La musique ça s’écoute, mais parfois ça se regarde aussi. Chaque semaine, La Face B vous sélectionne les clips qui ont fait vibrer ses yeux et ses oreilles. Sans plus attendre, la seconde partie des clips qui ont retenu notre attention cette semaine.

IDÉES FATALES – Mourir sous ton Ciel
Chez La Face B, on a un petit radar qui clignote lorsqu’un nouveau projet débarque chez Coco Machine. Il faut dire que le label messin à le chic pour nous délivrer des petites pépites depuis quelques années déjà avec un catalogue impeccable et IDÉES FATALES ne fait pas exception à la règle.
Projet aux influences 80’s qui, de part les origines de ses membres, tire une ligne claire sur la partie nord du pays, IDÉES FATALES propose une musique diablement entêtante, superbement écrite, poétique à souhait tout en permettant à nos popotins de remuer joyeusement.
Et après un premier single, GTi, le quatuor est de retour en ce mois de mars avec un nouveau morceau au titre évocateur : Mourir sous ton Ciel.
Un morceau qui nous rappelle que l’on ne se sépare jamais vraiment de nos origines et que, même si on les fuit pour un temps, on revient toujours vers elles. Parce qu’elles sont le cœur de nos souvenirs, de notre ADN et d’une grande partie de ce que l’on est où des histoires blessent parfois mais définissent fatalement ce que l’on est.
Production minimaliste, rythmes de guitares parfaits auxquels sont associés des nappes de synthés aériennes pour accompagner un refrain génial que l’on a envie de crier vers le bleu du ciel un jour d’hiver, Mourir sous ton Ciel a tout du petit hymne de pop parfait.
Sous la caméra de Clément Collot et Guillaume Quincy on retrouve donc IDÉES FATALES en goguette dans le nord de la France entre les briques rouges, le sol blanc neige, le ciel bleu éclatant (si si ne vous en déplaise, il fait beau dans le nord) et la petite pinte de bière qui fait glisser la nostalgie d’un retour sur les traces de l’enfance et de ses fondations.
La vidéo de Mourir sous ton Ciel représente à merveille la douceur et la tendresse du morceau comme un voyage dans le temps où tout à changer tout en restant le même.
Pour le live, on pourra retrouver IDÉES FATALES le 17 avril au Super 9, à Tours, le 20 mai au Chinois, à Montreuil, et le 30 mai aux Trinitaires, à Metz
Aure – The Beginning
Toute fin n’est pas définitive et peut être le début d’un recommencement bienvenue et nécessaire. Cette idée, c’est peu ou prou ce que nous raconte Aure dans The Beginning, single épuré et magnifique qui porte en lui toute la sève de son superbe premier album, Printemps, paru ce vendredi.
The Beginning, c’est une douceur bienvenue et une chaleur qui nous envahit progressivement, c’est l’élégance d’une folk dans ce qu’elle a de plus pur, porté tant par la voix délicate d’Aure que par des arrangements de cordes discrets, mais bouleversants qui nous entraine dans ce point de bascule, ce sentiment de vide qui nous envahit parfois avant le renouveau, alors que le monde continue perpétuellement d’avancer.
Cette idée est parfaitement mise en images par Johanna Benaïnous dans une vidéo cinématographique et pleine d’émotion. Chaque plan semble y être un tableau, chargé de métaphores, d’images qui frappent par leur beauté, comme cet arbre qui semble naitre au cœur d’une tasse de café, ou ces arbres qui se mouvent au grès du vent alors que tout semble entrainer dans un tourbillon de vie et de recommencement. La vidéo est le Printemps et Aure y navigue, y prend le temps et observe le monde, sa nature et sa perfection.
Aure présentera son album le 16 avril prochain au Trois Baudet. Le printemps est là et la musique d’Aure en est son parfait accompagnement.
Avalon Emerson & The Carms – Happy Birthday
Il y a des artistes qui commencent dans la pop ou le rock avant de finir DJ, comme Calvin Harris. Et puis il y a Avalon Emerson, qui suit le chemin inverse. L’artiste américaine revient avec un deuxième album résolument electropop. Happy Birthday est un titre délicieux, enivrant et dansant. La force de ce single, dont le clip accompagne la sortie de son second album, réside dans sa vision d’ensemble, à la fois lumineuse et rêveuse.
