mieux, et celui qui nous intéresse le plus, celui de la musique.

Cette semaine, KNEECAP est donc de retour avec l’annonce d’un nouvel album pour avril intitulé FENIAN et un premier extrait au nom fort à propos : LIARS TALE.

Toujours dans son mélange d’anglais et de gaélique, le trio de Bellfast nous offre une nouvelle charge politique, un brûlot maitrisé qui charge la politique britannique et le monde en général porté par un flow toujours aussi maitrisé et un sens musical assez évident.

Cependant, si leur musique se veut toujours un savant mélange des genres, on sent une sorte de gravité dans la production, des sonorités plus industrielles qui pourraient les rapprocher de leur compatriote de Chalk et de YARD avec une production plus pop à certains endroits.

Pour accompagner ce retour, KNEECAP laisse à Thomas James le soin de réaliser la vidéo de LIARS TALE. Rempli de symbolisme, alternant entre le noir et blanc et les teintes de rouge, la vidéo nous entraine dans un monde terrifiant et puissant où l’on rencontre des vampires, des zombies et tout un tas d’être étrange qui semblent diriger la Grande-Bretagne. On remarque aussi des clins d’oeil assumés au présent et au passé dans un rendu qui alterne l’absurde et la terreur, dévoilant en quelques minutes le chaos dans lequel nous vivons actuellement.

Bibi Club – Washing Machine

Il y a comme un élan de gravité qui habite Bibi Club depuis quelques temps. Leurs derniers concerts, plus sombres et brutaux, le laissaient entrevoir et le premier single de leur album à venir, Amaro, amenait un équilibre étrange entre la vie et la mort, nous poussant à danser sur les cendres du deuil en attendant la renaissance.

Washing Machine suit ce chemin fascinant, portée une vidéo minimaliste d’Anna Arrobas. Sur un fond noir, on voit s’alterner des éléments anciens, sortes de fossiles d’une époque révolue, de civilisations disparues représentées par des objets en mouvement chacun rempli d’un symbolisme défini, échos de souvenirs que l’on caresse pour se rappeler le monde brumeux de certains souvenirs.

Washing Machine raconte le deuil et comment on avance malgré tout, les éléments laissés par une personne disparue comme des fragments qui nous suivront dans le temps, des traces d’une présence disparue comme dans ce clip étrange et pourtant si clairvoyant sur ce que le morceau nous raconte.

Sombre mais jamais désespéré, le morceau de Bibi Club choisi le chaos, le mélange des éléments entre douceur et pulsation violente, le tout guidé par la voix d’Adèle Trottier-Rivard. Washing Machine capture le deuil, la tristesse et le temps qui passe sans jamais en faire trop, comme si le duo se la jouait équilibriste sur un fil entre la danse et l’immobilisme, l’espoir et le renoncement, la vie et la mort.

Amaro, le troisième album de Bibi Club, est prévu pour le 27 février prochain et le duo sera de passage en France en avril pour une série de concerts.

La Maison Tellier – Love again

Voici les normands de retour pour annoncer un nouvel album. La timidité des arbres sortira en avril, et son premier single est déjà disponible. Dans l’effectif, quelques changement semblent avoir eu lieu, et la famille Tellier s’être agrandie. Love again est une romance, un retour à la vie comme on en souhaite à chacun. Aimer, c’est beau, c’est rare. Il faut s’en saisir comme Helmut Tellier semble si bien le faire.

Son clip, réalisé par Jeff Tellier, est une romance interstellaire : deux cosmonautes y parcourent un désert qu’eux seuls semblent avoir découvert. C’est peut-être ça tomber amoureux. Tout est neuf, tout est donné dans l’instant, tout est à découvrir pour la première fois. On explore des territoires que l’on croit inconnus de tous. Alors, on comprend la métaphore ici, qui est belle, de l’arbrisseau planté en plein désert ; l’amour est la promesse fragile de la vie, la tentative encore vulnérable de construire ; mais on avoue ne jamais trop savoir quoi penser de ces clips dont la création semble assistée par l’intelligence artificielle.

On se réjouit du moins que La Maison Tellier soit de retour. Que l’amour batte son plein. On a hâte de découvrir la timidité des arbres qui succèdera à cette première pousse. On l’espère organique comme ils savent si bien le faire, nos cowboys rouennais préférés

Serge de York – Cool apocalypse

Alors, peut-être que ça n’est pas une petite rubrique de clips de la semaine qu’il faudrait consacrer à Serge de York, c’est un véritable entretien : et rassurez-vous, il est en chemin. C’est que Cool apocalypse, qui est sorti il y a dix jours, n’est pas un simple album : c’est une histoire sur huit titres, et également un moyen métrage de vingt minutes.

