Les clips de la semaine #299 – Partie 1

La musique ça s’écoute, mais parfois ça se regarde aussi. Chaque semaine, La Face B vous sélectionne les clips qui ont fait vibrer ses yeux et ses oreilles. Tout de suite, la première partie des clips qui ont retenu notre attention cette semaine.

Disclosure – The Sun Comes Up Tremendous

Le nouveau clip de Disclosure pour The Sun Comes Up Tremendous nous embarque dans une ambiance douce et lumineuse, comme suspendue au moment précis du lever du soleil. On y voit les deux artistes jouer de leurs instruments et chanter dans différents lieux le long d’une côte baignée de lumière.

Le rythme est immédiatement entraînant, mais reste calme, presque apaisant, avec ce parfum d’été qui s’installe sans forcer. Puis les cordes entrent en jeu, venant progressivement illuminer le morceau et lui donner une ampleur plus émotionnelle.

Visuellement comme musicalement, tout monte en intensité jusqu’à ce basculement : une pluie d’images orangées envahit l’écran au moment du drop électronique. Les voix se transforment, traversées d’effets, comme étirées dans l’espace.

Le clip joue alors sur ce contraste entre douceur et montée d’énergie, capturant parfaitement cette sensation d’aube qui devient peu à peu vibrante.

Adieu Narcisse – Le temps joue contre nous

Adieu Narcisse, collectif québécois porté par Jorie Pedneault, dévoile Le temps joue contre nous, deuxième extrait réalisé par Gabriel Desjardins d’un album attendu à l’automne 2026. Ce single disco nostalgique à accents de chanson française brille par sa pop orchestrale brillante et dramatique, parfaite pour danser tout en sondant les zones d’ombre : entre libération et mensonge, il explore la culpabilité des choix nécessaires, ces « accidents » qui blessent mais font avancer.

Les paroles résonnent de cette tension brute : « J’ai menti pour ne plus voir ce que je voulais pas voir, pour ne plus être ce que je voulais pas être », avoue-t-on sans scrupule ni regret, avant de reconnaître que « le temps joue contre nous et pourtant ». L’univers incandescent du clip, sensible et multidisciplinaire, véhicule ces thèmes d’identité, de désir et de transformations intimes/sociales, confirmant l’ascension du groupe sur la scène émergente québécoise et française.


Plongez dans l’univers incandescent du clip de Le temps joue contre nous d’Adieu Narcisse, où disco nostalgique et pop dramatique vous emportent dans un tourbillon de mensonges libérateurs et d’accidents qui font danser le cœur.

Flore Benguigui & The sensible notes – What a little moonlight can do

Et si le jazz était marrant ? C’est l’approche de Flore Benguigui et ses comparses The Sensible Notes qui ont dévoilé courant mars leur premier opus i-330. Un recueil de standards du jazz, triés sur le volet en prenant soin de mettre en lumière des morceaux d’artistes féminines, revus et twistés par la joyeuse bande.  

Cette semaine, ils nous offrent le clip de leur interprétation de What a little moonlight can do. Bien loin de la version de Billie Holiday, sortie dans les années 30, mais tout aussi réjouissante, Flore Benguigui & The Sensibles Notes ont opté pour une touche rétro-futuriste. 

Les nappes de synthé de la fameuse petite machine jouée par Flore, la i-330, enveloppent le morceau d’une douceur énigmatique. Puis, la batterie, la contrebasse et le piano viennent apporter la ponctuation et le rythme jazzy au morceau, sublimés par la voix satinée de Flore Benguigui. On apprécie particulièrement la petite impro du piano autour du prélude de Bach

Tout comme les astronautes de la mission Artemis 2, le bilan carbone en moins (et la place en plus !), on voyage vers la Lune grâce au clip réalisé par Zite & Leo. On y découvre le quatuor fringant réuni pour un set lunaire. Au fur et à mesure du morceau, ils se laissent emporter par la légèreté de la musique, du propos, du plaisir de jouer entre copains. Un clip cosmique chic qui change notre perception du jazz. A little moonlight can do so much !

Magi Merlin – SpiceKick 

Oui, Magi Merlin est la Boss Lady qu’elle pense être. Et son nouveau clip SpiceKick nous le prouve.  Après la forte impression de son clip POPSTAR en février 2026, Magi Merlin lance ce deuxième extrait qui annonce la sortie de son premier album POWER HOUSE le 10 juillet 2026. 

