La musique ça s’écoute, mais parfois ça se regarde aussi. Chaque semaine, La Face B vous sélectionne les clips qui ont fait vibrer ses yeux et ses oreilles. Le soleil refait surface et apporte avec lui une dose bienvenue de bonne humeur. Parfait pour prendre le temps de découvrir la première partie des clips qui ont retenu notre attention cette semaine.

Dab Rozer – coucou les potes (feat. Nerlov)
On connaissait le cinéma meta, cette semaine, Dab Rozer nous entraine avec coucou les potes dans la musique meta, nous dévoilant le meilleur moyen pour remplir correctement un concert : ses potes.
Sur une prod parfaite de Smogy, Dab Rozer nous raconte l’amitié, celle part intérêt et celle qui ne s’explique pas. Le morceau est drôle, rythmé, positif avec une petite pointe de cynisme qui va bien et une ligne de basse qui fait groover le tout.
Et comme on a toujours besoin de l’aide de ses potes, Dab Rozer invite son pote Nerlov pour un petit couplet des coeurs en featuring où la plus de nos deux personnages principaux se mêle à merveille.
Et pour continuer dans le délire du morceau, Kévin Froly met en image avec humour, et une pointe de tendresse, le clip de coucou les potes.
On retrouve Dab Rozer en concert avec ses potes… sauf que l’idée de « prise d’otages amicale » prend ici tout son sens. En effet, quoi de mieux pour remplir son concert que de braquer ses potes, les enlever et les attacher à une chaise ?
Heureusement, le pouvoir de la musique, et l’apparition de Nerlov, transforme ce moment de solitude étrange (et très drôle) en concert parfait où tout le monde s’ambiance sur le morceau.
Et comme, suite à cette écoute, on est tous devenus les potes de Dab Rozer, on ira forcément le voir à La Boule Noire le 9 avril prochain pour la release de son tout premier album.
Mottomoda – KILL LE TIGER
Envie d’un peu de drumb&bass en français ? On a la solution pour vous cette semaine avec KILL LE TIGER, nouveau morceau de Mottomoda.
Paroles cryptiques et pleines de sous entendus, avec en bonus une petite morale e n fin de morceau (il faut tuer la vête en soi), KILL LE TIGER joue autant sur cette écriture qui navigue entre le français et l’anglais que sur des rythmiques hyper produites et surprenantes qui nous rappellent autant Magnetic Man que certains morceaux d’Asian Dub Foundation.
Tout à la fois percussif et spirituel, le morceau de Mottomoda est en variation constante, jouant sur des rythmes qui se cassent et se relancent pour nous entrainer dans un univers assez inédit dans la scène française actuelle et porté par quatre musiciens excellents et assez libres pour s’autoriser ce genre d’aventures.
Carol Teillard d’Eyry, membre du groupe, passe derrière la caméra pour nous entrainer dans la jungle urbaine à la poursuite d’un tigre fantasmé qu’il nous faut chasser. On suit donc les quatre membres du groupe au coeur du béton et à la recherche du mystérieux tigre à la doudoune jaune.
Le clip s’offre aussi beaucoup de références au japon underground mais aussi des petits pas de danse assez délirants et présenté de manière premier degré, créant un décalage constant dans ce petit monde foisonnant qui ne demande qu’à grandir.
On nous glisse dans l’oreille que la musique de Mottomoda prend toute son ampleur sur scène, on ne peut donc que vous inviter à aller les découvrir le 18 mars prochain au Chinois à Montreuil.
Romane Santarelli – No way out
Le jeudi 12 mars prochain, la productrice techno Romane Santarelli se fera locataire des murs de la Gaîté Lyrique. En septembre dernier, elle révélait une vidéo live en plan séquence de sa production No way out. Elle reprend l’idée du plan séquence et cette fois-ci, elle scénarise avec le soutien de Nicolas Thonnerieux qui signe également la réalisation et la direction photo.
La danse qui était déjà présente dans la vidéo précédente, est à nouveau un élément central. C’est le danseur Sung Chun-Tsai qui signe autant la chorégraphie que son interprétation à l’écran. Dans ce qui s’apparente à un bureau ordinaire mais bien désert, Sung Chun-Tsaiest comme provoqué puis manipulé par une force supérieure – et si c’était la musique ? – qui le pousse à danser. Le corps exulte, se libère, s’exprime enfin !
