Les clips de la semaine #295 – Partie 2

La musique ça s’écoute, mais parfois ça se regarde aussi. Chaque semaine, La Face B vous sélectionne les clips qui ont fait vibrer ses yeux et ses oreilles. Terminons la semaine en douceur avec la deuxième partie de notre 295e sélection des clips qui nous ont marqué cette semaine.

Saint DX – After Tokyo (feat. Rallye)

Déjà deux ans que Saint DX nous offrait Way Back Home, son premier album. On commençait un peu à se languir en attendant son retour, heureusement pour nous, nos appels ont été entendu puisque le musicien est de retour cette semaine avec un nouveau titre, After Tokyo, en compagnie de Rallye.

L’association entre les deux projets n’a rien d’étonnant, tant on retrouve chez Saint DX et Rallye la volonté de développer une musique remplie d’émotion, où les appétences électroniques ne sacrifient jamais l’humanité et le besoin d’exprimer des sentiments forts, notamment à travers un chant incarné, intense et malgré tout rempli de douceur et de félures.

After Tokyo, c’est le retour à l’existence, l’envie d’aimer à nouveau, de plonger dans le vide ou d’aller retrouver celui ou celle qu’on aime pour faire brûler l’amour qui grandit en nous. C’est un morceau remplit d’espoir et de lumière au rythme qui ne faiblit jamais et qui nous donne envie d’aller de l’avant.

Cette idée, on la ressent aussi à travers la vidéo de Viktor Fenard où les individualités se retrouvent autour du collectif, où les chemins séparés se retrouvent. Clin d’œil au nom du morceau, on retrouve les musiciens en plein entrainement de Base-Ball, sport ultra populaire au Japon.

Le clip, tout comme le morceau, porte en lui une certaine fureur de vivre, un besoin d’avancer et de partir à la conquête de ce que l’on a en soi et qui nous fait tous avancer : l’amour. Qu’il soit envers soi même, envers ses amis ou ceux que l’on aime. After Tokyo est un morceau qui fait brûler l’existence et une rencontre parfaite entre Saint DX et Rallye.

Souad Massi & Youssoupha –Congo Connection

Souad Massi nous touche profondément avec son nouveau titre Congo Connection, en collaboration avec Youssoupha. Ce morceau transmet une palette d’émotions intenses, tant par le sujet abordé que par l’interprétation des artistes. Le clip, quant à lui, est minimaliste, laissant toute la place aux paroles.

Toutes les merveilles du monde sont présentes au Congo, mais à quoi bon posséder la terre la plus riche du monde pour y mourir de pauvreté, comme le souligne Youssoupha ? L’humain, dans sa plus grande cupidité, semble souvent plus intéressé par l’argent que par la paix.

Malgré un thème extrêmement douloureux, le duo révèle toute la beauté de leur art et de leur musicalité. Les instrumentistes nous entraînent dans un voyage sonore empreint de douceur. La voix de Souad Massi, au timbre enveloppant, contraste avec des paroles à la fois douloureuses et bouleversantes en darija. On retrouve une influence nord-africaine dans les sonorités, le phrasé et les rythmes des percussions, typiques du Maghreb.

Congo Connection est une invitation à réfléchir et à prendre conscience de la situation actuelle au Congo. Ce morceau nous rappelle que la paix vaut bien plus que le capitalisme qui ronge nos sociétés de l’intérieur. Il est essentiel que ces atrocités prennent fin ici et maintenant. Free Congo.

Héron – Champs-de-Mars

Héron revient tout en dentelle et en perles avec Champs-de-Mars, nouvel extrait de son premier album Verger, prévu le 17 avril prochain.

On a déjà parlé du style de Héron aka Henri Kinkead ici, que l’on pourrait qualifier de néo-trad québécois, dans le sens où, il reprend les codes de la musique trad québécoise mais en pimpant le tout avec des sonorités plus modernes, en témoigne cette fin avec un gros virage électro qui colle au corps de l’histoire de la chanson et qui nous laisse deviner les coquineries de Jean-Baptiste, personnage principal de son histoire.

