La musique ça s’écoute, mais parfois ça se regarde aussi. Chaque semaine, La Face B vous sélectionne les clips qui ont fait vibrer ses yeux et ses oreilles. Tout de suite, la première partie de notre sélection 293 des clips de la semaine.

Chalk – Tongue
À peine une dizaine de jours après avoir dévoilé I.D.C., Chalk enchaîne avec Tongue, nouvel extrait de son tout premier album, dont la sortie est désormais imminente. Et cette fois, l’impact est encore plus fort.
Malgré sa durée très courte, le morceau nous prend à la gorge par son intensité brute et violente, nous laissant en apnée pendant 120 secondes.
On est aussi surpris et happé que l’ingé son dans le clip qui, malgré l’onde de choc du titre, se laisse emporter en transe, poussant le volume jusqu’à l’explosion. Rendez-vous le 13 mars prochain pour découvrir l’intégralité de l’album.
HYL – Pupilles dilatées
Après une journée derrière un écran à son travail, dans des bureaux sur-éclairés, et plusieurs heures à scroller en rentrant chez soi, on y perd la notion du temps qui passe. Le temps file, défile, le monde autour de nous évolue, et on réalise souvent violemment qu’on passe à côté de notre vie. Pupilles dilatées nous offre l’électro-choc dont nous avions besoin ! Un écrin électro-pop derrière une voix puissante, des paroles incarnées et une sincérité précieuse.
Si on est riche du temps qu’on gagne à la naissance
Dîtes moi pourquoi ça n’a aucun sens ?
Pour le clip, HYL s’est placé à l’angle du carrefour le plus fréquenté de Toulouse, et a chanté la chanson 4 fois plus lentement devant toutes ces personnes déambulant autour de lui, pour donner cet effet accéléré si efficace. Passant presque inaperçu, le monde coule et s’écoule autour de lui.
Ásgeir – Julia
Pour accompagner la sortie de son 5e album Julia sorti chez One Little Independant Records, le chanteur – compositeur islandais Ásgeir dévoile cette semaine le clip éponyme.
Après avoir travaillé des années à partir de textes écrits par d’autres, en particulier la poésie de son père Einar Georg Einarsson, Ásgeir ose enfin franchir le cap et se révèle en véritable songwritter.
Dans Julia, à la manière d’un conteur, Ásgeir nous plonge dans la beauté mélancolique d’une funeste histoire d’amour. L’écriture est précise, imagée et d’une grande sensibilité, tout comme la voix d’Ásgeir, sublimée par l’épure de la composition avec pour seuls instruments la guitare et le violoncelle.
Le clip réalisé par Isleifur Elí est marqué par une grande sobriété, avec pour décors les paysages islandais et un lac dont Julia n’est jamais revenue. On est saisi par la beauté brute et magnétique des images, au fil des saisons. Julia n’est nulle part et partout à la fois, à jamais.
Chloé Antoniotti – Mangata
Connaissez-vous Chloé Antoniotti ? Cette jeune pianiste savoyarde, originaire d’Aix-les-Bains, qui a grandi entre lac et montagnes, nous ouvre régulièrement les portes de son univers à travers des vidéos tournées dans ce qui ressemble à sa chambre ou son studio. Filmée de haut, derrière son piano, elle raconte des histoires sans un mot, laissant uniquement la musique s’exprimer. À chaque morceau, elle installe une atmosphère intime et intense. C’est dans le cadre de la sortie de son nouvel EP « Mana » qu’elle dévoile aujourd’hui le clip de “Mangata”.
