Rencontre avec Komodor

A l’occasion de la sortie de leur deuxième album, La Face B est allé à la rencontre du groupe breton Komodor. Se décrivant comme « du High-Energy Rock brut et authentique », le groupe n’est pas là pour dépoussiérer. Mais tout en s’inspirant des codes, il donne un vent de modernité à son univers : des guitares brutes, des voix harmonieusement entremêlées et un groove imprégné. Leur style, organique et sauvage, ne fait aucun compromis.

Mais place maintenant à Komodor, dont ce nouvel opus témoigne d’une évolution musicale importante : plus personnel, plus libre. Il s’éloigne des conventions pour adopter une approche plus authentique. Grâce à un mélange subtil d’influences (MC5, David Bowie, T-Rex) et d’audace créative, ils prouvent que leur musique n’a jamais été aussi contemporaine. Tout en préservant la folie et l’énergie brute qui les caractérisent et qu’on a hâte de retrouver en live à l’occasion de leur release party commune avec After Geography le 26 mars prochain à La Maroquinerie et en tournée aux 4 coins de la France ! Petite discussion parisienne avec les 5 joyeux drilles …

Retrouvez également le travail de Caroline Landré (sous le pseudo kro_landre) sur Instagram.

« On se bat pour notre liberté. Et pour la liberté des autres. » Komodor

LA FACE B : Salut les Komodor, comment allez-vous ? Ravie de vous retrouver 4 ans après votre premier album !

KOMODOR : Bien, ça gaze !

LA FACE B : Petit challenge pour commencer et apprendre à se connaître. Si vous deviez décrire votre style en 2 mots ?

KOMODOR : « Trop bien », « rock et roll », « trop cool », « top moumoute », « trop fort, au sens littéral sonore ».

Goudzou : Mais si c’est en Espagne c’est « pas assez fort » (rires), non « plus fort » !

LA FACE B : Vous êtes plutôt scène ou plutôt studio ?

Elrik : Scène !

Yves-Marie : Sssssscène

Melin : Moi je dirais scène aussi…

Elrik : Scène ! Peut-être on a plus l’habitude mais c’est plus facile

Goudzou : Moi j’aime bien la phase studio quand même…

Melin : Ouais il y a des trucs cool aussi, y a des trucs cool mais je passerais pas autant de temps en studio que sur scène. Tu t’imagines tu fais que ça ?

KOMODOR : Non les deux sont bien mais la scène quand même, le live, l’énergie c’est cool !

LFB : Quelle est votre chanson favorite de l’album et pourquoi ?

Elrik : Je dirais Once Upon A Time, parce que ça change, ça fait du bien de changer un peu.

Yves-Marie : J’aurais dit ça ou Hard To Deal, une des deux.

Melin : Moi j’aurais dit Once Upon A Time ou Burning Lands, parce que ça change aussi (rires). Y a un truc plus calme dans les deux et je sais pas, je trouve qu’il y a un truc qui fait un peu du bien aussi, qui respire un peu dans tout le bloc le plus bourrin du reste de l’album, même si on a pris du plaisir à le faire quand même !

Goudzou : Moi c’est Soul Tricker !

Matt : Allez je vais rejoindre Goudzou aussi !

Goudzou : Y a jardin, cour et centre quoi (rires). Soul Tricker il y a un côté plus rock, plus heavy, elle dénote de ce qu’on a pu faire aussi.

Matt : Ouais elle me fait penser à beaucoup de choses que j’aime bien…

Goudzou: Ouais ça rappelle Nazareth un peu ..

Melin : C’est vrai que les deux dénotent, enfin les trois du coup…

Goudzou : Tout dénote en fait !

Matt : Mais y a pas de Blue Note ! (rires)

Ce deuxième album Time & Space arrive 4 ans après un Nasty Habits dont bon nombre de médias avait chanté les louanges mais aussi un peu empêché par une sortir de covid et confinements, 4 ans de tournées intensives y compris à l’occasion de la parenthèse du super groupe Komodrag & The Mounodor avec les acolytes de Moundrag.

LFB : Vous citez vos influences majeures comme MC5, T-Rex. On est d’accord que ce ne sont pas les seules ? Il y a pas mal d’effets très « Led Zeppeliniens » et Burning Lands sonne un peu Pink Floyd non ?

KOMODOR : aaaaaah ouais c’est vrai… Chacun se fait griller sur ses influences, on a rien inventé malheureusement… Non c’est des influences, c’est pas de la copie non plus ! « de la musique sous influence »

Melin : Du David Bowie aussi !

Elrik : On écoutait pas mal Bowie et Queen pendant la création ?

