La semaine dernière, nous avons rencontré Mosimann pour échanger sur son concept de Dreamtrack, son processus créatif et sa manière d’appréhender le live.

LFB : D’où est né ce concept des Dreamtracks ?
Mosimann : Je cherchais une manière de partager différemment avec le public. J’étais un peu perdu avec les maisons de disques qui te disent qu’il faut absolument être présent sur TikTok, le management et tout l’entourage qui te disent qu’il faut trouver son truc. Sauf que moi, je ne l’avais pas trouvé. J’avais l’impression qu’il fallait que je fasse des chorégraphies sur TikTok et je n’étais pas aligné avec ça. Puis, j’ai commencé à regarder un peu ce que faisaient d’autres artistes. Je suis tombé sur des photographes qui se baladaient. Il y en a un en Belgique qui s’appelle Brian, un autre à Lyon qui s’appelle Gueule de Lyonnais.
Il y en a dans le monde entier, des photographes qui se baladent et qui discutent avec des gens. Tu as un petit échange et à la fin, tu as une photo. Tu attends que l’échange se passe pour voir la photo de l’artiste. Je trouvais ça fascinant parce que ça permettait de partager un moment avec une personne qu’on ne connaît pas et en même temps de consommer de l’art. Je me disais je devais pouvoir trouver un parallèle à ça et je me suis mis à discuter avec des gens en leur demandant s’ils pouvaient réaliser le titre de leur rêve, comment il serait. Et ça a bien marché.
LFB : Comment tu arrives à faire parler ta créativité avec les contraintes d’autrui ?
Mosimann : C’est un peu ça qui m’excite, le fait d’être confronté à des contraintes. Finalement, ça me permet de ne pas avoir trop de choix. C’est un peu comme commencer une décoration, ou comme écrire un livre. Quand on a des contraintes, j’ai le sentiment que c’est plus facile. Parce que ça permet de savoir exactement là où tu ne peux pas aller. Et par conséquent, les risques ne sont pas les mêmes. J’aime bien ça. Comme composer pour d’autres d’ailleurs. Quand je fais un album pour Grand Corps Malade, je ne me pose pas les mêmes questions que si c’était pour mon projet.
LFB : Ça te met un cadre. Est-ce que tu as la même façon de procéder à chaque fois ou ton inspiration est guidée directement par ce qu’ils te proposent ?
Mosimann : Ça dépend, parce qu’il y en a qui ne sortent pas aussi. Je sors ceux qui marchent. Il y en a qui fonctionnent moins bien que d’autres, parce que ça dépend de la créativité. Dans la mesure où je dépends de la créativité de l’autre, je suis toujours sujet à un stress quelque part de me dire est-ce que ça va marcher ? Est-ce que les gens vont être touchés ? Dernièrement, j’ai fait le dreamtrack d’une artiste qui s’appelle Naïka, qui m’avait demandé du kompa. Je ne savais pas ce que c’était et j’ai essayé d’en faire. J’ai vu les commentaires, ça a très très bien marché. Par contre, beaucoup de gens m’ont dit : alors Mosi, tu ne sais pas du tout ce qu’est le kompa (rires). J’ai pris des risques, et au moins j’ai essayé.
LFB : A quel moment tu sais si une dream track est terminée ? Quand tu as calé tous les éléments demandés ou alors quand le rendu correspond vraiment à ce que toi tu veux ?
Mosimann : J’ai envie d’être lâche et de te dire que c’est le public qui décide. Parce que moi, à ce moment-là, je ne suis qu’un vecteur. Ça serait présomptueux de penser que ça y est, c’est bon, ça a marché. Pour moi, à chaque fois que j’en termine un, je me dis que c’est un coup de chance.
LFB : Donc tu ne fais qu’une seule version ? A l’instinct ?
Mosimann : Exactement, complètement. Et on parle des contraintes : j’ai en moyenne très peu de temps pour le faire. Par exemple, je prends celui de Neve Campbell. Je l’ai tourné il y a pas moins d’une semaine et le film sort maintenant, il fallait le faire là. J’aime cette contrainte aussi de me dire que ce sont des choses qui passent.
LFB : Je me demandais si tu voyais ce concept de Dreamtrack comme un exercice créatif, un format digital ou comme un vrai projet artistique à part entière?
