Les clips de la semaine #303 – Partie 1

La musique ça s’écoute, mais parfois ça se regarde aussi. Chaque semaine, La Face B vous sélectionne les clips qui ont fait vibrer ses yeux et ses oreilles. Tout de suite, on vous fait découvrir la première partie de notre 302ème sélection des clips de la semaine.

NadjaNoiseThanatango

Depuis ses débuts NadjaNoise cultive la singularité. Thanatango ne fera pas figure d’exception. Dès les premières notes, c’est un univers très cinématographique qui marque notre esprit. Psychédélisme ? Post-punk ? Dream pop ?  Les influences sont multiples pour mieux tromper l’auditeur. Avec ThanatangoNadjaNoise fait valser – ou tangoter qui serait bien plus à propos – la sensualité et la fatalité. Une ambiance aussi sombre qu’envoûtante qui trouve son inspiration dans le sillage du surréalisme.

Comme un prolongement du morceau, NadjaNoise signe un clip qui entremêle images du groupe et des extraits du film expérimental de Maya Deren Meshes of the Afternoon. Mêler ici c’est aussi bien projeter, juxtaposer ou encore incruster pour obtenir une véritable œuvre foisonnante que l’on pourrait penser hors du temps. Les jeux d’ombres et de lumières sculptent l’espace comme les corps. NadjaNoise explore l’art musical avec une esthétique pensée de manière globale. La voix de son chanteur flottant au-dessus de tout comme venue d’ailleurs. Avec ce nouveau single, NadjaNoise annonce l’arrivée de son album Thanatango à venir pour le 29 mai prochain. Stay tuned !

Death Cab for Cutie – Punching the Flowers

Avec Punching The Flowers, Death Cab for Cutie signe un retour aussi rock que punchy, renouant avec une énergie brute qui nous embarque pour un aller simple direction Seattle, fin des années 90. Deuxième extrait de I Built You A Tower, attendu le 5 juin chez ANTI- Records, le morceau est un véritable uppercut sonore : guitares hurlantes, batterie qui cogne sans retenue, voix plus rock que jamais — et ce pont à l’ancienne qui envoie du bois. Et puis ce refrain, entêtant, comme taillé pour être hurlé à tue-tête entre potes.

Inspiré d’une scène bien réelle — un enfant frappant des fleurs devant une épicerie —, le titre devient sous la plume de Ben Gibbard une métaphore amère : celle d’un homme enfermé dans ce qu’il connaît, incapable de transformer la beauté en apaisement. « ‘Punching the Flowers’ est une chanson qui parle de stagnation et du sentiment d’être emprisonné par le connu, ainsi que des dégâts causés lorsque l’on s’aventure plus loin dans l’inconnu », explique-t-il.

Punching The Flowers s’inscrit dans un contexte particulier pour le groupe. Ces dernières années, Death Cab for Cutie a enchaîné les tournées à guichets fermés célébrant les vingt ans de Transatlanticism et Plans, une expérience déterminante dans la genèse du disque. En parallèle, Gibbard faisait face à une pression intense, entre performances marathon avec le groupe et The Postal Service, tout en traversant une période personnelle difficile. De cette tension est née l’image de la “tour”, pensée comme un refuge fragile : « Il y a ce besoin de trouver en nous un endroit où déposer la perte et le chagrin… mais il arrive que le traumatisme fissure la coque que nous avions construite pour les retenir ».

« I Built You a Tower est un véritable retour aux sources de leur son d’antan, où Death Cab compose des portraits de personnages d’une grande sincérité émotionnelle, crée des refrains accrocheurs sans trop y réfléchir et s’affirme avec davantage d’assurance en tant que groupe. Le groupe a une nouvelle fois dû faire face à “la perte et le deuil”, explique Gibbard.  Une philosophie qui traverse Punching The Flowers de part en part : celle d’un groupe qui ne regarde plus derrière lui avec regret, mais avec lucidité tout en insufflant à la musique toute sa vitalité.

