La musique ça s’écoute, mais parfois ça se regarde aussi. Chaque semaine, La Face B vous sélectionne les clips qui ont fait vibrer ses yeux et ses oreilles. Sans plus attendre, la première partie de notre sélection 291 des clips de la semaine.

NORD//NOIR – Pas mort
Après une série de singles, les héros masqués de la scène nordiste, NORD//NOIR, débarque cette semaine avec Pas Mort, extrait de leur tout premier EP FAIT D’AMOUR prévu pour le 06 mars prochain.
Des gros kicks et un mantra hurler à l’infini pour contrer une existence morne, Pas mort est un morceau puissant, intense et obsédant qui met en place toutes les obsessions de NORD//NOIR : de la puissance pleine de tendresse, une musique qui ne s’embarrasse pas des genres et un duo qui a besoin de crier son besoin de vivre dans un monde de plus en plus noir et dépriment. NORD//NOIR c’est une bagarre entre la poésie et la techno qui se finit dans un gros câlin qui fait du bien.
Pour accompagner cette ode à l’amour de soi et de l’existence, le duo fait confiance à Nico Bonvoisin qui nous dévoile un clip léché en noir et blanc, ne se refusant aucune ambition et permettant à la musique de NORD//NOIR d’étendre ses territoires.
Dans un hangar désaffecté de ce qui semble être un monde post-apocalyptique, on assiste au combat entre notre héros immortel et un boxer qui n’a pas envie de retenir ses coups. Autour d’eux, une meute en furie venue se délecter de se combat. Le tout nous offre une métaphore, une image mentale de quelqu’un qui se débat contre lui même et finit par gagner, un univers fou et puissant qui tape fort et juste.
Violence et boule à facettes, un programme parfait qui ouvre la porte des nouvelles aventures de NORD//NOIR qu’on a hâte de retrouver prochainement sur scène.
TOMORA – COME CLOSER
TOMORA c’est l’association inattendue de Tom Rowlands des Chemical Brothers et d’AURORA. Inattendue sur le papier mais pourtant absolument évidente à l’écoute des singles.
Une rencontre musicale et libre qui continue de se dévoiler cette semaine avec COME CLOSER, nouveau morceau qui donnera aussi son nom à l’album de TOMORA prévu pour le mois d’avril prochain.
COME CLOSER nous baigne dans un univers au calme apparent, une danse de possession portée par la voix cirstaline d’AURORA et des nappes synthétiques qui, malgré la douceur, créent une sorte de tension bienvenue, comme si une sorte de danger s’apprêter à nous frapper. Ce qui ne manque pas d’arriver dans les derniers instants explosifs du morceau.
Adam Smith and S T A R T ! subliment ensemble le morceau de TOMORA grâce à une vidéo aussi sobre que fascinante.
Un rendu en noir et blanc et une lumière qui se promène, mettant en avant les ombres et le visage d’AURORA qui fixe la caméra comme si elle cherchait à transpercer nos âmes. On regarde sans détourner le regard alors qu’elle alterne les expressions et les émotions, le tout changeant avec une rapidité impressionnante, passant de quelque chose de rassurant à une imagerie parfois plus inquiétante.
Pour le reste, il faudra attendre jusqu’à février et on espère aussi que le duo aura la bonne idée de ramener sa musique sur scène.
Ariane Bonzini – J’ai besoin de toi
Ariane Bonzini est stylé et sa musique nous fait du bien au cœur. On pourrait s’arrêter là, mais il mérite beaucoup plus, et même si il a pris son temps, il est désormais là et bien là, avec une place de choix dans un coin de nos cœurs.
Si vous voulez savoir pourquoi, on vous invite à regarder sa session COLORS pour son morceau j’ai besoin de toi.
Son morceau aurait trouvé sans problème sa place dans un film de Jacques Demy. Des mots simples qui frappent juste, une voix suave et innocente qui nous bouleverse, le tout sur des nappes de synthés dingues et une basse aussi discrète qu’évidente.