Audacieuse et intense, SpiceKick condense les goûts éclectiques de l’artiste, qui réinvente ici l’alt-R&B et illustre la façon dont l’arrogance sert parfois à masquer la peur et le sentiment d’être inadéquate. Percutant et axé sur la chorégraphie, le clip a été réalisé par Félicie Diaz et Noshirt. D’ailleurs, les commentaires demandant une version full chorégraphique sont bien présents sous sa vidéo Youtube. L’artiste explique qu’elle voulait annoncer son album avec quelque chose de percutant, de flamboyant et presque d’arrogant à la première écoute, mais que cette chanson est une sorte de façade. Magi raconte qu’elle s’est déjà sentie aussi confiante que SpiceKick le laisse entendre, mais que ce sentiment ne peut pas durer éternellement, et tant mieux. Parfois, l’arrogance sert à masquer la peur et le sentiment d’être inadéquate. Le masque tombe à la fin, quand elle chante à son auditoire de se méfier d’elle. SpiceKick est une ode à l’ego et à la confiance en soi, des traits qui peuvent se transformer en dégoût de soi s’ils ne sont pas maîtrisés.


she’s green – paper thin

Nous savions que nous reparlerions de she’s green. Cela avait bien commencé cette année avec leur titre mettle, et cela s’est confirmé cette semaine puisque paper thin est venu s’y ajouter, accompagné de l’annonce d’un premier album.

Écouter les différents travaux de ce groupe donne la sensation d’être plongé dans un vaste océan, où nos émotions se baladent de bulle en bulle, chacune représentant un morceau, comme un cocon. Chacune abrite une âme unique, et l’ensemble, réuni dans ce bassin d’eau, fait résonner toutes ces harmonies en une œuvre cohérente, à laquelle il est difficile de rester insensible.

Cette bulle dans laquelle she’s green nous a emmenés cette semaine porte une nouvelle fois un fil harmonique fort et des images marquantes. Instinctivement, cela fait émerger quelque chose en nous, une vérité que, peut-être, nous ne formulions pas au départ, mais qui résonne avec des situations déjà vécues : celle de se délaisser au gré d’un être aimé parti, dont l’image du retour caresse chaque recoin de nos pensées.

Encore une fois émerveillés par ce dernier single, nous avons hâte de pouvoir parler de swallowtail, leur premier album à paraître le 10 juillet prochain.

Gia Margaret – Alive Inside

Gia Margaret boucle une boucle intime avec Alive Inside, premier single vocal de son album Singing (24 avril), après des années de silence forcé par une blessure aux cordes vocales. Ce retour marque un tournant. Elle déploie une voix guérie et affinée, où chaque instrument du studio évoque une émotion précise : « on entend un son et cela nous fait ressentir quelque chose ».

Écrite lors d’une période difficile apaisée par de longues heures face au lac, la chanson a été enregistrée à Eau Claire avec Sean Carey, dont la voix et le talent de producteur ont illuminé ce premier retour en studio, source d’angoisse mais aussi d’élan. Doug Saltzman, collaborateur de longue date, y a ajouté une programmation batterie et une production vocale impeccables. Le clip de Alive Inside invite à contempler ce cheminement émouvant, où la musique redevient refuge et collaboration essentielle.

Midscale – 0-1

En attendant la sortie le mois prochain d’un nouvel EP intitulé Dread, This Could Save You, la bande de Midscale nous partage un nouvel extrait clippé d’un peu plus de 8 minutes : 0-1Midscale s’installe confortablement dans son terrain esthétique shoegaze désormais à la limite du post rock. Avec 0-1Midscale respecte les codes du genre : nous entraine dans une ambiance cotonneuse et enveloppante qui progressivement se fait tempêtueuse, installe une pression pour mieux nous remettre au calme avec une voix désespérée désormais au loin.    

Une masse d’oiseaux apparait dans un ciel rosé. Ces derniers s’épaississent à une vitesse qui n’est jamais la même comme un bug technologique. On assiste à une perte de netteté progressive,  métaphoriquement c’est une perte de repères, d’une identité qui se fragmente sous la pression d’un flux constant de stimuli. 

