La musique ça s’écoute, mais parfois ça se regarde aussi. Chaque semaine, La Face B vous sélectionne les clips qui ont fait vibrer ses yeux et ses oreilles. Jour d’élections municipales pour la France ! Après avoir fait un (bon) choix, on prend le temps de découvrir la première partie des clips qui ont retenu notre attention cette semaine.

Mathis Akengin – Mute Love
Avec Mute Love, Mathis Akengin met en musique tout ce qui reste coincé dans la gorge. Il parle de ces phrases qu’on rumine sans savoir comment les dire, de cette distance faite de fierté, de manque et de paroles retenues depuis trop longtemps. Le morceau s’appuie sur un piano clair et ample, porté par ces rythmiques organiques et tranchées qui font la patte de l’artiste, enregistrées avec des casseroles, des coins de table ou même des paniers de linge sale : une manière de rappeler que l’intime se loge dans les détails du quotidien.
Dans le clip, cette lutte intérieure prend corps à travers un homme vêtu de noir. D’abord cadré au buste, il triture son chapeau entre ses mains avant qu’un mouvement de caméra ne révèle son visage aux yeux bandés. Il enfile son manteau, retire une première couche de bande, puis laisse parler son corps dans une chorégraphie centrée sur les bras, comme si le geste prenait le relais des mots. Lorsqu’il ôte enfin son bandeau, il cache encore ses yeux avec ses mains ; un voile de brouillard passe, et l’on découvre ses paupières closes. Entre mots tus et regards empêchés, Mute Love raconte tout ce qu’on pense très fort mais qu’on dit mal, et que la musique finit par dire à notre place.
Arlo Parks – Get Go
Single après single et clip après clip, l’esthétique du prochain album d’Arlo Parks se dessine. Après 2SIDED et Heaven, Get Go confirme l’ambiance nocturne, entre stroboscopes et mélancolie, d’Ambiguous Desire, prévu pour le 3 avril.
Le clip, réalisé par Chloé Desaulles, nous embarque dans un club à l’atmosphère vaporeuse. À l’écart de la foule, Arlo Parks oscille entre introspection et euphorie de la danse. Elle observe les personnes qui l’entourent et raconte les histoires qui se déroulent sous ses yeux. La fête devient un amplificateur d’émotions et un lieu de vie à part. Bercé par les basses, on s’autorise à vivre intensément la joie et la tristesse, et à contempler la complexité des relations humaines. Ce lâcher-prise cathartique est au cœur de Get Go et de l’album à venir.
La rythmique breakbeat, presque jungle, associée à la voix aérienne d’Arlo Parks participent à créer cette bulle frénétique et onirique dans laquelle les relations se font et se défont, et où l’on apprend à se connaître autrement. Selon les mots de l’artiste londonienne : « Il s’agit de la piste de danse comme moyen de guérison, de compréhension de soi et de découverte de sa relation à l’amour. »
Trois petites semaines nous séparent de l’album – autant vous dire qu’on est dans les starting blocks. Et vous ?
DOLCE – La lettre W
La Lettre W est un single qui frappe autant par son propos que par son esthétique. Directement inspiré d’une scène du film Le Cinquième Élément, où Leeloo découvre l’histoire de l’humanité et s’arrête sur la lettre W comme War, DOLCE transforme ce moment de cinéma en terrain de rap conscient. Le morceau dresse le constat brutal de guerres perdues d’avance, de drames qui se répètent et d’un monde qui semble condamné à s’autodétruire, tout en refusant le fatalisme : en regardant la violence en face, il rappelle notre responsabilité collective et la possibilité d’un « après ».
Le clip prolonge cette intention en s’appuyant directement sur des extraits du film, utilisés comme une véritable matière première visuelle. Ce dialogue entre rap et cinéma, déjà présent dans son précédent titre MARTIN RIGGS inspiré de L’Arme Fatale, devient ici un langage à part entière, où les images cultes des années 90 résonnent avec les fractures du présent. Avec La Lettre W, DOLCE signe un morceau lucide, frontal et profondément cinématographique, qui donne autant envie de tendre l’oreille que de replonger dans ces univers de film qui ont façonné son identité artistique.
