Les clips de la semaine #294 – Partie 2

La musique ça s’écoute, mais parfois ça se regarde aussi. Chaque semaine, La Face B vous sélectionne les clips qui ont fait vibrer ses yeux et ses oreilles. On termine la semaine tranquillement en vous proposant notre deuxième sélection des clips qui nous ont marqués cette semaine.

Zélie — CE CORPS

Zélie nous partage CE CORPS qui va sans doute toucher profondément toutes les femmes. À travers ce morceau, elle livre un témoignage qui parle à chacune d’entre nous et ses paroles puissantes et touchantes ne peuvent laisser indifférentes.

Nous avons toutes appris, dès le plus jeune âge, que le monde est rempli d’hommes malveillants, comme elle le dit si bien. Les regards, les gestes, les comportements anormaux se font dès l’enfance, et nous devons apprendre à y faire face, à nous battre pour continuer d’avancer, à nous aimer et à aimer notre corps. Mais il est impossible de demander à une personne ayant subi des violences d’oublier. Notre corps reflète notre âme, et toucher à notre corps, c’est toucher notre essence.

Ce titre bouleverse, mais apporte aussi du réconfort. Car si aucune de nous n’est épargnée, nous ne sommes pas seules. Écouter ce titre, c’est aussi se libérer, libérer la parole et reprendre le pouvoir.

Le clip illustre parfaitement la beauté de la voix de Zélie et la dureté de ses paroles. Minimaliste, il joue sur le blanc pour symboliser la pureté et le voile qui camoufle la douleur tout en empêchant une libération totale. Être l’ombre de soi, ne pas pouvoir s’aimer : c’est ce que reflètent les mains à travers le voile. Mais à la fin, Zélienous sourit, et c’est la lumière qui apparaît.

Merci à Zélie pour cette chanson et ce clip, qui transmettent autant d’émotions et de délicatesse sur un sujet si violent.Notre corps restera malheureusement un sujet central pendant longtemps, mais il le deviendra positivement grâce à nous.

Darzack – Contact Lost

Impossible de ne pas se souvenir du clip extrêmement cinématographique que s’était offert le jeune Darzack pour son morceau Legacy. Pour Contact Lost issu de son album LUMEN paru en fin d’année 2025, changement d’équipe – bienvenue à bord Vidéodrome – mais même degré d’exigence sur le plan esthétique. 

Contact Lost nous amène à suivre son protagoniste Elios Solen qui perd le contrôle de son périple spatial. Une déconnexion soudaine à la Terre et par extension de ses proches. Seul à bord du vaisseau, il est bien décidé à s’extirper de cette situation. Cette dernière est caractérisée par une tension puissante qui se voit accentuée par la production sonore de Darzack. On assiste à la bascule du personnage dans une forme de folie. 

Darzack délaisse la techno brute pour une dark electronica. La production du garçon créée un climat anxiogène, oppressant dont il nous tarde de découvrir la suite de l’histoire. En effet, nous sont annoncés une série de clips pour suivre la folle aventure d’Elios.

Henri Bungert – Jours de vie

Le chanteur Henri Bungert a installé son salon sur l’esplanade de La Défense, pour son dernier clip, qui accompagne le titre Jours de vie.Un contraste entre l’agitation du quartier d’affaire et le cliché contemplatif de quotidien de « la vie d’artiste ». Avec Jours de vie, le musicien évoque ses difficultés à parfois se lancer artistiquement, lorsqu’on est jeune et ambitieux.

Et que l’on doit aussi faire face aux heures qui filent à toute vitesse. C’est aussi, sans doute, pour cela que l’artiste a choisi au fil du clip de quitter La Défense pour des endroits où le temps s’arrête et où l’on vit pleinement. Henri Bungert avait dévoilé ce morceau quelques jours avant sa sortie officielle lors d’un concert, complet, à la Boule noire.

Camélia Jordana – Que Ma Peau

La chanteuse Camélia Jordanarevient avec le titre Que ma peau. Elle le dédie à toutes les Maghrébines et descendantes, brunes aux cheveux bouclés. Héritage maternel tantôt assumé, tantôt effacé sous le fer à lisser. Car c’est bien à ces mèches, ces corps, ces tatouages amazighs ancestraux, ces gestes quotidiens répétés de génération en génération comme des rituels… Qu’elle rend hommage.

 Camélia Jordana exprime sa volonté de pallier le manque de représentation maghrébine dans nos imaginaires. Dans ce clip qu’elle codirige avec Jordan I. Cardoso, l’artiste convoque 25 femmes amazighes. Ces dernières sont réalisatrices, journalistes, actrices, documentariste, chanteuse et tant d’autres incarnations. Elles portent toutes le morceau Que ma peau, dont les langues se mélangent et où l’on reconnaît des mots de darija marocain ou algérien. Des expressions qui évoquent avec tendresse l’identité nord-africaine.