“Mangata” est un titre délicat, construit autour d’arpèges lyriques et d’une mélodie lumineuse qui progresse avec douceur. En moins de trois minutes, le morceau prend le temps d’installer un sentiment d’émotion, soutenu par de subtiles percussions qui viennent souligner le piano sans jamais le dominer. Le clip reste fidèle à cette simplicité : Chloé, seule dans une pièce épurée, devant un décor évoquant un paysage où l’eau et les reliefs se répondent. La musique s’élève peu à peu, et l’on se surprend à fermer les yeux pour mieux savourer chaque note. Après le regain d’intérêt pour le piano ces dernières années avec notamment des artistes comme Sofiane Pamart, voir une musicienne comme Chloé Antoniotti en révéler toute la grâce ne peut que réjouir.
Damon Albarn, Grian Chatten & Kae Tempest – Flags
Il y a 30 ans maintenant, l’album caritatif HELP était enregistré. En une seule journée, dans divers studios aux autres coins du monde, des artistes britanniques et irlandais se sont unis pour l’association humanitaire War Child. Dans un contexte de conflit en Bosnie-Herzégovine, l’association sollicite alors l’aide de l’industrie musicale pour sauver et aider le plus d’enfants possibles. Oasis, Radiohead, Blur, Massive Attack et plein d’autres noms participent à ce projet.
Trente ans plus tard, malheureusement la situation conflictuelle mondiale ne s’est pas améliorée. Les enfants dans les zones de guerre sont plus que jamais touchés. Ainsi, le projet HELP 2 naît en novembre dernier dans les célèbres studios d’Abbey Road pour donner une seconde vie à ce projet. Arctic Monkeys, Arlo Parks, Depeche Mode et bien d’autres, supervisés par le fabuleux James Ford, ont créé 23 titres originaux, dont beaucoup en featuring. C’est le cas de notre titre du jour, Flags, qui réunit Damon Albarn, Kae Tempest et Grian Chatten ! La voix de Grian, toujours aussi brisée et poignante, délivre des sonorités nouvelles, peu entendues avec Fontaines DC. Accompagnés d’un piano délicat, qui se transforme soudainement lors des couplet de Kae Tempest, se voulant plus sombre et dissonant. Les voix des 3 musiciens se complètent à merveille, et se font accompagnés de chœurs d’enfants. Impossible de ne pas être saisi par l’émotion et l’intention sincère mise dans ce titre. L’album complet sort le 6 mars prochain. Pour le soutenir, vous pouvez le précommander ici : https://warchildrecs.ffm.to/help2
2L – Diapason
Avec Diapason, 2L affirme d’emblée sa signature artistique. À travers ce clip, elle nous plonge dans un univers à la fois mélodique, engagé et affirmé. Ce titre s’inscrit dans la continuité de son tout nouvel EP, sorti le 20 février, et en incarne parfaitement l’identité.
Diapason met en avant toute l’étendue de son talent. On peut dire que 2L est à la fois rappeuse et chanteuse. Elle propose un morceau très mélodique, avec un refrain qui reste en tête dès la première écoute.
La production se distingue par un côté dansant, punchy et particulièrement riche en percussions. Le kick est puissant, précis et parfaitement maîtrisé, ce qui donne au morceau une vraie intensité sans jamais prendre le dessus sur sa voix.
Les paroles, toujours engagées, reflètent son état d’esprit et sa manière de voir le monde. Le message est clair, assumé et porté avec assurance : il est inutile de débattre avec ceux qui refusent de se remettre en question. Elle ancre ainsi son discours dans des réalités concrètes, mêlant confiance en elle et engagement.
À travers des gros plans et des ralentis, le clip met en avant son assurance et son énergie. La mise en scène, centrée sur elle, ainsi que les jeux de lumière soulignent son style et son identité artistique. On y retrouve également des signes de son engagement, notamment à travers le port du keffieh, symbole de soutien à la Palestine.
2L prouve une fois de plus qu’elle est une artiste inspirante et audacieuse qui ne met jamais de côté son engagement dans ses titres.
Two Door Cinema Club – This is the life
Seize ans après sa sortie sur Tourist History, “This Is the Life” de Two Door Cinema Club ne prend pas une ride. À l’occasion de la réédition anniversaire du disque et de leur concert événement au Madison Square Garden le 27 septembre, le trio revisite son classique dans une version 2026 accompagnée d’un clip pensé comme une véritable capsule temporelle.
