Chroniques
Rattrapage #1 : Trainfantome, NadjaNoise et Tiffany Day
Autant se l’avouer, parfois on manque de temps. Alors des albums nous passent sous le nez, des albums qu’on aime mais dont on ne prend pas le temps de parler. On a décidé de contrer tout ça en lançant nos articles rattrapage où l’on écrit sur des albums des derniers mois qui nous ont marqué.
Aujourd’hui on vous propose de découvrir les derniers albums de Trainfantome, NadjaNoise et Tifffany Day.
Trainfantome - Constant Farewells
Mathilde V.

Après leur chef d'œuvre THIRST sorti en 2023, les Lorientais de Trainfantome remettent le couvert pour un troisième effort, Constant Farewells. Un album plus sombre et mélancolique que son prédécesseur. Le groupe agrandit sa palette, tout en gardant son univers unique. Un chant habité nous saisit et nous transporte dans leur tourbillon grunge et shoegaze torturé.
Avoider démarre, sa guitare lointaine résonne. Puis la voix d’Olivier prend le dessus, accroche et écorche. Le titre prend une dimension grandiose, cinématographique en seconde moitié, laissant place à une sorte de transe et d’hypnose. Puis, on navigue entre morceaux heavy terriblement maîtrisés comme Here The Mermaids Play, où la présence à la batterie de Kellii Scott des Failure se fait remarquer.
Juste après, les quelques secondes d’interlude sur (purgatory) apportent un peu de répit, avant de se fondre à la perfection avec le titre suivant, rituals, à la batterie endiablée et un chant plus sombre et inquiétant, mené par Terreur, membre d’un groupe de black métal nantais. Un morceau dense, dissonant, qui un coup nous écrase, puis nous libère lorsque les guitares murmurent.
Trainfantome partage de belles expérimentations sur cet album, en particulier sur RED HERRING. Les vappes électro-techno apparaissent au fil du morceau, avant de prendre totalement le contrôle en deuxième partie. Surprenant, mais exécuté à la perfection, le morceau reste cohérent et dynamise l’album.
A la frontière entre My Bloody Valentine, Nirvana et Deftones, Constant Farewells tisse en réalité sa propre toile. Les visuels sont travaillés, et baignent dans une atmosphère chaotique. Entre deuil et nouvelle réalité, Olivier Le Tohic construit cet album dans une période personnellement chamboulée, et nous le fait ressentir. La pochette de l’album, entre ombre et lumière, semble mettre en image cette distance entre le monde réel et celui des disparus. Des nuages couvrent le ciel, mais laissent entrevoir certaines étoiles, peut être peut on y voir un symbole d’espoir et d’apaisement ?
NadjaNoise – Thanatango
Léa
NadjaNoise et son album Thanatango fait partie de nos belles découvertes de 2026. S’ils n’en sont pas à leur coup d’essai, les garçons originaires du Mans signent une œuvre riche et puissamment poétique.
Il y a encore quelques mois, nous vous parlions du titre qui a donné son nom à l’album et déjà nous posions les qualificatifs de sombre et envoûtant. Pour autant, la musique de NadjaNoise n’est pas ténébreuse. Elle suggère un univers très onirique où se croisent multiples références puisées dans différentes formes d’art pour mieux se retrouver dans celui de la musique.
Ecrit et composé entre 2020 et 2021 par son chanteur Pierre-Yves Akab, l’album Thanatango pourrait avoir émergé dans les années 1980. Les sonorités dream-pop et psyché s’entremêlent et brouillent les pistes pour mieux que les auditeurs s’engouffrent dans le grand pot-pourri de la musique dite alternative. Avec ses neuf morceaux au compteur, Thanatango explore des territoires forts en contrastes et des éclats de beauté jamais soudains mais bien continus.
NadjaNoise signe un album cohérent, que l’on vous recommanderait de savourer d’une traite comme un film où la nuit bleutée est éclairée par la lune et quelques étoiles se fait décor principal. Si vous voyez passer ce nom par chez vous, prenez le temps d’embarquer dans ce moment d’une beauté rare.

Tiffany Day - HALO
Pierre

Pur produit de la viralité d'internet, Tiffany Day a fait le buzz il y a de ça presque dix ans.
Elle qui n'est encore qu'une adolescente profite de vacances organisées par la chorale de son lycée et d'une visite culturelle qui ne semblait pas des plus passionnantes, pour reprendre Hallelujah de Leonard Cohen au-dessus d'un puits. Scène cocasse, timbre de voix envoûtant, une caméra indiscrète et la viralité des réseaux sociaux suffisent à rendre ce petit souvenir de vacances inoubliables.
Dans la foulée, la jeune enfant timide qui faisait résonner sa voix entre les briques d'un puits italien, commence à sortir ses premiers morceaux autoproduits.
Des assemblages classiques guitare-voix la laissent balader sa voix calibrée pour la pop-music en toute quiétude et affiner son écriture qu'elle veut intimiste.
Pourtant, de son côté, c'est une musique bien plus singulière qui anime sa playlist. Celle-ci est rythmée par des beats électroniques et frénétiques pouvant même tirer vers la dubstep. Finalement, c'est avec son album HALO, sorti début avril, qu'elle arrivera à conjuguer sa pop intime avec des productions qui pourrait faire exploser un club. Sonnant comme un album de transition, il est aussi celui de son entrée dans le quart de siècle. Le moment de faire exposer ses peurs et espoirs espérant les laisser une bonne fois pour toutes dans l'adolescence.
Sa voix reste fluette, parfois mélancolique et toujours animée d'une écriture intime, peaufinée dans sa chambre. Toutefois, elle est désormais toujours contrebalancée par des effusions synthétiques qui viennent rattraper les peurs criées, comme pour les étouffer pour ne pas les oublier. Comme le puit se faisant l'écho d'Hallelujah et de cette innocence juvénile, le spectre lumineux qui traverse Halo démultiplie les différentes expériences de vies (racisme, trouble psy, relations sociales complexes,...) de son auteur sur les 13 pistes balisant l'album. C'est en fouillant dans les petites et grandes blessures de son passé qu'elle décide d'abandonner le côté lisse de la bedroom-pop pour le matérialiser en une électro-clash bien plus libératrice. La proposition est certes plus brutale mais beaucoup plus authentique.