Luiza – Manhã De Carnaval

La chanteuse Luiza connue pour son succès avec Soleil Bleu s’amuse parfois que son public ne connaisse pas ses origines. Plus possible de se tromper. L’artiste franco-brésilienne rend hommage au Brésil de ses racines avec une reprise de Manhã De Carnaval. Nostalgique, Luizaaime à dire que ce titre de Luiz Bonfá est la première qu’elle a apprise. Un morceau très célèbre du répertoire brésilien qui exprime la sodade, la joie dans la tristesse, de la fin du carnaval carioca.

Ainsi, on retrouve l’artiste sur les plages de Rio dans un clip réalisé par Theo Higel. Dans un clip tourné de nuit, à l’image très contrastée, presque irréelle, Luiza fait corps, avec sensualité, avec les éléments.

Avalon Bloom – More

Après un premier album éponyme en 2023 et quelques EP, les montpellierains d’Avalon Bloom poursuivent leur bonhomme de chemin. Leur nouveau single More vient apporter de la nouvelle matière inspirée des années 1990 à la My Bloody Valentine

More c’est mettre aux yeux de tous cette envie irrépressible de l’humain d’avoir toujours plus. Il n’est pas forcément question ici d’emmagasiner les biens, mais d’être éternellement insatisfait de sa condition et d’amplifier son passage sur la Terre en demandant voire exigeant toujours plus. Et un peu étrangement, le groupe choisit un clip qui alterne images simples d’eux-mêmes en train de jouer dans une espèce de studio photo où les éléments de décor sont à peine posés, un couple qui s’aime dans un climat toxique – l’intensité ça peut brûler la flamme de la passion – , une danseuse qui habite un espace aux contours flous et une sorte de pseudo conférence de presse d’où chaque membre du groupe mais surtout son chanteur prend la parole avec son art premier : la musique. 

En résulte un morceau où s’entrechoquent les sonorités les plus brutes et les mélodies les plus aériennes. La voix de Samuel joue sur l’apaisement et le lâcher prise. Stay tuned !

Daft Punk – Human After All

Ce n’est malheureusement pas une nouvelle chanson inédite. Pourtant, elle ravive de faux espoirs et un sentiment de nostalgie regonflé à bloc. Cinq ans après leur séparation officielle, le duo a choisi de nous offrir un nouveau visuel, presque une remastérisation, pour ce titre iconique.

Le clip, monté par Cédric Hervet, reprend des images extraites de leur film Electroma, sorti en 2006. Notre duo mythique y traverse un désert, puis une ville où toute la population porte le même casque qu’eux. Human After All a souvent été décrié par les fans, car il représente une mise à nu de l’esthétique du groupe : minimaliste, brute, répétitive. Aujourd’hui, il prend une tout autre dimension. Le clip est chargé de symboles. Voir toutes ces personnes porter ces casques souligne à la fois leur réussite et une forme de normalisation de leur style robotisé. Ils ont laissé derrière eux un héritage fort et intemporel. Mais cela devient presque une inquiétude : une critique frontale de la pop moderne. Où est l’humain lorsque tout le monde porte le même masque ? Les visages disparaissent, l’individualité se dilue pour devenir collective.

Ce titre semble aussi faire écho à une idée que Thomas Bangalter a souvent laissée transparaître : la lassitude de se cacher derrière un casque, alors qu’ils sont simplement humains… après tout.

Pop Crimes – Promises

Le quatuor français revient avec un deuxième album qui s’annonce particulièrement prometteur. Promises en est le premier extrait, prélude à Bright Lights, attendu le 24 avril. C’est un vrai plaisir de retrouver cette bande d’amis et de s’immiscer dans l’intimité du groupe qui se prépare à jouer à La Java dans ce clip réalisé par Damien Fleurette. Pendant trois minutes, on se laisse happer par ces images qui avancent au rythme du morceau, comme une marche fluide et instinctive vers le live. 

Dans un milieu musical souvent livré aux requins, Pop Crimes se distingue par une connexion humaine, sincère et douce. Les applaudissements qui prolongent la fin du titre ne sont pas un simple effet : ils supplantent la musique pour rappeler ce que le groupe transmet avant tout des instants chaleureux et fraternels.  À travers ces instants partagés, la confiance en l’autre apparaît comme le socle des amitiés. C’est pourquoi ce proche du groupe mis en avant dans le clip, d’abord plongé entre le doute et l’attente du regard des autres, finit par trouver naturellement sa place. Grâce à l’écoute et à l’attention de ses camarades, il semble devenir, presque sans s’en rendre compte, un nouveau membre du groupe.

