La musique ça s’écoute, mais parfois ça se regarde aussi. Chaque semaine, La Face B vous sélectionne les clips qui ont fait vibrer ses yeux et ses oreilles. Sans plus attendre, voici la seconde partie de notre 30ème (!!) sélection des clips de la semaine.

La Sécurité – Snack City
Vous avez un petit creux ? La Sécurité est là pour vous cette semaine. Le projet montréalais continue de teaser l’arrivée de son second album, Bingo!, et en dévoile un nouvel extrait, Snack City.
On retrouve tout ce que l’on aime chez le quintette : rythme effréné, sens de la mélodie, et de la contre-mélodie, absolument parfait. Snack City est un morceau qui va tambour battant, presque épuisant par moment et porté par un chant crâneur et toujours punk.
Derrière cette idée de la nourriture, Snack City porte en lui un discours plus politique, entre pensées féministes et une certaine idée de la libération et de la prise de pouvoir.
C’est une nouvelle fois Philippe Beauséjour qui appose sa patte visuelle à la musique de La Sécurité. Collaborateur régulier du groupe, le réalisateur nous offre une nouvelle vidéo toute aussi puissante et excessive que le morceau.
En maitrisant l’art du montage et du découpage, il fait un parallèle visuel entre la nourriture et des images intimes du groupe, transformant le visage d’Éliane en divers plats, et nous entrainant dans une promenade visuelle pleine de couleurs et de nourriture.
De quoi nous mettre l’eau à la bouche en attendant le retour de La Sécurité en France à la mi-mai avec des passages notamment à Paris, Nantes et Tourcoing.
nuit noire – tes yeux
nuit noire a pris le temps. Le temps de construire son projet, de le forger, que ce soit la musique où les éléments qui l’accompagnent, avant de le dévoiler au monde.
Cette semaine marque le début de son aventure puisqu’elle dévoile son tout premier morceau, tes yeux. Dans ce morceau, nuit noire dévoile une angoisse qu’on porte tous en nous : la peur de souffrir, d’être blessé par l’autre. tes yeux, c’est une balade à la douceur contagieuse, une histoire de carapace qu’on n’a pas totalement envie de dévoiler, que l’on garde comme une protection, mais peut-on vivre les yeux cachés face au monde ?
Avec ce titre nuit noire se dévoile à travers l’intime, joue avec les mélopées électroniques pour nous offrir une valse moderne, un petit moment de douceur qui laisse transparaître un petit de noirceur, qui joue avec les émotions, avec le mouvement pour nous dévoiler l’univers de nuit noire.
Le clip de Florian Salabert vient approfondir l’histoire de tes yeux. Le réalisateur et la musicienne partagent le goût de l’onirisme, jamais loin de Tim Burton et de certains contes.
Dans une chambre aux teintes bleues, on suit nuit noire dans une sorte de rêve, alors qu’un « monstre » se cache dans les ombres. Les yeux fermés, elle évite la confrontation, se cache pour mieux se protéger. Alors que ce personnage étrange disparaît, il laisse malgré tout une trace de son passage, une lumière dans laquelle nuit noire va faire briller ses yeux.
Avec ce titre, nuit noire se place déjà parmi les belles promesses d’une pop française métamorphe qui ne cesse jamais de se renouveler.
ROMANCE – D’la Faute A Moi
Le groupe franco-breton signe son retour avec son single pop D’la faute à moi. Porté par des mélodies envoûtantes et touchantes, le titre nous entraîne dans une profonde mélancolie, celle de rêves devenus presque utopiques. La fête y apparaît comme un lâcher-prise et une tentative fragile de continuer à y croire.
Dans le clip, dévoilé cette semaine, Charles Crocq, leader et chanteur du groupe, occupe le premier plan. Isolé, enfermé dans sa bulle avec son casque filaire, il contraste avec le reste du groupe qui profite d’un jardin apaisant. Un décalage d’humeur renforcé par l’image, où le fatalisme vient assombrir le tableau, nous éloignant peu à peu des autres qui, pourtant, ne nous oublient pas.
ROMANCE capte avec justesse ce moment de bascule dans la vie d’un jeune adulte désabusé, parfois de mauvaise foi, mais toujours animé par une forme d’idéal et de générosité tournée vers l’avenir. Le groupe se produira au Supersonic le 25 avril, puis au Point Éphémère le 9 juin.
FREE ZORBA THE HOOLIGAN – AMERIKA
Une batterie lourde, un rythme vif et accrocheur : AMERIKA nous emporte dans une fureur désenchantée, reflet d’un monde vidé de ses espoirs. Le clip DIY, entièrement réalisé par le groupe, nous entraîne dans une virée nocturne à moto à travers un paysage urbain, jusqu’à une échappée solitaire dans un bois reculé.
