Interviews
Rencontre avec Brigitte Calls me Baby

La Face B rencontre Wes Leavins, le chanteur de Brigitte Calls Me Baby, à l'occasion de la tournée consacrée à Irreversible. Sorti en mars, l'album mêle romantisme rétro, accents 80's et énergie indie rock, derrière lesquels se cachent anxiété, solitude et obsession du temps qui passe. Wes Leavins revient avec spontanéité sur l'écriture et la transformation des morceaux sur scène, ses influences cinématographiques, mais aussi sur Geordie, nouveau single qui ouvre une porte vers la suite. Une rencontre sincère où l'on parle de musique, de cinéma, de rêves, et de sagesse.
« La beauté de la vie, c’est cette multitude d’expériences, et je pense que ce serait une vie très tronquée si tu ne faisais pas aussi l’expérience de la beauté du chagrin d’amour. » Wes Leavins, Brigitte Calls Me Baby
Retrouvez également le travail d‘Alexia Arrizabalaga-Burns (sous le pseudo Troubleshooteur) sur son site et sur Instagram
La Face B : Bonjour Wes, ravie de te rencontrer, avant qu’on se rencontre pour de vrai à Bordeaux. Tu entames la partie européenne de la tournée, avec plusieurs dates en France. Après tout ce qui s’est passé autour de Irreversible cette année, qu’est-ce que ça te fait d’amener enfin ces chansons au public européen ?
Wes Leavins : Eh bien, le disque est sorti en mars, donc il est encore assez récent. On est vraiment impatients d’être à Paris et de pouvoir jouer pratiquement tout le disque, et même davantage. La dernière fois qu’on était à Paris, les gens n’avaient pu entendre qu’une partie du disque parce qu’il venait tout juste de sortir. Maintenant, je pense qu’ils le connaissent un peu mieux, donc ça va être génial.
La Face B : Tu as déjà vécu des expériences européennes assez remarquables — en première partie de The Strokes à All Points East, en tournée avec Morrissey, et maintenant tu reviens avec ton propre album. Est-ce que tu trouves que le public européen est différent du public américain ?
Wes Leavins : Oui, c’est toujours différent, où que tu ailles. Je trouve que l’enthousiasme est vraiment communicatif en Europe, c’est certain.
La Face B : Une grande partie de Irreversible a été écrite sur la route, puis façonnée en la jouant sur scène. Est-ce que les tournées ont changé ta manière d’écrire en tant que groupe ? Est-ce que tu écris en pensant à la scène ?
Wes Leavins : Eh bien, on finit presque par écrire sur scène. On écrit quelque chose dans le van ou à l’hôtel, puis on l’intègre au set. Parce qu’on est un groupe de live. On avons commencé comme un groupe de live, on est un groupe de live et on le sera toujours. Donc c’est vraiment inscrit dans notre ADN.
La Face B : Ta musique, celle de Brigitte Calls Me Baby, semble exister quelque part entre plusieurs époques. Il y a le romantisme des années 50, les crooners des années 80 avec ta voix — qui est très polyvalente —, les synthés et l’atmosphère des années 80, et l’énergie indie rock des années 2000. Quand tu écris, est-ce que tu penses réellement à ces mouvements, ou est-ce plutôt quelque chose que des gens comme moi entendent après coup ?
Wes Leavins : Je pense que c’est quelque chose que les gens entendent après coup, parce que tu ne peux faire qu’un certain nombre de choses, je trouve, quand tu écris une chanson. Si tu es sincère et authentique, tu ne peux fabriquer qu’une partie du processus. J’ai l’impression que tu es en quelque sorte un réceptacle. Et quand tu écris depuis un endroit authentique, tu ne fais que capter les idées qui viennent de quelque part, là-dehors. Tu les communiques de manière authentique et ce qui en ressort, c’est le son.
Donc non, on ne réfléchit pas vraiment au fait de combiner différentes époques ou quoi que ce soit de ce genre. Quand on se retrouve et qu’on écrit, c’est comme ça que ça sort.
La Face B : Ta musique est très nostalgique d’une certaine manière, parce qu’elle nous emmène dans différents endroits du temps. Mais elle est aussi très 2026. Il y a également cette contradiction fascinante dans ta musique. Les chansons peuvent être extrêmement belles, romantiques, euphoriques, alors que les paroles peuvent être anxieuses, solitaires ou assez tristes. Pourquoi cette combinaison t’attire-t-elle autant ?
