La musique ça s’écoute, mais parfois ça se regarde aussi. Chaque semaine, La Face B vous sélectionne les clips qui ont fait vibrer ses yeux et ses oreilles. Jour d’élections municipales pour la France ! Après avoir fait un (bon) choix, on prend le temps de découvrir la première partie des clips qui ont retenu notre attention cette semaine.

Premier Métro – Soleil Noir
Changement d’ambiance pour Premier Métro : les quatre garçons troquent cette semaine leurs paillettes habituelles pour le noir. Et pour cause, le cœur n’est pas à la fête face à la menace qui grandit sous nos yeux. Cette menace, c’est celle de l’extrême droite, du fascisme, qui brandit son étendard en plein jour.
Soleil Noir, leur nouveau single, est une réaction aux manifestations néonazies dans les rues de Paris en mai 2024, et au silence assourdissant qui s’en est suivi. Sidérés par ce déchaînement de haine, qui s’exprime désormais sans retenue, les membres du groupe appellent à ouvrir les yeux sur ce qui est en jeu. Face à la tentation de normaliser, de relativiser ou de se détourner, ils rappellent l’urgence d’agir face à une idéologie nauséabonde qui avance à visage découvert.
Le clip, réalisé à la Chapelle Reille par Klement Hucault, met en scène les membres du groupe dans une atmosphère inquiétante, quasi mystique. Une esthétique cinématographique et un rythme frénétique qui appuient efficacement le message de Soleil Noir.
Avec ce nouveau single, Premier Métro confirme un virage plus rock et plus engagé, amorcé avec Châteaux de sable, et annonce un album à venir cette année
Sarāb – Zidni – Mīt warde – Live session
On retrouve Sarāb dans une session live autour de Zidni – Mīt warde, une performance à la fois énergique et intense qui nous transporte ailleurs. Le clip nous plonge dans une esthétique presque psychédélique, portée par la voix exceptionnelle de Climène Zarkan. Les effets appliqués à la voix renforcent cette atmosphère envoûtante.
Impossible de passer à côté de la maîtrise des musiciens, pour qui tout semble d’une facilité déconcertante. Les lumières de la scène se fondent dans la musique, créant une véritable expérience sensorielle.
À travers cette session live, on ressent toute la richesse musicale et la grande technicité du groupe. Entre envolées instrumentales et vocales, solo de guitare et créativité omniprésente, le morceau affirme pleinement l’identité singulière de Sarāb. L’ensemble est vibrant, vivant, et donne une seule envie : danser avec eux.
Avec Sarāb, les chansons parlent d’amour avec une énergie communicative, mêlant joie et puissance.
NeS – Tout prendre
NeS vient tout juste de dévoiler son premier album Des Pieds et Des Mains, un projet riche et soigné dans les moindres détails. Il suffit de jeter un œil à sa superbe pochette pour comprendre qu’il s’impose déjà comme un artiste à suivre de très près. Cette sortie s’accompagne du clip fraîchement dévoilé de Tout prendre.
Le morceau s’appuie sur une production aux influences old school. À la fois simple, efficace et immédiatement mémorable, elle marque par son sens du rythme et sa précision. NeS y démontre une solide technique, avec un flow maîtrisé et percutant.
Visuellement, le clip en noir et blanc est particulièrement maîtrisé, lui donnant une dimension presque cinématographique. Il met en valeur un univers urbain sans tomber dans le cliché, en apportant une vraie sensibilité visuelle. Une forme de poésie se dégage de ces images, portées par un décor à la fois épuré et réaliste.
Un titre court mais marquant, qui vient affirmer l’identité artistique d’un rappeur à découvrir très vite.
Suzanne Belaubre – Cosmonaute
Suzanne Belaubre continue d’esquisser les contours de son prochain album Feu de bois, attendu le 8 mai prochain, avec son nouvel extrait Cosmonaute.
L’artiste y explore la dichotomie entre rêve et réalité, entre nos aspirations et nos imperfections, entre nos idéaux et la vie telle qu’elle est, guidée par l’espoir. D’un côté, son univers intérieur peuplé d’oiseaux et de rêves de liberté. Une bulle où se réfugier grâce à son « casque » de cosmonaute, quoi qu’abîmé par les fêlures de la vie.