Ariane Bonzini c’est le coup de cœur absolu dès la première écoute, c’est l’amour à la première note, c’est les chansons d’amour et de vie qu’on a envie de voir nous accompagner jusqu’à la fin de nos jours.
Ariane si tu lis ça, on t’aime, on voulait juste que tu le saches.
Cheap Teen – City
Sur Youtube, à la fin de la présentation du clip de City par Cheap Teen, il y a cette phrase : « Respect each others in the mosh and in life in general, peace and cheers.«
Des mots simples mais importants et qui étrangement mais qu’il semble encore nécessaire de répéter à l’heure actuelle. Et bizarrement, ces mots résonnent aussi avec leur nouveau single.
Si ça dernière partie donnera à beaucoup des envies de se déchainer, on peut aussi voir un écho au texte de City. Ce lieu étrange, la ville, où l’on grandit, où l’on se déplace et où l’on change. Un lieu qui nous accueille, qui nous voit vivre et qui parfois ne vibre plus de la même manière lorsqu’on le retrouve après plusieurs années.
Avec City, Cheap Teen fait vibrer son punk charmant d’une petite dose de mélancolie bienvenue, un hommage aux endroits qui nous forment et qui nous rendent humain, qui donnent envie de changer et de s’échapper mais qui pourtant restent gravés en nous.
La vidéo de Clara Griot capte avec douceur et acuité cette énergie adolescente, alternant les lieus comme on explore des souvenirs et des instants où l’on redécouvre qui l’on est.
Un morceau et un clip qui parlera à tout le monde, à ceux qui sont perdus autant qu’à ceux qui se sont trouvés. À un moment ou un autre, comme dans toute bonne comédie américaine, on a besoin de retrouver la ville qui nous a fondé.
Arlo Parks – Heaven
La nuit devient ce recueil de doutes et de réponses sur des émotions dans lesquelles il est parfois laborieux de s’aventurer. Ce nouveau titre est peut-être une clé permettant une identification simple à nos propres doutes sentimentaux.
Plus contemplatif et plus rond dans son voile sonore, Heaven marque une nouvelle manière pour la musicienne britannique d’offrir ses propres démons au plus grand nombre, afin que chacun puisse se sentir écouté et compris. Se refaire le film d’une relation, la passer au ralenti, zoomer sur chaque détail pour comprendre ce que l’on cherche vraiment : un fil humain qui nous relie nombreux, rendant l’universel plus intime et rassemblant.
De légères notes de piano et une couche harmonique plus grave et mystérieuse rendent ce morceau déjà identifiable dans ce qui sera la prochaine tracklist du nouvel album d’Arlo Parks, à paraître le 3 avril prochain. Son précédent extrait, 2SIDED, et celui présenté aujourd’hui nous ont déjà démontré de manière assez efficace la direction sombre et mélancolique que prendra l’univers de son troisième disque.
Mitski – I’ll Change for You
Il y a une différence entre accepter une situation en détournant le regard pour éviter de l’affronter, et reconnaître que cette scène, si difficile à regarder, pourrait bien être le reflet de ce que nous sommes. I’ll Change for You embrasse cette idée : celle que le malheur peut devenir un révélateur, une impulsion pour éclaircir ce qui doit l’être et amorcer un changement, même avec la volonté la plus simple, la plus nue.
Les harmonies, sincères et profondément organiques, offrent à l’artiste une instrumentation limpide, fidèle à ce qu’elle maîtrise le mieux : une mélodie pure placée au service d’une cause imparfaite, mais intensément humaine.
Son nouvel album, prévu pour le 27 février, s’annonce comme un véritable flot de vérité et de beauté. À travers chaque morceau, Mitski semble construire une œuvre juste, percutante, et traversée de toute la délicatesse qui fait sa force.
Yael Naim – Wow
Voici quelques jours que Yael Naim teasait en dévoilant de très courts extraits du clip qu’elle a imaginé pour accompagner son titre Wow. Nous avons enfin pu le découvrir en intégralité cette semaine, et il tient toutes ses promesses.
