Les clips de la semaine #296 – Partie 2

La musique ça s’écoute, mais parfois ça se regarde aussi. Chaque semaine, La Face B vous sélectionne les clips qui ont fait vibrer ses yeux et ses oreilles. Tout de suite, la deuxième partie de notre 296ème sélection des clips qui nous ont marqué cette semaine.

KNEECAP – Smugglers & Scholars

Désormais libérés définitivement de leurs soucis judiciaires, KNEECAP peut se concentrer pleinement sur l’arrivée prochaine de FENIAN, leur excellent second album attendu pour le mois d’avril.

Et quoi de mieux qu’une petite session COLORS pour définitivement acter la hype du trio du nord de l’Irlande. Fond vert évident et second extrait présenté avec Smugglers & Scholars où l’on retrouve Mo Chara & Móglaí Bap autour de l’iconique micro.

Smugglers and scholars est un morceau musicalement intense, qui joue à la perfection sur les deux flows distinctifs mais complémentaires des irlandais et une production de DJ Próvaí qui les met parfaitement en valeur.

Jouant sur les mots, le titre rappelle que l’Irlande est une terre d’hommes intelligents mais aussi un haut lieu de la contrebande et de combat. Le morceau est tout à la fois une leçon de style autant qu’une leçon d’histoire et rappelle que le nord de l’Irlande reste une terre de résistance et rebelles dont KNEECAP est la fière descendance.

Preuve en est : toujours fortement impliqué dans le soutien au peuple palestinien, le trio participera prochainement à une nouvelle flotille humanitaire en direction cette fois de Cuba.

Comme dirait un auguste rappeur français : la piraterie n’est jamais finie.

Chalk – Longer

On reste du côté de Belfast pour retrouver un autre projet que l’on apprécie énormément : Chalk. Le groupe vient de dévoiler cette semaine son tout premier album et en profite pour offrir une vidéo à son titre Longer.

Avec Longer, Chalk ralentit légèrement le rythme et l’intensité pour nous offrir un morceau malgré tout pesant et intense, plus chanté et presque atmosphérique par moment. On y retrouve les touches électroniques propres au projet mais qui nous entraine dans un morceau à la musicalité différente, preuve que Chalk peut définitivement tout se permettre, son premier long projet, crystalpunk, en étant la preuve vivante.

Visuellement, le duo garde la patte visuelle qu’il s’est imposé depuis les premières vidéos pour se nouveau projet. Du noir et blanc toujours et des teintes de couleurs rouges par moment pour une vidéo qui mélange influences médiévales et steampunk du plus belle effet.

C’est aussi ça qui fait tout l’intérêt du projet mené par Chalk depuis quelques années, cette capacité à imprimer sur pellicule la force et la puissance de leur musique et à offrir une extension en symbiose parfaite, amenant aux titres une interprétations plus profondes à travers des vidéos à l’ambition assez folle.

Pour le reste, Chalk viendra une nouvelle fois secouer les scènes françaises puisque les Irlandais seront de passage au Trabendo le 11 avril prochain.

CMAT – The Jamie Oliver Petrol Station

On reste encore du côté de l’Irlande mais cette fois-ci direction Dublin pour retrouver CMAT.

Au coeur de son excellent album EURO-COUNTRY, on retrouvait un morceau au titre, et à l’histoire, délirant : The Jamie Oliver Petrol Station. Une diss-track ? Pas vraiment, mais plutôt un morceau intense où l’on voir CMAT se perdre dans une colère disproportionnée au point d’en perdre le sens de son histoire.

Pendant environ 5 minutes, on la suit donc nous raconter un drame sans fin et très très drôle où elle déverse sa colère sur Jamie Oliver et sa présence médiatique, tout en n’oubliant jamais de se pondérer dans son refrain.

Le morceau, drôle, rythmé, parfaitement écrit et interpété avait tout du petit tube et se voit offrir une nouvelle vie cette semaine avec un clip réalisé par Eilís Doherty et qui met en vedette … Jamie Oliver.

Le chef britannique fait preuve d’un humour bienvenue en apparaissant dans la vidéo de CMAT, le clip alternant entre le chaos d’une cuisine en ébullition et le tournage d’une émission aux accents très 60’s où l’on retrouve CMAT et son « sexy-band » en pleine interprétation du morceau.