« MSG fait partie de ces salles mythiques que tout artiste rêve de jouer. Après avoir rempli le Webster Hall en 2010, on est passés devant le Garden et notre agent nous a dit : “L’an prochain, les gars !” Il nous a juste fallu quelques années de plus… », confie le groupe avec humour. Une déclaration qui donne à cette relecture une portée symbolique : celle d’un rêve adolescent devenu réalité.
Visuellement, le clip joue pleinement la carte du back in memory. On y suit le groupe comme à ses débuts, embarqué dans la tournée de 2010 : images granuleuses façon caméscope, loges étroites, tension électrique avant l’entrée en scène. Les séquences alternent entre reconstitutions stylisées et archives retravaillées, brouillant la frontière entre passé et présent, comme si 2010 et 2026 dialoguaient en permanence.
Le morceau, lui, n’a rien perdu de sa fraîcheur. Toujours aussi lumineux, porté par cette guitare nerveuse et cette urgence juvénile, qui fait la griffe du groupe, il résonne avec la même sincérité qu’à sa sortie. Côté paroles, “This Is the Life” célèbre l’instant présent et l’acceptation : “If this is the life, then who’d argue?” devient tel un mantra. Le morceau parle de ces moments simples qui semblent justes, invitant à ne pas suranalyser le bonheur quand il se présente — une ode à la spontanéité et aux nouveaux départs (“One year, five days, and we’re starting new”).
Seize ans plus tard, la chanson n’a rien perdu de son éclat. “This Is the Life”, chanson toujours aussi immédiate et fédératrice, rappelle pourquoi Tourist History reste un pilier de l’indie des années 2010 : un album court, enthousiaste, sans temps mort, qui a embarqué toute une génération. Plus qu’un simple retour, ce clip anniversaire agit comme un pont entre générations — pour les fans de la première heure comme pour ceux qui découvrent aujourd’hui ce classique intemporel.
Cēzange – Cinéma
Vous aimez les artistes sincères et lumineux ? Ça tombe bien : Cēzange vient de dévoiler Enchanté, son premier EP. Pour l’occasion, l’artiste de 25 ans partage le clip de Cinéma, un titre intime et introspectif.
« Je me suis toujours senti spécial. » Dès cette première phrase, le ton est donné : Cēzange évoque une enfance marquée par la différence et le besoin d’être vu. Le clip illustre ce sentiment à merveille, mêlant images d’archives et plans récents de l’artiste. On y découvre le petit garçon face à la caméra, puis l’adulte qu’il est devenu, assis dans une salle de projection, visionnant le film de sa vie.
Entre fragilité et lucidité, Cinéma raconte les peurs d’enfant, l’envie de briller et la conviction d’avoir trouvé sa voie. La fin du clip, montrant Cēzange sur scène avant un travelling sur son nom en néon rouge, symbolise cette réalisation : le rêve d’enfant est devenu réalité. Et si Cinéma se clôt sur un générique, on sent bien que ce n’est que le début d’une longue saga à l’écran.
Last Dinner Party – Let’s do it Again
Dans le cadre du projet caritatif HELP(2), War Child UK dévoile le clip studio de “Let’s Do It Again!” de The Last Dinner Party — un véritable behind the scenes qui mêle session d’enregistrement et confidences face caméra. Plus qu’une simple captation, la vidéo documente l’énergie brute d’un morceau né pour une cause urgente : venir en aide aux enfants touchés par les conflits à travers le monde.
Réalisé dans l’esprit collaboratif insufflé par Jonathan Glazer pour l’ensemble du projet, le clip nous plonge au cœur du studio, entre prises live, regards complices et fragments d’interviews. On y voit le groupe façonner le titre sous la houlette du producteur James Ford, capturant cette tension créative qui fait toute la singularité du morceau. Les images, volontairement épurées et organiques, rappellent que HELP(2) est avant tout une œuvre collective, enregistrée dans l’urgence et la sincérité.