Dans Wow, Yael Naim aborde avec beaucoup d’humour, d’ironie et d’autodérision aussi, la question de l’image que nous renvoyons / sommes poussés à renvoyer de nous, dans un monde de plus en plus approximatif comme dirait Cyril Mokaiesh. Une frénésie qu’on alimente en partie et qui nous fait parfois oublier qui nous sommes vraiment, la réalité de la vie et nos besoins les plus essentiels.
Yael Naim explore encore de nouvelles sonorités dans ce morceau, proche cette fois du hip hop avec la part belle aux percussions saccadées. L’artiste s’amuse à créer des ruptures de rythme, tout comme dans son clip où elle met en image le tumulte d’une journée en alternant des scènes quotidiennes que nous vivons tous, et d’autres en mode star à paillettes. Le rythme s’accélère progressivement jusqu’à la question « How long can you old on ? ». Puis c’est le point de rupture, Yael Naim craque et finit par s’échapper de ce tumulte pour se retrouver avec elle-même.
Wow est le dernier extrait de son album SOLAIRE, annoncé pour le 20 février prochain. L’artiste sera en tournée en France et en Suisse dès le 12 mars, avec Une Cigale parisienne déjà complète en avril.
Cyril Mokaiesh – Approximatif
Cyril Mokaiesh, c’est une plume acérée, un regard sans concession sur la société et ses dérives, des valeurs humanistes portées haut. Bref, vous l’aurez compris, un artiste engagé qu’on apprécie beaucoup à La Face B.
Dans le sillon de son nouvel album Bonne chance pour la suite, Cyril Mokaiesh nous propose cette semaine la mise en images de son titre Approximatif.
Selon Le Petit Robert, approximatif signifie « imprécis, vague ». Pour Cyril, ce serait plutôt « l’absolu d’une époque ». Il dénonce par le menu : l’inculture de masse et les « crétins d’influenceurs » avec un hommage appuyé à l’actuel président des Etats-Unis (notre passage préféré), le tsunami informationnel des chaînes d’info, le culte de l’image (et de la jeunesse), de la performance, etc.
Dans le clip réalisé par Tamina Manganas aux Studios Ferber, Cyril Mokaiesh apparaît comme témoin conscient et spectateur de cette époque rêvée dans laquelle nous tentons tous de surnager. Les vieux écrans de téléviseur qui retransmettent les scènes dénoncées par l’artiste apportent un petit côté anachronique. Mêlé à la nonchalance blasée et au sarcasme de Mokaiesh, qui ne réclame finalement que de l’amour, le clip permet d’amener un peu de légèreté à un sujet pourtant grave.
Cyril Mokaiesh sera au Café de la danse à Paris le 17 mars.
Silvia Pérez Cruz – Moreno
C’est au Brésil que la chanteuse espagnole Silvia Pérez Cruz se pose pour reprendre son morceau Moreno.
Avec cette live session dans un restaurant carioca, sortie en début de semaine, la chanteuse offre une prestation à son image : sensible, douce et chaleureuse. Silvia Pérez Cruz s’accompagne d’autres musiciens comme un percussionniste, une violoniste et une violoncelliste. Le public tantôt l’écoute attentivement, tantôt chante en chœur.
Il est évident que ce clip est à l’image de la chanteuse, puisqu’elle en est la réalisatrice. Elle reprend les codes d’une Amérique latine fantasmée avec des couleurs pastel et chaudes. Une image qui accentue l’univers musical de cette chanteuse qui fêtera ses trente ans de carrière à L’Olympia, le 8 mars.
Lachie Gill – Last Drive
Dès les premières notes de Last Drive, un sentiment de nostalgie nous emporte, mêlant tristesse douce-amère et mélancolie d’une rupture imminente. Les images du clip, où Lachie Gill est au volant dans la nuit, capturent parfaitement cette introspection universelle : ressasser le passé sous les lueurs des réverbères urbains.