Avec Champs-de-MarsHéron signe une pièce nocturne et cinématographique ancrée dans ce parc montréalais du même nom situé derrière l’Hôtel de Ville. Inspirée de recherches dans des archives et rapports policiers du 19e siècle, la chanson fait revivre une mémoire queer méconnue : celle des rencontres clandestines d’hommes gays dans l’espace public. On y suit Jean-Baptiste, personnage fictif en quête d’une présence furtive, entre désir, secret et danger, là où l’histoire murmure encore au présent.

Héron fera deux lancements de son album : le premier le 5 juin au Théâtre Petit Champlain à Québec et le deuxième le 19 juin à la Cinquième Salle de la Place des Arts dans le cadre des Francos de Montréal.

Hush – Phasing

L’année 2026 semble placée sous le signe du psychédélisme. Faisant suite à The Mirrors Were Right, lancé à l’automne dernier, ce deuxième morceau du groupe formé de Paige Barlow, Miles Dupire-Gagnon et Gabriel Lambert (issu·es de Hippie HourrahElephant StoneAnemone et The Besnard Lakes) dévoile une nouvelle facette, à la fois hypnotique et solaire, d’un premier album à paraître sous Simone Records plus tard cette année.

Phasing, ce sont les histoires qu’on se raconte à soi-même et qui s’opposent souvent aux réalités que l’on traverse. Ce sont les expériences qu’on aimerait partager, mais qui ne se vivent qu’à l’intérieur de soi. Ce sont aussi les souvenirs que l’on sonde pour apprendre à habiter son ipséité, sa singularité. De sa voix diaphane, aérienne et épanouie, Paige Barlow explore les intermittences et les variations de nos expériences et de nos sentiments, se questionnant sur la réciprocité, voire sur la nécessité ou la pérennité de ce qui nous lie.

L’extrait est accompagné d’un vidéoclip imaginé par Paige Barlow et Aabid Youssef, qui reprend des effets de flou optique et joue sur le contraste entre l’infiniment petit et le plus grand que nous, deux notions au cœur de la chanson.

Emma Bergmann – Tonnerre sous les tropiques

« Est-ce qu’on en sortira indemnes? Et quand bien même on s’aime.», chante Emma Bergmann au milieu de Tonnerre sous les tropiques. Une phrase qui résume assez bien l’état d’esprit du morceau, qui raconte une semi-rupture, comme elle le dit elle-même : des adieux tièdes où l’on se quitte mais où l’amour traîne toujours, inlassablement.

Dans TSLT (l’acronyme est validé), Emma revient sur ce moment de fin d’amour flottant mais charnière où tout devient un peu confus, avec cette sensation de se mettre à distance de sa propre vie. Une forme de dissociation face aux regrets, au chagrin et aux doutes, parfois pour se protéger, parfois juste parce que l’esprit décroche.

Le clip, qu’elle a d’ailleurs réalisé elle-même, matérialise assez bien cet état. Emma reste, pendant que le monde autour d’elle se transforme : paysages qui défilent, images qui glitchent, décors numériques saturés sauce Microsoft 2000 qui rencontre l’IA de tes pires cauchemars. Shout-out également à Spike Gonzo (DOP et montage) et à Ellktro et 2xvroum (FX), pour le rendu à la texture crash un peu dérangeante, mais qui fonctionne divinement bien.

Emma devient la spectatrice de sa propre histoire, coincée dans une réalité un peu molle et sans réelle prise. Malgré les amis et visages familiers qui apparaissent à l’écran (coucou Nicolas Paoletti, Max Baby et Nina Versyp), la vie continue malgré tout d’avancer derrière (et peut-être sans) elle.

Cinq ans après son premier album, Tonnerre sous les tropiques ressemble surtout à un premier signal : celui d’un retour d’Emma Bergmann en 2026, avec un nouvel album et une évolution stylistique qu’on ne manquera pas de suivre.