Winston, le personnage principal, y est le dernier humain sur terre, maintenu en vie par une intelligence artificielle et un robot. Il faudrait dire tous les enjeux qu’un pareil travail soulève : parce que c’est une dystopie filmique et musicale qui utilise, pour se réaliser, les outils à propos desquels elle met en garde. Alors, il y a un sentiment d’angoisse qui nous saisit tout au long de ce travail réalisé à demi en prise de vue réelles, à demi en séquences générées par intelligence artificielle.

Un sentiment d’être confronté à un futur dont l’écriture a déjà commencé. Dont nous sommes toutes et tous les acteurs inconscients et impuissants. On ne saurait trop recommander de jeter un oeil à cette Cool apocalypse, qui, en sus de l’angoisse, regorge tout de même d’éléments de beauté ; à commencer par cette chorégraphie du robot Hespée, qui découvre sur une cassette les archives d’un amour dansant et se pique de l’imiter.

Ça va où, ces histoires d’IA ? On va où, nous tous ? On ne sait pas bien, mais peut-être qu’on gagnerait à suivre un peu Serge de York pour le savoir.

Sean Solomon – Black Hole 

En ce dimanche matin, le talentueux guitariste Sean Solomon nous conte une nouvelle fable intitulée Black Hole. Ses images se déploient sur une toile pop folk. Quelles couleurs, quelles formes, prennent nos émotions sur le papier ? Le jeune musicien nous livre ici un poème intime, à la fois mélancolique et savoureux (qu’il a lui-même dessiné). 

Avec Black HoleSean Solomon explore ces images qui nous traversent, et flottent parfois, là, dans les méandres de notre esprit. La boucle grandit. C’est une ode aux sentiments amoureux et à ces états d’âme passagers. Le rythme est lent. Émerger d’un rêve, dehors la brume recouvre le paysage. Un voile invisible se dresse entre nous et le monde. À l’intérieur, les objets en mutation continuent de tourner. Le crâne devient une boîte magique et complexe. Écran cathodique, soucoupe volante, poupées russes, une dernière pétale … tout prend sens. 

J’ai pensé aux dessins de Michel Gondry, et à son documentaire « Is the Man Who is Tall Happy? », peut-être pour la spontanéité et la poésie. Cette capacité à poser des images sur des choses pourtant invisibles. J’ai pensé qu’il pourrait exister un pont entre ces deux protagonistes. Sur ce nouveau titre, Sean Solomon nous ouvre les portes de son monde. Par un simple trou de serrure, on vous laisse la joie de le découvrir. 

The Snuts – Summer Rain

Avec Summer RainThe Snuts are BACK. Annoncé comme un single, le morceau s’impose déjà comme un premier aperçu d’un potentiel quatrième album. Plus qu’un simple retour, Summer Rain marque une nouvelle étape pour le groupe écossais, désormais plus vulnérable, plus frontal, mais aussi plus fédérateur que jamais.

De retour après Millennials (2024), le quatuor de West Lothian réapparaît profondément transformé. Entre tournée mondiale, succès fulgurant et transition vers la vie de famille, le groupe a traversé une période de pause, de recentrage et de reconnexion à ses racines. C’est dans ce contexte que Jack Cochrane écrit Summer Rain, un titre intensément personnel, inspiré par l’expérience de dépression post-natale vécue par sa femme après la naissance de leur enfant, alors que le groupe était en pleine ascension. « Ma femme traversait une période très difficile de dépression post-natale. Nous venions d’avoir un enfant au moment où le groupe venait de sortir son troisième album et partait en tournée. C’était beaucoup trop à gérer avec un nouveau-né. »

Loin d’un simple témoignage, Summer Rain capture le choc du retour à la réalité après la vie en tournée, l’impuissance face à la souffrance de l’autre et la nécessité de grandir — humainement autant qu’émotionnellement. « Je pensais pouvoir tout arranger — c’est un réflexe très masculin — puis j’ai dû réellement mûrir. Sur le plan des paroles, la chanson parle de l’impact du changement, de la peur de l’avenir, mais aussi d’une volonté, voire d’une supplique, de repartir à zéro et de retrouver un bonheur fonctionnel. »

Au-delà de cette réalité brute, Summer Rain s’impose comme une véritable déclaration d’amour. Une chanson qui célèbre l’amour-refuge, capable de transformer l’incertitude et les moments difficiles en quelque chose de doux et rassurant. Summer Rain raconte ainsi une reconstruction émotionnelle : s’ouvrir à l’autre, accueillir le changement et retrouver la beauté dans les choses simples, même après la tempête.