Le clip, réalisé par Jason Lester, épouse parfaitement cette tension et cette énergie. Tourné en huis clos, entre couloirs sans fenêtre, salles de cours et studios de danse, il s’inspire librement de l’esthétique de R.E.M. période Losing My Religion. Les corps dansent dans une chorégraphie nerveuse, visages figés,  où chaque mouvement semble lutter contre une force invisible. Les plans serrés accentuent cette sensation d’enfermement, presque de cage mentale, tandis que le groupe apparaît en parallèle, jouant avec une intensité brute, comme en répétition sous tension.

Punching The Flowers s’impose ainsi comme un morceau puissant, porté par une énergie rock contagieuse, confirmant le retour en grâce d’un groupe majeur de l’indie rock — à découvrir sur scène le 3 octobre à Élysée Montmartre.

Laure Briard – Le Train

Quelques semaines après Rocking Chair, Laure Briard revient avec Le Train, deuxième extrait de son prochain album Voyage Mental, attendu le 5 juin. Fidèle à sa pop intemporelle, entre folk, bossa et accents sixties, elle propose ici une pièce plus épurée, presque suspendue, comme une invitation à dériver doucement en soi-même.

Le clip, réalisé par Ruby Cicero, prolonge ce mouvement dans un univers onirique et troublant : un train miniature traverse un désert façonné par sa propre image enfouie. Entre poésie et étrangeté, Le Train transforme ce voyage intérieur en expérience sensorielle, et donne furieusement envie de monter à bord.

SYML Blanc

Avec Blanc, SYML revient à l’essentiel et donne à son piano une force presque cinématographique. Ce nouveau morceau, extrait de l’EP The Morning After a Death attendu le 22 mai, accompagne les gestes les plus simples du quotidien comme un fil discret mais bouleversant : boire son café, promener son chien, bercer son bébé, tenir la main de sa mère, renverser son vin, ou simplement marcher seul dans son propre film en noir et blanc.

Le clip officiel, tourné à Paris, prolonge cette sensation de flottement intime. SYML y rappelle le pouvoir rare de la musique instrumentale, cette façon qu’elle a de faire naître des émotions sans les expliquer. Blanc donne envie de s’y abandonner pleinement, comme à une respiration suspendue entre la vie qui passe et les images qui restent.

Editors Call It In

Le groupe de Birmingham Editors est de retour en 2026 pour le plus grand plaisir de nos oreilles avec le titre Call It In ! Leur premier album, sorti en 2005, posait les bases d’un post-punk mélancolique et incarné. Infusé de Joy Division et d’Interpol, le groupe fait sensation sur scène, où leur énergie déferle sur leur public, instaurant une tension palpable qui électrise immédiatement l’auditoire. 

Ayant vécu des transformations tout au long de leur parcours, Editors se renouvelle à chaque album. En 2022, leur dernier album en date EBM paraît. Dès les années 2010, le groupe bascule vers un chemin plus électronique dans leurs morceaux. Ca plait à certains, moins à d’autres. 

Aujourd’hui Editors prépare son come-back, et sort cette semaine Call It In. On y retrouve les éléments qui ont propulsé Editors à l’époque : la voix si particulière de Tom Smith, une atmosphère pesante et une rythmique puissante. Mais ils ont également su y intégrer des éléments électroniques et mélodiques observés dans leurs derniers albums. On a hâte de découvrir le prochain album d’Editors, et de quelle manière ils auront choisi d’évoluer !

Second Major – Moon

Second Major, jeune formation lyonnaise, incarne un rock brut, abrasif, inspiré de groupes comme Bar Italia, Pixies ou Archive. Leur musique est empreinte de tension, de mélancolie mais aussi de lumière. Zoom aujourd’hui sur leur nouvelle sortie, Moon.