Yves-Marie : Oui carrément, des trucs comme Sweet aussi qui montent très haut dans les voix

Melin : 10CC aussi …

Goudzou : Nazareth on a poncé tous les albums…

Yves-Marie : On a écouté pas mal des trucs à la Who aussi pour la partie un petit peu électronique on va dire, quand il y a des boucles notamment sur Fall Guy. On s’est vraiment inspiré de ça.

LFB : Est-ce qu’il y a un message à retenir derrière cet album ? Car il y en a plusieurs ne serait-ce que sur les singles, entre « le retour au plaisir simple, à la joie brute » sur Bliss & Joy, et « refuser le contrôle qui s’insinue, défendre sa liberté, garder les mains levées non pour se rendre, mais pour s’affirmer » sur Raise Your Hands. Qu’est-ce qu’on garde fondamentalement ?

Elrik : Qu’on est des râleurs…(rires)

Goudzou : Qu’on se bat pour notre liberté quoi. Et pour la liberté des autres, on en a marre aussi d’être sous pression je pense.

Matt : On est des éternels optimistes aussi quoi.

Goudzou : On a envie que tout le monde aille bien et soit heureux et content !

Melin : Aimez-vous les uns les autres ! (rires)

LFB : J’ai beaucoup aimé le single Soul Tricker, qui dénote un peu du reste. Peut-être par son côté un peu moins joyeux, plus sombre, mystique, « chamanique » pour reprendre un de vos termes. Comment vous aboutissez à ce genre de titre, quelle était l’inspiration initiale ?

KOMODOR : Oui c’est vrai. Ah celui-là il y a un peu de haine…du disco aussi ! De haine carrément ?

Goudzou : Ouais celui-là il a un peu de haine…

Melin : il a un peu un côté « aqua poney » tu vois (bruitages imitant la mélodie)…

Yves-Marie : Ouais il a un côté un peu aérobic aussi quand même !

Goudzou : T’as la haine mais t’es content d’aller à la bagarre quoi !

Ah donc en fait la source d’inspiration c’était le cours d’aquagym quoi ?

KOMODOR : Ouais voilà, espace détente ouais (rires)

LFB : Inversement Bliss & Joy est lui beaucoup plus lumineux, vous y avez même ajouté des cuivres ! Vous les avez trouvé où ?

Goudzou : Ouais ! Ah bah Douarn’ hein (NDLR : Douarnenez), sur le port, pendant les gras…

Matt : A Douarnenez il y a beaucoup de fanfares, on a des copains qui jouaient dedans. Et puis on les a enregistré du coup.

Goudzou : Il y a toujours eu cette culture-là à Douarn’, y a pleins de fanfares et elles jouent toutes pendant les gras, moi j’ai découvert ça, je suis pas de leur bled là…

Yves-Marie : « les gras » c’est le carnaval chez nous, comme le carnaval de Dunkerque mais en plus petit quoi, Mardi Gras quoi.

Elrik : Et il y a un festival de fanfares aussi.

Goudzou : Oui donc c’est pas compliqué de trouver des gens et puis on a plein de potes qui jouent du pouet pouet donc c’est facile à trouver, et ils jouent tous très bien.

Et l’idée d’incorporer ça au titre c’est venu comment ?

Goudzou : Déjà dans le premier album, ils sont venus jouer sur trois morceaux. Et du coup quand on a composé les chansons on s’est dit ah là ce serait bien d’avoir des cuivres, ça s’y prête, là il manque un truc. Alors plutôt que d’ajouter une gratte autant rajouter une sonorité différente. Des cuivres, parce que on a des potes qui en jouent et du coup c’est assez simple de les enregistrer.

Melin : Ce qui est marrant c’est que sur cet album-là (NDLR : le premier Nasty Habits), c’était pendant covid. C’est là où on a le plus d’invités sur l’album. Il y avait le couvre-feu, c’était à 18h ou 20h je sais plus, et c’était trop bien parce qu’on était à Douarn’, moi j’ai pas enregistré dessus mais j’ai squatté quand même, et tout le monde était à côté, du coup c’était simple.

Yves-Marie : C’est une petite ville. Tout le monde habite à côté. Du coup, c’est assez hyper simple de réunir des gens rapidement, quasiment la veille pour le lendemain.

LFB : Comment ça se passe pour vous le process d’écriture et d’enregistrement ? Comment se mettre d’accord à 5 dont 3 guitaristes ? Y a-t-il eu des changements, des évolutions par rapport au premier album ?

Elrik : Une évolution c’est qu’il y a trois guitares, il n’y en avait que deux sur le premier.