Promises s’inscrit pleinement dans leur imagerie : authentique, épurée, intensément expressive. Leur ligne pop rock assume plus que jamais ses influences 70s and 90s, portée par la voix rugueuse et encore post-adolescente de leur chanteur Romain. Dans un monde saturé de tensions et de postures, Pop Crimes fait le choix du lien. Et nous rapproche, tout simplement.

Asfar Shamsi – Ses Yeux

Après un passage remarqué aux Transmusicales et au Chantier des Francos, la lauréate du Fair Asfar Shamsidévoile Ses Yeux, l’un des morceaux les plus touchants de son nouvel EP cuicui. Une chanson qui donne envie de danser autant qu’elle serre le cœur Portée par une mélodie contagieuse et des paroles d’une sincérité et d’une observation qui nous désarme. Ses Yeux repose sur un contraste subtil : le corps oscille, tandis que l’âme vacille.

Ça parle de quoi, Ses Yeux ? D’un regard qui sauve. D’une confiance fragile que l’on place dans l’autre quand le monde semble avoir perdu ses couleurs. « Pourtant j’ai mes deux yeux / Vu c’que j’en fais j’suis pas sûre que j’les mérite », chante Asfar Shamsi. Derrière ces mots, il y a cette difficulté à voir le beau, à ne pas se laisser happer par les nuages plutôt que par les oiseaux — « Cuicui ». La chanson traverse la mélancolie et les doutes, mais célèbre surtout la force réparatrice de l’amour : faire confiance aux yeux de l’autre quand les siens ne voient plus que le moche. Accepter que la tendresse puisse rouvrir la lumière : « Elle me dit que la vie c’est joli / Donc j’fais confiance à ses yeux ».

Musicalement, la voix de Asfar Shamsi touche par sa douceur et sa retenue. Les couplets s’installent avec un groove presque insouciant, immédiatement accrocheur, qui contraste avec la profondeur du texte. On se surprend à se dandiner sur des mots qui, pourtant, mettent la larme à l’œil. C’est là toute la force et finesse du titre : une écriture simple, directe, sans fioriture, où chaque phrase touche juste.

Le clip, réalisé par Pedro Summer, prolonge cette sincérité avec un parti pris naturaliste, presque documentaire. Tourné à l’ouest de l’Angleterre, au cœur de paysages vastes et épurés, il privilégie la lumière naturelle, la caméra à l’épaule et une mise en scène minimaliste. On y suit Asfar Shamsi engageant de véritables “batailles de regard” avec des inconnus de tous âges croisés sur place. Rien n’est scénarisé : les interactions sont réelles, captées dans leur spontanéité. Les yeux se croisent, se soutiennent, hésitent, jusqu’à ce qu’une émotion affleure — un sourire, une gêne, une tendresse inattendue.

Les paysages répondent aux visages. La nature devient l’écho visuel du propos : parfois, on a besoin du regard de l’autre pour réapprendre à voir la beauté du monde. Les rencontres et les décors se complètent pour incarner cette idée simple et puissante — le regard comme remède.

Entre douceur, humanité et lumière retrouvée, Ses Yeuxdevient une bien jolie déclaration : il suffit parfois d’un regard pour que le monde redevienne joli.

Gabriel Auguste – Paradis Terrestre

On retrouve Gabriel Auguste cette semaine, à l’annonce de la sortie de son prochain album à paraître en Juin prochain. Son nom : Paradis Terrestre, comme le morceau qu’on découvre aujourd’hui et qui contemple la nature qui nous entoure. On savait le chanteur avide de grands espaces, notamment en montagne où il aime à se ressourcer. On s’en rend compte grâce à cette balade qui rend hommage au monde qui nous entoure et que nous empruntons le temps de notre passage sur celui-ci, à ses beautés et à ses paysages. 

Gabriel y fait lui même quelques apparitions, guitare à la main ou sur le dos, dans son refuge ou en vadrouille, le temps de nous rappeler à quel point cette nature est précieuse et fragile. Le morceau agit comme une pause, un ralentissement à l’heure de l’accélération, même s’il est court, il fait le même effet qu’une grande respiration lorsque vous sentez l’anxiété arriver. Bref, il fait du bien, donne de la douceur à ces semaines où l’actualité n’est pas la plus simple.

she’s green – mettle

Inattendu mais évidemment le bienvenu, ils nous avaient bercés énergiquement l’an passé avec leur second EP Chrysalis. Le groupe, que nous vous invitons toujours à aller écouter, sort un single cette semaine. Toujours dans l’esprit et l’harmonie de leur précédente production, mettle reçoit l’héritage de ses aînés en prenant le risque apprécié de faire fluctuer les variations d’émotions au fil de ce que la mélodie apporte.

