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MDNS, entrevue "enfant de ma ville"

De son écriture à ses références en passant par ses influences,tout dans la musique de MDNS transpire son amour pour sa ville. On a donc profité de son passage au MaMa Music & Convention pour organiser une entrevue "enfant de ma ville" avec lui.

La Face B : Salut MDNS, comment ça va ?

MDNS : Ça va et toi ?

LFB : Ça va bien merci. On va faire une entrevue « Enfant de ma ville ». Je me demandais donc en quoi c'est important pour toi d'affirmer ton rapport à ta région et à ta ville dans ta musique ?

MDNS : Parce que c'est là d'où je viens, c'est là d'où mes parents viennent et je l'ai toujours fait naturellement. C'est pas un choix de représenter ça, c'est juste que je raconte ma vie et je pense que plein de Lilloises, plein de Lillois ou plein d'enfants du Nord de la France peuvent s'y reconnaître.

LFB : Quand tu appelles ton EP Drache, il y a quand même une idée sous-jacente de raconter un peu ce quotidien-là qui est un peu particulier aussi des fois...

MDNS : Bien sûr. Bah la drache m'a accompagné toute ma vie. J'aurais pu l'appeler je sais pas quoi... C'est des mots qu'on entend tout le temps, j’aurais pu l’appeler tchio.

LFB : Mais justement, le fait d'être à Lille, un carrefour entre l'Angleterre, la Belgique, les Pays-Bas, le reste de la France, est-ce que ça a influencé dans ta musique ?

MDNS : À fond, ouais quand même. L'Angleterre surtout. J'aime beaucoup le rock anglais, le punk rock anglais, la pop anglaise, j'aime trop ça. Et même toute cette scène electro, gabber, hardcore. Moi au collège à l'époque, il y avait des skins, l'extrême droite qui nous attendait avec des chaînes de moto... Du coup j'entendais ça toute ma jeunesse, tout mon collège et je me suis dit « jamais de la vie je n'écouterai ça ». Et finalement j'ai compris toute cette culture après. Mais ouais, toute cette culture électronique qu'on a dans le Nord, en Belgique ou en Hollande, elle est ultra importante.

LFB : Ouais, le sens de la fête aussi malgré tout.

MDNS : Ah bah carrément, carrément. Tu fais la fête chez les Belges…

LFB : I y a un côté très défouloir aussi dans ta musique. Tu parles de culture belge et anglaise, et je trouve que dans l'EP et dans ce que tu fais, il y a cette idée aussi de se détacher de son quotidien et d'exprimer sa colère dans la musique.

MDNS : Ouais, de te marrer et de te lâcher vraiment. Et ben tu vas à un concert de punk, et ben tu y vas à fond en fait. Tu ne vas pas faire un concert de punk pour faire un afterwork. Tu y vas pour te lâcher vraiment, être toi-même.

LFB : Le fait est que ta ville elle est partout dans ta musique — dans les titres tu parles de briques rouges etc —, comment tu t'inspires et comment justement tu observes ta ville et les gens de ta ville pour créer ta musique ?

MDNS : Comment je le fais ? Déjà je regarde par ma fenêtre beaucoup. Je regarde beaucoup par ma fenêtre, il se passe beaucoup de choses dans ma rue. J'entends beaucoup de choses aussi. Et sinon, je suis souvent en terrasse en fait. Il y a beaucoup de trucs familiaux aussi. Dans les prochains morceaux, je parle beaucoup plus de ma famille, c'est plus introspectif. Euh, et tout cet héritage qu'ils m'ont laissé, cette culture du Nord, les souvenirs... Sur un tabouret...

LFB : Tu prends des notes ?

MDNS : Ah ouais non … Enfin si, je peux prendre des notes. Je peux m'asseoir et même carrément écrire un texte entier vraiment en terrasse avec une pinte pendant 2 heures. Et sinon, des fois juste je me rappelle de souvenirs, je fais « Ah putain c'est vrai qu'il s'est passé ça ». Et le soir quand je m'endors, c'est un bordel dans ma rue à chaque fois et j'entends des trucs aussi, des histoires de gens qui sont bourrés...

LFB : Toi, tu es dans quel quartier du coup ?

MDNS : Moi je suis rue Solférino.

LFB : D'accord, oui, la rue de la soif...

MDNS : Ouais, la rue de la soif.

LFB : C'est intéressant, parce que c'est aussi un truc de brassage culturel hyper important dans ce quartier-là je trouve aussi.

