La musique ça s’écoute, mais parfois ça se regarde aussi. Chaque semaine, La Face B vous sélectionne les clips qui ont fait vibrer ses yeux et ses oreilles. Sans plus attendre, la seconde partie de notre sélection 293 des clips de la semaine.

MDNS – ENFANT DE MA VILLE!
MDNS dévoile cette semaine son nouvel EP au doux nom de DRACHE. Un nom qui sonne doux à nos oreilles et qui amène avec lui des images et des souvenirs d’une région adorée (parce qu’elle est la notre autant que la sienne).
Et forcément, comme toujours avec MDNS, le musicien creuse le sillon d’une musique qui se fait le parallèle de son existence portée par une poésie brute et directe qui le représente bien. Une grande gueule du nord qui s’assume et qui le dit clairement avec ENFANT DE MA VILLE!
Le morceau, qui termine l’EP, est le plus calme et introspectif de DRACHE, ici MDNS se promène sur le rythme de batterie comme il se promène dans les rues de Wazemmes. Sous la pluie ou sous le soleil, il nous dévoile son amour pour son quotidien, dans ce qu’il a de plus lumineux comme de plus sombre. Un cri qui vient du cœur, qui sonne vrai et qui tape fort.
La vidéo de Mobiusvisio nous entraine comme le morceau dans sa ville, brique rouge, références à l’histoire minière, vitraux et énergie folle. On croise ces lieux comme on en voit mille dans le nord, des bars dont les murs transpirent d’histoires, des rues qui ont vu passé le monde et qui, malheureusement, se vide de plus en plus. MDNS est un garçon du nord comme on les aime, fier de ses origines, le regard haut et le sourire en coin.
Enfant de sa ville, c’est devant un Aéronef rempli comme un cornet de frites qu’il présentera son nouvel EP avant de venir retourner la Maroquinerie de Paris, elle aussi déjà complète.
Julia Cumming – My Life
Chose rare pour être précisée : c’est grâce au réalisateur du clip que nous sommes arrivés jusqu’à My Life, premier titre solo de Julia Cumming qui annonce l’arrivée d’un premier album au printemps chez Partisan Records.
En effet, ce n’est autre que Edgar Wright qui est derrière la caméra de ce clip qui rappelle son travail sur Last Night In Soho. Comme toujours ultra stylisé, la réalisation de Wright porte en elle une patte très 70’s et un côté très onirique où la caméra nous entraine sans jamais s’arrêter dans une sorte de boucle temporelle où l’on passe de l’intimité d’une chambre à un taxi en passant par un tournage et des moments de coulisses et d’autres qui rendent hommage aux comédies musicales.
Il faut dire que le titre de Julia Cumming porte en lui cette ambiance, cette emphase propre à la musique cinématographique. Enlevé et porté par une énergie libératrice, My Life est un morceau important pour la chanteuse. Le genre de grand bouleversement qui apporte avec lui un vent de fraicheur et de changement et qui semble avoir été le point de départ de cette aventure en solitaire. On se laisse porter avec bonheur par ses harmonies vocales, ce piano omniprésent et des cordes légères mais hyper importantes dans la couleur du morceau.
Julia Cumming a déjà annoncé des premières dates de concerts et on espère la retrouver prochainement en France.
Paul Roman – Rue Bichat
Il y a des choses qui laissent dans la vie une trace indélébile, des moments qui marquent le monde mais qui souvent frappent encore plus l’intime de chacun.
En 2015, Paul Roman habitait à quelques mètres seulement des lieux des attaques du 13 novembre. Cette semaine, il transforme cette histoire et ce qu’elle a laissé en lui en oeuvre poétique forte avec le titre Rue Bichat.
Un morceau en forme de thérapie, pour lui comme pour les autres, direct et percutant. Des mots simples et évident, un piano obsédant et parfois répétitif, Rue Bichat raconte la sidération face à l’horreur mais aussi une forme de culpabilité étrange, lorsque l’on vit alors que tout aurait pu s’arrêter, comme cela est arrivé pour les autres. Sans jamais forcer, avec simplicité et une forme de douceur, Paul Roman bouleverse, chamboule les cœurs et livre un morceau fort et poignant.
Pour l’accompagner, Benjamin Vialatte livre lui aussi une œuvre à la puissance visuelle impressionnante. En optant pour le stop motion, en jouant avec les photos, il apporte à la fois du mouvement et de l’immobilisme, s’arrête sur les détails et fait défiler un récit ou se confrontent les marques de solitude laissées par ceux qui partent et un monde qui, malgré l’indicible, continue malgré tout de tourner et d’avancer. À travers ces nombreuses photographies, ces ralentissements et ces accélérations, on accompagne Paul Roman et ses roses dans un voyage entre le passé, le présent et le futur, car il est nécessaire de ne jamais oublier pour continuer à vivre maintenant et pouvoir envisager demain.
