La musique ça s’écoute, mais parfois ça se regarde aussi. Chaque semaine, La Face B vous sélectionne les clips qui ont fait vibrer ses yeux et ses oreilles. Tout de suite, la seconde partie des clips qui ont retenu notre attention cette semaine.

GHINZU – Snow White
Il y a parfois des choses qu’on espère sans plus vraiment y croire, des sortes d’arlésiennes qu’on fantasme en se disant qu’on n’aura jamais le bonheur de les voir arriver.
Le quatrième album de GHINZU faisait parti de cette catégories d’œuvre. Faisait, car les belges ont mis fin à une attente de 17 ans en annonçant l’arrivée de W.O.W.A, leur quatrième album attendu pour le mois de mai prochain.
Et après Out Of Control, envoyé en éclaireur, GHINZU revient cette semaine avec Snow White, un nouveau titre percutant. On retrouve tout ce qui fait le sel de leur musique, la voix de John Stargasm toujours présente et ce mur du son ambitieux, cinq garçons qui jouent ensemble, au diapason, entre envolées lyriques et coup de tête bien rock’n’roll.
Mais ce qui nous intéresse dans Snow White, c’est son écriture. Le morceau abrite en lui plusieurs univers et plusieurs idées d’une même ligne : celle de l’addiction et des choses qui empoisonnent nos vies. Entre les réseaux sociaux, les écrans, la drogue et un clin d’oeil aux comtes de l’enfance, Snow White jouit d’une écriture ébouriffante, nous entrainant sur tous les terrains pour nous rappeler qu’une chose peut nous sauver de tout : l’amour. (élément central de ce W.O.W.A qu’on a eu le bonheur d’écouter).
Cette multiplicité de point de vue se retrouve bien dans la vidéo de Arnaud Uyttenhove. Dans des teintes oniriques entre le bleu et le blanc, on retrouve nos cinq comparses au cœur de leur propre addiction : la musique live.
La vidéo s’amuse à alterner les passages du groupe avec d’autres univers tous reliés par le morceau. On retrouve ainsi une fête étrange où des hommes dansent, Blanche Neige plongée dans l’eau et un bonhomme en doudoune violette en plein trip. Un clip qui laisse, comme la musique de GHINZU, beaucoup de place à l’interprétation, pour notre plus grand plaisir.
W.O.W.A est attendu pour le 29 mai prochain et de on a eu la chance d’échanger avec John Stargasm et Jean Montevideo pour la sortie de ce quatrième album. Rendez vous en mai donc.
Zed Yun Pavarotti – Si Dieu fume
Trois ans presque jour pour jour après Encore, Zed Yun Pavarotti est de retour cette semaine avec un nouveau single, Si Dieu fume, annonçant l’arrivée d’un nouvel album pour octobre prochain.
Le stéphanois poursuit la trajectoire enclenchée avec son précédent album, guitares saturées, voix fascinante toujours sur le fil de l’émotion et mélodie entêtante. Si Dieu fume s’amuse de ses références pour mieux s’en échapper, transcende et transforme le rythme pour mieux le dompter et s’amuse d’une écriture toute à la fois direct et imagée.
Si Dieu fume s’enfonce dans le chaos d’un esprit pour mieux s’en échapper, une ride tendue entre souvenirs, fantasmes et côté sombre où Zed Yun Pavarotti s’amuse à tester l’existence pour voir ce qu’il peut en récupérer, ce qu’il reste à sauver et à vivre.
Le clip qu’il co-réalise avec son camarade Charles Leroy joue de cette zone de flou, nous entrainant dans une aventure où plusieurs temporalités se mélangent, où la vie peut basculer en un instant et où on se demande si l’existence doit s’arrêter ou mérite d’être sauver par un miracle. Dans ce bus de nuit, des gens et des époques se confondent, des personnalités se mélangent alors que la pluie tombe dehors. Ne cherchant jamais à nous guider, la vidéo est une sorte de labyrinthe où chaque interprétation mérite réflexion.
La singularité est une grande force, et Zed Yun Pavarotti le prouve une nouvelle fois avec Si Dieu fume.
Charlie Puth – Sideways (feat. Coco Jones)
Le clip de Sideways de Charlie Puth en collaboration avec Coco Jones, est super efficace et visuellement très clean, dramatique mais élégant. L’idée de jouer avec la caméra et de filmer de côté ou à l’envers colle parfaitement au titre : ça donne ce petit côté vertige qui illustre bien les hauts et les bas d’une relation. Charlie Puth reste dans un style sobre et moderne qui fonctionne vraiment bien.