Wes Leavins : Je pense que c’est parce que je suis anxieux, solitaire et triste. Rires.
La Face B : Ta voix est une part tellement importante de l’identité de Brigitte Calls Me Baby. Elle possède une palette très large, tu peux passer de quelque chose de très intime, très velouté et sensuel, avec de longues notes, à quelque chose d’extrêmement puissant et théâtral.

Quand tu écris une chanson, est-ce que tu entends dès le départ la performance vocale, en pensant aussi au live ? Ou est-ce que tu découvres ce dont la voix a besoin au fur et à mesure que la chanson se développe ?
Wes Leavins : C’est une bonne question. Mais en tant que chanteur, je ne joue d’aucun instrument sur scène. J’ai l’impression que mon rôle est de transmettre le message et aussi d’interpréter ce que l’esprit essaie de dire. Et si je n’avais pas de conviction ou de passion dans les mots que je chante, je ne pense pas que ce serait très intéressant.
La Face B : Ta voix possède une palette incroyable. Il y a des notes qui sont vraiment douces, mais tu es aussi tout à fait capable de porter une chanson comme une locomotive.
Wes Leavins : Eh bien, merci. J’apprécie vraiment.
La Face B : Je voulais commencer par Irreversible, parce que le titre lui-même évoque quelque chose qui ne peut pas être défait, quelque chose de permanent. Est-ce que cette idée était là avant les chansons, ou est-ce que ce sont les chansons qui t’ont finalement fait comprendre que Irreversible était le bon titre ?
Wes Leavins : Non, j’y pense depuis que j’ai trois ans. C’est comme si l’horloge tournait chaque jour. Tu as un jour de moins, et tout ce que j’ai l’impression de vouloir accomplir de manière anxieuse vient un peu de là.
C’est cette sensation lancinante que j’ai : ce que tu fais ne peut pas être défait, pour le meilleur ou pour le pire. Et tu ne sais pas combien de temps tu es là pour faire les choses que tu veux faire. Tu ne sais pas non plus quelle décision pourrait changer le cours de ta vie de manière permanente, pour le meilleur ou pour le pire. Et c’est une pensée qui a toujours été profonde dans ma vie.
La Face B : Tu viens de me donner une petite dose d’anxiété. Je suis un peu comme ça. Je regarde le temps qui passe.
L’album s’ouvre avec There Always, et il y a quelque chose d’immédiatement nostalgique. Le picking de guitare, une atmosphère très années 80 et ton timbre velouté, très séduisant. Pourquoi est-ce que ça t’a semblé être la bonne manière d’ouvrir le disque ?
Wes Leavins : Eh bien, on a écrit cette chanson pour qu’elle ressemble au début d’un film, un peu comme le générique d’ouverture d’un film. Donc c’était assez évident qu’elle devait ouvrir l’album.
La Face B : Mais ensuite tu passes à Slumber Party, qui t’attrape immédiatement avec une intro de guitare très Strokes. C’est une chanson tellement amusante et énergique. Mais sous cette énergie, il y a cette sensation d’être enfermé dans sa propre tête. Est-ce que tu peux me raconter ce qui s’est passé quand tu l’as écrite ?
Wes Leavins : La chanson possède une urgence qui est censée refléter les paroles. Quelque chose d’un peu frénétique, comme si le temps était en train de manquer ou que tu essayais d’arriver quelque part avant que la fenêtre ne se referme, ce genre de choses.
Et dès le début, tu passes directement de There Always à ça. Ça donne une impression assez brutale. Et c’est ce qu’on aime.
La Face B : La guitare crée vraiment cette urgence. Tu as cette fausse intro lente, puis ça démarre immédiatement et l’intensité ne redescend jamais. C’est vraiment intéressant. J’adore cette chanson. Est-ce que Slumber Party est aussi amusante à jouer en live qu’elle en a l’air ? Parce qu’on dirait vraiment qu’elle a été faite pour la scène.
Wes Leavins : Oui, complètement. Et elle a été écrite comme ça. Donc c’est vraiment un bon moment.
La Face B : Truth Is Stranger Than Fiction est un autre exemple intéressant de cette contradiction. La musique semble très lumineuse, mélodique, joyeuse, alors que les paroles sont très sombres, très existentielles. Est-ce que tu aimes ce genre de décalage émotionnel ?
