La Face B a rencontré Buck Meek à l’occasion de sortie de The Mirror, son quatrième album solo, alors que le musicien texan se produira le 24 mars au Point Éphémère à Paris. Entouré d’une véritable constellation d’amis et de collaborateurs — dont James Krivchenia, Adrianne Lenker, Mary Lattimore ou encore Alex Somers — le guitariste et songwriter de Big Thief livre un album profondément intime mais aussi étonnamment expansif, où folk, textures électroniques et expérimentations ambient cohabitent avec une grande liberté. Dans cet entretien sincère et spontané, il revient sur la genèse collective de l’album, son approche instinctive de l’écriture, l’importance des petits détails du quotidien dans ses chansons et la recherche constante d’équilibre entre amour, musique et vie sur la route. Entre anecdotes de studio et réflexions sur la communication, The Mirror apparaît comme un disque miroir: Celui des relations, des émotions et de la création elle-même.
Retrouvez également le travail d‘Alexia Arrizabalaga-Burns (sous le pseudo Troubleshooteur) sur son site et sur Instagram

« On est remplis d’émotions et de spiritualité, mais on est limités par le langage. Dans l’amour, beaucoup de choses se comprennent sans mots. » Buck Meek
La Face B : Bonjour Buck, je suis très heureuse de te rencontrer ! The Mirror est ton quatrième album solo. Où situes-tu The Mirror par rapport à tes précédents albums ?
Buck Meek : Le plus proche de mon cœur. J’ai l’impression que c’est l’album sur lequel je me suis le plus amusé parmi tout ce que j’ai fait jusqu’à présent. Je me sentais très détendu. J’étais chez moi, entouré simplement de quelques-uns de mes meilleurs amis, et une grande partie de ma communauté ici à Los Angeles est venue enregistrer avec nous. On a travaillé avec quatre batteurs différents : mon ami Jonathan Wilson, Kyle Crane, Jesse Klebman-Turley et James Coutinho. Et aussi beaucoup d’artistes ambient de la scène de Los Angeles. Mon frère, mes amis Adrianne Lenker, Stacey Foster et Jermaine Dunes, ainsi que mon groupe avec qui je joue depuis des années. Donc oui, c’était vraiment comme une grande réunion de tous mes meilleurs amis.
La Face B : Pourquoi avoir choisi le titre The Mirror ? Et que représente-t-il pour toi ?
Buck Meek : Je pense au cliché selon lequel une relation agit comme un miroir et nous renvoie notre propre reflet. J’y pense surtout en lien avec la communication. Je trouve ça fascinant et aussi assez drôle. Peut-être que l’amour fonctionne comme une sorte de système de récompense qui nous incite à nous regarder nous-mêmes. C’est presque une incitation biologique à essayer de grandir en tant que personne.
La Face B : Ce disque semble très intime, mais en même temps très vaste dans le son — encore plus que Haunted Mountain. As-tu abordé celui-ci différemment sur le plan sonore ?
Buck Meek : Oui. Mon ami James Krivchenia, qui est le batteur de Big Thief, a aussi une carrière assez folle dans la musique électronique expérimentale. C’est lui qui a eu l’idée d’enregistrer mon groupe en live dans une pièce — comme un groupe de rock — mais en déclenchant en parallèle des instruments électroniques pour créer beaucoup de paysages ambient. Il y avait donc comme deux mondes parallèles : les instruments acoustiques et électriques de rock, et en même temps cet espace ouvert sans rythme, avec des textures et des univers électroniques qui circulaient presque comme un liquide à travers le groupe.
La Face B : Si The Mirror était une saison, un lieu ou une couleur, ce serait quoi ?
Buck Meek : Il y a beaucoup de dichotomies sur cet album. Beaucoup de contradictions, comme tu l’as dit : l’intimité et l’espace ouvert. Une chanson comme God Knows Why est l’une des plus lourdes de l’album, mais elle est jouée avec des guitares acoustiques très douces. Donc peut-être que toutes les saisons sont présentes dedans. Les quatre saisons.
