Les clips de la semaine #292 – Partie 2

La musique ça s’écoute, mais parfois ça se regarde aussi. Chaque semaine, La Face B vous sélectionne les clips qui ont fait vibrer ses yeux et ses oreilles. Tout de suite, la deuxième partie de notre sélection 292 des clips de la semaine.

Brigitte Calls Me Baby – I danced with another love in my dream

Avec « I Danced With Another Love In My Dream »Brigitte Calls Me Baby signe un titre aussi nostalgique qu’électrisant, extrait de leur nouvel album Irreversible, attendu le 13 mars sur ATO Records. Après The Future Is Our Way Out (2024), le quintette de Chicago confirme son sens du romantisme dramatique et des mélodies qui frappent en plein cœur.

Musicalement, on est sur un rock nerveux, très mélodique, traversé d’accents 80’s — une intro flamboyante toute en guitare, punchy et fun qui donne le ton. Les guitares scintillent, la batterie pulse, et la voix de Wes Leavinsflotte entre crooner mélancolique et fièvre romantique. Il y a dans ce titre une tension permanente entre nostalgie et euphorie, entre retenue et explosion. Le refrain, construit autour des rimes en « iiiii », devient immédiatement entêtant par ses choix de mots et sa rythmique. Écrit en transit et affiné sur scène lors de leur tournée, « I danced with another love in my dream »  porte cette énergie brute et instinctive qui définit désormais le groupe : plus lumineux, plus audacieux, sans jamais perdre son ADN drama.

Mais de quoi parle « I Danced With Another Love In My Dream » ? La chanson explore la culpabilité née d’un désir inconscient. Le narrateur confesse avoir « dansé avec un autre amour » dans un rêve — une trahison irréelle mais émotionnellement troublante. Est-ce l’envie de partir ?Ou simplement un vertige entre réalité et fantasme ? Les paroles traduisent cet entre-deux fragile : « Am I looking to leave / Or am I just caught in between life and a dream ». Le réveil est le plus difficile, car il est confronté au doute et à la peur d’avoir laissé filtrer un désir enfoui. Une réflexion sensible sur la tentation, et la frontière floue entre pensée et action.

Réalisé par Alec Basse, le clip adopte un huis clos en noir et blanc, minimaliste et théâtral. La mise en scène est une espèce de faux concert. Eliza Jane incarne cette jeune femme blonde obsédante. Tantôt agrippée à Wes Leavins, tantôt dansant devant au autour de lui, ou flottant dans l’écran de la télévision comme une pensée obsessive, elle symbolise ce péché intérieur qui hante et culpabilise. Elle est la matérialisation visuelle de la culpabilité, cette tentation onirique devenue fantôme du réel. On oscille entre performance live et hallucination intérieure. Le contraste noir et blanc accentue la dualité : désir vs morale, rêve vs réalité.

 « I Danced With Another Love In My Dream » s’impose ainsi comme une déclaration romantique moderne : un rock vibrant, dramatique et profondément mélodique, où la nostalgie flirte avec la pure joie. On aura le plaisir de retrouver Brigitte Calls Me Baby live au Trabendo le 31 mars pour une date unique en France — une étape dans leurs dates sold-out en Europe. Le quintette de Chicago au nom qui intrigue s’impose comme l’une des révélations rock les plus excitantes de 2026. On n’a clairement pas fini d’entendre parler d’eux.  

GRAHAM – 5 More Minutes

GRAHAM revient avec « 5 More Minutes« , un morceau qui parle de ces instants qu’on voudrait juste rallonger un peu. C’est court, 2 minutes 28, mais ça dit tout : ce regret de rater le moment présent, cette course du temps qui file trop vite, et cette supplique simple : « I don’t need forever, but I need another five more minutes ».

Le clip joue parfaitement sur cette carte de l’intime. Dans un vieux bureau, GRAHAM porte chemise blanche, cravate et pantalon noir, comme un homme coincé dans une attente. Derrière lui, une horloge figée, un distributeur d’eau banal, et ce tableau d’investigation avec sa bobine rouge au milieu des indices. L’ensemble du décor est une métaphore du temps qui passe et des mystères qu’on ne résout jamais vraiment.

Gia Margaret – Everyone Around Me Dancing

Gia Margaret revient avec Everyone Around Me Dancing, premier extrait de son album Singing annoncé pour le 24 avril. 

Un retour très anticipé des fans de l’artiste, qui n’avaient pas eu le plaisir d’entendre sa voix depuis There’s Always Glimmer, sorti en 2018. Et pour cause, une blessure vocale l’a empêchée de chanter jusqu’à récemment.