Là, le personnage principal se perd dans une rage sourde et un profond désespoir. Isolé, confronté à lui-même, il se rase la tête avant de faire face à la lumière brute de la nature. FREE ZORBA THE HOOLIGAN exprime une urgence frontale, celle d’un monde brutal qui broie les esprits et transforme les individus en perte de repères en démons. Un single quasi anticapitaliste, habité par une vision sombre et désabusée du monde de demain.
Wesley Joseph ft Jorja Smith – July
Voilà presque trois ans qu’on attendait le retour de Wesley Joseph. Il faut dire que, depuis son premier single Imaginary Friends, sorti en 2020, il s’est fait une place de choix sur la scène RnB alternative. L’artiste britannique dévoile cette semaine son premier album, Forever Ends Someday, assorti du clip de July, en featuring avec Jorja Smith.
Le morceaunous transporte à Walsall, ville au Nord-Ouest de Birmingham dont sont originaires les deux artistes et ami·e·s de longue date. C’est un titre profondément personnel, dans lequel Wesley Joseph se replonge dans ses jeunes années et mesure le chemin parcouru. « J’étais avec ma plus vieille amie et nous avons vécu un moment “bouclé”, où nous avons compris que nous étions en train de réaliser nos aspirations ensemble. » raconte-t-il à propos de l’enregistrement.
July mêle la nostalgie d’une époque passée, le bonheur de toucher enfin ses rêves du doigt, et la gratitude envers les proches qui l’ont soutenu. On retrouve toutes ces émotions dans le clip, réalisé par l’artiste lui-même dans la ville qui l’a vu grandir. C’est certainement le titre le plus doux et le plus chargé émotionnellement de l’album – album qui, par ailleurs, méritait amplement ces trois petites années d’attente !
Camille Yembe — Rien à fêter
L’album JEUNE&LAIDE de Camille Yembe sortira le 22 mai. En attendant, l’artiste dévoile le clip de Rien à fêter, un morceau qui s’impose déjà comme un incontournable de l’été, qu’on écoutera en boucle.
Porté par une mélodie entêtante, le titre s’inscrit dans une pop à la fois fraîche et habitée. Fidèle à son univers, Camille Yembe y livre un récit intime, où l’expérience personnelle devient universelle. C’est d’ailleurs l’une de ses forces : être capable de toucher son public avec autant justesse.
Le clip, particulièrement ambitieux, a été entièrement tourné à l’envers, impliquant un travail technique impressionnant. Ce procédé visuel traduit avec finesse cette sensation de vouloir avancer tout en restant figé. L’esthétique reprend les teintes de la pochette de l’album et met une nouvelle fois Bruxelles à l’honneur.
Certaines séquences marquent particulièrement, notamment celle tournée sur un toit, où feux d’artifice et chorégraphie collective se déploient au ralenti, offrant un moment suspendu. Ou encore la scène finale, avec Camille Yembes’endormant enveloppée dans un drap représentant un drapeau du Congo rafistolé, en écho à son identité et à son récit.
Dans un contexte de sorties musicales permanentes, Rien à fêter se distingue par sa singularité. Un clip exceptionnel, riche en propositions visuelles, qui confirme la capacité de l’artiste à surprendre tout en affirmant une identité forte et unique.
2L — Vraie victoire
2L a récemment dévoilé son album Aria. Elle présente aujourd’hui le clip de Vraie victoire. Un morceau particulièrement émouvant, marqué par une forte dimension nostalgique.
Le clip s’apparente à un véritable making-of de son parcours, retraçant les moments clés de son ascension en tant qu’artiste. Ce retour en images renforce ce que racontent les paroles. On y ressent pleinement l’investissement et la sincérité de 2L.
À travers ses images de concerts, son passage dans Nouvelle École et la création de la pochette d’album, l’artiste met en lumière les éléments qui ont contribué à façonner son identité. La séquence de dédicace tournée à la boutique Scred Connexion, vient renforcer cette dimension intime et authentique. Elle nous partage son nouveau quotidien avec beaucoup de simplicité.
Avec 2L, il n’y a pas de distance. Elle donne le sentiment d’une proximité immédiate, loin de l’image de l’artiste inaccessible. Une humilité qui transparait pleinement dans ce clip.
Vraie victoire déploie une dimension à la fois épique et nostalgique. La production trouve un équilibre juste entre puissance et sensibilité, tandis que le clip accentue encore cette charge émotionnelle.
