Interviews
On a parlé écriture avec Arthur Fu Bandini
On vous a déjà parlé à plusieurs reprises d'Arthur Fu Bandini. Le musicien parisien nous charme autant qu'il nous intrigue. On a profité d'un petit moment au calme lors du Bivouac Festival pour pouvoir échanger avec lui de son rapport à l'écriture, de son évolution et de son importance dans sa musique.

La Face B : Bonjour, j'ai envie de parler d'écriture avec toi, parce que j'aime beaucoup ton écriture. Je me demandais, est-ce que tu te rappelles à quel moment tu t'es mis à écrire ?
Arthur Fu Bandini : Je dirai que cela a commencé quand je me suis mis à la guitare, vers 12 ans. C’est venu naturellement, j'ai tout de suite voulu composer et écrire. Mon tout premier morceau était écrit en français, et parlait d’une personne que je croisais dans la rue en allant au collège. J'ai imaginé toute une histoire autour. Ça s'appelait « L'Inconnue ». Puis, à un soir de Noël chez ma grand-mère, quand j’avais 16 ans, j’ai ressenti un changement net de perception, une espèce de vertige, de prise de conscience où tout se disloque dans notre esprit, où les mots disparaissent.
On m’a offert des livres de Tardieu, Baudrillard et Michaux que j’ai immédiatement lus dans la nuit et j’ai découvert l’écriture automatique ! J'ai encore ces livres dans lesquels j’avais souligné certaines phrases qui correspondaient exactement à la situation dans laquelle je venais de tomber. Depuis, je me suis mis à écrire des pensées, c’était un besoin. J’avais un petit carnet dans lequel j'écrivais, peu importe l’endroit où j’étais.
Je cherchais une inspiration, une forme, un visage ou autre chose, et je racontais ce qui déroulait, présentement. Jusqu’à mes 20 ans, j’ai écrit un recueil de pensées, « L'étrangeté familière ». Un pote dessinateur, Zéphir, l’avait illustré, puis j'ai donné ce livre à des proches.
La Face B : Est-ce que tu as l'impression que cette écriture automatique, c'est quelque chose que tu continues à faire et qui nourrit tes chansons ? Ou est-ce que ce sont deux choses très distinctes dans la façon dont ton cerveau fonctionne dans l'écriture ?
Arthur Fu Bandini : L’écriture est avant tout un besoin. Parfois, j'avais des phrases qui me venaient et des images qui arrivaient à représenter parfaitement l'état dans lequel j'étais ou la perception que j'avais à ce moment-là. Pour mon projet solo sur lequel je travaille depuis 4 ans, c'est une autre forme d’écriture. Enfin, je dirais que les deux se nourrissent.
Mais comme il y a tout l'aspect musical, mélodique, avec les arrangements autour, la dynamique (etc), il y a parfois des images qui sont peut-être trop abstraites, et dès lors, ça devient trop opaque. Je peux donc tendre vers des notions plus directes, et pour cela, il y a aussi le live, le partage avec les autres, tout cela nourrit mon écriture aujourd’hui et m’aide à savoir comment je vais transmettre mon propos.
La Face B : Comme tu dis, tu as commencé à écrire à 12 ans. Est-ce que tu vois ton écriture évoluer ? Est-ce que tu regardes tes notes que tu avais avant pour te dire, à telle époque, j'écrivais ça ?
Arthur Fu Bandini : Oui, ça m'est arrivé au début de mon projet solo, il y a 4 ans. Encore aujourd’hui, il y a des moments où je ressors ces premiers textes, notamment ceux d'Étrangeté Familière, et certaines images de l’époque me parlent à nouveau. La forme de l’écriture variait beaucoup. Parfois c'était en vers, parfois en rimes, en prose ou dans une forme totalement libre.
Ça m'intéresse aussi de voir tous les défauts, chemins empruntés, parce que ça participe à l'évolution de chacun. J'aime bien sentir cette porosité-là d'une conscience. Finalement, ça me permet de prendre du recul et de voir ma propre évolution. Le monde dans lequel nous vivons évolue lui aussi et on est touché par des choses différentes selon les époques et les périodes de la vie. Aujourd’hui, il y a clairement une urgence, je vais donc vers des choses directes et plus sociétales.