Lachie Gill raconte l’histoire d’un homme qui fait des détours en voiture pour prolonger les derniers instants d’une relation condamnée, conscient que la fin est inéluctable. Le morceau, qualifié de « heart wrenching » par l’artiste lui-même, déconseille aux cœurs brisés de l’écouter tant il touche juste.
Last Drive s’impose ainsi comme un uppercut émotionnel, une ballade indie qui transforme la douleur en beauté universelle.
2L – Adodéjantée
2L nous dévoile Adodéjantée, son nouveau titre issu de son prochain EP, attendu pour le 20 février. Avec ce morceau, 2L révèle une nouvelle facette de sa musique et de son identité artistique. Le clip affiche une esthétique japonisante, portée par une palette de couleurs vives, qui semble également inspirée de l’univers du Pixar Là-Haut.
Elle nous partage un univers un peu plus riche à chaque titre, aussi bien visuellement que musicalement. Et on a hâte de vous parler de son EP qui s’annonce 4L (lourd, lourd, lourd, lourd)
Dans le texte, on retrouve cette volonté de sortir du cadre, de faire les choses à sa manière, sans chercher l’approbation ni craindre le jugement. Une idée que 2L met en image dans son clip, notamment à travers ce cadre qui la met littéralement en lumière. Avec elle, il y a cette recherche de cohérence globale. Tout est pensé pour que l’œuvre fonctionne comme un tout.
La production, quant à elle, est épurée et laisse respirer les silences, mais surtout le texte, parce que, comme le dit 2L, « faut d’la place pour penser ». Le refrain chanté, efficace et entêtant, résume bien son approche : 2L sait tout faire !
Si vous comptiez la voir à Paris, ça risque d’être compliqué… En effet, sa date à La Cigale affiche complet !
pol – mélodie (take 3)
Pour faire suite au titre de son album Les curiosités du cabinet (ceci n’est pas un album), on pourrait dire que le clip de mélodie (take 3) n’est pas un clip. Capturé lors des représentations de son spectacle ceci n’est pas un spectacle, lui-même étant une réinterprétation de son disque Cabinet de curiosité (oui attention faut suivre), on y voit le public, tour à tour dans le canapé dans lequel le spectacle était écouté. Performé et enregistré au studio Le Pantoum à Québec, mélodie (take 3) nous laisse voir une partie de ces 50 performances à guichet fermé où le groupe de musiciens se laissait carte blanche pour se surprendre eux-mêmes et leur public, donnant encore plus des instants privilégiés et uniques avec le public et entre eux.
Avec mélodie (take 3), pol porte également un regard sensible sur les thèmes de l’anxiété et de l’angoisse pour créer un hymne réconfortant qui chasse les inquiétudes. La version originale de mélodie est une ballade inspirée des années 60 avec un air accrocheur, un rythme légèrement entraînant et des arrangements orchestraux, alors que ces nouvelles versions plus dépouillées tendent à retrouver l’essence de la pièce. Elles sont le fruit de réarrangements live mettant en lumière la démarche derrière ceci n’est pas un spectacle et l’unicité de chaque représentation.
VALOIS – l’aigle et la sirène
On prend maintenant un peu de hauteur avec l’aigle et la sirène qui marque également la sortie de son premier album fantômes. Ici, VALOIS aka Jordane Labrie explore de nouvelles avenues stylistiques qui mettent en valeur des textes personnels et imagés. fantômes revisite le deuil de son père en célébrant la vie, l’urgence d’exister, l’amour familial et l’ambition de se reconstruire.
Passant d’une electro-pop dense à une indie-pop intime et mélodique, l’extrait l’aigle et la sirène est une parfaite représentation de l’univers de l’artiste, rappelant également celui de Klô Pelgag ou encore Zaho de Sagazan.
Constitué avec des images datant de 2013, l’aigle et la sirène nous emmène dans un saut en parachute mais nous plonge aussi dans la métaphore du deuil, de ce plongeon vers l’inconnu de vivre sans l’autre, de devoir continuer son chemin malgré tout, d’avoir la peur du vide, mais la certitude que l’on va remettre le pied sur terre, à un moment, même si on ne sait pas encore comment.