SPLIT sera en concert le 19 février prochain au Point Ephémère. L’occasion était donc idéale pour partager notre rencontre autour de leur premier effort : Violence Breeds Violence. Un entretien sans concession où l’on parle de comment la musique peut sauver la vie, de hardcore, de noir et blanc et de politique.

La Face B : La première question que je pose toujours aux gens, c’est comment est-ce que ça va ? Comment vous avez vécu cette première année justement de Split ?
Raphaël : C’était top, pour ma part.
Romain : Non, c’était cool parce qu’avec Raph, on est les deux derniers arrivés dans le groupe. Et je pense qu’on était tous les deux aussi contents de rejoindre le groupe. On a fait des belles salles, on s’entend tous super bien. Sur scène, ça répond bien. On est très contents de cette fin d’année, c’était cool.
Marvin : Ouais, ils sont arrivés en juin ou juillet. Quand SPLIT avait trois concerts à son actif et trois singles. Ils ont remplacé les deux premiers guitaristes qui sont partis pour des raisons qui les regardent et on a aucun problème avec ça. Ils ont fait leur premier concert le 3 novembre à Marseille. Et depuis, on a enchaîné les dates.
Tout se passe très bien. On a bientôt fini la première partie de la tournée, qu’on finit à Évreux le 13.12 : ACAB ! Et on a déjà une partie 2 prévue pour l’année prochaine. Et on a trop hâte.
LFB : Je vais te poser à toi cette question-là (à Marvin) parce que nous, on se connaît depuis un certain moment. Je t’ai vu dans des états fluctuants.Tu as l’impression que ce projet t’a beaucoup apaisé, t’a permis d’avancer vachement, que ce soit en termes musical, mais aussi humainement.. ?
Marvin : Carrément. En tant qu’individu, c’est le jour et la nuit. Il y a pas mal de monde qui me le dit. Cet album m’a permis d’extérioriser énormément de trucs que j’avais en moi.
J’ai Arrêté de me cacher derrière quelqu’un que je ne suis pas et de faire des trucs qui ne me concernent plus, qui sont pour moi, du passé. J’avais envie d’avancer pour guérir. Quand on avance, qu’on règle ses problèmes et qu’on dit ce qu’on a sur le cœur, ça va tout de suite un peu mieux. C’est sans doute la raison pour laquelle c’est le jour et la nuit avec moi maintenant.
Je suis content de ce qu’on fait aujourd’hui. Je suis fier de jouer cet album avec mes copains. Attention,je ne dis pas qu’avant je ne jouais pas avec des copains. Mais je suis content de l’équipe qu’on a là et de ce qu’on est en train de réaliser.
LFB : J’ai l’impression que c’est un peu moins chaotique.
Marvin : Ouais, clairement. Même si je suis encore un peu à la bourre, et que gérer pleins de trucs c’est assez compliqué pour moi. Donc des fois c’est un peu chaotique (rires).
LFB : Vous allez me dire, parce que tu parlais justement d’extérioriser les choses. Moi j’ai l’impression, quand j’écoute SPLIT et quand j’écoute l’album, qui est quand même quelque chose de très resserré, on a l’impression d’avoir de la volonté d’un uppercut. Un truc qui est pensé et vécu pour, toi, te libérer de choses, mais frapper les gens qui vont l’écouter.
Marvin : Oui, c’était plutôt simple et fluide à écrire mais un exercice compliqué d’utiliser GarageBand, je suis une merde dessus et je ne me suis quasiment jamais servi d’ordinateur, parce que je n’en ai jamais eu. Alors j’écrivais d’une traite par manque de savoir faire et ça a été un peu pareil pour les paroles. C’est sans doute ça qui donne un peu ce côté resserré, uppercut, c’était aussi ma volonté donc ça m’allait très bien. Après c’est Lucas qui m’a aidé, Lucas, qui est bassiste d’ailleurs chez nous, et qui m’a aidé à mettre en place tout ça sans changer ce côté brut. Et putain, c’était quoi déjà la question de base ?
LFB : Le côté percussif.