Thee Marloes – Under the silvermoon
Le trio soul venu tout droit d’Indonésie Thee Marloes dévoile cette semaine Under the silvermoon, nouvel extrait de leur deuxième album Di hotel Malibu prévu en mai sur le label new-yorkais Big Crown Records.
Dans ce titre mid-tempo, Thee Marloes nous parle d’amour à distance. Des sentiments doux-amers pour celui ou celle qu’on idéalise dans un rêve éveillé empli d’espoir et de désir.
Le clip réalisé par Sarahdiva Rinaldy nous emmène dans un hôtel, peut-être le Di hotel Malibu ? Thee Marloes assistent à l’arrivée tout en douceur d’une alien haute en couleur. Chevelure flamboyante, lunettes blanches et tenue particulièrement mal assortie qui tranche avec l’élégance de Thee Marloes… Ce personnage venu d’ailleurs, métaphore de l’être aimé, vient apporter une touche d’humour glam et donne ainsi du relief au propos. Au fond, l’amour à distance nous permet-il de connaître vraiment l’autre ?
Miki — ça pik un peu quand même
Miki a récemment dévoilé son nouvel album industry plant. Elle revient avec un clip aussi singulier qu’efficace pour accompagner le titre ça pik un peu quand même. Réalisé par Émilie Tronche, le clip prolonge parfaitement l’univers à la fois absurde, tendre et observateur que l’on retrouve dans la série Samuel. Et pour ceux qui ne connaissent pas cette pépite d’animation, on vous conseille vivement de la regarder !
Dès les premières secondes, le clip installe un ton décalé et accrocheur. Les personnages y évoluent dans une chorégraphie millimétrée, où chaque mouvement semble volontairement maladroit tout en étant parfaitement orchestré. Ce contraste crée un humour visuel très efficace, renforcé par le style graphique minimaliste et expressif, correspondant à l’univers d’Émilie Tronche.
Comme souvent chez Miki, les paroles frappent juste. Elle s’attaque ici à un thème universel : la fameuse friendzone. Elle nous conte une histoire de cœur digne d’un étudiant bloqué dans la friendzone (que nous sommes nombreux à avoir vécue). La force du morceau tient aussi à son équilibre musical. La production électro-pop se montre à la fois rythmée et épurée, laissant respirer la voix et le texte.
On peut dire que ce clip fonctionne comme un court-métrage musical à la fois drôle, touchant et visuellement marquant. Une nouvelle preuve que Miki sait transformer les petites tragédies sentimentales du quotidien en pop irrésistible.
Mamas gun – Joy
Les Mamas gun nous réchauffent le cœur cette semaine avec Joy, le 3e extrait solaire de leur prochain album DIG !, annoncé le 10 avril chez Lounge Records.
Joy, c’est prendre la vie du bon côté, se réjouir des petits bonheurs comme des grands, c’est célébrer chaque instant comme si c’était le dernier. Ecrit par Andy Platts et Conner Reeves, le morceau mélange les textures soul analogiques et des sonorités plus modernes.
Le clip est un véritable condensé de joie. Il compile des scènes du quotidien, des bonheurs simples accessibles à tous : enflammer la piste de danse ou seulement se déhancher dans son salon, chanter, jouer de la musique avec ses copains, tenir son bébé contre soi, souffler ses bougies, s’enlacer tendrement… Un clip qui nous fait du bien en ces temps moroses et nous rappelle que le bonheur est à portée de main pour qui sait le saisir.
Wheobe – A Strained Ocean
Découvert en première partie de Last Train à Toulouse il y a quelques semaines, Wheobe a fait grande impression devant un Bikini plein à craquer. Plongés dans leur art et leur univers, Swann, Ivanoé, Matthias et Matthieu ont transporté l’auditoire. Au sein de leur rock progressif se trouve en réalité un cœur instinctif, organique et transcendant.