La Face B : C'est quelque chose que j'aime beaucoup dans la façon dont tu écris. C'est à la fois très direct et à la fois hyper visuel. J'ai l'impression que les deux se nourrissent beaucoup.
Arthur Fu Bandini : J'essaie de trouver cet équilibre-là, oui, parce que les métaphores et les images vont pouvoir dire beaucoup plus de choses que beaucoup de mots. Je tiens à garder une certaine forme de poésie parce que ça ouvre d’autres espaces de liberté. Ça ne nous enferme pas dans un aspect trop revendicatif ou bien trop énervé. Je veux agir le moins possible par ressentiment, et la poésie, les images et les choses plus abstraites me permettent de trouver cet équilibre entre l'engagement, la revendication et, en même temps, un champ des possibles large.
La Face B : Il y a un côté énervé et rageur dans ta musique mais je trouve qu'il y a un truc qui n'est jamais désespéré, en fait. Et même sur les derniers singles que tu as sortis récemment, il y a quelque chose de foncièrement positif, en fait, même dans l'écriture, tu vois, même si on vit dans une époque un peu pourrie, d'aller chercher quelque chose qui va être joyeux et qui va nous sauver, j'ai l'impression.
Arthur Fu Bandini : C'est un pari que j'ai envie de faire avec moi-même et aussi avec les autres parce qu’on a vite fait de tomber dans un marasme, une espèce de sable mouvant dans lequel on peut s'enfoncer parce qu'on se débat de façon un peu trop violente. On tombe dans des choses qui ne nous ressemblent pas. Je n’ai pas l'impression que ce soit une bonne porte pour l'équilibre des rapports qu'on entretient avec les autres.
La Face B : Est-ce que tu as l'impression, dans la musique que tu crées actuellement et dans les choses que tu vas sortir plus tard, que le texte, ça reste la colonne vertébrale de ta musique et qui permet à ce qu'il y a autour de déborder un peu ? La composition, l'utilisation du saxophone qui est de plus en plus présente et importante.
Arthur Fu Bandini : Oui, elle est complémentaire. J'arrive à une phase de ma carrière où je n’ai plus envie de jouer seul sur scène, comme j’ai pu le faire ces trois dernières années. Désormais, je suis accompagné par Dimitri Milbrun au saxophone et Alphonse Emery à la basse. Pour la Maroquinerie en novembre, Janoya rejoindra l'équipe à la trompette et Noé Benita à la batterie. Je sens ce besoin de partager avec d’autres musiciens et d'avoir plus de vie sur scène, de laisser un espace de liberté aux autres afin qu'on puisse dialoguer, le tout en musique. Ça me permet aussi d'interpréter ma musique différemment, de pouvoir écouter les musiciens jouer et parfois aussi de me laisser surprendre par eux. On fait de la musique pour ça ! Et bien sûr, il y a aussi le partage avec le public qui vient t’écouter et te voir, qui a la curiosité de se prêter à ce jeu-là.
Concernant le texte et la prise de parole, ça reste bien évidemment la colonne vertébrale. Je tiens à ce que j'écris et encore une fois, au vu du contexte actuel, je trouve que c'est important de défendre cette liberté d’expression le plus possible, chacun à sa manière. Je sais que je suis un privilégié. C’est donc important d’en être conscient et de profiter de la scène pour exprimer certaines choses tandis que d'autres, victimes d'un système, doivent se battre pour y arriver. Je me dois de porter cette parole.
La Face B : Mais c'est intéressant parce que je trouve qu'il y a une façon de peser le mot, de réfléchir le mot que tu utilises dans les chansons et qui influence aussi ta façon de chanter, ta façon de peser ta voix.
Arthur Fu Bandini : Ça, c'est marrant, dans mon premier album sur lequel je suis en train de travailler, il y a justement cette phrase : « peser ses mots sur la balance ». Parce qu'à l'ère de la post-vérité où tout un ensemble de nuances se perd, un ensemble dont on a besoin pour pouvoir dialoguer et aller plus loin, pour éviter de tomber dans un clivage comme on peut le voir aujourd'hui, avec parfois des affirmations complètement infondées. C'est tout le danger.
La Face B : Il y a un exemple, moi, qui m'a beaucoup marqué, c'est dans Empire IA, tu dis « dénudé de sentiments ». Et en fait, la phrase que les gens entendent en général, c'est « dénué de sentiments ». Et je trouve que juste avec une lettre et donc le mot qui change, ça change complètement la perspective de ce que tu dis.