Un morceau introspectif empreint de douceur, de pudeur et de poésie, porté par la voix claire de Suzanne Belaubre et son piano, aérien. L’artiste confie « J’ai rarement touché un endroit aussi enfoui en moi à travers les paroles et l’univers d’une chanson. »
Le magnifique clip réalisé par Maxime Morin file la métaphore et nous offre un contraste saisissant. D’un côté la safe place de Suzanne Belaubre, sa chambre. Celle où elle se ressource et crée. La chambre de tous les possibles, bercée par le son des oiseaux et traversée d’un rai de lumière. De l’autre, la pression d’un monde urbain qui nous écrase, puis ce besoin de liberté qui devient plus fort que tout et finit par exploser, représenté par le cerf-volant.
Suzanne Belaubre sera en concert le 27 mai dans la salle parisienne des Trois Baudets.
BOLIVARD – AUTISME
Un an après la sortie de BOLIVARDISME, Bolivard revient cette semaine avec des musiques en plus, 8 morceaux qui prolongent l’expérience et les idées développées dans l’album et parmi lesquelles ont retrouve AUTISME.
AUTISME est sans doute l’un des morceaux les plus personnels de Bolivard tout en étant par extension l’un des plus universel et sans filtre de l’artiste. En effet, avec AUTISME, il s’interroge sur la normalité, sur le sentiment que l’on a tous eu d’être en décalage avec le monde et les gens qui nous entourent.
AUTISME est un hymne joyeux et dansant dans lequel l’artiste nous invite à assumer notre côté weirdo, la part d’étrangeté que chacun porte en soi mais qui est plus ou moins bien masqué à travers le masque de la norme sociale qu’on nous invite tous à porter jusqu’à ce qu’on finisse un jour par ne plus en avoir rien à foutre.
Artiste multi-casquette, le musicien s’occupe aussi de son clip aux accents DIY très prononcés. Entre plan fixe et éléments animés, Bolivard transforme son morceau en grand délire étrange en noir et blanc, distillant à la perfection un sentiment de gène qui le caractérise si bien et beaucoup d’humour et de recul.
Un clip et un morceau à écouter sans modération avant de retrouver Bolivard sur la scène de La Maroquinerie le 14 avril prochain pour célébrer ce nouveau projet et la sortie du vinyle qui l’accompagne.
Fleur bleu·e – Surrender
Quelques semaines après avoir dévoilé Le Funambule, Fleur bleu.e et de retour et nous offre cette semaine, Surrender, second extrait de leur second album, Question Marked Upon The World.
Et ce second extrait semble confirme une chose que l’on avait remarqué avec Le Funambule : Fleur bleu.e s’est libéré de certaines contraintes et références pour s’offrir une musique plus mouvante et personnelle, convoquant l’émotion avant tout et allant la chercher là où elle existe. Surrender prend ainsi des accents faussement naïfs d’une pop 60’s pour parler d’amour et de libération. On ne parle pas forcément ici de relations amoureuses, mais de toute forme d’amour qui se joue sur l’attente d’un geste qui n’arrive parfois jamais.
Il est alors nécessaire de l’admettre et de s’en libérer, de pouvoir avancer pour éviter de rester bloquer dans une attente qui peut devenir infinie. Avec Surrender, Delphine et Vlad plonge dans un quelque chose de très intime pour délivrer une chanson aux accents dream-pop et à l’écriture à la fois pure et directe qui atteint directement le cœur.
Désormais installés aux Etats-Unis, le duo profite des grands espaces et des territoires forcément remplis de fantasmes de cinéphiles pour filer un clip qui porte en lui toute la délicatesse de Surrender. On suit ainsi Delphine dans différents lieux, semblant avancer sans but, mettant en images à la perfection ce sentiment de solitude et d’abandon qu’on a tous forcément vécu un jour.
Avec Surrender, Fleur bleu.e continue de nous faire patienter jusqu’à leur second album et des retrouvailles sur scène qui auront lieu au mois de mai prochain avec des concerts à Caen, Roubaix et au Point Éphémère à Paris le 25 mai prochain. Le tout avant d’embarquer pour une nouvelle tournée aux Etats Unis en juillet et août.
Muse – Be With You
Muse fait partie de ces groupes qui ont marqué au fer rouge le début des années 2000. Un vrai OVNI du rock, capable de mêler véritable démesure et technicité. Matthew Bellamy s’est imposé comme un musicien virtuose, autant pour ses performances vocales que pour ses riffs ou ses envolées au piano. Très vite, le groupe a pris une ampleur folle, remplissant des stades à une époque où peu de formations rock pouvaient s’y risquer. Aujourd’hui encore, chaque sortie de Muse reste un petit événement, chargé d’attentes.