Au fil des minutes, les images gagnent en clarté, comme si elles s’éclaircissent progressivement. Avalon Emerson refuse de s’attarder sur ses regrets et préfère célébrer la douceur des moments partagés avec ses amis d’aujourd’hui. Un élan positif qui vient bousculer nos doutes. À dévorer avec l’album.
Cold Cause – Road
La route a toujours su inspirer les artistes dans tous les domaines artistiques. Cette fois-ci c’est les français de Cold Cause qui s’en sont emparés. La route est une ligne droite bien que Luiça nous répète que « my head is spinning » . C’est une tentative de fuite. Dans ce clip se juxtaposent son visage et les bandes blanches.
Passagère ou conductrice parfois les deux en même temps, Luiça trace son chemin dans la pénombre, seules les lumières agressives de la route deviennent sources d’éclairage. La route se fait symbole. Celui d’un cheminement intérieur, d’un moment de transition.
Sur le plan musical Cold Cause signe une électro dark à la Boy Harsher. On y trouve une touche de sensualité, un bon dosage de froid qui convoque un peu comme une évidence la pénombre. Si les seconds sont plus envisageables dans les clubs façon EBM, dans le sensoriel, les français sont dans un registre plus mental et plus immersif.
Death Cab for cutie – Riptides
Avec Riptides, Death Cab for Cutie signe un come back aussi explosif que introspectif, renouant avec une énergie rock brute qui rappelle l’ère Narrow Stairs. Premier extrait de I Built You A Tower, attendu le 5 juin chez ANTI- Records, Riptides marque un tournant symbolique avec un retour assumé aux racines indie après plus de vingt ans en major. Porté par une tension sourde et une instrumentation plus abrasive — notamment la basse incisive de Nick Harmer qui guide les couplets — Riptides capte une fatigue émotionnelle contemporaine avant de s’ouvrir sur un refrain particulièrement catchy, où la voix de Ben Gibbard s’élève avec une intensité contenue, soutenue par une guitare aux accents cinématographiques. Le frontman confie : « “Riptides” parle du défi que représente le fait de gérer des difficultés personnelles alors que le monde autour de nous traverse des tragédies et des pertes d’une ampleur insondable. Lorsque ces deux réalités s’entremêlent dans notre esprit, cela peut devenir totalement paralysant. » Une tension parfaitement incarnée dans ces lignes du refrain : “I’m too tired to talk / I’m too tired to end the war / And I can’t seem to hold it together anymore” — “There’s too many riptides in this ocean to proceed” — véritable métaphore de cet étouffement progressif et vertigineux ambiant.
Réalisé par Jason Lester, le clip prolonge cette intensité dans une esthétique minimaliste en clair-obscur, baignée de lumières bleues, où chaque membre apparaît tour à tour comme dans une “box”, révélant les différentes strates du morceau — batterie, basse, guitare, voix puis claviers — dans une scénographie proche du live. La lumière évolue du bleu au rouge puis au vert, accompagnant parfaitement la progression émotionnelle de Riptides. Produit par John Congleton et enregistré en seulement trois semaines entre Los Angeles et plusieurs villes américaines, Riptides s’impose comme une entrée en matière explosive pour I Built You A Tower, qui se présente comme un album de reconstruction. Un retour à l’essentiel pour Death Cab for Cutie, à découvrir sur scène le 3 octobre à L’Élysée Montmartre.
Trainfantome – Rituals
Il y a encore quelques semaines on vous parlait du retour de Trainfantome. Cette semaine ils nous reviennent avec un morceau très différent, qui tranche nettement dans les inspirations. Avec Rituals, Trainfantome nous entraine dans un spectre élargi jusqu’au hardcore voire même carrément métal. L’adolescente en moi se remémore carrément quelques bribes de souvenirs enfouis de Bullet for My Valentine.
Il en va d’un morceau tumultueux que le frontman Olivier Le Tohic reconnait avoir composé il y a plusieurs années en arrière pour un ancien projet plus hardcore justement. C’est finalement Trainfantome qui en héritera suite à un déclic très personnel ; le décès de la mère de son leader. Avec un morceau intitulé Rituals et ce choix de lui donner une sonorité hardcore – bien que son intro nous évoque des souvenirs des suédois Opeth du temps de Windowpane – peuvent créer à eux deux une forme de thérapie sonore où s’expulse les émotions lourdes.