Wes Leavins : Oui, parce que, tu sais, c’est comme ça que je suis. Je ne peux pas vraiment prévoir comment je vais me sentir d’un jour à l’autre et j’essaie simplement de m’amuser avec ça. Sinon je serais misérable, et je ne veux pas être comme ça.
La Face B : These Acts of Which We're Designed me semble être un changement dans l’album. C’est vraiment le moment où tout bascule. On passe du picking de guitare à l’introduction des synthés, ce qui donne, pour moi, l’impression d’un billet retour vers les années 80. Est-ce que tu voyais aussi cette chanson comme un tournant important dans le son et le voyage de l’album ?
Wes Leavins : C’était l’une de ces chansons qui exigeaient de devenir ce qu’elle est. Tu essaies six ou sept versions différentes et elle revient toujours à ça.
La Face B : C’est vraiment un changement mélodique dans la dynamique. Il y a une vraie rupture dans le son de l’album. C’est très intéressant parce que c’est extrêmement évident.
Ensuite, je voulais parler de I Danced With Another Love in My Dream. J’ai chroniqué le clip. Le titre emmène cette tension entre beauté et obscurité quelque part de très étrange. Tu abordes la culpabilité et le désir, mais aussi la trahison qui se produit dans un rêve. Il y a cette question de ce que notre subconscient révèle de nous, par opposition à ce que nous choisissons réellement de faire. Qu’est-ce qui t’a fasciné dans cette idée ?
Wes Leavins : Eh bien, j’avais l’habitude de faire beaucoup de rêves dans lesquels je tombais amoureux de quelque chose ou quelqu’un sans nom et sans visage. Ça me hantait un peu pendant une semaine parce que cette personne n’existait pas. Ça a inspiré une partie des paroles.
Et puis, bien sûr, il y avait aussi cette idée de jouer avec l’adultère et le poids qui repose sur les deux personnes.
La Face B : Est-ce que tromper dans un rêve, c’est vraiment tromper ? Est-ce que c’est pire que tromper dans la réalité ? C’est toujours une question.
Wes Leavins : C’est la même chose.
La Face B : Merci, Wes. Le rêve est… C’est un désir. Oui. J’aime aussi beaucoup le clip. J’adore le noir et blanc, l’aspect très théâtral, le décor de concert, et Eliza Jayne qui apparaît comme cette figure très obsessionnelle et onirique. Ça m’a fait penser à la tentation, à la culpabilité et à une forme de fantasme dont il devient impossible de s’échapper. Comment toi et Alec Bass avez-vous abordé la traduction de cette tension entre rêve et réalité dans le clip ?
Wes Leavins : Eh bien, on voulait que ça ressemble un peu à ça : même si ça parle d’un rêve, on voulait que ça ressemble à un cauchemar parce que le sujet est comme ça.
La Face B : C’est cauchemardesque pour ton esprit, en gros.
Wes Leavins : Oui, exactement.
La Face B : Tu disais que la chanson avait été écrite en transit, puis affinée en la jouant sur scène. Est-ce que la version live a changé ta manière de comprendre la chanson, ou l’intensité que tu voulais lui donner ?
Wes Leavins : Oui, cette chanson a le plus changé de toutes celles du disque. Et c’est parce qu’on l’a jouée en live pendant assez longtemps. Le tempo, l’instrumentation, des choses comme ça.
La Face B : Je voulais terminer sur Irreversible avec les détails qui viennent vraiment compléter l’album. Il y a Sillage, qui dure moins d’une minute et ressemble à un petit fragment cinématographique, une pièce d’atmosphère. Pourquoi voulais-tu que ce morceau existe sur l’album ? Et où le vois-tu dans l’histoire globale ?
Wes Leavins : On voulait juste énerver les gens et leur faire croire que l’album avait 11 chansons, alors qu’en réalité il en a 10 et une minute.
La Face B : Et tu termines avec Send Those Memories, qui dure plus de cinq minutes et qui est très ample. C’est presque épique. Pourquoi avoir choisi cette chanson pour laisser l’auditeur ?
Wes Leavins : On a l’impression qu’elle est représentative de la fin et elle donne cette sensation de fin. Et elle ressemble au générique d’ouverture — cette chanson ressemble au générique de fin. Et on était assez inspirés par le cinéma et tout ce qui va avec pour cet album.