Mosimann : Les trois. Dans un premier temps, ça me permet de toujours être en activité. J’ai découvert des manières de travailler que je ne soupçonnais pas. Avant de faire les Dreamtracks, je n’étais pas très fort, par exemple, sur Ableton. Maintenant, je commence à bien le maîtriser. J’avais du mal à traiter les voix. Maintenant, c’est vrai qu’avec le travail de Melodyne, avec l’update qu’il y a sur Logic… Il y a vraiment des nouvelles technologies. Ça m’a permis d’être hyper curieux, de découvrir des nouveaux artistes, de découvrir chaque personne qui vient avec son lot de surprises aussi. Ça, ça me plaît. En termes artistiques, c’est hyper enrichissant. Je pense que c’est devenu un concept intéressant pour les plateformes, pour les réseaux sociaux.
Pour le projet artistique à part entière, évidemment parce que ça me permet de savoir exactement où est-ce que j’ai envie d’aller ou non. Là, je suis en train d’écrire mon show pour cette année, pour le live 2026. Je sais que je vais m’autoriser à rêver et peut-être que ça n’aurait pas été le cas si je ne m’étais pas autorisé à rêver pour d’autres.
LFB : Il y a deux semaines, tu as sorti officiellement la dreamtrack avec Skip the Use sur les plateformes. À quel point c’était important pour toi d’aller au-delà du format des réseaux sociaux ?
Mosimann : Déjà, il y a cette volonté de toujours faire plaisir aux gens et de faire les choses pour eux. Au-delà de ce que ça nous procure à nous, en tant qu’artistes, le plus important, c’est qu’est-ce qu’on échange ? Qu’est-ce qu’on partage ? Qu’est-ce qu’on retient de ça ? Et le commentaire qui revient systématiquement sous les vidéos, quand les personnes sont un peu fans des artistes avec lesquels je collabore, c’est : mais attends, est-ce que ça pourrait sortir ? Est-ce qu’on ne pourrait pas avoir un lien ? Est-ce qu’on ne pourrait pas le réécouter ?
Alors souvent, j’explique que ce n’est pas possible parce qu’on n’a pas les droits des choses qui ont été demandées. Et puis quand c’est Skip The Use qui me demande de remixer un vieux titre à eux et d’essayer d’amener une nouvelle couleur… Après l’interview, je lui ai demandé si ça marchait, est-ce qu’on ne pourrait pas aller un peu plus loin. Il m’a dit oui tout de suite. J’ai trouvé ça fou. J’étais super heureux.
LFB : Tu penses que ça serait possible avec d’autres artistes à terme ?
Mosimann : J’espère, mais maintenant je l’anticipe. Je leur demande si éventuellement ça marche, est-ce qu’on ne pourrait pas le sortir ? Il y en a deux, trois qui arrivent.
LFB : Est-ce qu’il y a une dreamtrack où tu as eu plus de difficultés à préparer que les autres ? Peut-être parmi celles que tu n’as pas sorties, dont tu parlais tout à l’heure.
Mosimann : Ceux qui me challengent le plus, souvent, j’y vais par orgueil. Par exemple, celui de Kyan Khojandi, c’était très difficile. Peut-être celui d’Alain Chabat, qui n’était vraiment pas facile. Il m’a dit : écoute, je vais mettre toutes mes refs. Ariana Grande, ce n’était pas facile parce qu’on avait très peu de temps. Ce n’est jamais facile. Mais il y a aussi Bob Sinclar qui m’a amené quand même beaucoup de difficultés aussi parce qu’il a voulu me piéger avec les notions de mineur/majeur. En musique, c’est toujours compliqué de jouer avec les deux. Je crois qu’il a voulu me mettre dedans (rires).
LFB : Mais du coup, comment tu sélectionnes les personnes qui participent à ce projet ?
Mosimann : Au cœur. J’y vais au cœur, à la rencontre. Je ne sais pas. Ça peut aussi être ma mère. C’est con, mais je l’ai fait avec ma mère, avec des amis. J’en ai sorti un il n’y a pas longtemps avec un de mes meilleurs potes. Je crois que c’est cool aussi de profiter de ça pour mettre en avant des gens qu’on aime.
LFB : Est-ce que la Dreamtrack, au fond, et à l’ère de la création par intelligence artificielle, ne serait pas une forme moderne de commande artistique ? Un peu un moyen de prouver que le concept d’artiste existe toujours ?
Mosimann : J’adore ce que tu me dis. Ca serait présomptueux d’acquiescer et en même temps, j’ai envie d’y croire. J’ai envie de croire qu’à l’heure de l’IA, c’est intéressant de créer des choses de zéro et de les aborder de manière différente. Après, je ne suis pas réticent aux nouvelles technologies. Il a quelque chose de l’ordre du nouveau qui effraie tout le temps. Mais je pense que ce n’est pas impossible de vivre avec et de créer de l’émotion avec. Et je pense qu’il va falloir apprendre simplement à l’appréhender. Mais à l’heure actuelle, je suis plutôt aligné avec ça.
