La musique ça s’écoute, mais parfois ça se regarde aussi. Chaque semaine, La Face B vous sélectionne les clips qui ont fait vibrer ses yeux et ses oreilles. Tout de suite, on vous fait découvrir la première partie de notre 300ème (!!) sélection des clips de la semaine.

French 79 – The Adventurer
Retour annoncé la semaine dernière, on retrouve également Simon Henner aka French 79 avec le premier single de ce qui sera sans doute un nouvel album : The Adventurer. On avait quitté le producteur Marseillais à la sortie d’une tournée qui l’avait emmené jusque de l’autre côté de l’Atlantique. Une période éreintante qui l’a poussé à retourner s’isoler et travailler sur son bateau, lui le navigateur passionné.
Il sort aujourd’hui de cet exil et nous propose une aventure synthétique où l’on sent toujours plus d’attention au moindre détail du son et à la mélodie, déjà inoubliable. Petite évolution, les voix sont remplacées ici par un enregistrement vocal semblant venir d’un autre temps, comme pour souligner l’aspect intemporel du message qui ramène chacun.e à sa place : en tant qu’individu, nous ne sommes pas si spéciaux que nous aimons à le croire et il est plus que temps de sortir d’une logique égoïste pour s’impliquer les un.es envers les autres.
Un message éminemment politique, dans la continuité de son précédent album, plus orienté vers la protection de la planète. Côté images, le travail de Cauboyz est à nouveau extraordinaire, avec une introduction surréaliste et une transition encore plus puissante que le drop de boîte à rythme qu’elle accompagne. C’est beau, c’est fort, et nous on est très enthousiastes à l’idée de retrouver French 79 !
PAR.SEK – Comment être sexy
Après Aimer plus fort, la joyeuse bande de PAR.SEK continue de nous révéler de nouvelles pépites. Celle de cette semaine s’intitule Comment être sexy. Comme souvent avec les clermontois, une apparente légèreté pour un propos plus épais.
En vous promenant sur les réseaux sociaux, il est quasiment impossible que vous ne soyez pas tombés même par pur accident sur un tuto beauté. PAR.SEK décide de tout envoyer promener en flirtant avec les codes du genre. Dans le clip, Manon s’adonne à des poses suggestives mécaniques, maladroites en quête de l’étape ultime de la « sexiness ». En passant en revue les clichés formatés par les plateformes telles que TikTok et Instagram, avec ses paroles courtes, frontales PAR.SEK les démonte avec force en adoptant les tendances de simplification et mimétisme.
Comment être sexy sonne comme une mise en lumière de notre société conditionnée par l’image renvoyée aux autres, notre corps devient un produit sur lequel on expérimente, on griffonne, on barbouille et tout ça efface tout le naturel. On ne nait pas sexy, on le devient ? Avec ça, PAR.SEK démonte la standardisation de la beauté, la pression à être toujours plus désirable – surtout les femmes – et en allant plus loin, la fabrication d’une identité.
Dévore – Vaudeville
Avec un nouvel EP intitulé Jolt à paraître en juin prochain en co-production Howlin’ Banana et Vaguery, le trio strasbourgeois Dévore revient avec un nouveau single tout doux, tout bon pour le printemps naissant. Vaudeville nous entraine dans des sonorités lentes et répétitives. La voix y est feutrée, presque distante et l’esthétique générale tutoie le trip hop où s’invitent une flûte traversière et un saxophone.
Alors que dans l’imaginaire collectif le registre vaudeville renvoie à l’idée de légèreté et à la grosse poilade, Dévore nous montre un visage plus sombre voire inquiétant. L’éclairage est froid, les gestes sont répétés presque mécaniquement, les corps parfois renversés. Les regards sont vides. Le vaudeville tend au rythme quasiment infernal, Dévore nous pousse à nous interroger sur ce qui se passe sous nos yeux dans une ambiance globalement brumeuse et clinique.
Chaude Chaleur – Chambre noire
Chaude Chaleur, c’est l’une des révélations de la 30e édition des Francouvertes. Et ce premier extrait Chambre noire ne fait que confirmer que c’est un des bands à suivre cette année ! Mêlant soul, jazz, pop et R&B, on est embarqué dans l’univers atypique des cinq musicien·ne·s, porté par la voix de Nomile qui signe également des paroles très personnelles et universelles : « J’ai peur / De devenir plus vieux, plus vite / Plus le temps avance / J’ai peur / D’avoir craché / Sur ma dernière enfance« . On a toustes voulu devenir adultes trop vite, trop tôt, croyant que c’était la liberté, alors que la liberté est dans l’innocence de l’enfance que l’on a subie et l’autre qu’on s’est créée.
