Les clips de la semaine #294 – Partie 1

La musique ça s’écoute, mais parfois ça se regarde aussi. Chaque semaine, La Face B vous sélectionne les clips qui ont fait vibrer ses yeux et ses oreilles. Sans plus attendre, la seconde partie de notre sélection 294 des clips de la semaine.

deathtoricky – fido 

deathtoricky poursuit son ascension avec le clip de fido, un visuel aussi divertissant que l’est son interprète. Si l’artiste nous a habitués à une esthétique expérimentale, jouant sur les textures, les pixels et un montage nerveux, il change ici de cap. Le clip mise sur la fluidité d’un plan-séquence en slow motion, nous plongeant en immersion totale au milieu d’une foule vibrante. C’est une fenêtre ouverte sur l’écosystème underground irlandais, une scène qui gagne du terrain bien au-delà des côtes britanniques.

Originaire de Celbridge, deathtoricky agit comme un trait d’union avec la scène anglaise, aux côtés de figures telles que YT ou kwes e. Dans un contexte marqué par l’héritage de la colonisation, imposer son phrasé et son accent devient un acte d’affirmation puissant. Sous autotune, il incarne cette nouvelle figure de rockstar irlandaise capable de naviguer sur tous les terrains. Pour fido, il s’aventure sur une production aux sonorités de carnaval brésilien : sifflets et percussions festives se mêlent au rap pour un résultat explosif. deathtoricky place définitivement l’Irlande sur la carte du rap mondial.

Angèle feat Justice – What You want 

Angèle est de retour. Cinq ans après son dernier album, deux ans après son featuring avec Kavinsky, l’artiste belge semble avoir définitivement plongé dans les bras de la french touch. Personne ne s’attendait forcément à voir une collab’ avec Justice, et pourtant l’évidence saute aux oreilles dès les premières secondes. Claviers saturés, rythmique nerveuse, ambiance instrumentale lugubre : l’ombre de Justice plane partout, avec au passage un parfum qui rappelle Gesaffelstein, lui-même héritier de cette école. La voix d’Angèle, douce mais assurée, glisse sur cette production plus sombre qu’à l’accoutumée. Quand le morceau décolle, tout s’aligne parfaitement, comme si cette rencontre devait avoir lieu depuis longtemps.

Le clip accompagne cette fusion avec justesse. On retrouve Angèle dans une laverie, entourée de danseurs et danseuses, avant qu’elle ne s’élance dans la rue, vêtue d’un t-shirt Justice comme un clin d’œil assumé. Sur le refrain, elle apparaît dans un bar de quartier, sous les regards un peu figés des habitués. L’ambiance est simple mais électrique, presque magnétique. La vidéo se termine dehors, dans un moment collectif où les corps se rapprochent, s’embrassent, s’attirent. Angèle, elle, échange un baiser passionné avec la jeune femme croisée au bar, comme une manière d’ancrer le

Naâman – Toi et Moi

Trois mois avant sa disparition, Naâman offrait encore un instant de pure liberté. Toi et Moi, filmé simplement avec un ami et une caméra, capture l’essentiel : rien de mis en scène, rien de calculé, juste la joie d’être ensemble.

Dans cette vidéo pleine de spontanéité, Naâman respire la vie. On y retrouve sa signature : une énergie solaire, une humanité désarmante et cette sérénité qu’il chantait depuis ses débuts. Toi et Moi parle d’amour . Celui qu’on donne, qu’on reçoit, et qu’on partage dans sa forme la plus simple. Une chanson lumineuse, à la fois douce et entraînante, comme une invitation à célébrer l’instant et les liens qui nous relient.

« Être avec ceux que nous aimons est la plus belle poésie de la vie. »

47Ter – Si t’étais là

47TER est de retour, et on le sent passer droit au cœur. Si t’étais là ramène leur cocktail rap-pop entêtant, mais avec une dose d’émotion brute qui marque la maturité du trio. Dès les premières notes, le morceau pose une ambiance intime : couplets rappés avec naturel, silences qui respirent, piano doux et refrain qui s’accroche pour ne plus lâcher.

Le clip renforce cette charge nostalgique. Il s’ouvre sur des images d’une grand-mère, vraisemblablement celle d’un des membres, portée par sa voix off tendre. Le protagoniste retourne dans la maison familiale, vide depuis son décès, à la recherche de quelque chose. Il tombe sur un album photo qui déclenche les souvenirs : vidéos d’archives surgissent alors, avec une nouvelle voix off de la grand-mère, mêlant passé et présent dans une tornade d’émotions familières.

Rien de surproduit, juste du quotidien sincère qui colle à la simplicité du groupe. Le titre nous rappelle avec force qu’il faut profiter de la vie et de nos proches. 