LFB : Avec ce format, c’est ce que tu disais tout à l’heure, tu crées pour les autres, avec les contraintes qu’ils te donnent, mais aussi pour un public un peu plus large. Ça pourrait ressembler à ce qu’on pouvait avoir il y a plusieurs dizaines ou centaines d’années avec ces artistes qui créaient pour quelqu’un.
Mosimann : C’est exactement ça. Ca me stimule. J’essaie de voir l’IA comme un allié, plus que comme une menace. Ça demande de bien gérer en amont la sécurité, les droits et comment on les redistribue correctement. Dans la mesure où ça, c’est en train d’être actualisé, je trouve qu’il faut avancer dans la bonne direction.
LFB : Tu penses qu’à terme, un artiste, un musicien pourrait utiliser l’IA dans son processus créatif ?
Mosimann : Oui, c’est un peu les samples 2.0. Moi, je travaille avec Splice, par exemple, qui est une espèce d’immense banque de samples. Parfois, j’ai tendance à utiliser des samples de guitare. Ca me lance, ça me met le pied à l’étrier. A chaque fois que j’ai utilisé un sample de Splice, à la fin du morceau, le sample n’existe plus parce que ça m’a permis de me lancer, d’aller ailleurs, de prendre des décisions, exactement comme la contrainte des Dreamtracks. Je ne pense pas qu’on pourra amener de l’humanité sur un titre généré de A à Z par une IA. En revanche, je pense que ça permet peut-être de créer des idées, de lancer en tout cas des processus de création.
LFB : Est-ce que ces Dreamtracks, et tout ce travail dirigé, t’influencent aussi pour tes morceaux solos ?
Mosimann : Je crois oui. J’imagine un album dans cette dynamique-là. Un album que je pourrais ensuite déconstruire et pouvoir recréer devant les gens. Le leitmotiv de tout ça, c’est de permettre au petit garçon que j’étais d’aller au bout de ses rêves. Ça paraît un peu cliché, mais c’est vraiment ce que je garde de ce que je suis aujourd’hui, que ce soit dans les dreamtracks, en DJ set, sur scène, ou même travailler pour les autres. C’est juste un petit garçon à qui on a dit « mais tu sais, tu as le droit de rêver. Tu as le droit d’aller au bout. ». Et pareil pour l’écriture, je ne m’étais pas autorisé à écrire, à essayer en tout cas de raconter des choses via les mots. C’est arrivé avec France Inter, ça me plaît.
LFB : Etant donné que ta carrière évolue au fil du temps, avec tout ce travail de Dreamtracks et de retravailler des choses, est-ce qu’à terme tu ne pourrais pas prendre tout ce que tu as créé jusqu’à maintenant pour un projet qui serait un peu l’aboutissement de ce que tu es aujourd’hui ?
Mosimann : J’en rêve et je pense que tu as totalement raison. C’est bientôt le moment, mais pas encore. Je pense que ça va être une espèce de conclusion beaucoup plus tard. J’ai encore beaucoup de choses à accomplir et beaucoup de paliers à franchir. Mais j’y pense. C’est vrai qu’un jour, ça pourrait être une très bonne idée.
LFB : J’ai remarqué sur tes derniers sons en solo que tu chantais moins qu’avant. Est-ce que c’est un virage artistique temporaire ou un choix assumé sur le long terme ?
Mosimann : C’est plus un choix assumé sur le long terme. Je prends plus de plaisir à faire de la musique qui me permet de partager avec les gens, et je prends un peu moins de plaisir à chanter. Quand je chante, j’ai besoin que ça raconte quelque chose. C’est vrai que dans la musique électronique, c’est un peu différent. Je trouve qu’il y a trop de talents autour de moi qui racontent des choses avec des voix incroyables pour seulement me permettre de mettre que ma voix. Ça n’empêche pas peut-être de travailler un projet à côté, peut-être en français un jour. Là, pour l’instant, c’est vrai que je chante moins, mais ça me va. Je suis OK avec ça.

LFB : Mais justement, depuis le début de ta carrière, tu as fait de nombreuses collaborations, notamment une avec Victor Solf. Je trouve qu’il y a toujours une vraie cohérence artistique. Comment tu arrives à fusionner ton univers avec celui des autres sans que ça soit juste une voix posée sur la prod’ ?