La Face B : J’imagine Send Those Memories comme la dernière chanson d’un concert. Un de ces grands morceaux qui clôturent un set sur une note émotionnelle. Quand tu penses à un set live, est-ce que tu vois les chansons différemment de la manière dont tu les vois sur l’album ?
Wes Leavins : Eh bien, elles se transforment, c’est certain. Et j’aimerais que les gens aiment davantage cette chanson parce que comme ça, on pourrait la jouer plus souvent.
La Face B : Quand je regarde ta setlist, par exemple à Dublin, les chansons du rappel sont Geordie et Slumber Party. Pourquoi avoir choisi de jouer Slumber Party pendant le rappel ?
Wes Leavins : Eh bien, je me suis dit qu’on allait donner aux gens quelque chose qui reste avec eux.
La Face B : Je voulais parler de We Were Never Alive, parce que c’est l’une de vos chansons les plus appréciées et l’une des plus écoutées sur Spotify. Qu’est-ce qui, selon toi, fait que cette chanson touche autant les gens ? Et est-ce que tu te souviens de l’histoire de son écriture ?
Wes Leavins : Je ne sais pas. Je ne me souviens pas de l’histoire de son écriture. Ça fait un moment maintenant. Mais elle est vraiment devenue très rapidement une chanson préférée des fans en live. Je pense que c’est parce que tout le monde y est assez présent, donc elle ressemble vraiment à un moment de live.
La Face B : Et si tu regardes l’ensemble de Irreversible, est-ce qu’il y a une chanson dont le sens a changé depuis que vous avez commencé à la jouer ? Et est-ce qu’il y en a une que tu aimes particulièrement jouer en live ?
Wes Leavins : Mmmmh… Tu sais, c’est drôle, mais I Can Take the Sun Out of the Sky est devenue une chanson préférée parce que les gens l’aiment vraiment. Donc c’est gratifiant. Mais personnellement, je pense que j’aime beaucoup The Early Days of Love.
La Face B : Et quelques mois après Irreversible, vous avez dévoilé Geordie. Musicalement, elle paraît beaucoup plus sombre, plus abrasive, plus nerveuse. Il y a presque un swagger et un rythme à la Arctic Monkeys. Elle reste liée à Irreversible, mais on a l’impression que vous poussez la musique vers quelque chose de nouveau. Qu’est-ce qui vous a donné envie de sortir cette chanson ?
Wes Leavins : C’est une sorte de point médian, c’est comme ça qu’on la voit. Le disque est sorti il y a cinq mois. Et on est loin d’en avoir fini avec Irreversible parce qu’il a encore tellement de vie en lui. Et c’est en quelque sorte le point médian entre Irreversible et ce qui viendra ensuite.
La Face B : Je trouve Geordie très intrigante parce que maintenant que je te parle, je vois ces choses. Tu offres de l’intimité et du secours, mais ensuite ça devient quelque chose de beaucoup plus compulsif, comme la solitude, presque l’addiction. Quel était le sentiment ou l’histoire derrière Geordie ? Et savais-tu dès le début que tu voulais cette dimension plus sombre ?
Wes Leavins : C’est vraiment une chanson sur l’addiction, toutes sortes d’addictions. Et spécifiquement, l’addiction à une autre personne. Donc oui, elle était censée être sombre dès le début.
La Face B : Toi et Devin avez apparemment composé la chanson très rapidement, après une session qui s’est terminée tard dans la nuit à Chicago. Quand une chanson arrive aussi vite, qu’est-ce qui vient généralement en premier pour toi ? Le riff, la mélodie, les paroles ?
Wes Leavins : Quand ça arrive aussi vite, c’est pratiquement tout en même temps. On commence quelque chose à partir de rien.
La Face B : Puisque Geordie arrive si peu de temps après Irreversible, est-ce qu’on entend les premiers petits indices de ce qui vient ensuite pour Brigitte Calls Me Baby ? Ou tu n’as pas le droit d’en parler pour l’instant ?
Wes Leavins : Difficile à dire. Difficile à dire.
La Face B : Il faut évidemment qu’on parle du nom du groupe, puisque toute cette histoire vient de ta correspondance adolescente avec Brigitte Bardot. Alors, qu’est-ce que Wes adolescent lui avait réellement écrit ? Et est-ce que tu pensais vraiment qu’elle allait te répondre ?