La vraie force du projet, c’est la collaboration avec Coco Jones. Leurs voix se mélangent super bien et leur présence à l’écran apporte une touche de classe sans en faire trop. C’est le genre de vidéo qu’on prend plaisir à regarder en boucle parce que c’est fluide et super bien produit.
Ce qui ressort aussi, c’est ce look rétro ultra chic. Entre les teintes neutres et froides de l’image, les choix vestimentaires classes, et le contraste du sol qui est d’une couleur chaude vibrante, le tout est très distingué.
Jesca Hoop – Big Storm
Jesca Hoop dévoile cette semaine Big Storm, nouvel extrait de son album à venir Long Wave Home. Originaire de Californie et basée à Manchester, Jesca Hoop explore dans ce titre la notion de liberté.
La folkeuse, un brin plus rock dans ce morceau, rêve d’émancipation et de tout envoyer valser. Elle s’imagine une vie sans attache, à explorer la route qui la mènera à de nouveaux horizons. Big storm is coming…
Le clip réalisé par JF Robitaille mêle images d’archives issues de la collection Prelinger, qui rassemble des films liés à l’histoire et la culture américaine, et images d’une Jesca Hoop qui serait retournée vivre dans les années 60 – 70. Si bien que les transitions s’enchaînent avec une grande fluidité.
On alterne entre scènes de la vie quotidienne (défilé militaire, foule en train de danser, manège, etc) et focus sur Jesca Hoop en train de s’émanciper. On la voit en secrétaire, en train de taper à la machine, allongée en maillot de bain sur un transat, en train de jouer au bowling, s’occuper d’un enfant, danser. Les hommes brillent par leur absence. Le message est clair : Jesca Hoop n’a besoin de personne pour tracer sa route.
Long Wave Home sortira le 1er mai via Last Laugh Records. Jesca Hoop sera en concert le 22 septembre au Hasard Ludique (Paris) et le 23 septembre à L’Epicerie Moderne (Lyon).
Girls in Hawaii – Is it happening right now?
Près de dix ans après Nocturne, Girls in Hawaii signe un retour à la fois attendu et délicat avec Is It Happening Right Now?, premier extrait du nouvel album Eldorado, prévu pour le 25 septembre 2026.
Dans une semaine marquée par une certaine effervescence — après Ghinzu, les fans de rock belge sont clairement gâtés — Girls in Hawaii choisit pourtant une autre voie : celle de la retenue et de la profondeur. Is It Happening Right Now? apparaît ainsi comme un titre introspectif, fidèle à l’ADN du groupe tout en explorant de nouveaux territoires sonores.
Dès les premières secondes, une atmosphère suspendue, presque hypnotique, s’installe. Une longue introduction au synthé — près d’une minute — ouvre un espace flottant, comme une respiration après l’absence. Le temps semble ralenti, étiré, avant que la voix n’apparaisse, fragile et posée. Cette entrée en matière agit comme un sas : on quitte le tumulte pour entrer dans quelque chose de plus intime, de profondément intérieur.
« Est-ce que ce qui nous arrive est vraiment en train de se passer ? » — cette traduction du titre traverse le morceau comme un fil rouge invisible. Comme le souligne le groupe dans un communiqué : « Ce morceau tout en rupture et contraste nous dit surtout de lever les yeux au ciel, de ne pas oublier de regarder le soleil, d’écouter les battements de son cœur, de contempler la beauté du monde ». Une invitation à ralentir, à ressentir, à se reconnecter à l’instant. Une thématique qui se reflète dans sa construction musicale : Is It Happening Right Now? joue sur des contrastes subtils, entre douceur mélodique et nappes plus troubles, entre apaisement et tension sourde. Rien n’explose frontalement, mais tout semble en mouvement — presque circulaire.
Le clip, réalisé par Thomas De Hemptinne, prolonge cette sensation avec une esthétique hypnotique où domine justement ce mouvement circulaire. La spirale y est omniprésente : dans les formes, les gestes des musiciens, les objets, les mouvements de caméra. Certains détails — des rotations mécaniques, des gestes répétés, des boucles visuelles — renforcent cette impression d’un monde qui tourne sur lui-même.
Le fil rouge visuel repose sur ce motif simple mais puissant : la spirale. Il nous ramène à une idée de cycle, presque d’éternel retour. Comme si le groupe refermait une boucle après cette longue absence, tout en amorçant un nouveau départ. On y retrouve dans ce clip une dimension presque live, intime, comme un concert à huis clos. Les performances sont fragmentées, entrecoupées de ces motifs visuels obsédants. Le spectateur est peu à peu happé dans une boucle sensorielle dont il devient difficile de s’extraire.