Arthur Fu Bandini : C'est vrai. Il y a quelque chose de plus charnel qui doit être intégré et qu'on doit pouvoir sentir. Parce que je veux aussi évoquer les sentiments et les émotions qui nous traversent. Il faut le prendre un peu comme un impact ou un flash. C'est là que naît le besoin d'écrire aussi. C'est un exutoire qui est sain.
La Face B : Tu vois, ce morceau-là, par exemple, moi, c'est un morceau qui m'a beaucoup marqué parce qu'il y a aussi, justement, ce travail d'interprétation et que tu joues un rôle dans ce morceau-là qui n'est pas du tout toi et qui transforme, encore une fois, ta voix et ta façon d'interpréter. J'ai l'impression que ça joue aussi peut-être avec le fait que tu sois aussi acteur à côté et qui fait qu'il y a une recherche aussi de transformation et d'interprétation selon ce que tu fais.
Arthur Fu Bandini : Oui, il y a quelque chose de cathartique en fait là-dedans, en se mettant dans un rôle que l’on veut dénoncer, par le prisme de la musique. Ça permet d'avoir un point de vue différent sur le sujet traité et de s'adresser autrement aux autres. Ça permet d'être un petit peu plus rentre-dedans parfois et plus direct dans le jeu, comme par exemple personnifier ce que peut être l'IA mal exploitée.

La Face B : Je trouve qu'enchaîner, en plus, ce morceau-là avec ça va, ça va a une logique de confrontation aussi et il y a beaucoup ça, des espèces d'échos aussi dans ce que tu fais, dans la façon dont tu écris. Et il y a aussi un truc qui est hyper intéressant, c'est le sens de la répétition des mots. Parce qu'il y a beaucoup ça dans ton écriture et dans tes morceaux, le fait de répéter des mots et, limite, c'est comme si tu prenais un marteau avec un clou fondu, pour les imprimer dans le cerveau des gens.
Arthur Fu Bandini : Oui, c'est vrai qu’il y a cet effet de répétition. Je me rends compte que dans mes nouvelles chansons, il y a des mots-clés qui ressurgissent. Ce n'est pas anodin puisque c'est comme un univers qui se crée et ça correspond à une phase de dynamique et de repères que l’on souhaite créer, un peu comme ces encres de pensée. Ce sont les encres de l'album qui sont en train de se mettre en place et je trouve ça plutôt sensé, puisqu'en créant un album, on construit tout un monde
Je me suis demandé si cette répétition pourrait être un problème. J'aime bien les échos, comme l'écho dans une chanson, c'est quelque chose que j'utilise beaucoup, et ça peut jouer sur l'inconscient. C’est comme une mémoire tampon, à différents degrés, et c'est hyper intéressant de comprendre l'impact que ça peut avoir, sans qu'on s'en rende compte initialement.
La Face B : Oui, et puis, encore une fois, d'un morceau à l'autre ou d'une partie du morceau à l'autre, le mot répété n'a pas la même énergie, le même sens, la même volonté.
Arthur Fu Bandini : On peut l'amener ailleurs, c'est vrai. C'est comme n'importe quelle phrase, sa portée va évoluer selon le ton, où la façon dont on va la dire. Le sens peut complètement changer. Et c'est important de toujours contextualiser, surtout aujourd'hui !
La Face B : Et justement, tu as sorti un album en double EP, en deux parties.
Arthur Fu Bandini : Oui, deux volumes, construits de la même manière, en parallèle.
La Face B : Album dont le titre était hyper intéressant aussi, je trouve. Il y a ce truc aussi, dans le choix des titres de tes morceaux et de tes projets, qui sont aussi un peu des slogans et qui donnent une volonté propre et qui s'étiole justement dans les morceaux.
Arthur Fu Bandini : Oui, c'est vrai, ça fait plaisir.
La Face B : Le choix des mots, jusque dans le titre des chansons, j'ai l'impression que tout est pensé.