Wes Leavins : Eh bien, je n’y avais pas beaucoup réfléchi. Tu es adolescent, tu as ce devoir en classe : tu dois écrire à quelqu’un. Je lui écris, elle me répond, et ensuite on a parlé de ses films, de son association pour les animaux, et c’est tout.
La Face B : Si tu pouvais choisir un personnage de fiction pour devenir un fan obsessionnel de Brigitte Calls Me Baby, qui choisirais-tu ?
Wes Leavins : Oh là là. Qui est-ce que je choisirais ? Je pense que je choisirais… Tu as déjà vu la série Netflix You ? Je choisirais probablement ce type-là.
La Face B : Si Irreversible était un film, à quoi ressemblerait la scène d’ouverture ? Tu as écrit le premier morceau comme une scène d’ouverture, alors raconte-moi à quoi elle ressemblerait.
Wes Leavins : Il y aurait beaucoup de bonheur, d’espoir et de lumière qui rayonnent, et qui seraient assez rapidement interrompus.
La Face B : Quand tu as écrit, mixé et composé Irreversible, est-ce que tu avais des choses qui t’ont influencé ?
Wes Leavins : Les films, définitivement. Les films. Je regardais beaucoup de films à cette époque. Lost in Translation, Nine and a Half Weeks, Her, White Palace, Crash. Toutes ces choses un peu romantiques, mais aussi plus sombres, ou du moins tristes.
Lost in Translation a beaucoup compté parce que, pour moi, c’est comme Blue Valentine, Lost in Translation, Her. Tous ces films parlent d’une chose assez similaire qui, je ne sais pas, me semble bouleversante, mais avec toujours un petit peu d’espoir intégré. Je ne sais pas, c’est romantique. Ce n’est pas seulement dévastateur.
La beauté de la vie, c’est cette multitude d’expériences, et je pense que ce serait une vie très tronquée si tu ne faisais pas aussi l’expérience de la beauté du chagrin d’amour. Je pense simplement qu’embrasser ça comme une manière de vivre, c’est accepter le fait qu’on ne nous a jamais promis une vie parfaite et qu’on ne devrait pas en attendre une.
La Face B : C’est très sage. Je trouve qu’aujourd’hui, les attentes sont tellement élevées. Il faut tout avoir. Travailler dur, les hauts et les bas. Parfois, tout cela est complètement mis de côté, alors que ça fait partie de la vie que tu as, de la manière dont tu peux la changer, ou de la manière dont tu l’acceptes, dont tu avances et dont tu rebondis.
Wes Leavins : C’est très vrai. Je trouve ces films très touchants. Blue Valentine, je pense, est une représentation très juste de la déconstruction de quelque chose qui, autrefois, semblait devoir durer pour toujours.
Ce film m’a touché et il a beaucoup influencé ma musique, et il continue de le faire. Ce genre de films va probablement continuer à influencer mon écriture pendant un moment parce que c’est romantique, mais ce n’est pas romantisé. J’ai l’impression que c’est assez réaliste.
La Face B : Et après la tournée, quelle est la suite pour Brigitte Calls Me Baby ?
Wes Leavins : On rentre aux Etats Unis. On fait une courte série de concerts aux États-Unis, puis on rentre à la maison pour les fêtes. Et l’année prochaine… eh bien, on verra.
La Face B : Je me doutais qu’il y aurait peut-être un retour en studio. Wes, ça a vraiment été un plaisir de parler avec toi. Je vous verrai en personne à Bordeaux à la fin du mois. Profite bien de la tournée.
Wes Leavins : Merci. J’ai hâte.
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Version en Anglais

La Face B: Hello Wes, lovely to meet you, before we meet for real in Bordeaux. You're heading into the European leg of the tour, with several dates in France. After everything that happened around Irreversible this year, what does it feel like to finally bring these songs to European audiences?
Wes Leavins: Well, the record came out in March, so it's pretty new. We're excited to be in Paris and get to play basically everything from the record and more. The last time we were in Paris, they only got to hear so much of the record because it had just come out. So now I think they've gotten a little more familiar with it, and it's going to be great.
La Face B: You already had some pretty remarkable European experiences — opening for The Strokes at All Points East, touring with Morrissey, and now coming back with your own album. Do European audiences feel different to American audiences to you?