Sur un clip réalisé par Nathan Prévost, on notera bien évidemment la présence d’un chat absolument magnifique, mais aussi de cette biche en carton. Au sens premier du terme. On y retrouve également les cinq ami·e·s qui font des bêtises, et on ne parle pas ici de se cacher derrière un arbre et de crier “bouh”.
Si vous avez aimé Chambre noire, vous pouvez écouter la performance live de Chaude Chaleur lors des demi-finales des Francouvertes le 14 avril 2026 au Lion d’or en ligne si vous n’êtes pas à Montréal.
Les Louanges – Correct
Yeaaaah! Le nouvel album de Vincent Roberge aka Les Louanges est enfin sorti ! Dernier extrait de Alouette!, Correct finit cette série de clips réalisés par CAO dans une cuisine avec Vincent, en pyjama, en train de préparer son (petit) déjeuner, jouer au billard, tapoter son piano, chiller en bobettes, bref, passer un vrai bon dimanche matin !
Dans Correct, on retrouve une nouvelle fois la thématique qui traverse Alouette!, on y parle des conflits mondiaux mais aussi de politique plus proche de chez nous. Cette chanson est un cri du cœur en sourire qui dit au monde “tout doux poney, on va se détendre le haricot deux minutes même si c’est la galère autour, et on va essayer d’avancer ensemble vers le soleil”. Parce qu’on a bien besoin de ça en ce moment, on pourrait se dire que les paroles “Si t’es correct, moi chu correct” pourrait devenir un mantra pour bien du monde autour de nous et le propager comme une bonne parole.
Fun fact : Si vous avez aimé voir Les Louanges faire moult affaires dans sa cuisine en T-shirt à la propreté douteux et caleçon-chaussettes, sachez qu’il y a, disponible sur Youtube, une version complète de l’album Alouette! avec lui en train de préparer un pâté chinois.
Arlo Parks – Beams
Une batterie sèche, une basse profonde, et la voix céleste d’Arlo Parks, nous enveloppent dès les premières notes de Beams, le nouveau single de la chanteuse britannique. Beams constitue la dernière étape, le dernier indice, avant la sortie de son troisième album, intitulé Ambiguous Desire, paru le 3 avril dernier.
Un morceau intime, des paroles reflétant un regret, une prise de distance face à un passé douloureux. La voix d’Arlo, reste d’un apaisement déconcertant. Une certaine maturité se détache de Beams, une lucidité vis à vis d’une relation visiblement fragile (I know it’s not a way to treat people you love).
Un clip tout en simplicité, où Arlo Parks évacue ses émotions à l’arrière d’une voiture. On ressent à la fois la sincérité et l’émotion palpable qui se dégage de Beams. Un morceau en toute simplicité où la production est uniquement présente pour mettre en avant les paroles et la voix, et qui permet de s’immerger totalement.
Blue Boys Club – Matcha Latte
Alerte f***ing banger ! Leur nom ne vous dira peut-être encore rien, mais ils vont assurément s’imposer sur la scène électro rock. On vous parle cette semaine du trio parisien bien déjanté Blue Boys Club.
Quelque part entre Fat Dog ou The Dare, les 3 garçons à l’ironie survitaminée avaient déjà frappé fort avec leur dernier single Sex symbol. Si comme nous, vous étiez passés à côté : 1. ça arrive même aux meilleur.es (shame on you / us), 2. foncez écouter et 3. dégustez leur nouveau Matcha Latte sans aucune modération.
Leur crédo ? Détourner les codes du monde corporate jusqu’à la caricature. Ne vous fiez pas aux apparences d’un titre bobo friendly… Ce Matcha Latte (ou plutôt WTF) ne figure pas à la carte des salons de thé bien comme il faut. Les Blue Boys Club brossent un nouveau portrait du conformisme moderne, totalement acerbe et absurde, oppressant et malaisant. Entre injonction à rentrer dans le moule et dérive vers le burn-out, les jeunes cadres désabusés réussissent malgré tout à nous faire danser sur nos contradictions.
Et ils s’en donnent à cœur joie dans le visualiser qu’ils ont imaginé. On retrouve le trio affublé de leurs chemisettes, pantalons et cravates mal ajustés, l’air benêt et/ou rincé, sur leur lieu de travail. Tantôt seuls, tantôt plongés au milieu d’une horde de collègues en mode pétage de plomb, ils restent immobiles, comme paralysés, témoins médusés – et amusés – d’une société à la dérive.