Un esprit à la fois aéré et puissant se fait de nouveau sentir, embrassant avec volonté tout ce que le calme peut offrir de plus envoûtant en intensité. Peut-être la venue d’un nouveau projet cette année ? Dans tous les cas, she’s green nous a happés depuis longtemps ; nous resterons donc aux aguets à la moindre secousse d’annonce de leur part, le tout enveloppé acoustiquement par la mélancolie de mettle.

Iron & Wine – Wait Up (feat. I’m With Her)

Le projet folk d’Iron & Wine, mené par Sam Beam, marque l’actualité musicale avec la sortie du clip de son nouveau titre Wait Up (feat. I’m With Her).  

Ce morceau, qui mêle les voix de Beam et du trio féminin I’m With Her, explore avec douceur une narration introspective où l’un des protagonistes tente de rallier l’autre à une amitié malgré ses obsessions pour la fin du monde. Sur une bande sonore ancrée dans l’Americana folk, la vidéo animée par Callum Scott Dysonmet en scène une aventure onirique avec un personnage en papier combattant une créature mystérieuse dans un univers symbolique.  

Sorti en même temps que Hen’s Teeth, le premier album de Beam depuis Light Verse(2024), Wait Up s’inscrit dans une série de collaborations et de pièces qui enrichissent la palette musicale d’Iron & Wine, tout en annonçant une nouvelle phase créative saluée par les fans et les critiques. 

Brother Wallace – Gone with the Wind

Originaire de West Point, en Géorgie (USA), Brother Wallace s’impose peu à peu comme l’une des nouvelles voix soul à suivre de très près. Avec Gone With The Wind, il dévoile un premier titre habité extrait de son tout premier album Electric Love, attendu avec impatience pour le 8 mai 2026 via ATO Records / PIAS. Le ton est donné d’emblée : introspectif, intense, porté par une signature vocale très marquée.

Ça parle de quoi, Gone With The Wind ? De lâcher-prise. De cette nécessité presque urgente de protéger sa paix intérieure quand le monde devient trop bruyant. « J’ai commencé à écrire cette chanson en rentrant du travail, en ressentant le besoin de laisser le monde de côté et de prendre du temps pour moi », confie Brother Wallace. La chanson avance comme une respiration profonde : un instant suspendu où l’on accepte de laisser filer ce qui nous alourdit.

Musicalement, le groove semble venu d’un autre temps — quelque part entre la soul sudiste classique et une modernité élégante. Un riff de claviers habité ouvre la voie, rapidement rejoint par des harmonies gospel célestes qui enveloppent la voix de Brother Wallace. Lorsque les jeunes choristes de sa ville posent leurs voix, l’émotion prend une autre dimension : « J’ai eu l’impression qu’ils m’emmenaient ailleurs, comme un voyage que je ne voulais pas voir se terminer ». Il y a dans cette montée collective quelque chose de solaire, presque estival — une chanson aux airs de vacances qui porte un message profond intérieur.

La voix de Brother Wallace impressionne par sa puissance maîtrisée. Elle ne force jamais, mais vibre avec tant d’intensité. Ancrée dans la tradition gospel tout en restant résolument contemporaine, elle s’appuie sur des harmonies qui soulignent chaque nuance, chaque souffle, donnant au morceau une ampleur vraiment spirituelle.

Le clip prolonge cette quête de sérénité avec une esthétique qui évoque le film analogique. On a presque l’impression d’être au paradis : le groupe interprète Gone With The Wind face caméra, avec un décor de ciel et de nuages en arrière-plan. Malgré ce cadre suspendu dans les cieux, les images captent l’authenticité des musiciens, la communion des voix, cette élévation simple mais profonde. Comme si la paix recherchée dans les paroles prenait enfin forme à l’écran.

Produit et coécrit avec Dan Taylor (membre de The Heavy), Electric Love a notamment été enregistré aux mythiques Real World Studios. L’album s’annonce prometteur, porté par une énergie contenue entre élégance soul et tradition gospel sudiste authentique.

Avec Gone With The WindBrother Wallace signe un titre apaisé et lumineux. En bref, un morceau qui groove avec classe et rappelle qu’il faut parfois laisser le vent emporter le reste pour préserver l’essentiel.

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