Marvin : Oui, le côté percussif. En fait, là ou c’était dur, c’est que les émotions que je ressentais, j’étais conscient que ça ne touchait pas que moi en fait. Je ne suis pas le seul à ressentir ça, tout ce qu’il y a sur le disque. Le truc qui était un peu difficile pour moi, c’était de l’écrire de façon à ce que les personnes puissent aussi s’identifier dedans.
Parce que des fois, j’ai du mal à exprimer ce que je ressens, gérer mes émotions,la communication, mettre des mots sur ce que je ressens etc. (Je suis en train de faire une procédure en ce moment pour savoir si j’ai un trouble autistique) car selon mes proches et les professionnels de santé que j’ai vu, je coche beaucoup de cases. J’ai beaucoup de problèmes de communication, et pas que ça, ça me fatigue pas mal. Par le passé et même sans doute encore aujourd’hui j’ai agi de manière instinctive et pu paraître brut de décoffrage, je dis ce que je pense sans parfois réfléchir et me mettre à la place des autres, je travaille pour améliorer ça. Pour l’album, je voulais faire en sorte que je puisse partager ces sentiments, convictions et émotions avec le peu de monde qui l’écouterais. j’avais envie que l’album puisse rassembler par le biais de causes communes ou expériences communes.
Je pense qu’il y a pas mal de gens qui peuvent se sentir concerner là-dedans, ce sont des sujets qui sont trop souvent mis sous le tapis ou tabou pour certains.
LFB : Oui, parce qu’il y a un vrai travail de recherche sur le texte. Tu sens que ça a été réfléchi, pensé, ne serait-ce que pour que ce soit musical, mais aussi pour que les mots soient impactant.
Marvin : Oui, en fait, les textes viennent assez vite en général, souvent. Mais après, le truc, comme je disais tout à l’heure, c’est de bien formuler les phrases pour les rendre inclusives.
LFB : Et ce que j’ai aimé dans l’album, parce que c’est vraiment un genre musical dont je suis très éloigné à la base, c’est que tu as quand même une vraie recherche mélodique. Ce n’est pas brutal pour être brutal, il n’y a rien de dissonant. Les morceaux se tiennent avec une énergie et une puissance, mais c’est quand même fait pour être écouté. Il n’y a pas ce truc répulsif.
Marvin : Oui, je n’aime pas dire ce mot car il ne reflète pas notre musique ni notre genre, mais il y a un côté assez “pop” dans la composition. Il y a des couplets, des refrains, des ponts. C’est assez classique, j’pense que ce n’est pas juste casser la gueule pour casser la gueule. Il y a un côté noisy aussi dans l’album, mais ce n’est pas de la noise pour autant, c’est en accord avec les textes, souvent dans la volonté de les appuyer. Je suis pas surpris que tu dises ça, parce que c’était aussi quelque chose qui me tenait à coeur.
LFB : Justement, comment vous êtes arrivés à ce type de musique-là, qui est quand même très éloigné de ce que tu avais l’habitude de faire ?
Marvin : J’ai eu une grosse période hardcore il y a quelques années. J’ai regardé un documentaire qui s’appelle “New York Hardcore 1995” sur la scène new-yorkaise des années 90. Ça m’a pas mal marqué, et je me suis dit, en regardant ça que c’était ce que j’avais envie de faire.
Ca m’a encore plus poussé, parce que je commençais déjà à composer des trucs et disons que ça m’a plus orienté vers la démarche à suivre.
Raphaël : Je pense qu’il y a une démarche pour chacun de nous dans le groupe, il y a un truc un peu cathartique. Je pense qu’aussi, on vit dans une société qui devient de plus en plus violente. On a une violence, à extérioriser, chacun dans le groupe. On le fait chacun pour des raisons différentes, mais je pense que le truc qu’on minimise, c’est qu’on ne vient pas tous de ce milieux-là, le hardcore. Et je pense qu’il y avait ce besoin d’exprimer une sorte de violence qui est un peu en chacun de nous, et qu’on a besoin d’extérioriser.