Morjane Ténéré – How can it be

Si vous aviez envie de dépaysement, vous voilà servi(e) ! Morjane Ténéré nous présente un nouveau single : How Can It Be, dont la mise en scène semble à la fois familière et se tenir à l’autre bout du monde. La chanteuse chante la douleur de se sentir invisible et rejetée dans un morceau magnifiquement orchestré et travaillé. Accompagnée seulement de sa guitare au début du morceau, les autres instruments viennent progressivement prendre leur place et compléter le tableau sonore.

Côté image, on découvre la relation abstraite entre deux personnages, qui pourraient représenter le soleil et la lune, posés sur une île au bord d’un point d’eau entouré de montagnes. Des paysages sublimes et colorés, qui emportent l’attention et réchauffent l’âme malgré un cadre semblant froid. Peut-être le début de la présentation d’un nouvel EP pour la chanteuse ? Mystère…

Greg Mendez – I Wanna Feel Pretty

La quête d’un éclat personnel peut être à l’origine d’un mal-être assez commun. Une routine qui ne reflète pas la superbe de notre être, une addiction qui camoufle les traits épais d’un mal-être né d’une ambition sans doute pas si lointaine et qui ne demande qu’à être vécue. La confiance en soi n’est en aucun cas une chose que l’on peut prendre pour acquise pour tout le monde, ni la rendre monotone ou semblable d’une personne à l’autre.

C’est sur ces maux et cette recherche d’esprit que Greg Mendez glisse cette tendre balade, I Wanna Feel Pretty, premier extrait de son nouvel album Beauty Land à paraître le 29 mai. Visiblement, l’âme de ce single ne sera pas isolée de l’univers dans lequel veut nous transporter le musicien américain.

Une source de lumière sera sûrement mise à l’honneur dans cette nouvelle odyssée musicale, une source qui pourrait grandement nous questionner et nous émouvoir sur cette quête de la beauté qui ne reflète en rien quelque chose de vain ou de superficiel, mais qui, au contraire, en fait quelque chose de profondément humain.

Aldous Harding – One Stop

Après quatre ans loin des projecteurs, Aldous Harding revient avec One Stop, premier extrait de son cinquième album Train On The Island (4AD), attendu le 8 mai 2026. Un morceau singulier et entraînant qui nous plonge dans l’univers unique de la Néo-Zélandaise, où l’intime flirte avec l’excentricité. Comme si chaque détail racontait son histoire.

Ça parle de quoi, One Stop ? D’un retour aux racines et d’une exploration personnelle teintée d’humour et de souvenirs. Au détour d’un vers, Harding évoque même une rencontre improbable avec John Cale — « I met the real John Cale / He had no words, but I don’t mind » — point de départ d’une réflexion légère et décalée sur le temps, l’inspiration et la réinvention de soi. La chanson joue ainsi sur cette dualité intérieure — « I rip myself on / I rip myself off » — qui résonne comme un mantra porté par de superbes harmonies.

Musicalement, le morceau s’ouvre dans un piano piqué-voix posé, qui apporte toute la narration, avant de glisser vers un refrain immédiatement accrocheur aux harmonies addictives. Autour d’un piano discret et de guitares qui s’installent progressivement, One Stop se déploie peu à peu ; à partir de 2’40, l’arrivée du groupe élargit l’espace sonore et donne au morceau une ampleur folk-pop plus lumineuse.

Le clip, réalisé par Michelle Henning, prolonge cette sensation de mouvement. Dans un grand réservoir métallique, Aldous Harding danse, chante avec une intensité troublante en nous fixant droit dans les yeux. La chorégraphie, à la fois libre et précise, transforme la performance en ballet hypnotique et reflète parfaitement son univers : étrange, intime et fascinant.

Avec One StopAldous Harding confirme son talent de conteuse singulière et de performeuse captivante. Aldous Harding sera en concert à la Salle Pleyel à Paris le 12 juin 2026 pour présenter sur scène ce nouveau projet qui ne manquera certainement pas d’audace et d’authenticité. 