Plus sombre que les titres de leur premier album sorti en 2025, Moon ne laisse pas le temps de prendre sa respiration. Immédiatement, les guitares grondent, crient, cohabitent avec une basse profonde et vibrante. Second Major nous propose alors un voyage vers la Lune. Entre introspection, désir d’exploration et sensation d’enfermement, le titre remet en question notre asservissement au capitalisme, des schémas répétitifs métro-boulot-dodo. I took a ride to the moon / Just to see what it does. 

Le clip dépeint parfaitement ce message : un liquide noir, symbole de cette aliénation à notre système, se déverse sur les bouches et les corps, contaminant même les plus avertis d’entre nous. L’univers visuel renforce parfaitement cette sensation d’étouffement et d’enfermement. 

Gisèle – Demain

Après 2 secondesGisèle revient et dévoile cette semaine le clip Demain.

Le morceau s’enfonce doucement dans l’une de nos failles les plus intimes : la procrastination émotionnelle. Cet art que nous avons tous perfectionné de repousser ce qui déborde, de mettre sous clé les chagrins trop lourds à porter, de faire semblant que nos peurs tiennent dans nos poches alors qu’elles occupent toute la pièce. Une chanson qui dit tout bas ce qu’on n’arrive pas à se dire tout haut.

Mais malgré tout, Gisèle avance doucement, portée notamment par ses amis. Elle leur rend d’ailleurs hommage dans le clip qu’elle co-réalise avec nash. Dans un style très DIY, il met en images une série de scènes de la vie quotidienne. Ses copains, son barrage à elle contre les affres de la vie. 

Muse Cryogen

Muse vient de sortir “Cryogen” et pour une fois, tout le monde semble d’accord. Les fans de la première heure comme les plus récents s’y retrouvent, et ça fait plaisir à voir. On y retrouve ce qui a fait la grandeur du trio : un riff taillé pour retourner des stades, un refrain pour faire chanter les foules, une basse bien crade comme Chris Wolstenholme sait les faire, et une batterie précise et puissante signée Dom Howard. Matthew Bellamy, lui, reste fidèle à son écriture avec un texte teinté de romantisme et métaphore. Bref, ça sonne comme du Muse qu’on avait presque oublié.

Face à l’accueil ultra positif, Muse a choisi d’accompagner le titre d’un clip live capté lors de sa première performance au Royal Albert Hall à Londres. Une salle « intimiste » pour un groupe de cette envergure. Sur les images, le public semble encore un peu en retenue, sans doute parce que le titre était encore unreleased ce soir-là. Mais on ne se fait pas trop de souci : il ne devrait pas falloir longtemps avant que les fans s’en emparent pleinement et transforment ça en véritable pogo général.

Petit conseil quand même : ne faites surtout pas l’erreur de skipper la fin. L’outro est complètement folle, avec un riff qui rappelle l’énergie de Rage Against The Machine, porté par un basse-batterie de folie. C’est le genre de moment qui donne envie de tout lâcher, de headbanger sans réfléchir. Nous n’avons plus qu’à espérer que la suite de l’album soit dans cette veine-là.

Syd MattersMany Years in the Making

Imaginez : le printemps est enfin là, le soleil brille, les oiseaux chantent, et Syd Matters sort un nouveau titre. Bonne nouvelle : si on ne peut pas s’engager sur la météo, le groupe, lui, fait bien son retour après seize ans d’absence. Que vous ayez découvert leur musique dans la série à succès Newport Beach, qui a révélé de nombreux groupes de rock indé dans les années 2000, ou plus tard, dans le jeu vidéo Life is Strange, il y a de fortes chances que vous ayez été hypnotisé par la voix douce et puissante de Jonathan Morali. Et si le nom vous est inconnu, c’est l’occasion rêvée de vous plonger dans la discographie d’un projet français qui a marqué des générations d’amoureux de folk, avec leur mélange de guitares acoustiques et de sonorités électroniques. 