Cherchant un instant à échapper à la pression de sa cuisine, Jamie Olivier s’enferme dans son bureau et capte dans sa télévision le show de CMAT. S’évandant dans ses pensées, le voilà à la rencontre de notre héroïne pour prendre place derrière la batterie et laisser échapper toute sa frustration et son énergie qui ne demandait qu’à s’exprimer.

CMAT est actuellement en pleine tournée et sera de passage le 02 avril prochain sur la scène du Trianon.

Judy Bloom– Nobody Knows

Simple et efficace. Judy Bloom nous séduit par son rock indie qui nous rappelle notre nostalgie des années 1990 et 2000. Avant la sortie prochaine de son premier EP, l’artiste partage des singles. Il a récemment accompagné Nobody Knows d’un clip, réalisé par Tina Rilli. 

On le retrouve flânant sur une place à l’architecture froide et minimaliste. Il semble se chercher, attendre mais aussi vouloir se lancer et s’affirmer. Un peu à l’image des paroles du morceau qui s’affiche dans le ciel : « My head boiling but my coffee’s cold… wasting a life on a contract. Can you trust anyone ? » Une critique de la vie de bureau qui s’accompagne parfois (souvent ?) d’une perte de sens scellé à un contrat. Ce dernier single réussi, défini et très prometteur marque l’envie de Judy Bloom de se lancer concrètement dans une carrière musicale. Lui qui a dernièrement signé chez Artistic Palace et qui fera, à la fin du mois, la première partie de Lilly Wood and the Prick. Il y défendra son premier disque : l’EP Hush, qui sortira le 20 mars. Soit l’éclosion de Bloom au printemps (et oui la blague était facile).


VONFELT feat. Lescop – La nuit

Le casting en disait long : VONFELT et Lescop. Voilà une collab’ bien canon comme on les aime. Avant même de découvrir le clip on s’attendait à une esthétique minimaliste new wave sombre. On n’a pas du tout été déçus du voyage !

La nuit comme un décor émotionnel, un moment suspendu où les sentiments comme les émotions se décuplent, se vivent plus intensément. Ici elle devient un refuge pour les amants, un moment hors du temps où les règles du jour s’abattent. La nuit se fait espace. La nuit portée par les deux chanteurs est utilisée comme un symbole d’intimité dans une synthpop mélancolique aux voix profondes qu’on leur connait.

Dans des lumières artificielles et faibles aux teintes froides, Lescop et Vonfelt sont isolés dans des cadres indéfinis, leurs regards ne se croisent jamais vraiment, le clip alterne entre l’immobilité et les mouvements lents des protagonistes. Une lenteur qui créée la sensation d’une temporalité étirée. On ressent la nuit. Simon Vanrie réalise ici un clip fortement inspiré de la sobriété visuelle passée de Lescop. On adore !

Elle Coves – I Got A Thing For Love

Le vidéoclip d’Elle Coves pour sa chanson I Got A Thing For Love mise sur une esthétique douce, stylisée et légèrement rêveuse. Comme il s’agit d’un visualizer, l’approche reste simple, mais l’ensemble dégage une énergie légère et spontanée, un peu comme une journée à flâner avec des amis. Entre ses déplacements en ville, son matcha, les boutiques et les petits moments du quotidien, le clip crée une ambiance calme, naturelle et sans prétention. Il y a quelque chose de très décontracté dans ces images, comme si on suivait un instant de vie capté sur le vif. Le tout est fluide, lumineux et charmant, avec une simplicité qui accompagne bien la chanson.

À regarder pour égayer votre journée.

Dua Saleh – I Do, I Do

Le vidéoclip de Dua Saleh pour sa chanson I Do, I Do mise sur une esthétique à la fois épurée, lente et élégante, mettant de l’avant la création d’une atmosphère plutôt qu’une ligne narrative précise. On y voit l’artiste seule dans le désert, faire des mouvements avec un tissu noir transparent qui flotte au vent autour d’elle. Filmée au ralenti, la vidéo donne à chaque geste une dimension presque chorégraphique et méditative. Le contraste entre l’immensité du paysage et la légèreté du tissu crée quelque chose de très beau, à la fois fragile et puissant. L’ensemble dégage une ambiance mystérieuse et contemplative, où le mouvement et l’image parlent autant que la chanson elle-même.

À regarder si vous êtes dans un mood méditatif.

Theo Lawrence – Lonely Too Long

Cette semaine, le musicien country franco-américain Theo Lawrence fait son retour avec Lonely Too Long, un nouveau titre co-produit avec son acolyte de toujours, le guitariste virtuose Thibault Ripault.