La Face B : Avec The Mirror, tu continues à trouver de la beauté dans les moments du quotidien. Tes chansons sont pleines d’images simples mais très vivantes. On a vraiment l’impression d’entendre ta signature folk narrative. Est-ce que tu cherches consciemment ces petits détails, ou es-tu simplement très observateur et ils finissent naturellement dans tes paroles ?
Buck Meek : Je pense que, comme auteur-compositeur, je cherche vraiment les détails. Souvent, le point d’entrée d’une chanson — la graine d’une chanson — est quelque chose de très petit. Si tu lui donnes du temps — comme dans l’image d’un jardin — si tu l’arroses et que tu reviens dessus, une toute petite idée peut se développer en quelque chose de beaucoup plus grand. Il y a beaucoup de liens entre ces petits moments obscurs de ta vie et des motifs plus vastes de l’humanité. J’utilise ces petites choses comme point de départ parce qu’elles sont accessibles et ludiques. Il suffit de remarquer quelque chose de minuscule — un insecte par exemple, ou ce vers quoi ton regard est attiré — et de le laisser exister sans le juger. Ensuite j’écris à partir de ça, en faisant confiance au fait qu’avec le temps cela deviendra quelque chose de plus profond.
La Face B : Quand une chanson commence pour toi, est-ce que ça démarre plutôt par une mélodie de guitare ou par une idée de texte ?
Buck Meek : Tout arrive un peu en même temps. En général j’observe quelque chose avec ma guitare dans les mains, et des mélodies apparaissent. Souvent ça commence par des sons de mots, en gros du charabia. Comme pour la chanson Gasoline. J’inventais littéralement des mots. Les premières lignes étaient juste du marmonnement sans sens, avant même que je sache de quoi parlait la chanson. Avant même de savoir que ce serait une chanson d’amour. Tout est parti de ces sons.
La Face B : Pourtant c’est très catchy
Buck Meek : Merci. Mais c’est drôle parce que c’est comme ça que je commence la plupart de mes chansons : en faisant des sons avant même de savoir ce que je vais dire.
La Face B : C’est drôle que tu mentionnes Gasoline parce que c’est justement ma prochaine question. Je n’ai entendu que deux chansons, et j’ai écouté celle-ci une dizaine de fois. Dans la vidéo, j’avais l’impression que tu donnais un concert rien que pour moi. Chaque musicien a son moment de lumière. Et la chanson elle-même ressemble à un moment très délicat : le début de l’amour, les émotions avant le langage. Il y a une très belle tension dans les paroles. Tu penses que cette suspension émotionnelle nourrit la chanson ?
Buck Meek : Merci beaucoup. Oui, complètement. Comme je le disais plus tôt, il y a beaucoup de friction sur l’album entre le désir de communiquer et la capacité à communiquer. On naît avec toutes ces émotions et cette spiritualité, mais le langage est limité. Les relations sont en partie définies par la communication, mais parfois les mots nous manquent. Quand on est amoureux, il y a souvent une communication qui dépasse les mots. Avec un partenaire, la famille ou des amis proches, il y a beaucoup de choses qui passent sans être dites. C’est vraiment de ça que parle cette chanson.
La Face B : Je l’ai adorée. Tu te souviens du moment où cette chanson est apparue pour la première fois ?
Buck Meek : Oui, ça a vraiment commencé par ces sons que je faisais sans savoir ce que la chanson deviendrait. Puis je me suis autorisé à admettre que c’était de ça qu’elle parlait. Je faisais ces sons de mots, puis j’ai dit presque en plaisantant : « Making words up while we made love. » Sur cet album, j’ai beaucoup essayé de faire ça : si j’avais envie de dire quelque chose mais que j’avais peur que ce soit ridicule ou trop étrange, je le disais quand même.