Plus qu’un simple accompagnement visuel, ce clip apparaît comme une manière pour l’artiste de se replonger dans ses débuts, et de garder une trace de ce chemin parcouru.
Costa et Médine — No Face No Case
Costa vient tout juste de dévoiler son album, accompagné de deux featurings marquants, dont un avec 2L. Aujourd’hui, il présente le clip de No Face No Case en collaboration avec Médine.
Avec Médine et Costa, l’engagement fait partie intégrante du propos. Le clip s’inscrit dans un décor de manifestation, porté par une énergie collective et des symboles forts, notamment des drapeaux antifascistes et palestiniens. Une continuité logique pour deux artistes sensibles aux questions politiques et sociales.
Sur le plan musical, une production aux sonorités old school laisse toute la place à Costa, dont le flow percutant ouvre le morceau. Médine prend ensuite le relais avec une intensité marquée, portée par des paroles incisives et chargées en émotion. L’ensemble dégage une énergie à la fois tendue et libératrice.
Costa s’impose ainsi comme un artiste à suivre de près. Après deux collaborations aussi solides, la suite de son parcours est particulièrement attendue.
Sonita Alizadeh — Can Someone Find My Friends
Sonita Alizadeh vient de dévoiler le clip de Can Someone Find My Friends. L’artiste, à l’origine de l’initiative Donate Your Voice, soutenue par l’UNICEF, poursuit son engagement en donnant la parole aux femmes privées de liberté d’expression, notamment en Afghanistan.
Le clip s’ouvre sur une atmosphère lourde et pesante, évoquant la perte d’amies, les mariages forcés et la guerre en Afghanistan. Le propos s’installe rapidement dans une dimension intime et dramatique.
Porté par l’interprétation de Sonita Alizadeh, le morceau met en scène une succession d’émotions contrastées. Dans une première partie, la tonalité est marquée par la tristesse et le manque. Le rap prend ensuite le relais avec une intensité plus frontale, traduisant la colère et la dénonciation.
La dernière partie du clip introduit une dimension collective, avec un mur de visages et de voix qui accompagne l’artiste. Cette chorale symbolise le soutien et la solidarité, en écho direct à l’initiative Donate Your Voice.
À travers ce projet, Sonita Alizadeh met en lumière une réalité toujours actuelle, entre témoignage personnel et engagement militant contre les mariages forcés et les violences faites aux femmes.
Kelela – idea 1
Son dernier album, datant déjà de 2023, possédait une aura et une âme musicale si uniques qu’elles semblaient se plaquer à notre chair, laissant ses sonorités nous peindre quelque chose de rarement ressenti.
Intensité et passion sont les mots qui surgissent lorsque sa musique éclate. Idea 1 est cette nouvelle pépite que Kelela nous offre cette semaine, et quelle sensation agréable vous attend si vous n’avez pas encore plongé dans son univers. L’artiste puise toujours dans une esthétique léchée, qu’elle soit sonore ou visuelle, avec de puissants élans qui contrastent avec une dimension plus aérienne, presque venue d’un autre monde.
C’est avec ce nouveau titre que Kelela s’affirme davantage, dans un monde qui, malgré sa situation, n’aura pas raison de sa vérité ni de sa créativité. La sortie de ce single attise l’attente d’un futur album. En attendant, Idea 1 mérite d’être écouté en boucle, accompagné de la (re)découverte de son précédent album, Raven.
The Maine – Green
The Maine frappe fort avec son nouveau clip pour le titre Green, sorti le 10 avril dernier. En seulement deux jours, la vidéo cumule déjà plus de 21 000 vues, prouvant une fois de la fidélité et le support de la 8123 Family concernant le nouvel album Joy Next Door, dont Green fait parti.
Comme le titre le laissait deviner, tout le visuel tourne autour de la couleur verte, avec des jeux de lumières et des teintes qui dominent l’image. C’est vraiment réussi, surtout parce que le reste des couleurs, comme les vêtements ou le décor, reste très délavé et neutre, ce qui fait que les touches de orange ressortent super bien à l’écran.
Ce qui rend la vidéo spéciale, c’est ce long plan-séquence qui nous donne l’impression d’être en plein milieu d’une répétition entre amis. On est plongés dans une ambiance hyper intimiste, presque comme si on était dans la pièce avec eux. C’est simple, sans artifices, et ça colle parfaitement au style du groupe. C’est le genre de clip qui mise tout sur l’authenticité et la proximité avec les fans, ce qui explique sûrement pourquoi il reçoit déjà un si bel accueil.