Elle s’est donc concentrée sur son autre instrument, le piano, renforçant ses talents de compositrice. En quelques années, elle a développé une esthétique ambient et organique très personnelle, qui se passe de mots pour évoquer des images et émotions puissantes. Ce nouveau single voit le retour de son écriture poétique et non moins évocatrice, pour notre plus grand plaisir.

Le clip d’Everyone Around Me Dancingréalisé par Catherine LoMedico, met en scène Gia Margaret au milieu d’une soirée festive dont elle semble être spectatrice. Entourée de gens qui dansent, jouent et se remaquillent, elle ne parvient pas à se joindre à la fête mais trouve une forme de réconfort et d’équilibre dans son isolement. « C’est une invitation à faire une pause, à observer un monde très effrayant et bruyant, et à trouver le calme dans notre monde intérieur. », explique-t-elle. Et il faut bien dire que l’arrangement doux et texturé, et la voix retrouvée de l’artiste invitent irrésistiblement à l’apaisement et à l’introspection.

oui merci – Sans moi

Sans moi est extrait de l’excellent deuxième album de oui merci sorti le 2 février 2026. On dit souvent que les deuxièmes albums sont moins bien que les premiers. Et bien pas là! Petite pépite du mois de février, La distance n’est pas vraiment là est une agréable bonne surprise d’hiver! Présenté avec un clip entre linotype et film souvenir de road trip, Sans moi c’est un ras-le-bol, un ennui de l’autre et de ses chialades, une ode à cet état de “je t’aime beaucoup mais là, j’en peux plus de toi”, c’est des situations, des états d’esprit, le tout mis dans une chanson de 3:27 minutes.

Porté par la voix de Mathilde Joncas, Sans moi défoule cette envie de tout crisser dans la face des gens et de partir vivre en Gaspésie.

SYML – Where Is My Love

SYML revisite son classique Where’s My Love à travers une version en duo avec Carla Morrison, un choix aussi audacieux que naturel. La chanteuse mexicaine apporte sa voix hantée et ses paroles en espagnol aux couplets, créant un dialogue poignant entre deux âmes perdues qui se cherchent dans le vide.

Ce qui frappe d’abord, c’est cette alchimie vocale : la douceur éthérée de SYML répond à l’intensité brute de Carla, sur des arrangements dépouillés qui laissent respirer chaque mot. « Cold bones, yeah that’s my love / She hides away like a ghost » rencontre « Se marchó y se esfumó / Su sombra reveló su dolor », traduisant universellement cette douleur de l’absence, celle d’un amour qui s’est évaporé sans explication.

Le clip réalisé par Renata Brockmann, traduit cette errance en images saisissantes. Une femme marche seule dans la nuit urbaine, jouant nerveusement avec une mèche de ses cheveux, mais son visage reste toujours hors champ. Les jeux de lumière sur son ombre, les immeubles d’en face avec une télé allumée, tout évoque un monde parallèle, insaisissable. Puis elle s’évapore littéralement devant nos yeux, effacée du décor, pour réapparaître dans des time-lapses où elle hésite entre plusieurs chemins, avant de se dédoubler pour tous les emprunter. Le clip s’achève au petit matin : elle marche dans une ville éclairée, et au moment où on croit enfin voir son visage, le soleil nous éblouit et tout s’efface. Une métaphore parfaite de cette question lancinante : où est passé l’amour ?

Kevin Morby – Javelin

Jongler entre le simple et le complexe est sans doute un chemin de vie pour toutes et tous. Autant laisser ces virages du temps être exprimés par un artiste dont le retour se faisait attendre.

Enfin ! Nous n’allons pas intérioriser notre joie plus longtemps : Kevin Morby est revenu cette semaine avec l’annonce d’un nouvel album, Little Wide Open, prévu pour le 15 mai, accompagné, bien sûr, sinon nous n’en parlerions pas ici, d’un premier extrait, Javelin.

Un sentiment de réconfort émane immédiatement de ce morceau. Nous y retrouvons sa musicalité folk si bien sentie, ici déployée dans un pétale gorgé de vie. Les maux et les doutes qui traversent les êtres humains peuvent être exprimés de manière douce et compréhensible, sans tomber dans une énergie infantile ou mièvre. Le musicien le prouve une nouvelle fois grâce à son talent.

Ce titre apporte une bouffée d’air frais plus que bienvenue. Il ne fait aucun doute qu’il restera accroché à nos tympans dans les prochains jours. À partir d’aujourd’hui, chaque jour qui nous rapproche un peu plus de ce nouvel opus sera compté.