A coups de kicks puissants et grooves répétitifs, Romane Santarelli signe une production hyper soignée dans laquelle elleconditionne son public à une énergie en continu, on s’immerge instantanément dans une ambiance clubbing. No way out c’est un cri du cœur libérateur dont on a tous besoin. Prenez le temps d’
Jeanne Bonjour – Finir par en rire
Avec Finir par en rire, 4e extrait de son tout nouvel EP Look, Jeanne Bonjour nous emmène cette semaine sur le terrain (de jeu) de la résilience. Un titre pop rock avec une pointe de disco, dans lequel elle affronte ses blessures en face. Plutôt que de les subir, Jeanne Bonjour décide de lâcher prise pour mieux les assumer et les surmonter grâce à la force du collectif et à une bonne dose de second degré.
Le clip, réalisé cette fois par Gurvann Touzé– mais toujours avec la complicité de Sacha Arethura – nous plonge dans une esthétique très cinématographique. Une signature chez Jeanne Bonjour, artiste pluridisciplinaire aussi à l’aise sur scène qu’à l’écran.
Dans un décor entre rêve et réalité, Jeanne Bonjour – dotée d’une magnifique chevelure blonde aux allures de princesse Disney – évolue sur des échasses. A la fois impressionnante et un brin maladroite – là aussi une signature chez Jeanne Bonjour, très adepte de l’autodérision – elle observe de loin et d’en haut l’autre Jeanne en proie à ses doutes et émotions. Une prise de recul drôle et salutaire pour se mettre à distance des maux, et finir par en rire.
Gia Margaret – Good Friend
Pas plus tard que le mois dernier, on vous parlait du grand retour à la chanson de Gia Margaret, après une blessure l’ayant privée de sa voix plusieurs années. Celui-ci se confirme avec la sortie d’un deuxième single, Good Friend, accompagné lui aussi d’un clip, signé Guy Kozak.
Plus léger que ses dernières sorties, Good Friendse présente à première vue comme un titre de rock indé doux et solaire. Mais on peut compter sur Gia Margaret pour ne pas se cantonner à un style. Un rythme presque hip-hop, des scratches et même des chants grégoriens se mêlent au morceau et sont autant de clins d’œil aux années 1990, dont l’artiste garde une certaine nostalgie.
À l’image, Gia Margaret, armée de son magnétophone, enregistre les ambiances de la ville, ses amis au studio, des images d’archives sur une télévision cathodique et des moines (chants grégoriens obligent). Si l’on en croit les paroles, l’objectif derrière ces prises de sons disparates est de réaliser une chanson pour un.e ami.e. Selon les mots de l’artiste, ce titre « lui rappelle ce que ses bons amis lui apportent quand les choses vont mal, et que la musique peut aussi être une bonne amie ». De notre côté, on prédit déjà une belle histoire d’amitié avec son album Singing, annoncé le 24 avril.
Harry Styles – American Girls
Ce vendredi 6 mars, l’anglais Harry Styles revient avec son quatrième album studio, Kiss All The Time. Disco, Occasionnally. Un album sous le signe de l’audace et de l’expérimentation pour notre british préféré. Les sonorités de cet album, plus synthétiques, électro et expérimentales, surprendront probablement ses fans de la première heure, ce qui en fait un pari risqué. Cependant, il semble fort probable qu’Harry saura toucher les cœurs d’un grand nombre ! Au sein de cet album, on ressent une forte maturité, un besoin d’évoluer et d’expérimenter. Harry Styles évolue sur la scène pop depuis plus de 15 ans, son public des premiers jours a vieilli grandi, et, tout comme lui, apprécie de temps en temps un peu de changement.
American Girls est le second titre de l’album, et suit l’unique single, Aperture. Un second morceau pop accrocheur, qui pourra rappeler One Direction sur le refrain. Sur les couplets en revanche, la voix d’Harry se veut éthérée, avec un piano en fond, qui prend tout l’espace (on pourra reconnaître sûrement un sample de Future Perfect de The Durutti Column). En seconde partie de morceau, une basse ajoute de la profondeur à la production. Le tout fonctionne à la perfection, en faisant un tube pop-électro, qui pourrait sembler trop simple à première écoute mais dévoile en réalité des couches synthétiques riches.