MDNS : Tu as plein de gens qui viennent pas de là que tu rencontres... À fond. Forcément des étudiants.

LFB : Ça te fait comme de la bière, ça macère. Ouais, c'est ça la musique.

MDNS : Ouais, il y a plein d'Anglais aussi, plein de Hollandais. Ça macère, c'est exactement ça.


LFB : La façon dont tu racontes les choses est très directe, très franche, il y a un truc très politique pour moi dans ta musique et dans la façon dont tu la fais. Je me demandais si tu voyais ça comme un héritage de ta région aussi.

MDNS : Ouais, bah ouais. Comme une région assez meurtrie par plein de choses. Je pense que forcément ce que je vais raconter est politique, même si c'est pas frontal genre faut pas dire « votez à gauche ». Non non, c'est politique parce qu'il y a des réalités sociales qui sont vraiment présentes dans ces rues-là, dans ces régions, et on ne parle jamais du Nord. On a tous ces clichés-là de merde qui nous collent à la peau, que ce soit dans les stades de foot ou dans la rue.

Si tu dis à un Parisien que tu viens de Lille, c'est « force à toi, bon courage ». C'est un peu horrible. Et c'est justement ça que je trouve beau, c'est que tous ces gens-là qui ont un héritage de souffrance de ouf, que ce soit dans le bassin minier, à Roubaix ou à Tourcoing, je trouve ça beau qu’ils gardent la tête haute et qu'on soit aussi fier de cette région pour ça en vrai.

LFB : Ouais, mais qui est gangrenée quand même par la politique de plus en plus...

MDNS : Malheureusement, mais après les prolos on a toujours été partagés entre le Parti Communiste et le Front National. En fait tu vois que Lens ça a fait 50/50 quoi.

LFB : Le curseur est au milieu. Et est-ce que tu penses que la musique peut faire la différence ?

MDNS : Ouais je le pense sincèrement, la musique en général. Mais après on ne peut pas demander à tout le monde d'aller voir des concerts. Les gens ils font 7h-19h et ils écoutent la radio, ils en ont rien à foutre de ce que tu as à dire aussi.

Et c'est même pas à blâmer en fait, c'est juste la réalité de la vie. Ils font ce qu'ils peuvent, mais si je peux changer quelque chose, bah ce sera trop cool.

LFB : Et c'est quelque chose qui t'intéresserait de pousser ce curseur-là dans ta musique ?

MDNS : Ouais carrément, bah j'y vais plus là. Je souhaite justement dans les prochains morceaux aller à fond dans ces sujets-là.

La Face B : Mais il y a un truc très visuel dans ta musique je trouve, dans la façon dont tu l'écris. Et il y a des variations d'émotion aussi, qui moi me rappellent aussi les trucs du Nord, typiquement de la région où le soleil peut apparaître et 5 minutes après il y a de la drache à fond. Et j'ai l'impression que c'est un truc qu'on porte aussi en nous dans la façon dont on gère nos émotions, et tu le retranscris vachement bien dans ta musique.

MDNS : Ah c'est vrai ? Bah merci, ça fait plaisir.

LFB : Et justement, tu penses que la mélancolie et la tristesse c'est un truc qui se développe plus facilement dans le Nord ?

MDNS : Ouais en vrai, je pense. Et en même temps non, le paysage est triste mais on a tellement de chaleur ailleurs qu'en soit ce ne sont pas les gens les plus malheureux, les Nordistes. On est heureux avec ce qu'on a.

LFB : Ouais, on est heureux avec ce qu'on a. Mais encore, le paysage est triste, mais quand on le quitte, on n'a qu'une envie, c'est de revenir.

MDNS : Ah moi je vais à Marseille, j'en peux plus ! Je fais deux semaines là-bas mais je m'en fous du soleil en fait, laissez-moi mes rues !

LFB : Toi c'est un truc que tu envisagerais, de quitter le Nord ou pas du tout ?

MDNS : Peut-être pendant une période ? Je ne l'envisage même pas. Je suis trop attaché. Déjà il y a ma famille qui est là aussi, j'ai perdu beaucoup de personnes très importantes l'année dernière, c'était l'hécatombe un peu et j'ai envie d'être là pour ma famille.

Mais même en dehors de ça, ma vie elle est à Lille, elle est dans le Nord. Moi si je dois bouger à Paris 4 ans pour la musique, peut-être que je le ferai, mais c'est sûr que je reviendrai dans le Nord. Je finirai ma vie dans le Nord.