Wes Leavins: Yeah, it's always different wherever you go. I think the enthusiasm is pretty infectious in Europe, that's for sure.
La Face B: So much of Irreversible was written on the road, then shaped through playing live. Has touring changed the way that you write as a band, and do you find yourself writing with the stage in mind?
Wes Leavins: Well, we almost end up writing on stage. We'll write something in the van or in the hotel and then throw it into the set. Because we are a live band. We started as a live band, we are a live band, and we always will be a live band. So it's all in the DNA, for sure.
La Face B: Your music, as Brigitte Calls Me Baby, seems to exist somewhere between several eras. So you've got the romanticism of the '50s, '80s crooners with your voice — but your voice is very versatile — the synth and atmosphere of the '80s, and the indie rock energy of the 2000s. When you're writing, are you actually thinking about those movements, or is that more something that people like me might hear afterwards?
Wes Leavins: I think it's something people will hear afterwards because you can only do so much, I feel like, when you go to write a song. If you're being genuine and you're being authentic, you can only do so much manufacturing. I feel like you're kind of a vessel. And when you're writing from an authentic place, you're just picking up the ideas that are coming from somewhere out there. And you communicate them authentically, and what comes out is the sound.
So no, we don't really think about combining eras or anything like that. When we get together and when we write, this is how it comes out.

La Face B: Your music is very nostalgic in a way because it takes us to different places in time. But it's also very 2026. There's also this fascinating contradiction in your music. The songs can sound extremely beautiful, romantic, euphoric, but the lyrics can be anxious, lonely or quite sad. Why does that combination appeal to you so much?
Wes Leavins: I think it's because I'm anxious, lonely and sad. Laughs.
La Face B: Your voice is such a huge part of the Brigitte Calls Me Baby identity. Your voice has a large palette, so you can move from very intimate, very velvety and sexy, with long notes, to extremely powerful and theatrical.
When you're writing a song, do you hear the vocal performance from the beginning as you create it for the live show? Or do you discover what the voice needs to do as the song develops?
Wes Leavins: Well, that's a good question. But as a singer, I don't play any instruments on stage. I feel like it's my job to communicate the message and also to interpret what the spirit's trying to say. And if I did not have conviction or passion with the words that I'm singing, I feel like it wouldn't be very interesting.
La Face B: Your vocal range has such a palette. There are notes that sound really soft, but you're also extremely capable of driving the song like a locomotive.
Wes Leavins: Well, thank you. I appreciate that.
La Face B: We can drill into the songs. So first I wanted to go into Irreversible, because the title itself suggests something that can't be undone and is permanent. Was that idea there before the songs, or did the songs eventually make you realize that Irreversible was the right title?
Wes Leavins: No, I've thought about this since I was three. It's like the clock's ticking every day. You have one less day, and it's all just kind of like everything that I feel that I anxiously want to accomplish is kind of where that came from.
It's just this nagging sensation that I have that, you know, what you do cannot be undone, for better or for worse. And you don't know how long you're here to do the things you want to do. And you also don't know what decision might alter the course of your life permanently, for better or worse. And that's always been a profound thought in my life.
La Face B: You just gave me a dose of anxiety. I am a bit like that. I'm looking at time ticking. The album opens with There Always, and there's something immediately nostalgic about it. So the guitar picking, a very '80s atmosphere, and your velvety, very seductive tone of voice. Why did that feel like the right way to open the record?
Wes Leavins: Well, we wrote the song to feel like the beginning of a movie, sort of like the opening credits of a movie. So it was pretty obvious that it should start the album.
La Face B: But then you move to Slumber Party, which immediately grabs you with a very Strokes-like guitar intro. It's such a fun, energetic song. But underneath the energy, there's this feeling of being trapped inside your own head. Can you tell us what happened when you wrote it?
Wes Leavins: The song's got an urgency that's supposed to mirror the lyrics. Kind of frantic, a bit like time is running out or you're trying to get somewhere before the window closes, that kind of thing.
And right out of the gates, you know, you go from There Always straight into that. It feels pretty jarring. So we like that.
La Face B: The guitar really creates the urgency. You have this fake slow intro and then it just starts straight away, and the stamina doesn't go down. It's really interesting. I really love that song. And is Slumber Party as much fun to play live as it sounds? Because it feels like it's a song that was made for the stage.