Yves-Marie : En fait ce qu’on a fait sur le premier album c’est qu’on a fait des enregistrements avec guitare sur guitare sur guitare, superposées, et on s’est rendu compte que ça manquait en live vraiment, donc c’est pour ça qu’on a demandé à Melin de se joindre à nous. On savait qu’il faisait de la gratte acoustique, électrique, des chœurs, d’où l’intérêt d’avoir une troisième guitare et tous les arrangements qu’on pouvait pas avoir en live avant, on jouait des riffs mais on pouvait pas forcément chanter dessus.

C’est personnel mais je peux pas chanter sur un riff donc sinon je faisais deux-trois accords mais ça c’est fait comme ça. Après Komodrag, on a appris à bosser un petit peu différemment aussi. En créant de l’air dans la musique. Là l’idée c’est de donner à chacun sur ses propres parties finies. Et non pas de reprendre une partie qui a été faite en studio, et de se dire là j’ai fait mon truc. Mais toi tu vas reprendre ce que je faisais, de bricoler un truc, là l’idée c’était vraiment d’avoir chacun ses parties et pas forcément de jouer tous en même temps.

LFB : J’aime beaucoup l’artwork de l’album, qui se retrouve dans les clips de Raise Your Hands et Bliss & Joy. Il y a un côté très « vanités » et un peu ésotérique, qui tranche nettement avec l’univers de Nasty Habits. Qu’est-ce qu’il signifie? Qui est la silhouette au milieu, et qui en est l’artiste ?

Goudzou : C’est Eggeyes son nom d’artiste. On l’a contacté parce qu’on aimait bien son boulot, il nous a proposé deux versions d’artwork, on en choisi une et puis voilà.

Yves-Marie : Ca nous a permis d’embrayer aussi sur la DA après des clips, parce que lui a posé l’univers avec le gant et nous on a repris ça pour avoir une DA bien assumée.

Matt : C’est vrai qu’on avait la musique mais pas forcément l’univers graphique, qui donnait vraiment la couleur, ensuite qui a donné l’idée de la scène, en résidence, on a eu envie de changer les choses scéniquement, bon a pas changé 36 000 choses non plus. Il a pris le temps d’écouter l’album en boucle et nous ça nous a permis d’aller vers quelque chose et se projeter. L’idée des clips est venue assez naturellement et rapidement. On était aussi un peu pressés, comme d’hab !

Yves-Marie : On avait contacté un autre DA, international, un artiste néo-zélandais qui bossait pour un groupe qu’on aime bien, mais le gars avait pas forcément le temps, et puis c’était hyper dur de se contacter avec les fuseaux horaires et tout, c’était compliqué d’échanger, il avait pas le temps et on s’est dit « bon si on paye mais qu’il a pas le temps de se donner à fond c’est dommage », donc on a abandonné l’idée et on a bossé avec Eggeyes, Valentin, qui était à Rennes et on avait plus beaucoup le temps…

Goudzou : Et lui aussi c’était le dernier projet qu’il prenait parce qu’il avait trop de trucs…

Melin : Il était postier-tatoueur-graphiste !

Matt : PTG, Postier-Tatoueur-Graphiste…

LFB : On le sait vous êtes bretons, comment on réussit à percer quand on est excentré de la capitale ? Quels sont les plus grands défis à surmonter pour arriver demain / en mars sur la scène de la Maroquinerie et même à l’international ?

KOMODOR : On harcèle les gens avec notre musique, voilà !

Goudzou : Déjà de trouver un camion !

Matt : Oui j’allais dire ça ! Sortir de la Bretagne !

Goudzou : Ouais on a deux heures et demi pour sortir de chez nous mais on s’en fout on aime la route !

Yves-Marie : En fait vu qu’on est une région assez rock n’roll, on a quand même fait pas mal de tournées sans sortir de chez nous en fait. Les premières années on a fait beaucoup de dates sans sortir de Bretagne parce qu’il y a tellement de clubs, il y a tellement d’endroits pour jouer que la première tournée on faisait pas forcément beaucoup de bornes…

Goudzou : On était fatigués en rentrant quand même (rires)

Melin : En fait on fait nos vacances à Douarn’ sinon on s’en veut un peu trop pour l’empreinte carbone donc on reste à Douarnenez pour les vacances et après on trace la route !

Yves-Marie : On a eu la chance de grandir en Bretagne, pour le rock en tout cas il y a une grosse culture rock n’roll en Bretagne, la Loire-Atlantique et la Normandie sont pas loin avec une bonne culture rock aussi donc ça laisse pas mal de spots…

Goudzou : Là c’est d’ailleurs un peu le défi de cette année sur cette tournée, c’est la première fois qu’on va vraiment sortir de Bretagne quoi. C’est la première fois qu’on va faire des dates partout en France avec Komodor, chose qu’on a fait avec Komodrag mais avec Komodor on a pas vraiment fait. On a tourné beaucoup en Espagne, on a fait une date en Allemagne, mais en France on a pas dépassé Paris quoi…

LFB : Du coup vous êtes dans quel état d’esprit là ?