Les Shirley – Not My Problem
Ça faisait un bout que l’on n’avait pas entendu Les Shirley et leur son punk nous avait manqué! Avec Not my problem, le trio montréalais nous annonce également la sortie d’un nouvel album à l’automne 2026, et on a hâte!
Véritable petit coup sur le coin du museau de nos problèmes, ce premier titre, écrit en seulement une heure, est un cri du cœur des ras-le-bol quotidiens que l’on ressent toustes en ce moment, et notamment en ce qui concerne les enjeux de droits humains, le racisme et les inégalités de genre. Ici, les trois amies transforment cette haine ambiante en libération et choisissent sans excuses d’affirmer leurs limites. Parce que oui Michel, parfois tes problèmes n’ont pas besoin de devenir les nôtres. Le monde va déjà assez mal sans qu’on soit obligé de devenir tes psys parce que tu ne veux pas suivre de thérapie.
Le tout sur un clip énergique, filmé en une prise dans un garage éclairé à la lampe torche, Not my problem illustre à merveille la fatigue mentale d’une bonne partie d’entre nous en ce moment. Allez, on la met on repeat et on moshpit.
Meryl – Instructions (ft.Theodora)
On ne l’attendait pas forcément sous cette forme, et pourtant, le duo Meryl et Theodora vient de nous offrir une véritable performance avec le clip d’Instructions. Extrait du dernier album de l’artiste martiniquaise, ce titre est déjà un hymne, mais sa mise en image vient de le faire passer dans une tout autre dimension.
Le clip prend le parti audacieux de mettre exclusivement en avant des danseurs, portés par une chorégraphie signée Jerky Jessy. Cette démarche, au-delà de l’humilité dont font preuve Meryl et Theodora, révèle l’importance primordiale de la danse et du corps comme vecteur d’expression. Une fois les « instructions » dictées par la musique, la présence physique des artistes devient-elle accessoire ? Le mouvement, dans sa pureté brute, se suffit à lui-même et sature l’espace.
Au niveau du montage, chaque geste accompagne un bruitage, qu’il soit explicitement entendu ou subtilement suggéré. Cela crée un effet à la fois désordonné et intensément fun. Ce shoot d’énergie brute a d’ailleurs poussé beaucoup de monde à se demander si ce n’était pas tout simplement le clip de l’année. C’est là que réside la force des véritables icônes : une authentique showgirl sait quand s’éclipser pour laisser la scène à d’autres showgirls et showboys, la transmission est plus puissante que la simple démonstration.
Magi Merlin – POPSTAR
Après sa reprise de la chanson POP POP POP d’IDLES, saluée par le chanteur du groupe, Joe Talbot, la queen Magi Merlin revient avec POPSTAR, un titre engagé et déterminé qui questionne le statut de célébrité et ses responsabilités. Ici, Magi définit son rôle en tant qu’artiste à travers cette chanson : “Après avoir écrit cette chanson et y avoir réfléchi sérieusement, je pense que je comprends mieux la véritable responsabilité d’une pop star, explique Magi. C’est d’être une messagère, d’influencer et d’inspirer le changement auprès de son public. Je ne pense pas que le but d’une pop star soit de changer le monde à elle seule, mais plutôt de nous rappeler à tous et toutes que nous pouvons y arriver collectivement, si nous agissons ensemble.”
Fidèle à son son si particulier, Magi Merlin co-réalise POPSTAR avec le producteur montréalais Funkywhat.
ROSALÍA – Sauvignon Blanc
Avec Sauvignon Blanc, ROSALÍA poursuit son exploration sonore avec une pièce à la fois douce et assurée. La production est épurée, laissant toute la place à sa voix, qui navigue entre retenue et intensité.
Le vidéoclip mise sur une esthétique élégante et minimaliste dans lequel ROSALÍA joue avec les contrastes : contrôle et abandon, force et vulnérabilité, lourdeur et légèreté. L’ensemble dégage une sensualité subtile, sans jamais en faire trop.
Un visuel chic, maîtrisé, qui confirme son sens aigu de l’esthétique et de la mise en scène.
À voir absolument!
Daphné Swan – Je est un autre
Et si vous n’étiez pas vous-même ? Cette semaine, Daphné Swan questionne l’identité et la jalousie dans un morceau techno pop bardé de synthés : Je est un autre. Elle joue entre un couplet très sobre voire sombre et mécanique dans lequel elle expose les ressemblances et divergences dans les constructions de personnalité, et un refrain ultra lumineux qui devient un plaidoyer à l’expression individuelle et au fait d’assumer qui l’on est.
Côté images, elle nous embarque dans des tableaux fixes où elle se met en scène dans divers environnements, du salon d’un appartement au bord d’un cours d’eau (les Nordistes reconnaîtront les bords de la Deûle), en passant par une table de restaurant. Les pas de danse font leur effet, on est entraînés même en étant assis sur une chaise. Bravo Daphné, et à la prochaine !
CENTRAL CEE – SLAUGHTER
Avec SLAUGHTER, Central Cee revient à une énergie brute et confiante. Le morceau, incisif et percutant, repose sur un flow tranchant, où chaque phrase frappe fprt.