Mosimann : C’est dur comme question. Je crois que le fait d’être autodidacte aide à toujours revenir sur les mêmes schémas de composition. Je ne sais pas composer autrement, donc même si l’arrangement change un peu, je crois qu’il y a toujours un peu de moi dedans. Il y a toujours quelque chose qui, encore une fois, m’autorise à rêver et à considérer la personne comme échange artistique à part entière. Donc je crois que je ne le fais pas exprès. Je voudrais parfois même essayer de faire des choses différentes, des choses nouvelles mais ma manière de composer est souvent la même.
LFB : Tu choisis aussi peut-être l’artiste avec qui tu fais la collaboration en fonction de tes sensibilités, des choses que tu aimes ?
Mosimann : Oui, évidemment. Mais sinon de toute façon, ça ne marche pas. J’ai essayé de travailler avec des artistes avec lesquels le courant n’était pas passé. Ça ne marche pas. Je crois à l’énergie qu’on met dans les projets. Je crois surtout à cette force intangible qui émane et qui est complètement différente, qu’on ne maîtrise pas. C’est l’émotion. Par exemple, les projets que j’ai fait avec Kemmler ou Barbara Pravi, ce sont des gens avec qui j’entretiens une relation amicale poussée. L’émotion se ressent dans la chanson. Il y a ce petit truc en plus.
LFB : Sur tous tes projets, j’ai l’impression que les basses ont une vraie identité et on retrouve souvent des influences trap. Est-ce que les percussions sont ton socle de départ quand tu produis ?
Mosimann : Quand je produis pour moi dans la musique électronique, c’est presque systématique. Je ne peux pas commencer autrement. C’est ce qui me permet de lancer le rythme. C’est vraiment ma fondation. En revanche, quand c’est pour composer pour les autres, c’est systématiquement un piano. Il y a quelque chose de très froid, très dark un peu dans ma manière d’aborder les drums dans mon projet et quelque chose de très nostalgique et de beaucoup plus lisse pour les autres.
LFB : Comment tu expliques cette différence ?
Mosimann : Ça me rassure d’avoir un rythme et ça me permet de prendre des risques pour d’autres que je ne prendrais pas pour moi.
LFB : Pour continuer avec cette idée de percussions, en live, on est quand même très loin de l’image du DJ qui appuie sur un bouton. Tu dégages une énergie très urgente, très physique. À quel point le live et la communion avec le public sont essentielles pour toi ?
Mosimann : Au-delà de ça, ce qui est essentiel pour moi, c’est de réussir l’exutoire. J’aime bien que tu aies employé le mot urgence. Il y a complètement de ça. C’est l’exutoire ultime pour moi, le lâcher-prise. C’est ce qu’on devrait tous trouver dans notre vie. Il y a plein de gens qui trouvent ça dans le sport. D’autres qui trouvent ça dans l’amour, dans le vice, dans la drogue. Il y a cette urgence qu’on a tous en nous, qui est un petit peu l’équivalent contemporain de la survie. C’est une manière de survivre. Et moi, j’ai trouvé ça dans la musique et surtout sur scène. Donc, il y a quelque chose d’urgent, de survie, d’absolu. Je vois finalement que l’objectif, c’est de réussir à attraper ce climax qui est d’être avec les gens, d’être en communion avec le public. Si je réussis ça, vraiment, c’est gagné.
LFB : Je me souviens quand tu mixais sur Fun Radio le week-end. Il y avait un live caméra et même tout seul, dans le studio, il y avait quelque chose dans ta façon de mixer d’urgent alors que le public n’était pas forcément en face. Et pour moi, c’était ta façon d’appréhender la musique et tout ce qui l’entourait.
Mosimann : Tu as tout à fait raison. Déjà, je ne sais pas faire autrement. On ne m’a pas appris à faire autrement. C’est comme ça que j’ai appris tout seul, en autodidacte. Et surtout, je n’ai pas du tout un lien à la musique stratégique, vicieux. Mon lien à la musique est hyper sincère, hyper fort. Donc que je sois seul derrière mon piano ou devant des milliers de personnes, ça ne change rien. Ça change juste qu’il y a plus d’amour, mais l’intention est la même. Donc oui, c’est vrai que même quand c’était le Covid et que je faisais des lives tout seul dans mon studio, c’était la même chose. Du plaisir.
LFB : Pour revenir sur le live, tu as rempli deux Zénith de Paris en fin d’année. C’est assez fou. Est-ce que tu t’y attendais ? Est-ce que tu penses que ces dates marquent un tournant dans ta carrière ?