Pour préparer la sortie de leur premier album, Wheobe dévoile le single éponyme, A Strained Ocean, accompagné d’un clip digne d’un court métrage. Plus de huit minutes de rock progressif et ambient, où se mêlent et s’entremêlent rage, harmonie, tempêtes et accalmies. A l’image d’un vaste océan, le titre emporte dans ses marées agitées et son calme froid. Les guitares sont abrasives, le rythme urgent. On retient son souffle juste avant d’atteindre l’horizon, apaisé, rassurant. On quitte alors l’ouragan pour retrouver la paix d’une forêt luxuriante.
Laissez-vous porter par l’aventure de l’Artiste, représentant l’esprit des quatre musiciens de Wheobe, contraint de fuir le trop-plein, la pression trop forte. Ils retrouvent alors un espace d’inspiration, de calme et de paix intérieure, et se sentent à nouveau en vie.
Kevin Morby – Die Young
Sur un fond de folk américaine saine et positive, on nous rappelle que l’allégresse peut parfois se trouver partout.
La sortie des singles se poursuit pour Kevin Morby avec le doux-amer Die Young, un parfait poème qui accepte le temps qui passe et rappelle que la vieillesse n’est pas quelque chose à chasser. Voir le monde à travers le passé et les longs fils de nos vies derrière nous nous permet d’absorber cette chose simple et nécessaire : comprendre l’importance du moment présent.
Sur une base plus apaisée dans sa forme mélodique que le précédent single, celui présenté aujourd’hui accepte de prendre son temps et laisse apparaître la sensation arrière d’une chanson peut être dotée d’une force rythmique déconcertante et nécessaire.
Dzayna – Sapari Tama
Dzayna, un trio formé de Jessica Bonamy-Pergament, Clara Lloret Parra et Angela Simonyan, rend hommage aux cultures méditerranéennes et ancestrales. Pour leur dernier clip, elles reprennent Sapari Tama, un chant traditionnel yéménite longtemps transmis dans les fêtes et les mariages. Un chant court, rythmé, presque circulaire, qui invite autant à chanter en chœur qu’à danser. Il a traversé les décennies et les répertoires. On le retrouve interprétés par la diva israélienne Ofra Haza ou plus récemment par le groupe Sababa 5. Avec le clip qui accompagne ce morceau, le réalisateur Dimo Waw filme le trio chantant et réalisant des danses traditionnelles.
The Lemon Twigs – I Just Can’t Get Over Losing You
Tout comme les deux frères le chantent sur ce nouveau titre, nous sommes nous aussi heureux d’admettre que leurs mélodies nous ont manqué.
Nous l’attendions, et le voilà enfin annoncé : le nouvel album du groupe qui ne cesse d’alimenter notre soif d’une musique à la fois soignée et libre. Look For Your Mind! sortira le 8 mai prochain, avec bien sûr un titre déjà offert à nos oreilles, un morceau qui apporte avec force toute la saveur d’un pur Lemon Twigs.
Au fil des années, leur respect du détail et la joie presque évidente de créer ont façonné une sonorité devenue profondément leur. Dans le flot des propositions musicales, cette identité s’est imposée comme un repère clair. Ce single agit comme une accroche parfaite, si vous n’avez pas encore été happé par leur univers, le moment semble idéal.
La chanson déploie une fresque lumineuse de leurs couleurs artistiques, et rejoint ces morceaux qui donnent la sensation précieuse de retrouver quelque chose que l’on a envie de continuer d’aimer, d’écouter et de chérir. Une chose est sûre : ce n’est visiblement pas pour tout de suite que les Lemon Twigs nous donneront envie de cesser de parler d’eux.