Musicalement, The Snuts restent fidèles à leur ADN indie rock, tout en y injectant une fraîcheur pop immédiate. Guitares punchy, rythme entraînant, refrain fédérateur : Summer Rain donne envie de danser, de sauter et de chanter à l’unisson, sans jamais édulcorer la gravité de son message. Un équilibre subtil entre ombre et lumière, où les tonalités les plus lumineuses finissent par l’emporter. « La chanson raconte les complications réelles vécues lors d’une période partagée de dépression post-natale, l’impact du changement et la peur de l’avenir. Elle exprime surtout une volonté de recommencer, de retrouver une forme de bonheur fonctionnel. »

Ce clair-obscur émotionnel se prolonge dans le clip réalisé par Charles Gall, pensé comme une performance visuelle abstraite et onirique. Tourné entre une ancienne forêt écossaise et une plage voisine, le clip se construit en deux temps, avec deux récits qui se répondent.

D’un côté, une storyline en noir et blanc, presque oppressante : Jack Cochrane seul dans la nature, étendu au sol, regard caméra, hanté par des images symboliques d’épouvantails et d’abeilles — reflets de pensées envahissantes et anxieuses. De l’autre, une narration lumineuse, où un groupe d’enfants court librement dans les mêmes paysages. Rieurs, insouciants, vêtus de chemises blanches et brandissant des drapeaux faits main, ils incarnent l’innocence, le courage et l’espoir. « Nous voulions créer une atmosphère de panique, de peur et d’incertitude afin de représenter visuellement ces sentiments très humains et universels, dans une séquence surréaliste et onirique. Les enfants symbolisent l’innocence et permettent de transformer les peurs en espoir. » explique Jack Cochrane

Au fil du morceau, les deux récits finissent par se rejoindre : la lumière gagne, sans effacer totalement l’ombre, mais en la traversant.

Premier single publié via leur propre label Happy Artist, en partenariat avec Virgin Music GroupSummer Rain donne clairement le ton : celui d’un chapitre plus introspectif, plus ambitieux et sans doute le plus sincère de The Snuts. Un retour fort, nécessaire et résolument rassembleur. 

Sienna Spiro – Die On This Hill

Sienna Spiro revient avec Die On This Hill, un titre qui marque un virage définitif dans sa carrière. À seulement 20 ans, cette Londonienne aux racines jazz et soul frappe fort avec ce morceau hypnotique qui parle d’amour obstiné, du genre qui vous fait rester quand vous savez que vous devriez partir

Le clip, réalisé par Cole Bennett, traduit cette dynamique en images saisissantes. Dans une pièce presque vide, Sienna est assise face à un mannequin en toile et semble dépourvue de toute émotion. Elle danse avec lui, lentement, comme si ce mouvement suffisait. Mais alors que le morceau avance vers son apothéose dévastatrice, la scène bascule : Sienna se retrouve sur le sol, entourée de tissus déchirés, , des miettes symboliques de ce qu’elle croyait être de l’amour. Le noir et blanc amplifie cette sensation de dépossession.

Un clip qui confirme ce que ses fans savaient déjà : Sienna Spiro n’est pas qu’une voix, c’est une présence

Dean Lewis – I am Getting Well

Dean Lewis revient avec I Am Getting Well, un morceau qui parle d’une décision prise dans la vulnérabilité : celle de chercher de l’aide et de ralentir. Après avoir traversé une période sombre l’année dernière, l’artiste s’est volontairement retiré dans un centre de désintoxication en novembre 2025. Ce qu’il en a ramené, c’est cette chanson.

I Am Getting Well ne fait pas croire que la guérison est facile ou linéaire. Les paroles sont brutes : le soleil qui se lève mais qu’il ne sent pas sur sa peau, les saisons qui changent sans rien changer en lui, cette incapacité à sortir du lit. « Il y a quelque chose qui cloche dans ma tête » et c’est dans cette honnêteté qu’on sent la différence. Ce n’est pas une ballade de rupture soigneusement construite, c’est un cri de quelqu’un qui essaie vraiment, même quand c’est difficile de croire que ça s’améliorera. 