Erin LeCount – ALICE

En guise d’ultime offrande avant la sortie de l’EP cette semaine, ALICE s’impose comme le morceau le plus personnel d’Erin LeCount à ce jour. Une confession, qui aborde la question de l’addiction, ici l’anorexie, en la mettant en parallèle avec une relation amoureuse marquée par la codépendance.

Dans le clip d’ALICE, la métaphore prend corps. Entre douce étreinte et violente répulsion, Erin et sa partenaire dansent avec intensité pour illustrer la relation toxique qu’elle décrit. Attachement, rejet, lutte, rechute. Les corps se cherchent, se repoussent, se retiennent. La chorégraphie devient le langage de ce lien impossible à rompre.

La chanson évoque ce moment où addiction, amour, compétition et dépendance s’entrelacent au point de lier deux personnes par ce qu’elles ont de plus destructeur. Alice est à la fois une personne et la manifestation de tout ce qu’elle représente. 

Dans ce nouveau projet, Erin excelle à nouveau dans la richesse des productions. Les synthés et les drums sont enveloppants, magiques. Les échos se superposent, la reverb étire les voix angéliques jusqu’à les faire frôler des bugs digitaux. C’est précisément dans ces contrastes que réside l’une des propositions les plus intéressantes de la pop émergente actuelle. Chaque écoute (au casque ou avec deux écouteurs, obligatoire!) révèle de nouveaux détails. Il y a surtout une forme de build up permanent, un momentum qui traverse chacune des chansons du projet. Un cri du cœur contenu, puis relâché. 

Avec PAREIDOLIAErin LeCount laisse derrière elle l’image angélique DIY un peu adolescente pour quelque chose de plus sombre, qui lui va à merveille. Les clips deviennent de plus en plus ambitieux. Quatre des cinq morceaux du projet ont déjà reçu un visuel, un choix coûteux mais révélateur d’une intention claire d’élever sa carrière à l’étape suivante. Son nom récemment annoncé à l’affiche de We Love Green confirme cette ascension. Reste une interrogation sur la manière dont un univers aussi introspectif et dense résonnera dans un contexte de festival parisien, face à un public qui ne sera pas entièrement acquis.

Bye Parula – KISSBURN 

KISSBURN, nouvel extrait du trio montréalais Bye Parula annonce la sortie de leur prochain album Something Out of Nothing, prévue pour le 5 juin 2026. Après l’excellent album I sorti en 2023, on a très hâte d’entendre la suite!

Sur des airs de funk orchestral, des mélodies à fleur de peau et une énergie d’outre-tombe, KISSBURN explore avec ironie le thème de l’obsession amoureuse. Et aujourd’hui, toustes ensemble, on va apprendre un nouveau mot : la limerence, qui est un état psychologique d’obsession amoureuse involontaire, caractérisé par des pensées intrusives, une idéalisation de l’autre et un besoin anxieux de réciprocité. Donc la prochaine fois que vous pensez tomber amoureux.se au premier regard, posez-vous la question à deux fois.

Dans une ambiance de studio épurée et des effets vidéo très 70’s, KISSBURN va également ravir les fans de Tame Impala ou même encore des nostalgiques de Sylvester!

Mantisse – Mourir ensemble

Ça s’appelle Mourir ensemble, c’est une toune sur l’isolation, puis ça parle un peu de stagnation dans l’fond – ça veut dire quoi stagnation? – La stagnation c’est comme… quand ça bouge pas, quand t’es pris dans quelque chose, l’hiver est long, t’as besoin de changement…
Voilà ce que Mantisse nous dit dans les premières secondes de son nouveau clip Mourir ensemble, premier extrait d’un album attendu pour plus tard en 2026.

Portée par une approche folk dépouillée, la chanson repose sur une délicate trame guitare-voix, enrichie de piano, de claviers et d’une chorale aérienne (Velours VeloursMarie-Pierre ArthurFlavie Mélançon) qui laisse volontairement l’auditeur sur sa faim, comme une promesse de ce qui s’en vient. Mourir ensemble capte un moment suspendu : celui d’une bascule intérieure, où l’on se relève doucement alors qu’un cycle se termine.

Le clip, tout aussi simple et sensible, suit un enfant habillé en Spider-Man qui joue simplement dehors, dans la neige, s’imaginant moults aventures, histoires, combats contre les forces du mal, dévalant des montagnes et escaladant des précipices. 

Entouré d’Étienne Coppée à la réalisation et de collaborateurs de choix, Benjamin Duplantie-Grenier (LaF) à la composition et à l’enregistrement, ainsi que Arnaud Castonguay à la clarinette, l’artiste montréalais amorce une véritable renaissance identitaire, à la fois surprenante et profondément séduisante.