Par exemple dans Heart in the Mirror je dis :“I’m gonna write a song for myself and not for others.” Ensuite il y a un couplet où j’embrasse des fruits dans l’épicerie — j’embrasse des pommes et du pain, j’embrasse la moquette sur le sol. Quand je l’écrivais, ça me paraissait presque dangereux de le dire parce que ça sonnait un peu idiot. Mais le fait de me l’autoriser m’a libéré, et c’était très excitant.
La Face B : Je voulais parler de la construction musicale de Gasoline. La chanson commence très intimement et s’ouvre peu à peu, comme de l’essence qui s’enflamme au contact du feu. Avais-tu prévu ce crescendo ?
Buck Meek : En fait cet enregistrement est la première ou la deuxième fois que nous la jouions ensemble avec le groupe. J’avais écrit la chanson sans savoir du tout ce que ça donnerait avec un groupe. Jesse Klebman-Turley venait juste d’arriver au studio — c’était son premier jour. Il s’est assis à la batterie, on a lancé l’enregistrement et j’ai commencé à jouer. C’est cette prise-là. Il réagissait à la chanson en temps réel en essayant de me suivre. Il y avait une sorte d’adrénaline dans la pièce, comme un train qui pourrait dérailler et qu’on essayait tous de maintenir sur les rails.
La Face B : Ce crescendo se ressent tellement comme une combustion : le son s’élargit et on se demande comment ça va finir.
Buck Meek : Merci beaucoup.
La Face B : Il y a aussi une forte énergie collective. Quand tu as amené Gasoline au groupe pour la première fois, qu’est-ce qui a changé quand tout le monde s’y est mis ?
Buck Meek : Ça a ajouté énormément de dimension. Il y a une très grande dynamique dans cette chanson. Jesse frappe la batterie très fort et très vite. Pendant ce temps, Adrianne Lenker, Stacey Foster et Jermaine Dunes chantent très doucement — il y a une sorte de puissance douce dans leurs voix. Et Adrian créait des textures ambient très liquides. C’est presque comme le feu et l’eau en même temps : ce roulement de batterie très rigide et cet univers liquide autour.
La Face B : Oui, les voix ressemblent presque à un moteur qui soulève la chanson. J’ai hâte de l’entendre en live.
Buck Meek : Oui, totalement. Je pense beaucoup à l’équilibre quand j’écris et quand j’enregistre. L’équilibre est l’une des choses les plus importantes pour moi dans la musique. Quand deux mondes opposés coexistent, il reste beaucoup d’espace pour que l’auditeur s’y projette.
La Face B : Si on passe à Ring of Fire, la chanson ressemble à une chanson d’amour mais elle porte aussi la réalité de la vie en tournée — les lumières des néons d’hôtel, les autoroutes, la distance. Est-ce que ça parle d’équilibre entre l’amour et la musique ?
Buck Meek : Oui. Ça parle de l’équilibre entre l’engagement amoureux et l’engagement envers son art. La vie sur la route peut entrer en conflit avec les relations, mais elles peuvent aussi être en harmonie. Comme je le dis dans le couplet : “Music’s in my soul / Rock and roll is in my blood.” C’est ce dont je suis fait. J’ai besoin d’écrire et de jouer pour rester connecté à mon esprit, puis je ramène cet amour vers ma partenaire, ma famille, mes proches. Mais il y a une ligne fine : je ne peux pas être absent trop longtemps ni me perdre dans mon travail au point d’oublier les gens qui comptent pour moi.
La Face B : Musicalement il y a un groove très chaleureux, presque joyeux. Comment la chanson s’est-elle construite en studio ?
Buck Meek : Celle-ci aussi est avec Jesse Klebman-Turley. Il va tourner avec moi en Europe. Il a ce sens incroyable du rythme pop du début des années 2000 : des beats très simples mais avec beaucoup de subtilité. Beaucoup de chansons avec ce côté pop chaleureux viennent de sa façon de jouer. Mais sous la surface il y a toujours ce volcan expérimental.