Arthur Fu Bandini : Pour raconter quelque chose, oui, c'est important. J’y ai réfléchi. Tout comme on réfléchit à la tracklist. Dans cette phase-là, par exemple, je peux être amené à changer le titre d’une chanson pour qu’il y ait plus de cohérence quand on va lire la tracklist. Et ça répond le plus possible au texte et à ce que j'ai envie de dire et de partager. Il y a forcément des évidences dans les mots choisis, un alignement de la pensée. On le sent.
La Face B : Un titre comme Nos cœurs font du freejazz j'ai l'impression que ça dit tellement de choses sur notre époque et sur le chaos qui nous entoure aussi.
Arthur Fu Bandini : Je le pense plutôt comme un titre libérateur. Justement, il raconte de se priver de rien, de s’ouvrir et de se laisser vivre, de réussir à casser ce schéma dans lequel on est rentré. Parfois, on se regarde, et on est victime du regard de l'autre. Par ce qu'on projette. On fait de la projection sur ce que pensent les autres alors qu’il faut libérer la parole, libérer son corps, libérer ses gestes. Prends l’exemple de la galipette : si je veux faire une galipette, et bien je fais une galipette, où que je sois.
La Face B : Et d'associer ça à dire en plus dans le morceau, tu vois, ça n'a jamais été mieux avant, cette espèce de fausse note d'une époque que beaucoup n'ont pas connue mais qu’ils pensent meilleure, alors qu'en fait…
Arthur Fu Bandini : Ben oui, finalement, avant, ça nous amenait là où on est aujourd'hui.. Est-ce qu'on se rendait compte de ce qu'on faisait ? Est-ce qu'on se rendait compte de l'industrialisation ? Là où ça allait nous mener. « ça n'a jamais été mieux avant », à la base, c'était un passage dans le titre « Retrouver le soleil ». Il y a certaines phrases que j'aime utiliser ou reprendre comme des mantras. Et justement, mis dans un autre morceau, ça va avoir un autre sens, on va le réécouter, ça va être plus frais, il y a une autre fraîcheur dans son sens, et ça permet aussi peut-être d’aborder la chanson différemment.
La Face B : Il y a cette idée qu'encore une fois, on découvre des choses qui se diffusent. Mais il y a cette idée-là, je trouve, dans la façon dont tu écris aussi, et du temps non linéaire de pensées, d'esprits qui vont, qui viennent, qui traversent un peu ta musique.
Arthur Fu Bandini : Oui, c'est vrai, parce que pour moi, c'est plus une question de perception et de dynamique, sachant qu'on peut être tout le temps quelqu'un d'autre, on est tous les jours quelqu'un d'autre, et en fait, se laisser aller, c'est possible. Et là, ça fait qu'on peut faire des allers-retours, mais il y a des choses, des mots qui restent. Encore une fois, c’est comme cette idée d’encre de pensées, mais des pensées qui tendent toujours vers l'amour, c'est la finalité selon moi.
La Face B : Tu parlais d'album, justement. Est-ce que tu as l'impression que la construction d'un album en termes d'écriture, de style, et de condensé, c’est différent d'un EP ou d'un single ?
Arthur Fu Bandini : Oui, parce qu’avec l’album, il y a une prise de parole qui est plus longue. Je tiens à ce format album, parce que finalement, c'est comme une histoire ou un univers dans lesquels on rentre. Mais il y a aussi ce dictat, ces injonctions, via les plateformes… J’en parle avec d'autres musiciens et musiciennes, et toustes me disent qu’il faut mettre les singles en premier dans l’ordre de l'album, parce que ce seront les premiers titres que les gens vont écouter. Mais je n'ai pas envie de tomber là-dedans, parce que pour moi, comme j’aspire à ce que ma musique existe aussi sur vinyle, ma réflexion est différente. Une fois que c'est gravé sur disque, c'est figé dans le temps. Je n'ai pas envie d'avoir de regrets dans cette construction et il s’agit plus de penser à l’ensemble final qu’à des règles souvent dictées par et pour les algorithmes.
Il faut aussi faire confiance aux auditrices et auditeurs qui prennent le temps de réellement écouter un album comme on regarderait un film ou une série. Par exemple, je suis en train de mixer mon album. Parfois, il m’arrive de réouvrir les sessions une à une, de retoucher des petites choses, d’ouvrir la suite et de voir si ça raconte quelque chose. Peut-être que les arrangements du quatrième morceau sont trop denses, riches, et donc je vais aller épurer le morceau, alors que je ne l’avais pas pensé comme ça au début de la production.