Avec Is it happening right now?, Girls in Hawaii fait un retour attendu et fidèle à son ADN qu’il sublime avec finesse. Une hypersensibilité pop qui touche très juste.
OneRepublic – Need Your Love
Le vidéoclip de Need Your Love de OneRepublic mise sur une esthétique brute et vintage qui renforce l’aspect organique du morceau. On y voit le groupe performer dans un décor de style entrepôt industriel, baigné de lumières chaudes et de projecteurs, ce qui donne cette impression de session « live » authentique où la chimie des musiciens est mise en avant.
Le chanteur, Ryan Tedder, apparaît également seul sur un toit à la tombée de la nuit. Ce plan est particulièrement marquant grâce aux nombreuses lampes et ampoules posées directement au sol, créant une ambiance intimiste et mélancolique qui contraste avec l’immensité de la ville en arrière-plan.Liant le tout, le montage intègre des séquences au grain très particulier, utilisant un effet de caméra VHS. Ces images entrelacées, aux couleurs légèrement délavées et aux textures imparfaites apportent une touche nostalgique de style DIY. Ce choix visuel souligne parfaitement le retour aux sources du groupe, donnant l’impression de redécouvrir une vieille cassette de souvenirs. Par ailleurs, la chanson elle-même rappelle les sonorités de leur populaire album Native, paru en 2013.
Mantisse – Septembre
Dis Mantisse, comment tu aimerais commencer ton clip ? Beh sur un malaise tiens.
Dans Septembre, nouveau titre de l’artiste folk montréalais, on démarre dans un routier avec cette question posée au public, dubitatif « Y a-tu quelqu’un comme moi qui est tombé en amour avec quelqu’un qui habite extrêmement loin d’ici ?« . Silence de mort. Mais il suffit de quelques accords à la guitare et de trois notes posées au piano par Etienne Coppée pour conquérir la foule entre deux bouchées de spagh’.
Septembre, c’est un hymne aux amours lointains, aux passions qui se vivent en décalages horaires et aux relations qui gagnent à durer parce qu’elles sont belles. Même si elles apparaissent fragiles, elles restent ces lumières, comme des veilleuses qui nous gardent des ombres.
Après Mourir ensemble, ce deuxième extrait nous plonge un peu plus dans l’univers de son album Les fleurs préférées de ma mère qui sortira le 1er mai 2026. Mantisse présentera un prélude de cet album, accompagné d’Etienne Coppée au Quai des brumes le 20 avril prochain.
blesse – Vise les cieux
Et de trois! Avec Vise les cieux, blesse revient avec un nouvel extrait qui fait suite à (Tragédie) et Mauvais Souvenir.
On y retrouve le groupe montréalais dans un nouvel espace d’entrepôt et avec une nouvelle couleur dominante. Et à la Face B, on aime les clips réfléchis en séries! On aime aussi cette signature shoegaze rock/garage qui leur va si bien. Inspiré du rock alternatif et de l’indie de notre jeunesse, blesse c’est une madeleine de Proust des millennials, mais qui parle à toutes les générations.
Et on a hâte d’entendre leur nouvel album Transit qui sortira le 17 avril prochain. Composé de neuf pièces, on sait déjà qu’elles vont nous faire bouger la tête dans nos autos à l’arrivée du printemps.
Judy Bloom – Fly
Avec Fly, le chanteur Judy Bloom continue d’imposer ses codes et sa liberté. Ce morceau de rock indie, alternatif a été composé d’un trait. Comme dans l’urgence, par colère et frustration. Judy Bloom y exprime son besoin de suivre ce qu’il a toujours eu envie de faire. Quitte à ne plus paraître comme l’enfant sage : celui qui dit oui à tout. La réalisatrice Tina Rilli choisi de faire un clip sous la forme d’un live. Judy Bloom y interprète Fly dans un hangar en construction. Comme une métaphore d’un nouveau départ, le chantier de toute une vie qui se crée, se met en place. Ce titre est l’avant-goût d’un EP qui sortira prochainement.
Safia Nolin – Tu t’en vas
Qui a déjà rêvé de faire un album de reprises des plus gros hits qui ont marqué notre enfance et adolescence ? À peu près tout le monde. Michel là bas, on te voit, tu peux lever la main aussi.
Et bien Safia Nolin l’a fait ! Et trois fois qui plus est. Extrait de son album Reprises Vol.3, Tu t’en vas de Mixmania est un classique de l’adolescence québécoise (coucou les millennials) qui sent bon les posters accrochés à la patafix dans la chambre, les CD gravés et les chansons à la radio que l’on enregistrait directement sur cassette audio (non, que moi ?). Mais un album de reprises de Safia Nolin, ce n’est pas juste pour le fun comme on ferait un karaoké.