Goudzou : Excités !

Yves-Marie : C’est ce qui est excitant avec ce projet, avec Komodrag on a pas mal tourné en France mais avec Komodor on a fait une date le plus au sud dans les Pyrénées et en Espagne mais l’Est , Lille tout ça, on a quasiment pas fait. On a fait un festival en Allemagne qui s’appelle le Freak Valley, c’est un festival assez cool parce qu’il est filmé par la télé Rockpalast, c’est une télé mythique de live allemande des années 70…Mais à part ça avec le projet mine de rien on est pas vraiment sortis de la France.

LFB : Mais du coup c’est quoi la façon de faire pour en sortir justement ?

Yves-Marie : La volonté. Trouver des nouveaux partenaires, tour, label, et on a vraiment cherché des personnes qui pouvaient nous permettre de nous exporter.

Melin : Parce que le côté Komodrag a aidé aussi, on a joué un peu partout et ça a aidé aussi.

Matt : En fait on était sorti du covid aussi avec le premier album, c’était un peu flou et maintenant on a une équipe…

Yves-Marie : Et Komodrag a aussi pris le dessus rapidement, ça mieux marché, les frontières se sont ouvertes assez rapidement alors que quand Komodor est sorti c’était encore bloqué par le covid, mais l’album de Komodrag est sorti un an après et là c’était plus ouvert, il y a eu un concours de circonstances qui a permis de s’exporter plus.

Goudzou : Il y a eu plus de laps de temps entre la finition du premier album, la sortie, et au final à ce moment-là il fallait bosser Komodrag à fond pour pondre un live, on avait trois morceaux ! Donc on s’est dit bon, on a pas fait tout ce taf pour rien, on va pondre un album et c’est pour ça que ce nouvel album de Komodor sort 4 ans plus tard, entre temps on a bossé à fond sur du Komodrag et au bout d’un moment on s’est posé la question de la suite. Les Moundrag avaient déjà pas mal de morceaux dans la boite pour sortir un second album et ça nous a motivé aussi à faire un Komodor donc on s’est lancés là-dedans et on verra la suite !

LFB : Finalement tout ça c’est une histoire d’être au bon endroit au bon moment, Time & Space quoi !

(rires)

Yves-Marie : On l’avait pas vu comme ça mais finalement les étoiles sont alignées, on va s’arrêter là !

LFB : Ici sur La Face B on aime bien connaître les derniers coups de cœur des artistes qu’on rencontre, quels sont vos récents crush en musique, cinéma, livres ?

Goudzou : Alors moi After Geography je trouve que l’album est vraiment très bien, j’ai hâte qu’on joue avec eux à La Maroquinerie parce que j’entends et je lis que des bons retours…

Yves-Marie : Oui et en live c’est vraiment très très classe…

Melin : Moi je suis en boucle sur du Paul McCartney, c’est un truc que je connaissais déjà mais là je réécoute beaucoup…

Yves-Marie : On a aussi hâte, on a écouté un peu en avant-première le prochain album des Howlin’ Jaws, les copains de Paris, ils vont le sortir en fin d’année et ça va être très très classe, c’est un album incroyable et on leur souhaite vraiment le meilleur !

LFB : Et j’aime bien conclure avec l’origine du nom du groupe, vous pouvez nous expliquer comment vous en êtes arrivés à  Komodor ?

Elrik : Pourquoi pas ?

Matt : C’est symétriquement joli… Ca fait Rodomok à l’envers…

Elrik : C’était mon idée, et c’est moi qui en ai le plus bavé de ce K… Parce que en effet l’histoire de la symétrie avec des O, c’était pour faire un joli logo et en fait un K en typographie c’est l’enfer…

Goudzou : Mais l’histoire est belle, ça t’es venu des commodo de bécane… (NDLR : les commandes de clignotants, éclairage, essuie-glaces)

Elrik : Oui c’était en roulant…Mais ça s’écrit avec un C

Yves-Marie : C’est un clébard aussi…

Elrik : Non c’est Komondor.

Matt : Les Commodores, le premier groupe de Lionel Richie…

Melin : Il y a un ordinateur aussi, une bagnole…

Goudzou : Mais ça n’a rien à voir avec tout ça (rires)

Matt : On est pas original mais on est les premiers avec un K ! C’est notre côté Breizh’nek !

Goudzou : On aurait peut-être mieux faire de s’appeler Rodomok…

Elrik : Ca sonne un peu moins bien …

Matt : Après chacun peut l’identifier à ce qu’il veut. Parfois on est des fonceurs et on s’est retrouvé en mode « merde il manque le nom du groupe »…

KOMODOR : Comme la pochette les gars ! (rires)

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