Mosimann : Je ne m’y attendais pas, mais alors pas du tout, pas une seule seconde. Pour preuve, on n’avait ouvert qu’un seul zénith à la base avec une petite jauge. On ne savait pas trop. On trouvait que c’était beau pour le message et on a essayé. Deux zeniths, c’est fou.
Ce n’est pas dans mon ADN de m’asseoir et de réaliser les choses, au contraire. Je trouve ça toujours fabuleux. Je n’ai toujours pas réalisé que j’avais gagné la Star’Ac. Donc je ne suis pas prêt de réaliser que les deux zéniths sont remplis. Peut-être que je réaliserais un peu le soir où je serai sur scène, mais c’est vrai que c’est fou.
LFB : Maintenant que tu as réussi cette prouesse-là, est-ce que tu vas appréhender ta carrière et tous tes projets qui vont arriver de la même façon qu’il y a quelques mois avant que ces zéniths soient remplis ? Ou est-ce que ça ne change rien du tout ?
Mosimann : Ça ne change rien du tout, mais c’est un mensonge (rires). Ca ne change rien mais dans les faits, j’y pense, évidemment. J’y pense et je me mets un peu plus la pression. Je me dis que je me dois de délivrer quelque chose qui soit à la hauteur. Non pas que pour l’Olympia, je m’étais moins mis la pression. C’est juste que l’être humain est comme ça, on veut toujours plus. Maintenant que j’ai deux zéniths, qu’est-ce que c’est la suite ? Je ne sais pas, mais si ça continue comme ça, si on continue de m’autoriser à rêver, il y a moyen qu’on aille très loin.
LFB : Depuis quelque temps, tu es chroniqueur sur France Inter. Ça montre une facette qui est très différente de ton travail. Est-ce que tu vois ça comme une extension naturelle de ton univers artistique ou plutôt comme une façon de t’exprimer en dehors de l’image de Mosimann ?
Mosimann : Je vois ça comme une belle erreur. J’ai pris ça comme une blague au début. Je me suis dit que ce n’était pas possible, qu’ils étaient en train de faire une erreur. Je pensais qu’ils s’étaient trompés de contact. Mais après je l’ai pris très au sérieux. Je me suis dit : ok, je vais essayer d’écrire quelque chose de correct, d’écrire quelque chose qui nous fasse du bien. Et surtout, c’est ce que je dis dans la toute première chronique, je ne vais pas essayer d’être quelqu’un que je ne suis pas.
Dans la toute première chronique, je raconte que quand le programmateur m’a contacté, j’ai voulu l’impressionner en lui parlant de Freud, alors que la solution, c’était juste d’être moi-même. Ça paraît un peu cliché, mais c’est ça que j’ai voulu raconter. Et je suis moi-même depuis bientôt trente chroniques et je prends du plaisir.
Si tu savais le bonheur que c’est de faire quelque chose sans se poser trop de questions. Parce que le fait de ne rien avoir à y gagner me permet une émancipation telle que ça déborde sur ma musique. Le fait de me dire que ma musique ne sera pas diffusée sur France Inter parce que ce n’est pas la cible, parce que je ne suis pas le client. Donc je n’ai pas d’enjeu. Ce qui fait que je suis hyper libre.
Et puis, il y a un dernier truc, c’est que personne ne vérifie jamais mes textes. J’arrive à 8h30 à la radio, avec mon petit papier sous le bras. La seule chose que l’équipe sait, ce sont les titres que je vais donner. Ils ont les deux titres. Ils savent qu’il y a une musique sur laquelle je parle. Et puis le titre que je vais essayer de partager aux gens. Le reste, ils n’en ont pas la moindre idée. Et je trouve ça hyper satisfaisant dans une époque où tout est très contrôlé. Ça me permet une liberté telle que j’y vais vraiment avec le cœur rempli à chaque fois.
LFB : On peut dire que c’est ton moment de légèreté dans ce monde de création qui est assez stressant ?
Mosimann : Exactement. C’est le penchant de l’exutoire sur scène. Il est aussi sur France Inter maintenant. Je me permets des choses. C’est ce que je te disais un peu au début. Je me permets de rêver là où je ne me l’étais pas autorisé. On se rend compte finalement, quand on se pose beaucoup de questions et qu’on fait un parallèle entre l’instinct de survie, le fait de se plaindre ou le fait de ne pas assez réfléchir, que c’est souvent nous, notre propre ennemi. Quand on comprend ça et qu’on essaie de l’analyser, que ce soit en thérapie ou même en discutant avec des amis, ou en faisant une interview, on relativise beaucoup de choses. Et c’est ce que j’essaie de faire le mercredi matin sur France Inter.
Ecouter Mosimann :