Fredz – Si on revenait en arrière
Fredz livrait récemment le nouveau clip de sa chanson Si on revenait en arrière, dans laquelle il explore le thème de la nostalgie avec une grande humilité. Plutôt que de vouloir changer le passé, il exprime le souhait de revivre ses souvenirs exactement comme ils étaient, avec les mêmes amis et les mêmes difficultés.
Le texte est marqué par une belle authenticité, notamment lorsqu’il évoque son parcours personnel et sa volonté de transformer sa propre tristesse en chansons pour apporter un sourire aux autres.
Visuellement, le clip est sobre et efficace. On y voit Fredz au début dans ce qui semble être une soirée, puis quelqu’un passe devant la caméra et il se transforme en lui d’il y a dix ans. Tout au long de la vidéo, on le voit jeune, s’amusant avec ses amis actuels, et vivant dans les temps actuels, ce qui pourrait signifier que l’enfant qu’il était approuve ses choix. À la toute fin, une scène touchante montre le Fredz du passé et le Fredz actuel face à face. L’accent est mis sur l’émotion et l’idée que chaque petit instant ou choix de vie définit qui nous sommes. C’est une réflexion poétique sur le temps qui passe, qui évite le piège de la mélancolie pour se concentrer sur la gratitude d’avoir vécu ces moments.
En résumé, c’est une réussite qui confirme le talent de l’artiste pour capturer des sentiments complexes avec des mots simples et une ambiance lumineuse.
SYML – Careful
SYML revient avec une version intimiste de Careful, enregistrée en petit comité à Paris, et c’est exactement le type de moment qui rappelle pourquoi les Unplugged fonctionnent toujours aussi bien.
Cette chanson introspective est tirée de l’album Nobody Lives Here sorti en 2025, qui explore les luttes intérieures liées à l’identité personnelle, à la pression sociale et à l’acceptation de soi.
Careful aborde la patience face au temps qui passe, l’ambition mêlée à la peur de l’échec, et l’urgence de se réveiller de ses propres doutes (« Oh my God, I’m not dead, so wake me up, I’m in my head »). Elle met en garde contre la jalousie et les comparaisons inutiles, invitant à « prendre fierté en qui tu es, pas en ce que tu fais » et à trouver sa propre vérité
Cette version de Paris Unplugged, capturée au Consulat à Paris, montre SYML dépouillé de tout, juste avec ses musiciens et cette atmosphère de confiance absolue. En live, avec le silence qui pèse entre chaque note, avec sa voix qui flotte sur des instruments minimalistes, on sent vraiment le poids de ce qu’il raconte, mais aussi cette décision tranquille d’apprendre à s’aimer soi-même.
RoseDog – HOLD ME BACK
HOLD ME BACK est un single électro-rock explosif extrait de l’EP Threshold, du duo RoseDog. Dans un contexte géopolitique et social anxiogène, ce morceau incarne la trajectoire de l’EP, passant de la colère à l’apaisement à travers des arrangements radicaux et des textes percutants qui interrogent l’identité masculine contemporaine, l’amour, le combat intérieur et la quête d’espace vital face à un monde écrasant.
Le titre exprime une tension viscérale : un appel à être retenu pour ne pas sombrer dans le chaos, tout en puisant dans la force personnelle pour grandir malgré les pressions extérieures. Il résonne comme une remise en question collective sur comment être un homme aujourd’hui, aimer et se battre, sans prétendre apporter de réponses mais en offrant un espace de douceur et de respect.
Réalisé avec une intensité visuelle brute, le clip alterne les plans des deux membres du duo sur le toit d’un immeuble, dominant un paysage urbain en pleine destruction. En arrière-plan, des missiles ravagent la ville dans des explosions spectaculaires, symbolisant le tumulte géopolitique et amplifiant l’urgence émotionnelle du morceau pour un rendu immersif et inoubliable.
Eya Patterns – Oz
Ce n’est pas encore la pleine lune, et pourtant … La jeune artiste Eya Patterns nous invite cette semaine au cœur d’un rituel, d’une douce incantation sur un morceau rock, alternatif et mystérieux. Oz est à l’image de son univers singulier, que l’on s’empresse de vous présenter.
Le rêve se dessine dans une pièce sombre. On y découvre une musicienne éclairée à la bougie. Eya Patterns allonge le temps autant qu’elle le bouscule. On reste curieux et fascinés, la dimension onirique de sa musique se fraie un chemin au travers du cristal et se révèle dans un jeu d’ombres et de lumières. Sa voix puissante enveloppe le tout, quelque chose se trame.
Si on avait découvert Eya Patterns sur le doux single My Man, Oz confirme son éclosion. Il est extrait de son tout premier EP. Pour la magie, on vous recommande d’y entrer sans crainte, avant que le jour ne se lève.