0-1 n’est pas que le score d’un match, d’un combat, c’est l’évocation du langage binaire de l’informatique qui a toute sa place dans cette chanson qui traite de notre lente dérive, de la techno-anxiété résolument ancrée dans l’époque.

Jewel Usain ft. Acchi Mello – Otoko

Jewel Usain ne perd pas de temps pour se réaffirmer : en seulement deux clips, il retrouve toute son énergie et son aura, porté par des collaborations aussi originales qu’efficaces. Après son arrivée à Tokyo sur Ikebukuro, il revient avec Otoko, où l’on découvre le Parisien prêt à affronter celui qui lui a dérobé sa Mustang Shelby.

Si Acchi Mello apparaît d’abord comme un acteur de cette histoire, il devient rapidement le complice parfait au micro, dans un échange ultra fluide qui démontre que le rap ne connaît pas les barrières linguistiques. La confrontation initiale, se transforme progressivement en une complicité naturelle, sublimée par une production visuelle impeccable toujours dirigée par l’excellent Kidhao qui épouse chaque évolution du morceau.

Le clip suit cette progression avec maîtrise : la tension initiale cède la place à un passe passe rythmé et efficace, jusqu’à une conclusion surprenante où les deux artistes se retrouvent à profiter de la vie nocturne tokyoïte, entre amis et secrets de la capitale japonaise. Dans cette narration, Usain retrouve symboliquement les clés de sa Shelby, ou d’un autre trésor à 4 roues, renforçant l’idée d’un voyage autant personnel qu’artistique.

Avec Otoko, Jewel Usain transforme son art en une mini-série musicale captivante, qui donne envie de découvrir la suite. Ce format, à la fois narratif et immersif, préfigure un retour en force et suscite une impatience naturelle, non seulement pour son prochain EP, mais aussi pour un livre retraçant l’ensemble du voyage artistique vécu par l’artiste sur ce projet.

Cass McCombs – Seeing the Elephant   

Cass McCombs, singer-songwriter californien base à New York, vient de publier Seeing the Elephant, face A d’un split 7″ partagé avec Hand Habits, le projet de la multi-instrumentiste Meg Duffy.  

Ce morceau s’inscrit dans la continuité de l’univers psych-folk et indie rock de McCombs, alliant une écriture contemplative à des arrangements sobres. Le clip accompagnant le morceau, réalisé par Larry Unrein, figure des éléphants dans leur milieu naturel. Un contraste assumé entre la légèreté des images et la profondeur du propos — tout à fait dans l’esprit de cet artiste qui a toujours cultivé l’art du décalage.  

Il s’agit du deuxième et dernier single exclusif à la tournée nord-américaine de McCombs, pressé en 500 exemplaires. Un beau cadeau pour les fans, disponible à la fois en streaming et — pour les chanceux présents à la tournée — en vinyle limité. 

Ellen Birath Quartet – Fire at Me 

Ellen Birath, chanteuse et compositrice suédoise, dévoile Fire at Me, premier extrait jazz crossover de son EP Mother of Pearl, enregistré en live comme une suite intime et lumineuse à son Little Ellen de 2019, couronné de 4 étoiles par Rolling Stone. Loin des clichés de la maternité en lin beige, ce groove 60s inspiré d’Aretha Franklin célèbre les premiers mois avec un bébé qui crache du feu. Le tout avec humour, honnêteté brute et un sens du rythme imparable.

Le clip en stop motion, réalisé artisanalement par le batteur David Paycha et la vidéaste Sophie Cortade dans l’esprit de Michel Gondry, prolonge cet univers fait main : drôle, vivant, sans filtre. Une invitation à groover sur cette célébration espiègle de la parentalité réelle.

Gabriella Olivo – Que je vous aime

Gabriella Olivo lance Que je vous aime, premier extrait d’un album attendu à l’automne 2026. Avec ce single électro à la fois intime et rassembleur, l’artiste explore les cycles familiaux et le désir de les transformer, portée par un propos lucide sur la croissance personnelle.

Côté son, synthétiseurs texturés, guitares électriques et rythmiques dansantes se rencontrent, tandis que l’autotune, utilisé comme choix artistique assumé, crée un contraste entre la profondeur des paroles et l’énergie du groove. Interprétée en français, anglais et espagnol, la pièce reflète la richesse culturelle de l’univers de la chanteuse.