Nina Uzan – La fièvre
Le vidéoclip de Nina Uzan pour sa chanson La fièvre mise sur une esthétique sobre, élégante et habitée. On y voit la chanteuse seule dans le désert, vêtue d’un tuxedo noir avec chemise blanche, alors qu’elle marche, danse et chante dans ce paysage dépouillé. Le clip est porté en grande partie par des teintes froides et sombres, qui lui donnent une tension calme, presque cinématographique. Pendant la partie instrumentale, il bascule par moments vers des scènes en plein jour, très ensoleillées, presque surexposées, avec des teintes plus chaudes. Ce contraste entre lumière froide et éclats brûlants donne encore plus de relief à l’ensemble, qui reste à la fois maîtrisé, intense et très visuel.
À regarder si vous avez envie de danser.
Penny Arcade – Everything’s Easy
Everything’s Easy est le second extrait du prochain album de Penny Arcade, Double Exposure, attendu le 17 avril sur Tapete Records. Derrière ce projet, on retrouve James Hoare (Veronica Falls, Ultimate Painting, The Proper Ornaments), qui poursuit ici son exploration lo-fi intime et expérimentale. Le morceau s’inscrit dans une veine douce mêlant pop folk et touches de blue-eyed soul, avec cette sensation de road trip et de soleil mélancolique qui traverse toute la chanson.
Le refrain, « Everything’s easy if you know », agit comme un mantra lumineux et positif. En quelques mots, la chanson évoque cette impression que les choses deviennent simples lorsqu’on accepte de lâcher prise. Une forme de sérénité portée par la voix fragile et folk de James Hoare.« Everything’s Easy » est né d’une séquence d’accords avec laquelle je jouais depuis un certain temps, dans un style presque soul lo-fi. J’ai écrit les paroles avec mon ami de longue date Rupert Morrison, qui chante également les chœurs. L’enregistrement s’est déroulé dans mon home studio avec Jock à la batterie. Jock est un vieil ami et un dessinateur de renommée mondiale qui a travaillé sur tout, de Batman à Starwars en passant par 2000AD. Nous nous sommes assis pour écouter des disques, avons bu du vin rouge pour nous mettre dans l’ambiance et nous avons enregistré tard dans la soirée. Toutes les parties ont été jouées très doucement et l’enregistrement capture cette atmosphère crépusculaire et feutrée. Il y a une retenue et une subtilité qui rappellent le troisième album de Velvet Underground. Le résultat final correspond à ce que j’avais imaginé au départ. » déclare James Hoare. Le résultat correspond exactement à cette vision : une chanson simple en apparence, mais riche en nuances et en délicatesse.
Réalisé par Aubrey Simpson et tourné à Dartington Hall dans le Devon, le clip accompagne parfaitement cette ambiance contemplative. On y retrouve James Hoare guitare à la main dans différents décors, comme s’il traversait les lieux au rythme de la chanson. Les images captent une proximité presque intime avec l’artiste, parfois filmé comme lors d’un mini concert improvisé au pied d’un immeuble, les yeux dans les yeux avec la caméra.
La mise en scène reste volontairement épurée pour laisser respirer la musique : guitare qui dialogue avec la voix, harmonies lumineuses, et ce refrain hyper catchy qui revient comme une évidence. L’ensemble donne au clip un charme simple et chaleureux, telle une parenthèse ensoleillée.
Avec Everything’s Easy, Penny Arcade livre ainsi une chanson idéale pour ralentir le tempo et savourer les plaisirs simples de la vie— un morceau à écouter comme on s’allongerait dans un parc au soleil, entre mélancolie légère et douceur enveloppante.
Penny Arcade sera en tournée au printemps :
- 4 juin — Montreuil, Le Chinois
- 5 juin — Rouen, Fury Défendu
- 6 juin — Amiens, Chez Bertille
- 18 juin — Toulouse, Le Ravelin
- 19 juin — Toulon, La Bière de la Rade
- 20 juin — Nîmes, Le Bar du Midi
Un nouveau chapitre tout en douceur pour le projet de James Hoare, où chaque chanson semble apparaître comme un souvenir flou… avant de disparaître doucement, comme un rêve éveillé.