Le clip de American Girls observe Harry Styles dans un décor de cinéma, en plein tournage. Véritable star du film, il enchaîne les scènes sur fond vert, au volant d’une moto, d’une décapotable… Et partage des moments avec ses cascadeurs autour d’un rire ou d’un bol de pop-corn. La chanson, très contemplative, colle parfaitement avec le décor désertique, aux grands espaces américains…
Un retour opéré avec brio par le musicien, un quatrième album plus que réussi, et une communication toujours aussi efficace. Harry Styles est de retour, et on espère entendre Kiss All The Time. Disco, Occasionnally aussi longtemps que possible !
Matt Corby – War To Love
War To Love est l’un de mes préférés du prochain disque », confie Matt Corby. Élevé dans l’idée que « l’amour est un choix, parfois difficile, qui fait mal et demande de renoncer à son égoïsme et à son ego », il a voulu rendre ce sentiment relatable dans la chanson.
Le clip illustre cette philosophie à travers des moments de vie authentiques : repas en famille, enfants qui jouent, capturés comme des archives amateurs avec une vieille caméra d’avant 2000. Au début et à la fin, des enfants assis devant la télé semblent fixer une bougie qui se consume, une métaphore poignante du temps qui passe inexorablement.
Entre joie quotidienne et passage des heures, ces images renforcent le message du morceau : choisir l’amour, c’est embrasser l’essentiel, malgré le coût personnel.
Virgile Martini – Un homme ça pleure pas
Dans Un homme ça pleure pas, Virgile Martini incarne un homme qui fait face à une grande quantité d’émotion. Le clip s’ouvre sur lui dans une chambre d’hôtel : il fait les cent pas, se prend la tête dans les mains, s’assied sur le lit pour réfléchir, boxe dans le vide et contracte ses muscles, comme pour conjurer une douleur intérieure.
La nuit tombée, il sort se promener dans la rue, enfile ses écouteurs et arpente les rues. Beaucoup de plans le montrent marchant dehors ou isolé dans sa chambre. Puis, assis sur un banc au petit matin, le jour se lève enfin. À la fin, changé de tenue en chemise-cravate, il semble se diriger vers un rendez-vous important ou le travail : un regard vers le ciel, une grande inspiration, et le rideau tombe.
Ce voyage nocturne vers l’aube traduit une lutte intime, entre retenue et renaissance, fidèle au titre qui ose questionner l’idée que « un homme, ça pleure pas ».
Gabriel Kröger – Je ne m’en sortirai jamais
Il porte une cagoule maillée orange d’où émergent deux yeux bleus. Ils fixent la caméra. Gabriel Kröger est assis derrière un ordinateur de bureau, derrière le comptoir d’un bar ou devant un commis de cuisine. Toujours accompagné, toujours intrus. Dans ce clip réalisé par Jamabinks, Gabriel Kröger se prend des verres d’eau dans la gueule, et il le fait sans sourciller. Jolie présentation de personnage. Un peu de cynisme ici et là (j’ai un petit problème avec mes principes/je les tords et les retords pour être à l’aise), et puis une petite manière de punk désabusé, qui prendra sa retraite à l’âge létal.
Les verres d’eau vont pleuvoir. Il y a de quoi être intrigué par cet énergumène encagoulé, fils étrange du folk et de l’alternative parisienne façon scène du Supersonic. Ça tombe bien, parce qu’il paraît qu’un EP sort le 12 mars, et il paraît même qu’il s’appelle Un an sans soleil. Je m’en sortirai jamais en est un bel avant goût. On a hâte d’en savoir plus.
Gorillaz – The Mountain, The Moon Cave and The Sad God
Avec The Mountain, The Moon Cave and The Sad God, Gorillaz nous entraîne dans une odyssée visuelle et spirituelle. Ce court-métrage d’animation d’environ huit minutes accompagne la sortie de leur neuvième album, The Mountain, paru le 27 février 2026. Conçu comme une œuvre à part entière plutôt qu’un simple clip, il rassemble trois morceaux du disque, pour former un récit continu autour du voyage et de la transformation.
Pour ce projet, les deux créateurs du groupe, Damon Albarn et Jamie Hewlett, puisent dans une expérience profondément personnelle. Après la mort de leurs pères à peu de temps d’intervalle, les deux artistes entreprennent plusieurs voyages en Inde. Dans cette culture, la mort est souvent envisagée non comme une fin définitive mais comme une transformation ou une étape vers une autre existence. Cette réflexion sur le deuil et la renaissance nourrit toute l’esthétique du projet.