Yoa – Moi
« Moi, je ». Avec son morceau Moi, sorti il y a quelques jours, Yoa livre une ode à soi. Elle chante le plaisir d’exister pour sa pomme : « Qu’est-ce que c’est bon d’être soi ». Et en profite pour glisser quelques punchlines : « La nouvelle copine de mon ex vit une période compliquée. Elle sait pas si elle me déteste ou veut me ressembler. »
Yoa, à travers ce morceau, détourne l’image superficielle et égoïste qu’on pourrait lui coller. Comme à toutes les femmes, d’autant plus racisés, qui réussissent. Musicalement, Moi s’inscrit dans la lignée acidulée de ses titres Princesse chaos, Matcha Queen et de l’âge d’or de Marina and the Diamonds. La réalisatrice Jade de Brito convoque un imaginaire pop et sucré pour ce clip. Yoa y incarne une poupée sirène, qui vit sa meilleure vie de Barbie. Mais gare à la chute !
Blood Red Shoes – Screams
Le duo britannique Blood Red Shoes signe un retour avec Screams, un titre court, de 2min48 et qui fait dans l’efficacité. Laura-Mary Carter et Steven Ansell renouent avec ce qui fait leur force : un rock épuré, sans détour, porté ici par la voix de Steven, épaulée en écho par Laura-Mary.
Screams est presque minimaliste, mais chaque élément frappe juste. Il y a dans ce morceau une nostalgie diffuse, comme un regard en arrière mais qui n’est pas forcément idéalisé. Une sensation qui colle parfaitement aux paroles, où il est question de regrets, de fuite et de confrontation tardive avec soi-même.
Le clip prolonge cette ambiance avec une esthétique old school. Entre espaces désaffectés, pub anglais et petite salle de concert, les images semblent capturées à la volée, comme des fragments de souvenirs. Le grain rappelle celui d’un vieux caméscope, accentuant cette impression de mémoire imparfaite, presque floue.
On y ressent une mélancolie assez universelle : celle d’une époque (révolue ?), où le rock occupait le devant de la scène, des festivals aux ondes radio.
CONDORE – Flowers
Quand Leticia Collet, aka CONDORE, fait rimer douceur avec noirceur, et justesse avec délicatesse, cela donne Flowers. Un morceau introspectif dans lequel l’autrice-compositrice-interprète belge, armée de son piano éthéré et de sa voix vaporeuse, combat les faux-semblants, la dualité entre la fragilité de nos émotions et la perfection que la société nous somme de renvoyer.
« Souvent je me questionne face aux faux-semblants que l’on peut créer pour ne pas dévoiler un trouble intérieur. La majorité du temps, on ment. […] Flowers c’est une histoire pleine de poésie qui raconte un combat contre la noirceur, un voyage introspectif, l’obsession d’un “lieu refuge” qui permet de retrouver un peu de lumière, pour un temps, ou pour longtemps. » confie CONDORE.
Flowers est accompagné d’un magnifique clip d’animation réalisé par Mathieu Labaye et Hannah Letaïf. On suit le périple d’une personne seule, dans la montagne brumeuse. Visiblement blessée, elle marche jusqu’à atteindre une grotte sombre, à la beauté inquiétante. Progressivement happée, submergée, écrasée par des émotions négatives, le personnage réussit à s’en délivrer. Une belle métaphore de nos chemins intérieurs.
Flowers est extrait du nouvel EP de CONDORE, Sorry for the mute crumbs, attendu le 22 mai prochain chez JauneOrange.
The Lemon Twigs – 2 or 3
The Lemon Twigs ne déçoit jamais ! Encore une fois, les américains dévoilent une pépite pop folk, single promo de leur futur album à prévoir pour le 8 mai prochain. Le titre s’appelle 2 or 3, et c’est une capsule de simplicité et de joie ! Pas besoin de vitamine, venez prendre votre dose d’énergie avec The Lemon Twigs.
Le titre et le clip mettent en scène un garçon et sa petite amie, et surtout leurs différences ! Lui est persuadé qu’elle a vécu “2 ou 3 vies de plus” que lui, nous voici plongés au cœur d’une relation bancale… Elle, passionnée d’art, de lecture, de musées et aux goûts raffinés, fait face à un compagnon dans l’incapacité de s’intéresser aux mêmes choses qu’elle. Le chanteur finira par avouer qu’elle doit trouver un autre que lui, souffrant d’un complexe d’infériorité…
Avec légèreté, The Lemon Twigs joue et chante avec une certaine distance ce conte, accompagnés de leurs fidèles guitares acoustiques, mais également des instruments à vents qui apportent cette fraîcheur à 2 or 3.