Wes Leavins: Yeah, definitely. And it was written that way. So it's totally a good time.
La Face B: Truth Is Stranger Than Fiction is another interesting example of the contradiction. Because the music feels really bright, melodic, joyous, while the lyrics are very dark, very existential. Do you enjoy this kind of emotional misdirection?
Wes Leavins: Yeah, because, you know, that's how I am. I can't really predict how I'll feel day to day, and I try to just have fun with it. Otherwise I'd be miserable, and I don't want to be that way.
La Face B: These Acts of Which We're Designed feels like a shift in the album. It's really the shift. Especially, we're moving from the guitar picking to the synth introduction, which feels like, for me, a ticket back to the '80s. Did you see that song also as an important turning point in the album's sound and journey?
Wes Leavins: It was one of those songs that demanded to be what it is. You try it six or seven different ways and it always comes back to that.
La Face B: It was really a melodic change in the dynamic. It was really a shift in the album's sound. It's very interesting because it was extremely obvious.
Then I wanted to talk about I Danced With Another Love in My Dream. I reviewed the music video. The title takes that tension between beauty and darkness somewhere very strange. You're dealing with guilt and desire, but the betrayal that happens in a dream. There's this question of what our subconscious reveals about us versus what we actually choose to do. What fascinated you about this idea?
Wes Leavins: Well, I used to have a lot of dreams where I would fall in love with some nameless, faceless thing in the dream. It would kind of haunt me for a week because this person didn't exist. That kind of inspired some of the lyrics.
And then, of course, kind of toying with the idea of adultery and the burden that is on both parties.
La Face B: Is that dream cheating? Is that worse than cheating? It's always a question.
Wes Leavins: It's all the same.
La Face B: Thank you, Wes. The dream is... It's a desire. Yeah. I love the video as well. I love the black and white, very theatrical, full concert setting, and Eliza Jayne appearing as this very obsessive, dreamlike figure. It made me think of temptation, guilt and fantasy becoming impossible to escape. So how did you and Alec Bass approach translating that dream-versus-reality tension in the video?
Wes Leavins: Well, we wanted it to feel kind of like — although it's talking about a dream, we wanted it to feel like a nightmare because the subject matter is that way.
La Face B: It's nightmarish for your mind, basically.
Wes Leavins: Yeah, exactly.
La Face B: You said the song was written in transit and then refined through playing it live. Did the live version change the way that you understood the song, or the intensity that you wanted to put into that song?
Wes Leavins: Yeah, this song changed the most out of any on the record. And that's because we were playing it live for quite a while. Tempo, instrumentation, things like that.
La Face B: I wanted to finish on Irreversible with the details that really complete the album. So there's Sillage, which is less than a minute and feels like a little cinematic fragment, a piece of atmosphere. What made you want that track to exist on the album? And where do you see it fitting into the overall story?
Wes Leavins: We just wanted to irritate people and make people think that the album was 11 songs, and it's actually 10 in one minute.
La Face B: And then you close with Send Those Memories, which is over five minutes and very expansive. It's almost epic. Why did you choose that song to leave the listener with?
Wes Leavins: We feel like it's indicative of the end, and it feels like the end. And it feels like the opening credits — that song feels like the end credits. And we were kind of inspired by cinema and stuff when it came to this album.
La Face B: I imagine Send Those Memories being the final song of a show. Like one of those big emotional set closers. Because when you think about a live set, do you see songs differently from the way you see them on the album?
Wes Leavins: Well, it transforms, for sure. And I wish people liked that song more because then we could play it more often.
La Face B: When I look at your setlist, for example, in Dublin, your encore songs are Geordie and Slumber Party. Why did you choose to play Slumber Party in the encore?
Wes Leavins: Well, I thought we would give people something to linger.
La Face B: I wanted to talk about We Were Never Alive because it's one of your most beloved songs and strongest songs on Spotify. So what do you think it is about that particular song that connects strongly with people? And do you remember the story of writing it?
Wes Leavins: I don't know. I don't remember the story of writing it. It's been a while now.
But it definitely didn't take long for it to become a fan favourite live. I think because it features everyone pretty prominently, so it feels like a live moment.
La Face B: And looking across Irreversible, is there a song whose meaning has changed since you started playing it? And is there a song that you particularly love playing live?