Dans ce clip en noir et blanc qui n’a rien de guilleret, le groupe nous transporte dans un univers non plus onirique mais bien cauchemardesque, si ce n’est horrifique sur les entournures avec son personnage central qui bascule dans une forme de démence.
The Pretty Reckless – When I Wake Up
Le vidéoclip de The Pretty Reckless pour sa chanson When I Wake Up propose une esthétique sombre, brute et plutôt crue, portée par la présence magnétique de Taylor Momsen. Le visuel s’inscrit clairement dans les stéréotypes du rock and roll (sexe, drogues et alcool), qu’il met en scène de manière frontale, presque sans filtre. La caméra reste proche de l’artiste, captant son regard, son attitude et son engagement physique, ce qui donne au clip un côté très incarné. L’ensemble ne cherche pas à raconter une histoire complexe, mais plutôt à transmettre une émotion directe, brute, où tout passe par l’intensité de la performance.
Si la chanteuse vous dit quelque chose, ce n’est pas pour rien! Avant de s’imposer dans l’industrie musicale, Taylor Momsen s’était d’abord fait connaître comme actrice, notamment dans How the Grinch Stole Christmas aux côtés de Jim Carrey, ainsi que dans la série Gossip Girl. Cette transition vers la musique se ressent aujourd’hui dans sa manière d’habiter l’image, avec une présence à la fois performative et authentique.
JeanneTo feat. Josy Basar – Le cirque au village
JeanneTo et Josy Basar nous emmène cette semaine à une drôle de fête entre rêve et cauchemar avec Le cirque au village, issu de l’album de JeanneTo. Un morceau puissant et dansant qui bouscule nos corps et nos oreilles pour nous entrainer dans un univers poétique, parfois étrange et toujours très imagé pour un morceau qui questionne notre place dans notre société et la nécessité de pouvoir s’accepter comme on est, quitte à fuir la nuit dans des lieux où l’on est libre d’être ce que l’on est, sans entrave mais avec toute l’ambiguïté que cela entraine.
Pour l’accompagner, Pierre Banon entraine justement les deux musiciens dans une fête étrange au cœur d’un club Strasbourgeois. Pensée avec le collectif La Queerdom, la vidéo repousse encore plus le côté politique du morceau et interroge aussi la place de la fête dans nos vies et ce qu’on refuse d’y voir parfois.
Dans ce lieu, tout se transforme, tout existe et on assiste à une fête théâtrale, plus grande que la vie où les artistes drags se transforment en archétypes de personnages du cirque entre la voyante, l’arlequin ou le clown. On les regarde performer avec fascination, ajoutant un goût de souffre et de d’étrangeté à ce lieu où tout devient possible, le pire comme le meilleur, la vie comme la mort.
Annie Dressner – Dumb Boy
La musicienne d’origine new-yorkaise Annie Dressner vient de dévoiler le clip de son nouveau single Dumb Boy.Produit par Peter Bruntnell, un pilier de l’Americana britanniquequi joue également de la guitare sur le titre, Dumb Boy est un morceau énergique qui explore le sentiment paradoxal de s’accrocher à ce qu’on aimait chez quelqu’un, même lorsque cette personne nous déçoit, et cette amertume douce-amère vis a vis de ce qui aurait pu être.
Le clip, tourné par David Martin, montre Dressner dans divers décors domestiques — cuisine, escaliers, canapé — où elle feuillette des livres de développement personnel, cherchant à aller de l’avant, ce qui renforce le thème central de la chanson : les émotions contradictoires qui surgissent à la fin d’une relation.
Dumb Boy est le premier single du prochain album de l’artiste, toujours produit par Peter Bruntnell. Le titre et la date de sortie sont encore inconnus, mais si ce single en est le reflet, on y retrouvera tout ce qui fait le charme d’Annie Dressner :des textes acérés, jamais dénués d’humour, et une voix chaleureuse qui accroche dès les premières secondes.
TeyKaz – Grand trucage
TeyKaz ne vous dit peut-être rien et pourtant quelques-uns le connaissent déjà pour son projet principal Steve Amber et ses remplacements de Rémi Ferbus aux côtés de Martin Luminet. Et oui c’est bien Greg Demson qui se cache derrière ! C’est son projet solo où il ne se contente pas de la batterie, il est même sur tous les fronts ! TeyKaz c’est une musique enveloppante, très grungy pour ce single révélé en novembre dernier.