Le prochain album de The Lemon Twigs,Look for your mind!, est attendu pour le 8 mai. S’en suivra une tournée aux Etats-Unis, aux UK et en Irlande, mais malheureusement pas de date pour le moment en France…
H JeuneCrack – Piscine Intérieur
Avec H JeuneCrack, tout est une question de cycle : trier le linge propre et sale, afin de tirer son épingle du jeu. En ce moment, le voici au sein de sa trilogie des mouvements. Premier Mouvement nous avait remués, notamment avec son titre et clip Hustleuse. Mais maintenant, place au Deuxième Mouvement. Le rappeur n’y a jamais été aussi émotif, personnel et surtout en osmose avec ses propres productions.
Après le single Mathématiques, Piscine Intérieure continue de nous plonger dans l’ambiance H JeuneCrack-esque, où tout est familier et inconnu à la fois, toujours réalisé par Etienne Saby et produit par Dependant (Yvnnis, Theodora…). Les formes y sont distordues, pixelisées et flottantes, il n’y a plus aucune notion de gravité, et c’est finalement ce que nous fait ressentir ce dernier volet d’H JeuneCrack, qui n’a jamais été autant teinté de synthés cloudy.Le clip prolonge le propos porté par le projet : rejoindre l’origine, faire un travail psychologique après avoir été placé sur le devant de la scène aussi jeune.
Bien que cette ère soit plus que marquante pour une certaine génération, comment apprivoiser sa musique en grandissant, en prenant en compte les changements matériels, relationnels et sociaux que le succès peut apporter ou retirer ? H JeuneCrack l’exprime avec justesse et brio.
Kneecap – Fenian
Le trio hip-hop originaire de Belfast Kneecap vient de dévoiler Fenian, le titre phare de leur prochain album du même nom, attendu le 1er mai 2026.
Le terme fenian désigne à l’origine les révolutionnaires irlandais du XIXe siècle, qui luttaient pour l’indépendance de l’Irlande. Devenu une insulte contre les nord-irlandais, c’est précisément cette charge négative que Kneecap entend retourner. Le groupe explique le choix du titre ainsi : « Un fenian, c’est quelqu’un qui se lève, qui résiste, et qui ne renonce pas à ce en quoi il croit. » Une déclaration d’intentions qui résume parfaitement l’énergie de ce retour très attendu.
Avec ce titre, le groupe continue de cultiver son mélange caractéristique de hip-hop, livrant une chanson festive qui s’annonce déjà comme l’un des hymnes de l’été. Dans ce nouvel album, Kneecap explore une palette sonore élargie, entre acid house, trip-hop et dubstep — une évolution vers ce que le groupe qualifie lui-même de leur exploration la plus sophistiquée du langage et des sons.Le clip, réalisé par Thomas James, met en scène des habitants arborant le célèbre balaclava tricolore de DJ Próvaí. Des clubbers aux femmes enceintes, en passant par de jeunes garçons sur une balançoire, pour signifier que, malgré leurs différences, leur identité reste profondément nord-irlandaise. James décrit le tournage comme un tourbillon délirant à travers des gens et des lieux qui incarnent l’esprit du groupe et de la chanson, une façon de voir le mot fenian sous un nouveau jour.
Pigeon – Black James Dean
Avec Black James Dean, Pigeon continue d’affiner les contours de OUTTANATIONAL, leur premier album attendu le 1er mai chez Memphis Industries. « La magie est notre boussole », confie Falle Nioke à propos de cet album. Troisième extrait, Black James Dean s’impose comme une pièce centrale : à la fois déclaration d’identité et véritable manifeste de liberté. Et le groupe confirme déjà tout ce que l’on pressentait : ce groupe d’afro-synth-funk électrisant est voué à devenir énorme, porté par une identité et un son unique. Le quintette de Margate au nom comique et surprenant, mené par le chanteur guinéen Falle Nioke — qui chante en sept langues quand même! — développe un son profondément singulier, immédiatement reconnaissable.