Wes Leavins: Mmmmh... You know, it's funny, but I Can Take the Sun Out of the Sky has become a favourite because people really kind of enjoy it. So that's rewarding. But personally, I think I really like The Early Days of Love a lot.
La Face B: And a few months after Irreversible, you revealed Geordie. Sonically, it feels a lot darker, more abrasive, restless. There's almost an Arctic Monkeys kind of swagger and pace. It still feels connected to Irreversible, but it feels like you're pushing somewhere new. What made you want to release this song?
Wes Leavins: It's sort of the halfway point, is the way we look at it. The record's been out for five months. And we're nowhere near done with Irreversible because it's got so much life in it. And this is kind of the halfway point of Irreversible and whatever comes next.
La Face B: I find Geordie very intriguing because, now I talk to you, I see those things. So you're offering intimacy and rescue, but then you become something much more compulsive, like loneliness, nearly addiction. What was the feeling or story behind Geordie? And did you know from the beginning that you wanted that kind of darker edge?
Wes Leavins: It's all about addiction, really — all different kinds of addiction. And specifically, the addiction to another person. And so therefore, it was meant to be dark from the beginning.
La Face B: You and Devin put the song together really quickly, apparently after a late-night session in Chicago. When a song arrives that fast, what usually comes first to you? The riff, the melody, a lyric?
Wes Leavins: When it comes that fast, it's pretty much all at once. We start something out of nowhere.
La Face B: Because Geordie comes so soon after Irreversible, are we hearing the first little glimpse of what's next for Brigitte Calls Me Baby? Or are you not allowed to say yet?
Wes Leavins: Tough to say. Tough to say.
La Face B: We obviously have to talk about the name, because the whole thing comes from your teenage correspondence with Brigitte Bardot. Okay. What did teenage Wes actually write to Brigitte Bardot? And did you genuinely expect her to write back?
Wes Leavins: Well, not much thought was put into it. You're a teenager, you've got this assignment in class: you must write to someone. I write to her and she answers, and then we spoke about her movies, we spoke about her animal charity, and that was it.
La Face B: If you could choose a fictional character to become an obsessive Brigitte Calls Me Baby fan, who would you choose?
Wes Leavins: Oh boy. Who would I choose? I think I would choose... Did you ever see that Netflix show You? I'd probably choose that guy.
La Face B: If Irreversible were a movie, what would the opening scene look like? You wrote the first track as an opening scene, so tell me what it is.
Wes Leavins: It would be a lot of bliss and hope and brightness that radiates and is pretty quickly shut down.
La Face B: When you wrote and mixed and composed Irreversible, did you have things that influenced you?
Wes Leavins: Movies, for sure. Movies. I was watching a lot of movies at this time. Lost in Translation, Nine and a Half Weeks, Her, White Palace, Crash. All these kind of romantic but somewhat darker, or at least sad, sort of things.
Lost in Translation was a big one because to me it's like Blue Valentine, Lost in Translation, Her. All those movies deal with a very similar thing, which is, I don't know, it feels like heart-wrenching, but there's always a little bit of hope baked into it. I don't know, it's romantic. It's not just devastating.
The beauty of life is this array of experiences, and I think it would be a very shunted life if you didn't also experience the beauty of heartbreak. I just think embracing it as a way of life is to submit to the fact that we were never promised a perfect life, and we shouldn't expect one.
La Face B: That's very wise. I think the expectation today is so high. You have to have it all. There's no hard work or ups and downs. Sometimes it's completely out of the equation, but it's part of the life that you have, and the way you can change it, or the way you accept it and move on and bounce back.
Wes Leavins: That's very true. Those movies I find to be touching. Blue Valentine, I think, is a very accurate depiction of the deconstruction of something that once felt like it would last forever.
That one touched me, and that influenced a lot of the music and still does. These sort of movies will probably influence my writing for a while because it's romantic, but it's not romanticised. I feel like it's pretty accurate.
La Face B: And after the tour, what's next for Brigitte Calls Me Baby?
Wes Leavins: We go to America. We do a short run in America and then we go home for the holidays. And next year, well, we'll see.
La Face B: I am sensing a back to the studio. Well, Wes, it's been really a pleasure to talk to you. I will see you guys in person in Bordeaux at the end of the month. Have fun with the tour.
Wes Leavins: Thanks. Looking forward to it.