Franz Ferdinand – U Should Not Be Doing That (cover Amyl And The Sniffers)

Un an après la sortie de « The Human Fear »Franz Ferdinand surprend là où on ne les attendait pas forcément, en s’attaquant à « U Should Not Be Doing That » d’Amyl and The Sniffers. Le groupe écossais s’approprie le morceau avec une agilité déconcertante, sans vraiment mettre de côté son origine punk. Les guitares se font plus sèches, le groove reste nerveux, et Alex Kapranos y imprime naturellement son identité. Une relecture qui respecte l’esprit originel tout en le faisant glisser dans l’univers si reconnaissable de Franz Ferdinand, et franchement, ça fonctionne à merveille.

Pour l’occasion, le groupe ne fait pas les choses à moitié : ce cover est disponible sur toutes les plateformes de streaming et s’accompagne d’une live session captée pour la radio australienne Triple J, dans le cadre de leur format culte Like A Version. Une performance, qui rappelle à quel point Franz Ferdinand reste un formidable groupe de scène. On se réjouit surtout de voir ces artistes, qui ont accompagné notre adolescence, tendre l’oreille vers ce qui se fait aujourd’hui sur la scène rock et punk internationale. Et quelque part, on espère que ce goût pour cette énergie contemporaine viendra nourrir de futurs morceaux bien rugueux pour la suite.

Suzanne Belaubre – A mon rythme

Après le très poétique Si je suis un arbreSuzanne Belaubre revient avec A mon rythme. L’artiste y aborde la difficulté à se construire et à s’assumer.

Dans un monde où l’image est reine et les écrans légions, Suzanne Belaubre revendique le droit d’être soi-même, entendez différent, quitte à paraître (un peu) à contre-courant.  « Il n’y a pas d’autre arbitre que celui de nos pensées Il faut aller à son rythme pour l’écouter »

Un morceau minimaliste, plein de courage et de malice, mis en images par Maxime Morin sur une idée originale de Suzanne Belaubre elle-même. On y voit l’artiste, seule, dans un cocon douillet, en train de rêvasser au coin du feu. Puis, elle décide de feuilleter son carnet de dessins et d’y ajouter 2 yeux qu’elle découpe pour les positionner sur les siens.

Des traits presque enfantins pour représenter ces yeux symboles de découverte et de connaissance, aux pupilles multicolores tout comme la veste de Suzanne Belaubre et le logo de Google ? 

Affublée de ces yeux, Suzanne s’élève symboliquement en montant les escaliers qui la mènent vers une bibliothèque, temple du savoir conventionnel et vérifié. C’est doux et c’est malin, tout ce qu’on aime !

Crystal Murray – Keystar

Après un premier album teinté de sonorités club – Sad Lovers And Giants (2024) – Crystal Murray change de cap. À en croire son single Keystar, sorti le 22 janvier, ce nouveau chapitre s’annonce plus organique, tout en restant éclectique, à l’image de son œuvre, qui se nourrit depuis toujours d’influences multiples.

L’arrangement épuré mêle joliment indie folk et trip-hop et met particulièrement bien en avant la voix de l’artiste franco-américaine. Peu traitée, celle-ci apparaît dans toute sa puissance, avec une légèreté assumée qui donne un air de confidence au morceau. Cela colle bien au propos, puisqu’il s’agit d’une chanson introspective, qui parle de la liberté de l’enfance et de la sensation étrange de devenir celle qu’on voulait être. Les différents registres utilisés par l’artiste montrent bien les émotions contradictoires qui peuvent survenir lorsque le rêve devient réalité.

Le clip symbolise ce flou entre rêve et réalité, en mettant en scène Crystal Murray dans des tableaux nocturnes et oniriques. Elle danse au milieu des arbres, tombe et survole un tapis de feuilles qui s’apparente à un ciel étoilé. Les cinéphiles les plus averti.e.s noteront également un clin d’œil à la célèbre réplique de Mia Goth dans le film Pearl – « I’m a star ! » – qui, à sa façon, parle aussi d’identité. 

Crystal Murray n’est qu’au début de sa métamorphose, et il faut bien dire que nous avons hâte de voir découvrir cette nouvelle page de son projet ! 

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