La Face B : Can I Mend It semble très brute, très directe, presque comme regarder le regret en face. Était-ce difficile de laisser ça aussi exposé ?
Buck Meek : Il y a une phrase que j’avais peur d’écrire : “I lost my temper and punched the wall.” Ça parle de ces moments vulnérables dans une dispute avec quelqu’un que tu aimes. Le fait de m’autoriser à le dire a créé une sorte d’adrénaline dans l’écriture. Et à partir de là la chanson se termine presque toute seule.
La Face B : Il y a aussi beaucoup d’expérimentation sur l’album — des chansons comme Demon ont des textures superposées, de la harpe, des synthés, des voix.
Buck Meek : Oui. Quand James Krivchenia est venu me voir, il voulait enregistrer le groupe en live mais ajouter beaucoup d’expérimentation. Dans la régie ils avaient installé des synthétiseurs modulaires qui traitaient en parallèle les pistes venant de la salle. Ensuite Alex Somers a ajouté des ambiances, et Mary Lattimore a joué de la harpe passée dans des synthés modulaires. Puis au mixage on a encore retraité tout ça. Sur Demon, le monde électronique finit presque par prendre le dessus sur la chanson.
La Face B : C’est justement ce qui m’a frappé : ce côté très stratifié. Qu’est-ce que James apporte à ton travail solo par rapport à Big Thief ?
Buck Meek : Ici il a apporté beaucoup plus de ce traitement parallèle. Dans Big Thief il le fait plus discrètement, par petites touches. Sur cet album je lui ai laissé une liberté totale pour aller aussi loin qu’il le voulait.
La Face B : Avec Adrianne Lenker, Mary Lattimore, Alex Somers, ton frère Dylan et beaucoup d’amis impliqués, est-ce que ça ressemblait à un album de famille ?
Buck Meek : Oui, complètement. On a cuisiné de grands repas, on s’asseyait tous autour de la table, on jouait aux cartes. C’était vraiment une ambiance familiale.
La Face B : Comment imagines-tu que ces chansons vont évoluer une fois que tu commenceras à les jouer en live ?
Buck Meek : Je n’en ai aucune idée. Jouer des chansons devant des gens les transforme toujours. Il y a une sorte d’alchimie dans la pièce qu’on ne peut pas prévoir. Au fil d’une tournée on commence à remarquer des choses — ce qui fait bouger les gens ou pas. J’espère que les gens auront envie de bouger et de chanter avec nous.
La Face B : Y a-t-il déjà une chanson de The Mirror que tu préfères jouer sur scène ?
Buck Meek : Pour l’instant Demon est ma préférée.
La Face B : Si The Mirror était un roman ou une peinture, ce serait quoi ?
Buck Meek : Ce serait un miroir — une peinture réfléchissante.
La Face B : Si un personnage de fiction devait assister à l’un de tes concerts, qui aimerais-tu voir au premier rang ?
Buck Meek : Lucy de I Love Lucy.
La Face B : Est-ce que faire The Mirror t’a changé d’une certaine manière ?
Buck Meek : À chaque album j’apprends à faire davantage confiance à mon groupe et à lâcher le contrôle. Je choisis les musiciens très soigneusement pour qu’ils apportent des dimensions aux chansons que je ne pourrais pas prévoir. Une fois en studio, j’essaie de tout lâcher et de leur donner la liberté d’être eux-mêmes. Cette liberté donne souvent de meilleurs résultats que de vouloir tout contrôler.
La Face B : Pendant la création de The Mirror, y a-t-il eu des livres ou de la musique qui t’ont influencé ?
Buck Meek : Oui. J’ai beaucoup écouté le groupe Life Without Buildings, surtout leur chanteuse Sue Tompkins, qui invente souvent des mots qui passent du récit au non-sens. Cette intuition m’a beaucoup inspiré.