C’est précisément dans cette esthétique que s’inscrit leur nouveau morceau : le bien nommé Many Years in the Making, qui sort cette semaine, assorti d’une poétique animation réalisée par Daniel Barreto. On y retrouve avec plaisir la mélancolie propre au projet, et son côté expérimental et progressif. « Where do I start ? » (Trad : « Par où commencer ? ») s’interroge Morali, comme s’il cherchait ses mots après tant d’années. De notre côté, on espère fort que cette sortie marque un nouveau départ pour Syd Matters, qui a annoncé une tournée à l’automne 2026, avec une date à l’Olympia le 17 novembre. 

Marco Ema – Soleil mâché

Chanson-titre de son album sorti en janvier 2026, Marco Ema revient avec le clip de Soleil mâché réalisé par Karelle Goguen-Bancel, dans un décor de campagne ensoleillée. Ce titre central aborde le deuil et la nostalgie, porté par l’image d’un soleil en papier mâché, fragile mais essentiel à la reconstruction.

On retourne dans le même décor que ses précédents clips pour, peut-être, un dernier état des lieux avant d’autres aventures. L’esthétique champêtre, baignée d’une lumière chaude et un brin mélancolique, vient appuyer cette idée de page qui se tourne en douceur, sans brusquer les souvenirs.

De retour des Inouïs du Printemps de Bourges, on souhaite que Marco Ema puisse conquérir la France comme il a conquis le cœur des québécois.es. Avec sa plume sensible et son univers folk-pop bien à lui, il a tout pour séduire de l’autre côté de l’Atlantique, et on a hâte de voir où la suite va le mener.

Kid Francescoli – Softskin feat. Andrea Durand

Mathieu Hocine, alias Kid Francescoli, est l’un des artistes phares de la scène électronique française. Le Marseillais s’est notamment fait connaître bien au-delà de nos frontières grâce à Moon (And It Went Like). Après l’album Sunset Blue en 2023, il revient aujourd’hui avec un nouveau single. 

Sorti sur le label All Night Long, Softskin est un titre à la fois doux et solaire, porté par des synthés enveloppants et la voix délicate d’Andrea Durand. Ce morceau downtempo parle avant tout d’un lien intime : la complicité dans le couple. Softskin, littéralement « peau douce », évoque cette sensation simple mais universelle de se sentir chez soi n’importe où, dès lors qu’on frôle la main de l’être aimé. Une émotion subtile, presque fragile, que le morceau traduit avec beaucoup de justesse. 

Le clip nous plonge quant à lui dans la chaleur de Marseille, ville natale de l’artiste : lumière dorée, paysages baignés de soleil, tout y respire l’été, la lenteur et une certaine douceur de vivre. Un écrin visuel parfaitement accordé à la musique, et une belle promesse pour la suite.


almost monday
 – no regrets

Le nouveau clip d’almost monday pour leur titre no more regrets est une véritable pépite visuelle qui mise sur une esthétique rétro percutante. La direction artistique joue habilement avec des teintes distinctes, alternant entre des éclats de jaune et de bleu vibrants et des séquences en noir et blanc. Ce choix chromatique renforce l’aspect nostalgique tout en restant résolument moderne, créant une identité visuelle forte qui capte l’attention dès les premières secondes.

Visuellement, le clip est un festival de textures et d’effets techniques. On y retrouve un grain d’image marqué, des zones de flou artistique et des effets de glissement et de prismes sur certains plans qui donnent l’impression d’une pellicule vivante et organique. Le montage est extrêmement dynamique, enchaînant les transitions rapides et les effets de flash qui s’accordent parfaitement avec la sonorité disco-pop feel good et entraînante du morceau.no more regrets agence parfait le son et l’image. Le rythme effréné du clip et sa créativité visuelle servent merveilleusement l’énergie de la musique, offrant une expérience immersive et énergique. C’est un travail de réalisation qui confirme la capacité du groupe à proposer un univers global cohérent et ultra-stylisé.

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