Les Louanges – Ne me quitte pas des yeux

Nouvel extrait de son album à paraître le 10 avril 2026 Alouette!, Vincent Roberge aka Les Louanges revient ici avec Ne me quitte pas des yeux et fait ressortir son côté crooner, et les roses bleus qu’on pensait morte depuis 2006. Reprenant les codes classiques de la chanson d’amour tout en allant au-delà de la simple déclaration, Les Louanges dédie cette chanson au personnel hospitalier et aux proches aidants, à ces personnes qui aiment pour vrai, à celles et ceux qui sont toujours présents dans les pires moments, à ces phares dans la nuit et ces épaules réconfortantes sur lesquelles pleurer.

Cette fois-ci encore, on retrouve CAO à la réalisation, qui signe une fois de plus l’univers cinématographique de Les Louanges avec brio, dans une image floue et douce, presque comme un rêve ou une apparition dans le fond d’une chambre d’hôpital.

Neyda – Dernière fois

Le vidéoclip de Neyda pour sa chanson Dernière fois mélange des plans doux et calmes avec une ambiance contemplative, créant un sentiment intime et immersif. La vidéo joue aussi avec des teintes froides, l’eau, la transparence et le flou, ce qui renforce l’atmosphère rêveuse et poétique. La caméra montre des moments simples comme des gestes, des regards, des parties de corps, avec une fluidité qui laisse respirer la musique et l’émotion de la chanson. Quelques plans plus rapides viennent apporter du mouvement, sans casser la poésie du clip. Chaque image semble traduire un sentiment plutôt que de raconter une histoire précise. Le clip ne se contente pas d’illustrer la chanson : il fait ressentir l’émotion, laissant les instants capturés parler d’eux‑mêmes.

Orelsan et Yamê — Encore une fois

Orelsan dévoile le clip d’Encore une fois, en featuring avec Yamê. On retrouve Orelsan d’une autre époque, celle de Bloqué. Un souvenir fort de ses débuts, qui fait naître une vraie nostalgie et rappelle au passage que le temps a bien filé…

Ce chaos entre alcool, jeux vidéo et appartement en total désordre agit comme un retour en arrière. Une ambiance familière, presque réconfortante, qui replonge directement dans l’époque d’un Orelsan paumé, qui nous a bien fait rire.

Le morceau méritait un clip à sa hauteur, et le résultat est à la mesure ! Le montage en cycle, particulièrement travaillé et rythmé, multiplie les répétitions pour installer une sensation de boucle permanente.

L’intervention de Yamê apporte une respiration bienvenue. Son timbre et son flow, plus mélodiques, créent un contraste intéressant et offrent une véritable plus-value au titre. L’alchimie entre les deux artistes fonctionne naturellement.

Et forcément, impossible de penser à Bloqué sans Gringe. On voit un monsieur avec un bonnet, et la référence est immédiate. Ce bonnet, devenu presque symbolique, suffit à raviver les souvenirs.

En tout cas, on réécouterait bien Encore une fois, encore une fois !

Bibi Club – George Sand

Ce vendredi, Bibi Club était de retour avec Amaro, un troisième album en clair-obscur qui évoque autant le deuil que l’envie de vivre, la triste et la résilience, la solitude et le besoin de communauté.

Et pour fêter ça, le duo a décidé de mettre en avant un morceau qui semble être la quintessence du projet : George Sand. Construction musicale d’une intensité forte, portée par un rythme qui ne faiblit jamais, un son de guitare de plus en plus caractéristique au projet et un saxophone tout à la fois dissonant et entêtant, George Sand porte s’équilibre autour d’une poésie étrange, comme une fable qui se dévoilerait pleinement à travers un mantra qui se répète : Je veux aimer, je veux vivre.

C’est toute la force de Amaro qui se joue dans cette petite ligne : que faire lorsque la vie nous met à terre ? Comment réagir à la perte et à l’absence ? Peut être tout simplement en allant chercher la lumière dans le chaos, maintenir la flamme coûte que coûte à travers la vie et l’amour.

Pour accompagner le morceau, Anna Arrobas transforme Adèle et Nicolas en ombre qui se télescopent, comme des fantômes en pleine incantation. Le tout est sublimé par les lumières et les projections de Flavie Lemée. Le résultat est tout à la fois poétique et cinématographique, il porte l’emprunte de cet album et la patte visuelle qui lui est associé : un monde d’ombres et de lumières, où tout se superpose et brûle du même feu.

Bibi Club sera de retour en Europe au mois d’avril et passera notamment par Le Point Éphémère à Paris et le Grand Mix à Tourcoing.

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