Le vidéoclip adopte une approche directe, sans artifices. L’ambiance est sombre, urbaine, tendue. Les plans rapides, les mouvements de caméra nerveux et les contrastes marqués renforcent l’intensité du propos.
Central Cee occupe l’espace avec assurance. Sa présence à l’écran est magnétique, presque intimidante. Le montage dynamique épouse le rythme du morceau, accentuant son côté implacable.
Bref, c’est un clip efficace, qui mise sur la présence et l’attitude.
Thundercat – She Knows Too Much (ft. Mac Miller)
Le retour de Thundercat se précise enfin : Distracted, son nouvel album, sortira le 3 avril 2026, et déjà, l’attente se fait palpable. Après avoir levé le voile sur une collab avec Lil Yachty, le bassiste virtuose dévoile aujourd’hui She Knows Too Much, un single porté par Mac Miller.
Commencé ensemble, longtemps oublié sur un disque dur, le morceau a été retrouvé par Thundercat et finalisé avec le producteur Greg Kurstin, garant d’une production élégante et précise. On y retrouve le groove aérien et le falsetto signature du bassiste de LA, associé à l’énergie chaleureuse et introspective de Mac, un mélange de jazz, funk, soul et hip-hop qui ravive instantanément leur complicité passée sur The Divine Feminine ou Swimming. Le morceau se déploie comme un dialogue musical, où chaque note semble répondre à l’autre avec fluidité et naturel.
Le clip pousse cette alchimie encore plus loin. Divisé en six actes, il jongle entre univers surréalistes, séquences cartoon et passages 3D, comme autant de portes ouvertes sur l’imagination débridée des deux artistes. Loin d’être un simple accompagnement visuel, chaque DA reflète une facette de la musique : le psychédélisme traduit les envolées “bassistiques”, le cartoon accentue le groove et l’humour, tandis que la 3D crée une profondeur dans leur aventure commune. Le résultat est un voyage à la fois étrange et captivant, qui capture parfaitement le côté “délire entre amis” tout en servant la musique.
Au final, She Knows Too Much ne se contente pas d’annoncer l’album : il confirme que Thundercat et Mac Miller fonctionnaient ensemble comme un moteur parfaitement rodé. Libre, inventif, légèrement imprévisible, le morceau et son clip incarnent cette alchimie rare où talent et complicité se répondent sans jamais se gêner. Et permet aussi de rendre encore une fois un hommage au rappeur de Pittsburgh, de la meilleure des manières.
MEDICINA – Muerte con dignidad
Tiré du deuxième album Las formas de ondasà venir pour le 18 mars prochain, Muerte con dignidad du trio espagnol MEDICINA vient aborder un sujet profondément sociétal: la fin de vie. Sujet explosif, débattu depuis des décennies, il fait ici l’objet d’une chanson sans prise de position affirmée. Le morceau devient alors un espace de dialogue duquel MEDICINA ne se fera pas arbitre et laisse transparaitre la complexité humaine dont est revêtu le sujet.
Sur fond d’images médicales plus ou moins récentes, MEDICINA distille un rock brut à la croisée du garage et du psychédélisme. Les guitares incisives renforcent le propos, le chant est presque de l’ordre du scandé. Dans une structure simple et efficace, MEDICINA pose son sujet sans artifice et invite son auditoire à prendre part au débat.
La Sécurité – Bingo
En fin d’année passée, La Sécurité faisait la première partie de la tournée de The Rapture en Europe. À l’écoute de leur titre, Bingo, dévoilé cette semaine, la filiation se fait clairement évidente tant le combo québécois délivre une musique trempée dans cette période bénie du début des années 2000.
Rythmique folle, ligne de basse puissante et qui colle au corps, que n’aurait pas renié Death From Above 1979 période you’re a woman i’m a machine, et des paroles tout à la fois cryptique, drôle et en plein dans le thème du titre du morceau, Bingo montre l’évolution musicale de La Sécurité avec une musique plus affirmée, puissante et sombre par endroits. On sent bien que le quintette a pris de l’expérience, que ce soit par la scène ou le studio qui place le groupe au sommet des projets les plus excitants du moment.
Pour accompagner le morceau, le groupe a fait confiance à Philippe Beauséjour qui nous livre une animation assez dingue qui elle aussi fait quelques clins d’oeil au début des années 2000 (notamment un célèbre clip de Franz Ferdinand)
Coloré, en mouvement permanent et hyper artistique, la vidéo animée nous entraine dans un univers tout à la fois flippant et obsessionnel où l’on peut même voir des clins d’œil à South Park.
Le titre comme le clip coche toutes les cases et de notre côté, on n’a qu’une chose à dire : Bingo !
Pour le reste, rendez vous en juin pour découvrir le second album de La Sécurité et avant ça, c’est sur scène que le groupe viendra une nouvelle fois nous secouer avec une grosse tournée européenne prévue pour le mois de mai !