La Face B : Y a-t-il une chanson folk que tu aurais aimé écrire ?
Buck Meek : Toutes.
La Face B : Quand je rencontre d’autres artistes folk, ils citent toujours ton nom et celui d’Adrianne Lenker. Big Thief est une grande influence pour beaucoup de gens. Quand tu te regardes dans le miroir aujourd’hui en tant qu’artiste, qu’est-ce que tu vois ?
Buck Meek : Wow, c’est fou! Quand je regarde le miroir, je vois juste un petit bébé. J’ai l’impression de n’avoir rien fait et d’avoir encore énormément de travail devant moi. Quand un disque est terminé et sorti, il y a une sorte de vide. J’ai l’impression de repartir complètement de zéro. Je ne sais pas comment refaire ça, et si j’essaie de répéter une formule ça ne marche jamais. Mais c’est aussi ce que j’aime là-dedans.
La Face B : Ça a été un plaisir, Buck. Merci beaucoup.
Buck Meek : Le plaisir est partagé. Merci.
Toujours plus d’interviews et de photos de concerts dans La Face B
De plus, suivez Buck Meek sur Spotify, en live ou sur Instagram
Enfin, retrouvez les articles d‘Alexia Arrizabalaga-Burns dans La Face B


ENGLISH VERSION BELOW
La Face B: Hello Buck, I’m very happy to meet you! Let’s dive straight into it. The Mirror is your fourth solo record. Where does The Mirror sit for you compared to your previous albums?
Buck Meek: Closest to my heart. I feel like I had the most fun on this album out of anything that I’ve made yet and I felt the most relaxed. I was in my own home and with just some of my best friends, and a lot of my community here in Los Angeles came to record with us. We worked with four different drummers: my friend Jonathan Wilson, Kyle Crane, Jesse Klebman-Turley and James Coutinho. And a lot of ambient artists from the LA community. My brother, and my friends Adrienne Lenker and Stacey Foster and Jermaine Dunes, and my band of many years. So yeah, it was just like a big collection of all of my best friends.
La Face B: Why did you choose the title The Mirror? And what does it represent for you?
Buck Meek: I guess the cliché of the accountability of a relationship providing reflection. And just thinking about that in regards to communication. I find that fascinating and also really funny. I think that maybe love is kind of like a reward system for this incentive to self-reflect. It’s like a biological incentive almost to try to grow as a person.
La Face B: This record feels very intimate, but at the same time very expansive in sound—more than Haunted Mountain. Did you approach this one differently sonically?
Buck Meek: Yes. My friend James Krivchenia, who’s the drummer in Big Thief, also has a really wild experimental electronic music career. It was his idea to record my band live in a room—like a rock band—but to trigger electronic instruments and create a lot of ambient landscapes in parallel with the band. So there were these kind of parallel worlds: acoustic and electric rock and roll instruments, and then this open rhythmless space—textures and electronic worlds that were almost like a liquid moving throughout the band.
La Face B: If The Mirror were a season, a place or a colour, what would it be?
Buck Meek: There are a lot of dichotomies on the record. A lot of contradictions, like you said: the intimacy and the open space. A song like God Knows Why is one of the heaviest songs on the album, but it’s played with really quiet acoustic guitars. So maybe all the seasons are captured in there. All four seasons.
La Face B: With The Mirror, you continue your ability to find beauty in everyday moments. You have very simple but very vivid images in your songwriting. It really feels like your narrative folk signature. Are you consciously looking for those small details, or are you just naturally observant and they find their way into the lyrics?
Buck Meek: I think I’m definitely, as a songwriter, looking for details. Often the entry point for a song—the seed for a song—is something very small. If you give it time—like a garden analogy—if you give it time and water it, if you iterate on a very small idea, it will often expand into something that feels much bigger. There are a lot of analogous threads between these obscure little moments of your life and bigger patterns of humanity. I use those small things as an entry point because they feel accessible and playful. Just noticing something very small—a bug, whatever your mind is drawn to—and letting it be without judging it. Then writing about that as a starting point and trusting that with time it will grow into something deeper.