Melanie Baker – HAHA !

Alors que la brume recouvre la ville, à l’intérieur, nous n’avons aucune envie de sortir, pas la moindre once d’envie. Dans un état de léthargie assumé, autant scroller toute la matinée jusqu’à se sentir bien dans son propre monde. Derrière l’écran, l’artiste anglaise Melanie Baker nous invite dans son univers rock et un brin mélancolique. HAHA! est une danse intime et décomplexée. Gloire à la folie des jours solitaires ! 

Les caméras s’allument, et la bulle se crée. Par un petit trou de serrure, les images de HAHA! sont portées par ce grain, et ces multiples plans filmés en fisheye. Du canapé au frigo, l’habitacle de la voiture, impossible de se lasser. La question de voir et d’être vu se pose tout au long de cette parenthèse, Melanie Baker comme seule protagoniste de l’histoire. Le rythme suit celui du morceau, quelque chose grandit jusqu’à se déployer vers un point ultime, de danse, de joie, d’apothéose intérieur et bruyante. Dehors le silence se fait, ils sont peut-être aussi fous que nous. 

Paul Russell – 400 Cities

Après le succès retentissant de son tube de 2023, Lil Boo Thang, le rappeur californien Paul Russell avait fait une pause dans sa carrière pour se rapprocher de sa famille et renouer avec de vieux amis. Ce sont ces conversations qui ont inspiré les chansons de son nouvel EP, baptisé Miracle Mile. 

Ce projet de sept titres se veut une déclaration d’amour à la communauté de Los Angeles qui l’entoure. Dans ses propres mots, le fait d’être chez soi avait tout d’un miracle, et il souhaitait créer un projet qui rappelle à chacun tout ce qu’il y a à chérir dans sa propre communauté. 

C’est dans ce contexte que s’inscrit 400 Cities, dont le clip vient de sortir. La chanson, aux accents soul et bluesy, capture la douleur du manque lorsqu’on est loin de chez soi, sur la route. On y entend Russell parler d’un verre de whisky et des airs d’Etta James, évoquant l’usure des voyages et la nostalgie du foyer.

Avec Miracle MilePaul Russell confirme sa capacité à marier nostalgie et modernité, en faisant du retour aux sources son terrain créatif le plus fertile.

TOMORA – SOMEWHERE ELSE

Les semaines passent, les singles se dévoilent et l’impatience grandit à l’idée de découvrir COME CLOSER, le premier album de TOMORA attendu pour le 17 avril prochain.

Cette semaine, c’est au tour de SOMEWHERE ELSE de nous faire danser et de nous émouvoir en même temps. Le morceau est porté par un rythme électrisant, puissant et jouissif auquel se confronte la voix pure, cristalline et intense d’AURORA. Un mélange explosif qui donne un exemple parfait de ce que doit être la pop moderne, remplie de références mais regardant toujours vers le futur pour créer des sonorités nouvelles dans lesquelles le gigantisme et l’intime vivent au cœur d’un front sonore commun.

SOMEWHERE ELSE, célèbre ce besoin de se retrouver, de vivre ce que l’on est. Si la première partie du morceau est portée uniquement par une ligne mélodique (que l’on retrouvera dans tout le morceau), la seconde partie, elle, laisse briller une part de poésie et de sensibilité bien sentie.

La vidéo d’Adam Smith transforme AURORA en prêtresse d’un monde parallèle. On la suit dans la vidéo débarquant sur Terre et découvrant toutes les facettes qui la composent sur une côte anglaise typique.

D’abord perdue, elle se perd dans les lumières, les labyrinthes et l’étrangeté du monde avant de trouver un point d’ancrage dans ce qui nous unit tous : la musique.

TOMORA sera de passage au festival Days Off le 1er juillet prochain et on a vraiment hâte de voir ce que le projet va devenir à travers le live.

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