Dépouillées, réarrangées, parfois déconstruites, ces chansons deviennent des fragments autobiographiques. Safia les habite autrement : moins dans la performance que dans la réappropriation. Chaque pièce agit comme une archive émotionnelle revisitée à la lumière d’une maturité acquise dans la résistance.
Enregistré à l’aide de l’application Photobooth de son Macbook, on ajoute encore une couche de nostalgie, du temps des débuts d’internet et où l’on filmait nos meilleures chorégraphies et covers de Blink 182 à la webcam et qu’on publiait le tout sur notre skyblog. Aaaaaah ! L’internet des années 2010 ! Une pépite !
Safia, si jamais tu passes par là, j’adorerais que tu fasses aussi le clip de Tu trouveras. Voilà, le message est lancé dans l’univers.
Lambrini Girls – Cult of Celebrity
2025 avait, entre autres, été accompagnée par leur son percutant et libérateur. C’est donc avec une jolie surprise que, cette semaine, Lambrini Girls partagent un nouveau titre.
Qu’est-ce que cela fait de passer de l’autre côté du statut commun ? Que la popularité, l’argent et la reconnaissance nous prennent enfin la main après un certain temps de dur labeur ? Ce sont des questions que bon nombre se sont posées et se posent encore aujourd’hui. Une image idéalisée et rêvée que beaucoup, l’ayant vécue, ont déconstruite, chacun à leur manière. Le duo ne déroge pas à la règle et ne cherche même pas à faire de détour pour nous ramener les pieds sur terre.
Cult of Celebrity est un morceau qui peut se traduire comme cet ami sans tabous, qui vous secoue avec bienveillance, pour votre bien. Garder les pieds sur terre : facile à dire, surtout lorsque la routine est faite de concerts à travers le monde, d’argent à ne plus savoir quoi en faire et d’une vision du monde brouillée par le star-system.
Comme dit plus haut, cela fait du bien que Lambrini Girls restent aussi proches, fidèles et humaines, montrant qu’elles s’attachent réellement à leur public. Oui, continuons à briser les barrières à leurs côtés.
Furax Barbarossa & Scylla – ATLAS
Furax Barbarossa et Scylla nous dévoilent le clip d’ATLAS. Un titre rempli d’espoir, à travers la mélodie et les paroles, et qui dénonce aussi l’injustice dans laquelle nous vivons quotidiennement. Entre la loi Yadan, la montée en puissance de l’extrême droite et le désintérêt total de la politique face à la pauvreté grandissante.
Ce titre nous permet de garder les pieds sur terre et de ne surtout pas oublier qui nous sommes, d’où nous venons, et de faire tout notre possible pour ne pas abandonner et continuer à lutter.
La mélodie au piano accompagne à merveille les voix de Scylla et Furax Barbarossa, laissant toute la place à des paroles fortes et engagées. La voix légèrement chantée durant le refrain le rend particulièrement entêtant, tandis que la production musicale apporte une dimension épique. Enfin, le clip en noir et blanc, sans fioritures, vient renforcer et amplifier le sérieux du texte.
ATLAS est une véritable ode à la paix qui frappe fort et rappelle le rap de Kery James ou encore de Médine.
Avec Scylla et Furax Barbarossa, on se rappelle la dureté du monde dans lequel on vit actuellement, avec beaucoup de douceur et de délicatesse et ça c’est fort !
Alewya – Eshi
Alewya délivre le clip du titre Eshi, issu de son album attendu en juin 2026. Un projet que l’on a hâte de découvrir, tant l’univers de cette artiste nous transporte.
Avec Eshi, Alewya nous fait voyager dans un univers envoûtant et solaire. D’origine éthiopienne et soudanaise, la chanteuse puise dans ses racines pour proposer une œuvre à la fois intime et profondément touchante.
Le clip, très énergique et dansant, contraste avec une musique hypnotique et immersive, qui introduit à merveille la suite de l’album (j’en suis certaine).
Les mouvements y sont omniprésents, renforçant le caractère envoûtant du morceau, tandis que sa voix apporte une douceur saisissante. En véritable introduction à son album, Eshi évoque aussi une scène d’ouverture cinématographique, nous plongeant instantanément dans son univers.
Eshi se présente comme une véritable poésie, une invitation au voyage et à la reconnexion avec ses cultures. La voix d’Alewya, à la fois cassée et délicate, donne toute sa singularité au titre.
On va suivre de très près la sortie de cet album, et on vous conseille d’en faire autant !