La Face B: When a song starts for you, does it usually begin with a guitar melody or a lyrical idea?
Buck Meek: It kind of all happens at once. Usually I’m observing something with my guitar in my hands, melodies forming. Often it starts with just word sounds—basically making nonsense. Like the song Gasoline on the Rectory. I was literally making up words. The beginning lines were just mumbling nonsense before I even knew what the song was about. Before I knew it was a love song at all. It started with those sounds.
La Face B: It’s very catchy though.
Buck Meek: Thank you. But it’s funny because that’s how I start most songs. Just making sounds before I even know what I’m going to say.
La Face B: It’s funny that you mention Gasoline because that’s my next question. I heard only two songs, and I listened to it about ten times. The video felt like you were having a concert just for me. Every musician gets a spotlight one by one. And the song itself feels like a delicate moment—the beginning of love, emotions before language. There’s a beautiful tension in the lyrics. Do you think that emotional suspense fuels the song?
Buck Meek: Thank you very much. Definitely. Like I mentioned earlier, there’s a lot of friction on the album between the desire to communicate and the ability to communicate. We’re born with all these feelings and spirituality, but we’re limited by language. Relationships are defined by communication, but sometimes words fail us. When you’re in love, communication often goes beyond words. There’s a lot of unspoken understanding—with a partner, family or close friends. That’s definitely what that song is about.
La Face B: I absolutely loved it. Do you remember when the song first appeared?
Buck Meek: It really did start with me making up those sounds without knowing what it would become. Then I allowed myself to admit that that’s what it was about. I made word sounds and then said, almost as a joke: “Making words up while we made love.” On this album I tried to do that a lot—if there was something I wanted to say but felt shy or thought it might be silly, I would just say it.
For example, in Heart in the Mirror I say: “I’m gonna write a song for myself and not for others.” Then I go into a verse about kissing fruit in the grocery store—making out with apples and bread, kissing the carpet on the floor. When I wrote it, it felt dangerous to say because it sounded silly. But allowing myself to say it set me free, and that felt exciting.
La Face B: I wanted to talk about the musical construction of Gasoline. It starts really intimate and slowly expands, like gasoline catching fire. Did you plan that crescendo?
Buck Meek: That recording was actually the first or second time we ever played it together as a band. I wrote the song without any idea what it would feel like with a band. Jesse Klebman-Turley had just arrived at the studio—it was his first day. He sat at the drums, we pressed record, and I started playing. That’s the take. He was responding to the song in real time, trying to keep up with me. There was this adrenaline in the room, like a train that might go off the rails and we were all trying to keep it on the tracks.
La Face B: The crescendo really feels like combustion—the sound widening until you wonder how it will end.
Buck Meek: Thanks a lot.
La Face B: There’s also a strong collective energy. When you first brought Gasoline to the band, what changed once everyone stepped in?
Buck Meek: It added so much dimension. There’s a huge dynamic range in that song. Jesse is hitting the drums really hard and fast. Meanwhile Adrianne Lenker, Stacey Foster and Jermaine Dunes are singing very softly—there’s a kind of soft power to their voices. And Adrian Olson was creating watery ambient textures. It’s almost like fire and water at the same time: this rigid drum roll and this soft liquid world around it.
La Face B: Yes, the voices feel like an engine lifting the song. I can’t wait to hear it live.
Buck Meek: Totally. I think a lot about balance when writing and recording. Balance is one of the most important things in music for me. When you have two opposing worlds, there’s a lot of space left for the listener to inhabit between them.
La Face B: If we move to Ring of Fire, it feels like a love song but also carries the reality of touring life—hotel lights, highways, distance. Is it about balancing commitment and music?