Le brestois nous revient avec le printemps pour nous partager son premier clip qu’il a lui-même réalisé en stop motion pour son premier morceau: Grand trucage (ça fait beaucoup de répétition de premier mais c’est la belle et honorable vérité). Cette semaine c’était même son premier concert (et ok, ça sera la dernière fois qu’on parle de première) au Supersonic !
TeyKaz explore l’évasion mentale. La chanson évoque la sensation de saturation, l’overdose émotionnelle et l’idée même derrière « Grand trucage » nous renvoie à l’idée d’illusion fabriquée. Une magie nécessaire pour pouvoir survivre finalement. C’est l’histoire d’un individu – Freeky – qui choisit l’illusion pour tenir, une stratégie intérieure pour continuer à exister dans un monde qui se casse méchamment la gueule – on voit d’ailleurs passer sous forme de remparts, les grands maux autant que mots de l’époque : fascisme, racisme, sexisme, pression sociale, charges mentales, santé mentale, politique, homophobie, guerre et anxiété -.
A Good Year – If I
Après les singles Dealerz et Push & Pull, A Good Year sort un nouveau single, If I accompagné d’un clip sorti le 17 mars, aussi énigmatique que les précédents. Le duo danois A Good Year, basé à Copenhague et composé d’Albert Hildebrand et Tobias Laust, est à la fois un groupe et un projet cinématographique. Formé il y a quelques années autour d’un film que Tobias et Albert ont réalisé ensemble pour le festival CPH:DOX, A Good Year a toujours fait coexister image et son. Tobias a une formation en production et en composition, tandis qu’Albert s’intéresse davantage aux arts visuels et à la réalisation cinématographique.
En produisant la plupart de leurs derniers morceaux à distance, Albert et Tobias se penchent sur la façon dont la musique existe aujourd’hui souvent davantage en ligne que dans la vie réelle – et le clip If I en est un parfait exemple. En utilisant trois couleurs et quatre plans différents, le clip ultra minimaliste s’apparente à une animation de jeu vidéo. L’arrière-plan est toujours divisé en deux couleurs distinctes et chaque plan est composé d’une ombre qui marche vers un horizon inexistant. Tantôt noire, tantôt blanche, l’ombre avance, stagne ou s’éloigne. On suivra de près leur prochain album, accompagné de visuels mélangeant analogique et numérique, structuré et déconstruit.
Chassol feat. Ala.Ni – What is Stand-up ?
On retrouve également Chassol, le chasseur d’harmonies à l’occasion de l’annonce de son nouvel album Funny How ? qui nous parviendra plus tard au printemps. Pour accompagner cette annonce, il nous présente un premier single, What is Stand-Up ? dans lequel il harmonise les propos du comédien Jarrett Campbell décrivant ce qu’est le Stand-Up selon lui. Une vision pleine d’auto-dérision et qui se transforme en mélodie comme seul Chassol sait le faire. Le texte prend une dimension supplémentaire en étant repris par la magnifique voix de la chanteuse ALA.NI ainsi une chorale qui amplifie son sens. Pour accompagner tout ça, Chassol nous propose un groove excellent avec une ligne de basse exceptionnelle.
Côté images, on superpose les images de la production du titre avec les propos de Jarrett Campbell. La combinaison fonctionne très bien et offre une esthétique très belle qui fait qu’on comprend un peu mieux le propos du morceau et sa création.
Ofé – Tes yeux
En évitant toute dramatisation, la voix d’Ofé se mêle aux silences dans une instrumentation minimaliste aux textures douces des pads qui tranche dès le refrain, qui se fait plus chargé.
Tes yeux c’est le récit du renoncement sans fracas, accepter que la relation ne peut aboutir non pas à cause d’incompatibilité des sentiments mais bien de regards. Tes yeux d’Ofé est une balade délicate où l’intime s’habille avec la lucidité.
La chanson évoque cette zone confuse et dangereuse où l’amour n’est pas mort mais ne suffit, si ce n’est pas, plus. Ofé signe ici une chanson à fleur de peau. L’harmonie du morceau dans ses progressions lentes se fait métaphorique de la pensée en boucle, de l’impossibilité, de la stagnation émotionnelle. Ofé construit un espace musical flottant où les phrases répétées deviendraient le reflet des pensées obsessionnelles.