Avec Be With You, le morceau démarre sur une nappe d’orgue et la voix de Bellamy vient s’y poser avec douceur. La montée est lente, presque solennelle, avant qu’un beat électro ne prenne le relais, laissant de côté basse et batterie pendant une bonne partie du titre. Forcément, quand on pense aux lignes de basse de l’époque d’Hysteria, ça laisse un petit goût d’inachevé. Heureusement, les instruments finissent par entrer et redonnent un peu de corps à l’ensemble. Le solo, lui, reste très réussi, typiquement Bellamy. Mais malgré tout, on reste un peu sur notre faim : la prod est très propre, peut-être trop, et on perd un peu ce grain, cette tension qui faisait que Muse, c’était Muse.
Côté clip, l’ambiance est tout aussi contemplative. On découvre une planète qui ressemble à la Terre sans vraiment l’être, avec un ciel étrange, presque inquiétant. Une protagoniste apparaît seule dans une maison vide, comme abandonnée, pendant que des visions d’un homme viennent s’intercaler avec des plans de Bellamy. Quand le rythme s’accélère, le monde autour d’elle semble réagir, l’eau tremble, le ciel se teinte d’un rouge inquiétant. Les deux personnages finissent par se retrouver, main dans la main, face à ce décor de fin du monde. Ils avancent ensemble vers cette lumière, ce signal, comme attirés par l’inévitable. Le clip se conclut sur une image qui évoque clairement l’univers visuel du prochain album The Wow! Signal.
Difficile de ne pas être curieux après ça. Muse a annoncé un nouvel album pour le 26 juin 2026 ainsi qu’un concert à Londres. On espère maintenant les voir revenir dans des salles plus intimes en France, et surtout retrouver ce côté plus brut, plus nerveux, avec des riffs bien sales et des morceaux un peu plus tourmentés. Parce que c’est aussi ça, Muse, quand ils sont au sommet.
Jewel Usain – Ikebukuro
Rare, mais jamais vraiment loin, Jewel Usain s’était pourtant fait attendre. Plus de deux ans après Où les garçons grandissent, le Parisien reprend le fil, dans la continuité directe de Eleanor aux côtés de Prince Waly. Avec Ikebukuro, il affine encore sa signature : un rap précis, une esthétique cinématographique marquée et une écriture toujours plus mélodique. Mais cette fois, le décor évolue, comme un nouveau chapitre qui s’ouvre quelque part entre Paris et Tokyo.
Ce clip constitue en réalité le premier volet d’une trilogie imaginée pour accompagner la sortie de Otoko, son prochain EP. Pensé comme un déploiement progressif, ce projet visuel confirme son attachement au format narratif. Aux côtés de Kidhao, ami et réal presque attitré, il construit ici un court-métrage en trois actes.
Tout commence dans le garage d’Eleanor. La tension est immédiate : une altercation éclate, et au milieu du chaos, Acchi Mello s’empare de la Mustang Shelby, élément central du récit, avant de prendre la fuite. Direction le Japon.
La production, construite autour de With Your Love de Jackie Moore et retravaillée par Prodbyedgar et Béesau, installe une ambiance douce et immersive. L’atmosphère devient feutrée, presque silencieuse, portée par la voix grave de Jewel Usain. Il en profite pour revenir sur ces deux années d’attente, et confirme que cela ne fait que commencer, avec ce mélange d’élégance et de piquant qui le caractérise.
Mais le calme est trompeur : lui aussi est au Japon. Et il n’est clairement pas venu pour rien.
Holly Humberstone – Cruel World
Avec Cruel World, Holly Humberstone franchit un cap émotionnel marquant. Troisième extrait de son deuxième album Cruel World, attendu le 10 avril, ce titre éponyme s’impose comme une pièce centrale, intime et viscérale, qui confirme une direction profondément introspective.