Composée et co-réalisée par Gabriella Olivo aux côtés de Christian Sean, la chanson est accompagnée d’un vidéoclip réalisé par Gabriella Quesnel-Olivo, avec Paola Contreras à la co-réalisation et à la direction photo.

Ce premier single annonce un album plus que prometteur et également un gros tournant artistique pour l’artiste. On a hâte d’en entendre plus !

Quentin Sauvé – DRAWING THE LINE

Quentin Sauvé reprend le chemin musical et nous offre cette semaine un nouveau morceau : Drawing The Line. L’artiste Mayennais sort de sa tanière de fort belle manière avec un clip à l’esthétique radicale et magnifique. On découvre des plans serrés en noir et blanc, et dont la grande partie au ralenti tranche avec le rythme appuyé du morceau. Le morceau parle du désespoir, ce moment où l’on ne voit plus de solutions, où rien ne semble pouvoir atténuer les douleurs. Un thème très sombre, qui se retrouve projeté à l’image, incarné par un personnage accompagné de sa pelle qui lui sert à creuser, chercher des solutions sans que sa tâche ne semble réellement avancer. On peut y voir un parallèle avec le mythe de Sisyphe, qui devait tous les jours emmener un rocher en haut d’une montagne seulement pour le voir redévaler la pente et l’obliger à recommencer.  Pour autant, le morceau est entraînant, comme un tourbillon d’énergie rassurante. La production et les arrangements sont millimétrés, travaillés tel une pièce d’orfèvrerie. En quoi consistera la suite pour Quentin ? On ne sait, mais on est déjà impatients !

corto.alto ft. Mick Jenkins – WHODIS 

Ce dimanche on vous fait voyager quelques années en arrière, ou bien on vous donne un aperçu du futur avec un artiste qui réinvente le jazz. À vous de voir. On s’est passionné par l’univers à part de corto.alto, multi-instrumentiste écossais du nom de Liam Shortall. Celui-ci mélange des influences jazz, hip-hop et RnB. Sur WHODIS, derrière la table de mixage, il accompagne la voix de Mick Jenkins de sonorités électroniques. 

WHODIS est un single rap lumineux, qui s’installe comme un point de rencontre entre ces deux artistes, entre deux amis. Du grain, des couleurs saturées, c’est l’été. Deux potes (qui ne seraient autres que corto.alto et Mick Jenkins ?) jouent dans un parc pour enfants. Entre le téléphone à cadran, puissance 4, un talkie-walkie en boîtes de conserve, on ne se lasse pas. Les différents plans sont bien tissés, la pointe d’humour y est. C’est un morceau qui fait du bien, et on ne peut que leur souhaiter de rafler la mise ! 

Dry cleaning – Sliced by a fingernail

Les britanniques de Dry Cleaning donne le coup d’envoi de leur tournée européenne. Le premier rendez-vous est donné le 7 avril à Berlin, il faudra attendre le 14 avril pour les retrouver au Trianon. Et après la tournée européenne, ils s’envoleront pour les Etats-Unis puis carrément cap sur l’Australie et la Nouvelle-Zélande pour mieux revenir sur le vieux continent. 

L’album Secret Love a vu le jour en janvier dernier et un petit inédit intitulé Sliced by a fingernail pointe le bout de son nez pour célébrer le début de la tournée. C’est dans une buanderie presque crade que l’on part à la rencontre d’une danseuse – Nicole Nevitt – à genoux sur une machine à laver qui nous offre quelques headspins au ralenti respectant mot pout mot les paroles à peine chantées de Florence Shaw. Elle sera rejointe par Sam Dilkes plus tard. 

Dans ce clip de BULLYACHE, c’est une forme de malaise qui prend le dessus, celui de la routine maladive. Nos protagonistes deviennent les simples exécutants des mots de Florence Shaw. Le corps se réduit à esquisser des mouvements dénués de sens. 

Sliced by a fingernail s’inscrit dans un détachement où s’apprécient les dissonances, une batterie en retenue. Le morceau peut donner la sensation d’un flottement étrange où tout peut arriver tant la musique et le chant/récit ne font que coexister. Le morceau est comme un mouvement quasiment unique sans progression, installe l’usure. Il se vit mentalement et installe une ambiance presque anxiogène.  

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