ADN : Acide du noyau des cellules vivantes, constituant l’essentiel des chromosomes et porteur de caractères génétiques. Avec ADN, La Face B part à la rencontre des artistes pour leur demander les chansons qui les définissent. Alors qu’il dévoilera prochainement son tout premier EP, Mimi Mono nous ouvre aujourd’hui les portes de son ADN musical.

Le témoin magnifique – William Sheller
Je ne suis pas issu d’une famille de musiciens, et j’y suis même venu relativement tard. Ce n’était simplement pas dans notre culture. Mon père possédait une petite poignée de disques qu’il chérissait plus que tout, et qui tournaient en boucle le samedi matin dans le salon. Il n’avait aucun attrait pour la sophistication : il n’aimait ni particulièrement le jazz, ni le rock. Il n’était puriste d’aucun genre musical, je crois qu’il aimait simplement le « beau ».
Dans cette collection de disques complètement hétéroclite — entre Kiss Me de The Cure, le White Album des Beatles ou Un Autre Monde de Balavoine — il y avait ce disque de William Sheller : un album étrange, avec des bizarreries et parfois même de vrais ratés.
Mais son morceau d’ouverture, Le Témoin Magnifique, est un chef-d’œuvre absolu d’écriture et de composition : une pièce symphonique et progressive de huit minutes, avec un texte à la fois solaire et naïf, et un travail sur les cordes impeccable.
Sorti en 1989, ce disque a façonné mon rapport à la musique : une variété française injustement méprisée, parfois imparfaite mais souvent audacieuse et libre, qui, sans le revendiquer, osait parfois davantage que bien des musiques dites indés ou savantes.
Parallélisme – Miharu Koshi
Il me semblait impossible de faire cette interview ADN sans évoquer le génie d’Haruomi Hosono et du Yellow Magic Orchestra, tant la rencontre avec cette scène japonaise a marqué un tournant profond dans mon rapport à la musique et à l’écriture. Pourtant, c’est bien d’un autre disque dont je veux parler ici, et avec lui d’une artiste essentielle : Miharu Koshi.
Sorti en 1984 sur Yen Records, Parallélisme est un album à la beauté singulière, étrange et onirique — une traversée dont on ne sort pas tout à fait indemne. À l’image de sa reprise de Barbara (Au bois De Saint-Amand), Miharu Koshi se promène sur un fil, entre une clarté presque rassurante et des ténèbres vaporeuses.
Point culminant du disque, le morceau éponyme Parallélisme est un monolithe difficile à décrire : cryptique, martial, et pourtant irrésistiblement magnétique. Si l’on reconnaît bien les formules magiques d’Hosono à la production et aux arrangements, ce chef-d’œuvre reste avant tout celui de Miharu Koshi, artiste à la discographie aussi riche qu’attachante.
Gus The Mynah Bird – Stereolab
Disons-le d’emblée, cet album abrite en son petit cœur d’immenses morceaux de perfection musicale. Rien de moins. Ma rencontre avec la musique de Stereolab, je la dois à un copain d’enfance qui avait un jour entrepris lors d’une année de césure d’emprunter et de graver sur CD-R l’entièreté de la collection de disques de la médiathèque du coin. Pourquoi pas.
C’est ainsi que j’ai découvert par hasard Sound Dust, qui reste à ce jour mon album préféré dans la longue discographie du groupe : les envies de tunnels hypnotiques des débuts du groupe sont canalisés par les arrangements somptueux d’un Sean O’Hagan au sommet de sa justesse, les mélopées du duo Sadier / Hansen débrident un imaginaire onirique et cotonneux à souhait. Il s’agira d’ailleurs du dernier album de Mary, qui décèdera l’année d’après.
Les amateurs obstinés de murs de distorsion de leurs années-guitares pourraient probablement passer à côté de perles rares comme Baby Lulu ou encore Gus The Mynah Bird, alors je leur propose ici de se réconcilier avec la beauté désarmante de ce morceau niché tout au fond de l’album, comme un petit trésor caché des yeux, à l’abri du monde.
Midnight Express – Giorgio Moroder
J’ai toujours aimé la musique au cinéma. Ou plutôt, pour être tout à fait exact, mes films préférés l’ont toujours été à cause de leur BO : Virgin Suicides, Twin Peaks, Spartacus, ou encore Les Sous-Doués (avec Daniel Auteuil au chant)… Même un petit nanar sans prétention peut toucher en plein cœur si la musique est à la hauteur, et on ne peut imaginer le cinéma français sans penser à des gens comme Michel Legrand ou Vladimir Cosma.
Alors, si l’immense Moonraker de John Barry restera à tout jamais ma BO de film préférée, je me dois ici – ADN oblige – de citer de Moroder et son Midnight Express, simplement parce qu’il s’agit de mon tout premier choc musical au cinéma. Bien qu’étant interdit de visionnage pour des raisons évidentes, j’étais obsédé par cette bande-son, qui tournait en boucle dans mon baladeur-cassette Lansay quand j’étais enfant.
FINAL FANTASY VII (OST) – Nobuo Uematsu
Alors que je viens de terminer la production du premier EP de Mimi Mono qui sort cet avril, je m’accorde en ce moment une petite pause autour d’une énième run de Final Fantasy VII. Dire que ce jeu m’a complètement bouleversé à sa sortie serait un euphémisme, et pas que pour son scénario impeccable.
La vérité, c’est que je ne suis pas sûr d’être tout à fait capable de dire quoique ce soit de juste à propos de l’œuvre de Nobuo Uematsu, tant son travail de compositeur sur la série a marqué l’histoire du jeu vidéo pour toujours.
Enfant, je n’ai jamais été initié à la musique. Je n’ai jamais fait de conservatoire, ni d’école, et comme beaucoup de gens, les cours de musique m’ennuyaient profondément. J’ai pourtant la conviction que – comme une génération toute entière de joueurs – la saga Final Fantasy avec sa bande-son à la fois envoûtante et romanesque aura laissé dans mon subconscient comme une sorte de dictionnaire musical intime d’une richesse immense : des progressions harmoniques complexes, des arpèges lumineux, des mélodies douces-amères…
Au fond, je crois que je dois tout un pan de mon éducation musicale inconsciente à ce monsieur – aussi discret et appliqué que génial – et envers qui je ressens une reconnaissance infinie.