Buck Meek: Yes, it’s about balancing commitment to love and commitment to craft. Life on the road can be in opposition to relationships, but they can also be in harmony. Like I say in the verse: “Music’s in my soul / Rock and roll is in my blood.” It’s what I’m made of. I have to write and perform to stay connected to my spirit, and then I bring that love back to my partner and family. But there’s a thin line—I can’t be gone too long or become so self-involved in work that I lose touch with my people.
La Face B: Musically it has a warm, almost happy groove. How did that come together in the studio?
Buck Meek: That’s another one with Jesse Klebman-Turley. He’ll be touring with me in Europe. He has this incredible early-2000s pop feel—simple beats with a lot of subtlety in the cracks. Many of the songs with that friendly, upbeat pop feeling come from his playing, but underneath it there’s this volcano of experimentation.
La Face B: Can I Mend It feels very raw and direct, almost like looking at regret head-on. Was it difficult to leave it that exposed?
Buck Meek: That’s another line I was afraid to write: “I lost my temper and punched the wall.” It’s about those vulnerable moments in an argument with someone you love. Allowing myself to say it created adrenaline in the writing process. Once you do that, the song almost finishes itself.
La Face B: There’s also a lot of experimentation on the album—songs like Demon have layered textures, harp, synths, voices.
Buck Meek: Yes. When James Krivchenia came to me, he wanted to record the band live but add lots of experimentation. In the control room they had modular synths processing channels from the live room in parallel. Later Alex Somers added ambience, and Mary Lattimore played harp through modular synths. Then during mixing we reprocessed everything again. On Demon, the electronic world almost takes over the song halfway through.
La Face B: Sonically that’s what struck me—how layered it is. What does James bring to your solo work compared to Big Thief?
Buck Meek: In this case he brought a lot more of that parallel processing. In Big Thief he does it subtly—just a little here and there. On this record I gave him full freedom to go as far as he wanted.
La Face B: With Adrianne Lenker, Mary Lattimore, Alex Somers, your brother Dylan and many friends involved, did it feel like making a family record?
Buck Meek: Definitely. We cooked big meals, sat around the table, played cards. It really felt like family.
La Face B: How do you imagine the songs changing once you start playing them live?
Buck Meek: I have no idea. Playing songs for people always changes them. There’s an alchemy in the room that you can’t predict. Over a tour you start noticing patterns—what makes people move, what doesn’t. I hope people want to move and sing along.
La Face B: Is there a song from The Mirror you love playing live already?
Buck Meek: So far Demon has been my favourite.
La Face B: If The Mirror were a novel or painting, what would it be?
Buck Meek: It would be a mirror—reflective paint.
La Face B: If a fictional character had to attend one of your concerts, who would you want in the front row?
Buck Meek: Lucy from I Love Lucy.
La Face B: Did making The Mirror change you in any way?
Buck Meek: With every album I learn to trust my band more and relinquish control. I choose players carefully so they can bring dimensions to the songs I couldn’t predict. Once we’re in the studio I try to let go and empower everyone to be themselves. That freedom usually leads to better results than micromanaging.
La Face B: While making The Mirror, were there books or music influencing you?
Buck Meek: Yes. I listened a lot to the band Life Without Buildings, especially their singer Sue Tompkins, who often makes up words that drift into narrative and back into nonsense. That intuition really inspired me.
La Face B: Is there any folk song you wish you had written?
Buck Meek: All of them.
La Face B: When I meet other folk artists, they always mention you and Adrienne. Big Thief is a huge influence for many people. When you look in the mirror today as an artist, what do you see?
Buck Meek: Oh Wow! That’s crazy! When I look in the mirror, I just a little baby. I feel like I’ve done nothing and I still have so much work ahead of me. When a record is finished there’s a strange emptiness. I feel like I’m starting from complete scratch again. I don’t know how to do it again, and if I try to repeat a formula it always fails. But that’s also what I love about it.
La Face B: It has been a pleasure, Buck. Thank you very much.
Buck Meek: Likewise. Thank you.