Depuis maintenant une décennie, l’artiste d’origine parisienne désormais établi au Texas s’est imposé comme une figure incontournable de la scene countrypolitan tant en France qu’aux Etats-Unis, ciselant des chansons d’amour intemporelles qu’il livre avec un accent d’une autre époque, évoquant des figures comme Charlie Rich ou Ray Price.

Lonely Too Long, premiere sortie solo de Lawrence sur Warner/Reprise Records, distille ce qu’il sait faire mieux que quiconque : une sincérité désarmante portée par des arrangements qui semblent surgir d’une époque révolue, sans jamais sonner poussiéreux. “J’aime penser que ce titre est une chanson de rock’n’roll sans guitare électrique”, écrit Theo sur Instagram. Le clip, réalisé par Vanessa Pla et tourné en analogue, colle parfaitement à l’univers retro et chaleureux de l’artiste. Un premier morceau qui nous rend tres impatients de découvrir le nouvel album à venir! 

Gildaa – Perséphone 

Tapis dans la pénombre, on patiente, et on a hâte. Les rideaux s’ouvrent sur le superbe projet de Gildaa (le double de Camille Constantin Da Silva) intitulé Perséphone. Cette artiste franco-brésilienne à l’univers haut en couleur, en rires, en pleurs, et tout à fait singulier, nous conte le mythe de cette divinité, à la fois déesse de l’agriculture et gardienne des portes de l’enfer (rien que ça). Gildaa s’approprie ce personnage et nous le donne à voir. 

Le clip de Perséphone a été réalisé par Martin Schrepel, et le fruit du travail de nombreux protagonistes. L’image et la scène sont au cœur des créations de Gildaa. Ce film est un mystérieux trésor qui vibre dans un théâtre désert. À la fois diseuse et divinité, elle se pare alors de deux costumes, deux masques. Entre l’ombre et la lumière, parfois marionnette, l’artiste chante la destinée de Perséphone. C’est une musique contemporaine qui puise son énergie dans les fantômes du passé, l’intime et son échos. On suit le mouvement de la caméra, embarqués dans une course poursuite à huis clos, une danse de quelques minutes. 

Perséphone, extrait du premier album de Gildaa, est une fenêtre vers l’univers magique de l’artiste. Installez-vous, car le spectacle est sur le point de commencer. 

Île de Garde feat. Kuntessa – Birthday girl

En attendant de poser définitivement des mots doux qui formeront une chronique de Rage Blossom,  le mini LP des nantaises Île de Garde qui ont désormais conquis notre petit cœur, on a souhaité en balancer quelques-uns sur le clip de Birthday girl sorti cette semaine.

Nos girls misent sur une esthétique graineuse de caméscope des années 90 mais la nostalgie en moins. Les robes de mariée sont de sortie pour le meilleur comme pour le pire. Birthday girl n’est pas tant qu’une question de rituel annuel où l’on déclare que c’est sa journée mais sonne comme un rituel de renaissance de femme consciente et, par extension, révoltée. Birthday girl d’Île de Garde c’est une critique des attentes, des convenances sociales autour de la féminité.

Dans ce clip, on évite soigneusement la glamourisation du corps féminin. Devenir femme c’est affirmer son identité haut et fort, se la réapproprier et ça, Île de Garde l’a plus que bien compris. Le clip se joue en boucle et alterne le vitesse à mesure que le morceau gagne en intensité. Une nervosité froide gagne le morceau et nous ça nous booste fort pour tout envoyer valser à notre tour. Si vous êtes en région parisienne la semaine prochaine, un détour au Supersonic le 20 mars s’impose, elles seront de la partie !  

Mickle Muckle – A cock and bull story

En direct de la fête foraine de Saint Lô, les normands de Mickle Muckle nous embarquent dans leur course aussi hallucinante que tendue contre la dépression.

Sur le plan visuel, la réalisatrice Laura Deforge s’est faite plaisir à nous perdre entre hallucinations et ce que l’on pourrait définir comme une scène musicale rurale devant une serre à l’abandon qui deviendrait presque cauchemardesque.

La dépression se mêle à cet univers de la fête foraine avec son lot de points communs dont celui d’être saturé de stimuli, parfois absurdes mais parfois plus graves. Sur fond d’un bon vieux punk à l’ancienne, la musique de Mickle Muckle nous entraine dans l’urgence avec sa rythmique hyper soutenue.

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