LFB : Je reviens très souvent dans le nord. J'ai l'impression que peu importe où on va, c'est un truc qu'on a en soi.

MDNS : On n'a jamais été là pour plaire non plus en fait. Un Roubaisien il va dire qu'il est Roubaisien, un Lillois il va dire qu'il est Lillois, un Lensois il va dire qu'il est Lensois.

Ouais, peu importe d'où tu viens, ça je trouve ça cool. Même à Paris tu as plein de Lilloises, de Lillois.

LFB : De toute façon à Paris tu n'as pas de vrais Parisiens. Et justement sur scène, parce que tu es un artiste de scène avant tout dans la région, comment tu l'as développé ? Tu as fait beaucoup de concerts, est-ce qu'il y a des lieux qui t'ont marqué ?

MDNS : Ouais, moi il y a l’Amul Solo qui m'a beaucoup marqué à Lille, c'est fou. Un des premiers concerts qu'on a faits avec Jack seulement à la batterie, c'était énorme, c'était blindé. Et moi c'est un lieu où je buvais des coups à fond avant, c'était un peu mon QG.

LFB : Redis-moi le nom ?

MDNS : L’Amul Solo, rue des Arts, derrière l'Opéra. C'est un bar rock, et mon père faisait des concerts là-bas avant avec son groupe et mon cousin. Ça fait presque 15 ans que j'y traîne. Je dirais l’Amul Solo, et le High Voltage récemment à Lens, c'était énorme en concert sauvage.


LFB : Et tu trouves pas qu'il y a un truc un peu triste à voir plein de scènes indé/DIY disparaître justement à Lille ?

MDNS : Il y a le CCL par exemple qui est toujours là et qui fait passer plein de groupes locaux et internationaux, qui fait un taf de malade dans la scène underground et DIY lilloise. Mais ce qui me fait chier, c'est les bars qui ferment, ou d'autres bars qui prennent des groupes de reprises et ne se cassent pas la tête à faire jouer un groupe local pour le faire connaître. Les seuls lieux majeurs comme La Griffe ferment, même l’Amul Solo est en galère. C'est l'héritage d'Aubry, de Martine Aubry qui a fait une razzia là...

LFB : C'est pareil à Paris, il faut penser au confort des gens, mais s'il n'y a pas de vie, il n'y a pas de ville.

MDNS : Ouais, et les voisins qui se plaignent parce qu’ils habitent au-dessus d’un bar et qu’il y a du bruit... C'est triste.

LFB : Les salles de concert dans la région, c'est quoi tes endroits préférés pour aller voir des trucs ou pour jouer ?

MDNS : Mon vrai kiff c'est le CCL si je veux voir du punk. Sinon l'Aéronef c'est vraiment cool, et j'aime bien Le Grand Mix aussi.

LFB : Moi je suis team Grand Mix.

MDNS : Ouais, Le Grand Mix le son est incomparable.

LFB : En plus ils ont deux salles maintenant avec le Club, donc tu peux faire de la découverte, tu y as déjà joué ?

MDNS : Non jamais, mais j'aimerais trop. Le Grand Mix c’est incroyable, ils passent souvent des trucs cool, des trucs pas trop trop chers même si tu n’es pas abonné. C’est avantageux.

LFB : Et l’Aéronef quand tu l'as rempli, tu as senti quoi ?

MDNS : C'était fou, je voulais pleurer, être en transe. Toute la ville était là, la famille, les copains, 700 personnes, c'était un des meilleurs concerts de ma vie. Et de le remplir aussi vite, ça s'est rempli en 3 mois.

LFB : J'ai une dernière question : est-ce que tu aimes le foot ? Tu es plus Lens ou... ?

MDNS : Je suis Lille moi !

LFB : Mais tu le vis bien en ce moment ?

MDNS : Ça va, avec la Coupe de France et la Ligue des Champions... On a quand même un meilleur public que vous, faut pas se mentir ! De toute façon on a tous des potes lensois et des potes lillois.

LFB : Et du coup, jouer en tant que Lillois au MaMA festival, c'est important ? Et à La Machine du Moulin Rouge à Paris ?

MDNS : Ouais, c'est trop stylé. Quand tu es Lillois et que tu viens à Paris une fois tous les 5 ans, voir le Moulin Rouge et y jouer, c'est parfait.

Crédit photos : Cédric Oberlin


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