Une date à la Salle Pleyel a d’ailleurs été annoncée pour le 6 juillet prochain.

Malevolence – Silhouette 

Plongez dans un univers résolument emo avec le nouveau titre de MalevolenceSilhouette. Le groupe, habituellement ancré dans un metalcore massif et percutant, surprend ici avec un titre plus groovy et nuancé. La batterie et la basse occupent une place centrale. En effet, on retrouve un son bien lourd et une rythmique riche, soutenus par une guitare omniprésente, alternant riffs entraînants et solos impressionnants, venant parfaitement équilibrer l’ensemble. Malgré cette orientation plus emo, on retrouve toujours un scream puissant et maîtrisé.

Côté visuel, le choix est celui du minimalisme. Retour à l’essentiel, avec un jeu subtil de couleurs et d’ombres qui renforce l’atmosphère du titre. Le refrain reste en tête dès la première écoute, porté par la voix rocailleuse et envoûtante du chanteur. L’ensemble évoque l’univers musical de Bring Me the Horizon, mêlant intensité et refrain entêtant avec maîtrise.

Avec Silhouette, les membres de Malevolence démontrent leur capacité à allier puissance et émotion, sans jamais sacrifier l’intensité.

Alban Claudin – Nuits

On retrouve Alban Claudin pour une nouvelle balade tout en piano et en douceur. Le musicien explore ici les Nuits, avec un morceau qui respire la mélancolie et l’espoir. Au fur et à mesure, il est rejoint par d’autres instruments qui amplifient la dramaturgie du titre. C’est beau, c’est touchant, notamment ce petit thème principal qui revient régulièrement, avec la finesse d’un ouvrage qu’on ne remarque pas si on ne prend pas le temps d’y prêter attention, comme le savoir-faire d’un orfèvre de la mélodie. Côté images, on découvre un personnage dans ses pérégrinations nocturnes, balai d’allers-retours incessants vers un banc où nul ne sait ce qu’il attend. Le sommeil ? L’interprétation est possible mais semble presque trop évidente, mais c’est ce qui est bien avec les mises en scène abstraites : à chacun(e) de se construire sa propre vision. On pourrait imaginer aussi un personnage tracassé, et qui attend nerveusement une délivrance, sous quelque forme qu’elle soit. Merci Alban Claudin de nous laisser nous interroger, et de nous pousser à l’imagination.

Calypso Valois — L’Homme Poisson

Une nouvelle fois, Calypso Valois nous provoque qu’elle sait y faire derrière la caméra. Non pas en tant que réalisatrice mais comme compositrice de film. Après avoir travaillé sur des films d’Olivier Assayas et Michel Gondry, la chanteuse a collaboré sur Les Immortelles, le dernier film de Caroline Deruas. À l’occasion de sa sortie, cette semaine, Calypso Valois en dévoile la BO avec L’Homme poisson. Ce titre s’accorde avec le long métrage par ses notes acidulé et sucré. Puisque l’intrigue nous plonge dans les années 1990, où l’on suit deux amies, Charlotte (Lena Garrel) et Liza (Louiza Aura qui jouait dans la comédie musicale Les Reines du drame), unies par leur désir de musique pop. Les images du clip sont d’ailleurs extraites des Immortelles. Reste à voir le film pour savoir si les fesses de l’homme poisson (Aymeric Lompret) y apparaissent. 

Sébastien Schuller – Trust ( La Comedia Del Cielo)

Et si vous preniez le temps de vous laisser emporter par une musique et les émotions qu’elle procure en regardant le ciel ? C’est exactement ce que nous propose Sébastien Schuller cette semaine avec son morceau Trust (La Comedia Del Cielo), premier extrait de son nouvel album, Haunted Melody, attendu pour le printemps.

Trust (La Comedia Del Cielo) est un titre obsédant, qui s’amuse à étirer le temps, qui joue sur la longueur pour mieux nous attraper, ses nappes répétitives nous emmenant en voyage dans différents endroits, à mesure qu’elles se font la bande sonore de nos questionnements intérieures, qu’elles prennent place dans nos esprits pour mieux dénouer les nœuds que l’on se fait parfois au cœur.

Épique mais malgré tout rempli de douceur, Trust (La Comedia Del Cielo) est un morceau fabuleux et exigeant, qui se dévoilera à ceux qui lui ouvriront la porte, dévoilant des trésors d’émotions et de puissance mêlées.