Un titre aurait peut-être une forme différente s’il était sorti en single. Finalement, tout cela permet de créer des espaces et ça me pousse davantage dans mes retranchements. Tout comme le fait de faire le mix moi-même. Il peut parfois m'arriver de me rendre compte qu’il y a des choses que je peux amputer dans un morceau. Ça ouvre une nouvelle lecture et donc de nouvelles perspectives.




La Face B : Est-ce que c'est un challenge de figer pour toi ?
Arthur Fu Bandini : Oui, c'est un vrai challenge, parce qu’on ne pourrait jamais s'arrêter. Mais à un moment, j'accepte. J'accepte certains défauts, parce qu'en fait c’est important pour moi d'être aligné à un moment précis avec l'ensemble. Ce qui compte, c'est d'avoir une certaine dynamique dans le morceau, et que la prise de parole soit servie par les arrangements, que tout soit complémentaire. On ne peut pas être parfait. Mais au moins, on essaye d'y tendre le plus possible, avant accepter d’être arrivé au bout de quelque chose.
La Face B : Oui, puis j'ai l'impression que, comme tu as fait énormément de live, peut-être que ça te permet aussi, juste en confrontant les morceaux aux gens, de pouvoir les faire évoluer, de voir ce qui est bon et ce qui ne l'est pas.
Arthur Fu Bandini : Oui, vraiment. Ce sont d’ailleurs des retours que j’entends souvent. Les gens me disent « En live, il y a une dynamique qu'on ne retrouve pas dans les enregistrements ». Parce que c'est vrai que, sur les deux EP que j’ai sorti, j'avais fait le parti pris de garder quasiment toutes mes premières prises de voix, avec un ton en dessous des versions live. Il y a une autre proximité sur un EP ou un album, une autre énergie. Mais j'y tiens et j'aime bien que ce soit différent puisque le live est fait pour vivre la musique et évoluer à travers elle et avec les autres. Sur un disque, tout est figé.
Malgré tout, s'il y a des instants de studio, des instants plus intimes, j'aime les garder, pour que les gens qui écoutent puissent les ressentir et les vivre. Je suis très seul quand je fais de la musique et le live nourrit énormément mon travail en studio. La tournée nourrit aussi ! C'est incroyable comme toutes les rencontres, les ambiances sont ultra nourrissantes. Aujourd’hui, je pense de plus en plus au live quand je suis en studio. Parce que la musique doit rester un plaisir d'échange. Pouvoir projeter mes chansons vécues en live, ça me donne encore plus de force et de volonté d’écrire et de produire.
La Face B : J'ai une dernière question. En rapport a ton album, est-ce que tu te verrais sortir un recueil de textes avec l'album ?
Arthur Fu Bandini : Ça, j'y pense, oui. J'aimerais beaucoup. Peut-être comme un petit calepin de poche avec lequel les gens pourraient repartir d’un concert.
La Face B : C'est très DIY, parce qu'il y a des auteurs comme ça qui font des fanzines qui coûtent 7 balles.
Arthur Fu Bandini : J’aime bien l'idée que les gens puissent l'avoir dans la poche. Qu’ils puissent l’oublier, l’avoir chez eux, ou sur eux en soirée. Qu’ils puissent le retrouver sans y penser, en glissant la main dans leur poche. Qu’ils puissent l’ouvrir et tomber sur un mot, une phrase et y penser. Récemment, j’ai écrit un texte, comme une prise de parole, que j’ai lu sur scène, pendant mon concert à la Fête de l'Humanité. Je réfléchis à envoyer ce texte à des amis, des auteurs, autrices, dessinateurs, dessinatrices, philosophes, penseurs... Et que ces personnes puissent à leur tour écrire quelque chose. Et je réfléchis aussi à l’utilisation de ces textes, pourquoi pas les imaginer prendre la forme de papillons, ces tracts qui étaient distribués pendant la résistance.
La Face B : Encore une fois, cette idée d'écriture politique malgré tout.
Arthur Fu Bandini : Tout l’est aujourd'hui, oui.
La Face B : À une époque où le mot se perd de plus en plus, c'est vrai que je trouve que c'est un acte de résistance d'écrire. Je trouve que tu le fais particulièrement bien.
Arthur Fu Bandini : Merci beaucoup !