Visuellement, le film marque un retour aux racines graphiques de Gorillaz. Réalisé par Jamie Hewlett avec le studio d’animation londonien The Line, le court-métrage adopte un style volontairement rétro inspiré des grands classiques de l’animation des années 1960. Les décors, peints à l’aquarelle, et les techniques d’animation traditionnelles recréent la texture des anciens films animés. Ce travail, qui a nécessité près de dix-huit mois de production, mêle dessins à la main, objets filmés et effets artisanaux pour donner à l’image un aspect organique et presque tactile.
Dans ce décor, les quatre membres virtuels du groupe, 2D, Murdoc, Noodle et Russel, entreprennent un voyage à travers une jungle inspirée de l’Inde. Le film s’ouvre comme un livre d’aventure : un ouvrage s’ouvre et dévoile une forêt dense où les personnages avancent entre serpents hypnotiques, figures mystiques et paysages irréels, avant de se diriger peu à peu vers une immense montagne qui domine l’horizon, point central du récit et symbole du parcours de la vie.
Au final, The Mountain, The Moon Cave and The Sad God fonctionne comme une synthèse du projet artistique de Gorillaz : un mélange de musique, d’animation et de narration qui dépasse le simple format du clip pour devenir un véritable court-métrage musical. Une œuvre où l’esthétique rétro de l’animation rencontre une réflexion contemporaine sur la mémoire, la mort et la renaissance qui donne enfin une suite tant attendue, et surtout réussie à l’incontournable Plastic Beach.
Kingfishr – The Blade
Le trio irlandais Kingfishr revient avec son premier titre de l’année, The Blade, disponible depuis le 27 février 2026 chez B-Unique / Atlantic Records. Un titre poignant et visuellement saisissant, qui est une ode profondément personnelle mais accessible, explorant la tentation de sombrer dans les bas-fonds des ténèbres lorsque l’on croit avoir épuisé toutes les options : « Well son, I believe it’s the end of the line, I’m all out of whiskey, I’m all out of wine, I’ve burned all my bridges, I’ve earned my degree, The darkness is all I have waiting for me »
Musicalement, The Blade s’ouvre sur une intro sobre et retenue où harmonica, guitare et banjo tracent le décor. Seule la voix d’Eddie Keogh leade, en puissance mesurée mais précise, comme un narrateur qui présente l’histoire que la chanson va nous raconter. Au fil du morceau, l’harmonica devient une seconde voix, presque complice, tandis que les harmonies discrètes du trio apparaissent uniquement à partir du second refrain, toujours au service de la narration plutôt que de la prouesse vocale. Un refrain néanmoins en puissance qui donne à cette ballade cet ADN irlandais.
Le clip, réalisé par Seán Mullan et produit par Studio Cloncha, est une véritable élégance cinématographique. Il met en scène l’acteur irlandais Anthony Boyle (House of Guinness, Say Nothing, Tolkien), dont la performance subtile et muette illustre parfaitement les thèmes de la chanson. Le récit visuel se concentre sur le parallèle entre l’homme et l’étalon noir aux yeux impénétrables et au comportement indomptable.
On découvre d’abord l’animal dans toute son élégance et sa puissance, avant de voir Anthony Boyle, hagard, au sol dans la nature irlandaise pittoresque. Peu à peu, les scènes se déplacent à l’écurie, où le duo retrouve force et harmonie, chacun de son côté, puis ensemble. L’étalon galope, Anthony se retrousse les manches et s’occupe des tâches quotidiennes, comme un processus de guérison et de thérapie équestre. Le clip est organique, authentique, où homme et nature se rencontrent dans le foin, l’eau et la lumière changeante. L’histoire se conclut sur un sentiment d’apaisement et de renaissance.
Kingfishr confie : « Nous avons utilisé le court métrage de Sean Mullan, Inhale, comme modèle. Une minute, nous étions au téléphone avec Anthony et Sean ; la minute d’après, nous regardions l’acteur principal de House of Guinness chevaucher un cheval au bord d’une colline à l’extérieur de Derry pour notre clip vidéo. C’était dingue. Anthony est un véritable talent et une personne formidable. » La vidéo, tournée à Grianan Stables, capture à la fois le combat intérieur, la résilience et la poésie de la vie quotidienne, tout en s’appuyant sur un paysage irlandais à couper le souffle.
Avec The Blade, Kingfishr confirme sa capacité à mêler émotions brutes, finesse musicale et narration visuelle. The Blade donne clairement le ton pour la suite: très introspectif et puissant.