Musicalement, Black James Dean déploie une énergie saisissante. Dès les premières mesures, le combo guitare-batterie installe un socle solide, répétitif, presque incantatoire. Par-dessus, la voix magnétique de Falle Nioke s’impose, à la croisée du spoken word, du chant griot et d’un flow proche du rap. Il scande plus qu’il ne chante, habité par une urgence viscérale — une voix qui intrigue, surprend et capte instantanément l’attention. « Pour moi, Black James Dean parle simplement d’être soi-même, de suivre sa lignée, de marcher dans les pas de ses ancêtres et de tracer sa propre route », confie-t-il. Cette quête identitaire, entre fierté et mouvement se retrouve dans les paroles: “I am the black gypsy, I am the black James Dean”
Le clip vient renforcer ce message à travers une esthétique aussi décalée que symbolique. Le western y est revisité dans un décor inattendu : un trailer park qui remplace les grands espaces désertiques. Falle Nioke y apparaît sous toutes ses facettes — chanteur habité en live, silhouette fragmentée à travers des écrans, ou cow-boy nonchalant, chapeau vissé sur la tête, bandana au cou et gilet à franges en cuir et un poney. Le reste du groupe suit pour former une bande de hors-la-loi modernes. Cette mise en scène crée un dialogue constant entre fiction et réalité, entre fantasme et mémoire, écho parfait au message personnel de Black James Dean. Le clip joue avec les textures (Super 8, écrans multiples), les temporalités et les symboles pour créer un mouvement perpétuel pour nous embarquer dans un voyage qui demeure intérieur.
Entre post-punk, afro-groove et psychédélisme, Pigeon affirme une approche libre et instinctive voire brute. Avec Black James Dean, Pigeon confirme qu’il est un groupe prometteur, avec une trajectoire singulière à suivre de très très près.
Aldous Harding – Venus in the Zinnia
Après quatre ans loin des projecteurs, Aldous Harding poursuit son retour avec Venus in the Zinnia, second extrait de son cinquième album Train On The Island (4AD), attendu le 8 mai 2026. Un morceau singulier et immédiatement séduisant, porté par un duo guitare-voix épuré, qui nous replonge dans l’univers si particulier de la Néo-Zélandaise, où l’intime flirte en permanence avec l’étrangeté.
Ça parle de quoi, Venus in the Zinnia ? D’une relation diffuse, presque insaisissable, faite de fragments du quotidien et d’images énigmatiques. Aldous Harding assemble des pensées brèves, entre douceur, humour discret et poésie délicieusement décalée : “Venus down in the Zinnia, I was thinking about ya” ou “What are you wearing? I cut my hair, nobody loved it”. Des phrases simples en apparence, mais qui laissent transparaître une vulnérabilité sincère, comme des instantanés émotionnels captés sur le vif. La chanson joue ainsi sur une proximité troublante, presque intime, tout en conservant une part de mystère propre à l’écriture d’ Aldous Harding.
Musicalement, le morceau se déploie avec une fluidité enveloppante. Porté par un folk discret, enrichi de textures de Wurlitzer — notamment sur un pont aux allures d’impro — et d’une instrumentation volontairement minimaliste, Venus in the Zinnia avance avec une élégance nonchalante. Il dégage une sensation de douceur presque estivale, comme une scène suspendue entre barbecue et après-midi au bord de la piscine. Très vite, le duo avec H. Hawkline s’installe : leurs voix se répondent, s’entrelacent et accompagnent la mélodie tour à tour, dans un échange délicat et presque somnambulique.
Le clip, co-réalisé par Aldous Harding, Martin Sagadin, Hopey Parish et Michelle Henning, prolonge cette atmosphère avec un dispositif simple et efficace : une conversation FaceTime qui semble s’étirer à l’infini. On y observe Harding et H. Hawkline évoluer chacun de leur côté, entre moments du quotidien baignés de soleil, baignades, et échanges à distance. Ce duo moderne, où chacun prend le lead à tour de rôle, évoque presque une intimité née à travers l’écran. Au fil des images, une dimension organique s’installe — herbe, eau, bois, pierre — comme un retour au tangible. Jusqu’à cette scène finale décalée voire même comique : Aldous Harding, filmée en gros plan, glissant en skateboard le long d’un cimetière, traversant les tombes jusqu’à la nuit tombée. Une conclusion à la fois étrange et fascinante, fidèle à son univers narratif, musical et visuel.
Avec Venus in the Zinnia, Aldous Harding confirme une évolution subtile vers une écriture plus accessible, sans jamais renoncer à sa singularité : cette capacité à créer des mondes à part, déroutants, délicats et profondément captivants. Aldous Harding sera en concert à la Salle Pleyel à Paris le 12 juin 2026 pour présenter sur scène ce nouveau projet qui ne manquera certainement pas d’audace et d’authenticité.