Pensé comme le cœur battant du disque, Cruel World explore les contradictions de l’amour à distance, là où l’absence altère la perception du réel. Elle confie d’ailleurs : « “Cruel World” vient de l’euphorie et de la douleur de la distance. Votre perception du monde qui vous entoure peut être complètement déformée sans cette personne. Il n’y a plus aucun plaisir à sortir seul lorsque le seul endroit où vous voudriez être est auprès d’elle. Aimer quelqu’un est toujours un peu douloureux : c’est la dichotomie entre douleur et plaisir. Dans son essence, l’amour c’est douloureux. Et c’est le fil conducteur de mon album. De tous les titres que je n’ai jamais écrits, celui-ci est mon préféré ! » Une déclaration qui éclaire un morceau traversé par le manque et une dépendance émotionnelle assumée, porté par un refrain entêtant — « Wherever you are is my favourite place » — à la douceur presque obsessionnelle. Fidèle à sa pop mélancolique et aérienne, Holly Humberstone construit une tension subtile entre couplets murmurés et envolées contenues, co-écrites avec Benjamin Francis Leftwich et produites avec Rob Milton.
Le clip, réalisé par Silken Weinberg, prolonge cette dualité : après une introduction façon conte de fées, le spectateur est plongé dans un théâtre victorien où l’artiste dérègle peu à peu la mise en scène, sabotant symboliquement une romance idéalisée à coups de pommes empoisonnées, chevaliers en armure et décors fleuris. Une esthétique gothique et théâtrale qui matérialise le tiraillement entre fiction et réalité, contrôle et débordement émotionnel.
Dans la continuité de To Love Somebody et Die Happy, Cruel World affirme une écriture sans filtre, où l’amour se révèle aussi beau que douloureux. Un morceau qui prendra toute son ampleur sur scène, notamment lors de sa date parisienne au Le Trabendo le 15 septembre prochain. Retrouvez également l’interview de Holly Humberstone sur La Face B
Wamen – La vie d’adulte
Wamen dévoile La vie d’adulte, premier extrait intime de son prochain projet, où elle explore les doutes et vertiges du passage à l’âge adulte. Porté par une rythmique saccadée comme un cœur sous tension, le morceau traduit les angoisses et incertitudes de cette période charnière, entre peur du vide et volonté d’avancer malgré tout.
Le clip entame cette introspection par une graine qui germe, émergeant de la terre dans un éclair révélant l’artiste dos à un arbre. La caméra recule, dévoilant Wamen dans diverses pièces, tantôt angoissée, pensive, enfermée ou bloquée, tandis qu’elle arrose la plante poussée à travers le parquet. Bientôt, une verdure vieille et envahissante prolifère dans la chambre et la salle de bain, ses racines gagnant du terrain jusqu’à enchaîner l’artiste elle-même : une métaphore saisissante de la vie adulte qui naît pleine de potentiel mais finit par étouffer sous son propre poids.
HEAVY LUNGS – GODKILLER
Le groupe post-punk noise Heavy Lungs nous revient des enfers avec ce clip de GODKILLER, complètement barge. Il nous plonge dans une atmosphère digne de 1984 de George Orwell, où un gourou d’employés vient prêcher l’avènement de leur élu sur Terre, qui n’est autre que le serpent. Ici, Danny et sa bande proposent, comme à leur accoutumée, un son brut et puissant : sans fioritures et terriblement efficace.
Sans tomber dans une critique sociétale excessive, ils s’en prennent plutôt aux personnes négatives qui gravitent autour de nous. Un morceau jouissif, ponctué par un joli solo de guitare. On les retrouvera au Supersonic le 14 mai prochain pour le Block Party Festival.
Elan – Tout va bien je vais mal
Tout va bien je vais mal est un de ces morceaux qui mettent des mots sur ce malaise que l’on peine à formuler. Elan y explore le désalignement entre ce que l’on montre et ce que l’on ressent vraiment, ce décalage silencieux où l’on affirme que tout va bien alors que, à l’intérieur, tout vacille. Le single raconte ce paradoxe intime : être accompagné sans se sentir aligné, vivre à deux tout en laissant le doute, l’angoisse et la peur grignoter le quotidien, jusqu’à ce que l’amour ne soit plus qu’un écho creux.
Le clip vient renforcer cette sensation en misant sur un minimalisme radical. Pas d’histoire, pas de décor travaillé, pas de costumes ni de comédiens : seulement un appartement vide et Elan, seule, pieds nus, perdue dans une chemise d’homme trop grande. Ce personnage unique suffit à faire passer le vertige de l’impuissance et de la solitude dans ces relations que l’on continue à subir, par peur de briser l’image parfaite du couple « idéal ». Dans cet espace nu, le texte résonne d’autant plus fort : on s’invente un rôle où « tout va bien », mais le trop-plein de « tout va mal » finit par remplir la pièce, jusqu’à devenir impossible à ignorer.