Musicalement, “Let’s Do It Again!” s’ouvre en douceur avant de glisser vers un crescendo glam rock aux guitares hyper théâtrales, quelque part entre flamboyance vintage et urgence contemporaine. La chanson explose dans un refrain galvanisant, porté par une intensité presque dramatique. On retrouve cette sophistication rythmique entre valse nerveuse et cavalcade rock, signature d’un groupe audacieux qui n’a jamais eu peur d’en faire trop et d’aller jusqu’au bout.
Sinon Ca parle de quoi « Let’s do it again »? La chanson explore le cycle toxique d’une relation dont on connaît l’issue mais à laquelle on retourne malgré tout. “Just let me love you again” devient le cri d’un attachement irrésistible, mais absolument compulsif. Un carrousel amoureux qui ne cesse de tourner en boucle où désir et lucidité s’affrontent sans cesse.
Le groupe confie : « C’est un immense honneur de figurer sur ce disque pour une cause qui nous tient tant à cœur. La chanson parle du carrousel sans fin d’une relation dont on sait qu’elle n’est pas bonne pour nous, mais à laquelle on retourne malgré tout, irrésistiblement. »
Ce clip studio, à mi-chemin entre documentaire et performance, met en lumière l’essence même de HELP(2) : des artistes réunis pour transformer l’émotion en action. Presque trente ans après l’album original imaginé par Brian Eno, cette nouvelle édition rappelle que la musique peut encore être un acte collectif, immédiat et nécessaire.
À noter que The Last Dinner Party sera en concert au Zénith de Paris le 25 février prochain — une occasion idéale de retrouver sur scène cette intensité dramatique et cette flamboyance qui font toute leur singularité.
Jeanne – Respire fort
Découverte à la Star Academy, Jeanne avait déjà conquis le public avec Respire fort. Ce morceau, d’abord intime et personnel, s’est transformé en véritable refuge pour toutes les personnes en proie à l’anxiété, qui se reconnaissent dans ses mots.
Vendredi, elle a enfin dévoilé le clip que l’on attendait avec impatience et spoiler alert : c’est une réussite. On y retrouve l’artiste au piano, avant d’être happée dans une véritable tornade intérieure. La pièce s’agite, le vent emporte les partitions, les meubles tremblent, et à travers les émotions de Jeanne, on ressent pleinement l’angoisse qu’elle exprime.
Certains plans, plus sombres, la montrent en noir et plongée dans la pénombre : une manière de dévoiler la douleur qui se cache derrière ses mots.
Pussy Miel – Wasted
Chez les camarades d’A tant rêver du roi, on fait de jolis paris. Les filles de Pussy Miel en font partie. En mars prochain sortira leur premier EP intitulé Bee Raged qui s’annonce déjà comme un objet explosif.
Pour Wasted, de l’ambiance introductive propice à l’angoisse, ce moment où en solitaire, les pires pensées intrusives nous traversent, on bascule de manière immédiate dans un décor de soirée où le collectif ramène la joie de vivre, la liesse très féminine. On accroche instantanément à ce refrain fédérateur aux éclats pop, tout en héritant d’un fond post-punk très nerveux. Le morceau n’est pas bien long, caractéristique d’un punk impactant. La batterie crée un climat d’urgence, nous propulse en avant comme les protagonistes qui sont comme happées dans cette boom.
Wasted nous évoque en surface la pièce du même nom de Kae Tempest. L’artiste y racontait l’importance des amitiés, l’émancipation, la résilience et la fête devenait un refuge pour se guérir de tout. Le vacarme de Pussy Miel, on retrouve la force et le souffle. Dans son clip rassembleur, on est pris par le besoin de pousser le son et à notre tour célébrer la vie.