Comme pour mieux nous éblouir, Sébastien Schuller accompagne son morceau d’une vidéo contemplative, filmée au format téléphonique, nous invitant à découvrir tous les contrastes du ciel, qu’il soit vivant ou un écho à travers les vitres et les arbres. Un noir et blanc rêveur, une puissance évocatrice et Trust (La Comedia Del Cielo) comme une balade évidente en direction du ciel.

Pour accompagner son morceau et l’album, Sébastien Schuller sera en concert demain à Petit Bain.

Bonnie « Prince » Billy – Hey Little

On termine la semaine dans le calme et l’amour avec Hey Little, nouvel extrait de  We Are Together Again, nouvel album de Bonnie « Prince » Billy attendu pour le mois de mars prochain.

Petite existence et grands bouleversements, Hey Little est une lettre d’amour musicale d’un père à son enfant. D’abord prévu pour un autre artiste, le morceau a été récupéré et transformé par Will Oldham pour son propre projet. En résulte ce morceau, chaleureux, simple et évident, porté par la voix du musicien, une guitare et une rythmique simple et directe ainsi que l’ajout de la voix intense de Catherine Irwin  et un solo de clarinette superbe de Thomas Deakin. Le tout a la sensation et la chaleur d’un énorme câlin qui fait un bien fou.

Cette sensation est renforcée par la vidéo réalisée par Brent Stewart & Maya Stewart. Dans une forme de naturalisme qui s’ajoute au morceau, le duo (un père et sa fille, comme pour coller à l’idée de Hey Little) nous entraine dans le charme de la nature et des relations humaines.

Filmé à la pellicule et jouant par moment avec la double exposition, la vidéo dégage un calme rassurant, comme si, même si le monde sombrait dans le chaos, on en ressortirait plus fort et vivant quand on a avec soi ceux qu’on aime. Et tout ça fait un bien fou.

Selah Sue & The Gallands – Another Way

Le duo Selah Sue & The Gallands vient de dévoiler le clip officiel de Another Way, premier extrait de leur projet commun Movin’ qui sortira le 20 mars 2026. Déjà disponible en vidéo, ce clip met en scène l’univers visuel de Another Way, une chanson qui explore la tension entre tourment intérieur et nécessité de changement — un thème que la chanteuse décrit comme né d’une période mentalement difficile, mais transformé en un message d’espoir et de résolution. 

Musicalement, le morceau mêle les influences soul de Selah Sue à la créativité instrumentale du tandem belge The Gallands (père et fils), connus pour leur approche organique mêlant jazz, groove et textures contemporaines. Visuellement, le clip reflète cette conversation entre intimité émotionnelle et énergie collective : les images accompagnent ses paroles introspectives avec une esthétique à la fois sobre et expressive, soulignant le besoin de trouver une autre voie dans les moments de brouillard émotionnel.  

Another Way s’affirme ainsi comme un point de départ fort pour le projet Movin’, annonçant une collaboration riche en nuances, entre soul, jazz et expérimentation live. 

Aloïse Sauvage – mayday

Deux ans que l’on était presque sans nouvelles d’Aloïse Sauvage. On ne va pas vous mentir, ça fait un peu mal ; probablement parce qu’on est légèrement à vif. Hier c’était la Saint Valentin, et, pour tout vous dire, c’était aussi la fin d’une histoire d’amour. Alors on prend tarif quand on regarde Aloïse Sauvage au volant de sa voiture, incapable d’avancer plus loin qu’un carrefour que les autres dépassent. Quand on l’écoute nous dire que La teinte du film a changé/Le gris a remplacé tout l’orangé. On se sent un peu concerné, forcément. Ça fait mal, au début, puis ça fait du bien. Si tout le monde en parle, c’est que tout le monde le vit, c’est que l’on est pas seul. Le monde continue de tourner, les gens de s’aimer, de se quitter, de s’engager. Prenez votre place dans le carousel, chacun y a un siège à son nom. Comme Aloïse Sauvage qui livre ici un de ses morceaux les plus exposés – rien qu’un piano voix un peu augmenté, parfait de justesse ainsi. Le clip est réalisé par Mary Mc Court et il est sans artifices. Dans le réel. Celui d’Aloïse Sauvage à l’épicerie, dans sa voiture, sur un parking ; un décor gris, désolé, déserté. Mais tout ça, c’est jusqu’à la fin du clip. Parce que le soleil se couche. C’est une autre nuance d’orangé, certes, mais elle permettra de faire revenir la lumière. Alors bonne route Aloïse Sauvage. On a hâte de découvrir le reste des chansons. 

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