C’est un moyen de canaliser tout ça. On le met dans les bonnes choses, on le met dans la musique. Et je pense qu’on est arrivé aussi avec Romain, parce que je pense que ce qu’a raconté Marvin nous a plu aussi, et que ce n’était pas juste un truc qui reste enfermé dans une case. Il y a tout ce truc d’écriture, qui fait que ce n’est pas que du hardcore, et que ça va parfois un peu au-delà de ça. On ressentait aussi qu’il avait vraiment un truc à raconter. Il avait un truc à gueuler, et ça, pour le coup, tu as envie de te mettre derrière lui et de le pousser.
Marvin : Franchement, je trouve ça génial d’avoir des gens qui sont autant à fond qu’ils peuvent l’être et qui poussent le truc pour l’emmener le plus loin possible avec toi.
LFB : Oui, qui comprennent ta vision et qui t’aident.
Marvin : C’était hyper important, franchement, parce que c’est exactement ce qu’ils sont.
Romain : Tout est vrai. Je trouve, vu les concerts qu’on a faits les mois derniers, il y a une vraie synergie qui se fait sur scène. Il y a un truc qui fonctionne. Il y a une espèce de défouloir commun qui est hyper satisfaisant. Que ça soit sur scène, en répète, je pense que c’est partagé par tout le monde, et ça fait du bien.
Moi, je ne suis pas trop du hardcore de base, je viens plus du métal, je suis un gros fan de Slayer, de Black Sabbath… La première fois que j’ai écouté l’album, c’est Jérémy, le batteur, qui me l’a fait écouter. J’ai adoré, j’ai trouvé un truc qui était assez différent par rapport à ce qu’on écoute aujourd’hui. Je voulais vraiment faire partie de ce groupe. Aujourd’hui, je suis content d’être là, ça marche vraiment bien entre nous.
LFB : Ce qui est intéressant, c’est que j’ai l’impression qu’il n’y a pas de dogme musical, de référence à ce style-là. J’ai l’impression que vous vous traitez de manière presque naïve, et enfantine, et qui permet de mettre votre patte à vous complètement dans ce style-là.
Marvin : Oui, certainement. Après, moi, je suis un gros fan de hardcore et ses dérivés, je n’ai pas forcément non plus envie d’être un cliché ambulant, même si j’aime beaucoup de codes du Hardcore et de retranscrire exactement ce que font les autres. Sinon, les compos ne seraient pas comme elles sont là.
Je trouve que notre démarche est hardcore, et qu’on a un son très punk hardcore, les morceaux le sont certainement aussi. On n’est pas fermé à y ajouter d’autres touches, parfois d’influences black metal,powerviolence, crust ou noise, ou ce que tu veux ! Dans l’album, il y a aussi une guitare classique Ibérique. Bref, on n’est pas fermé à d’autres choses et on fait ce qui nous plaît sur le moment.

LFB : Je trouve que le nom du groupe et le nom de l’album sont hyper importants, parce qu’on parle de violence et d’exprimer la violence, mais j’ai l’impression que c’est la musique, telle qu’elle est faite sur cet album, telle que c’est aussi fait, pour justement casser ce cycle de violence qui se répète en permanence dans la société et que d’exprimer des sujets aussi lourds et importants qu’ils sont dans l’album, ça te permet aussi de te dégager de ces choses-là. Cette violence que tu peux faire grandir en toi si tu ne l’exprimes pas correctement.
Marvin : Oui, carrément, Et puis après, dans le nom, il y avait aussi le fait que j’étais en pleine ruptureavec mon ancien projet, ça a du jouer et parce que je savais que le groupe pourrait diviser tout autant qu’il peut rassembler, j’avais besoin de cette cassure . Diviser aussi en termes de style musical, parce qu’il rentre dans une grande famille qui est la famille du hardcore, mais comme on disait il n’y a certainement pas que ça, et il y a des gens chez qui ça divise. Par exemple, il y a des gens qui diront qu’on n’est pas un groupe de hardcore, comme il y a des gens qui vont dire « si, au contraire, c’est hardcore ». Tout le monde en a sa définition, certains l’aiment plus orienté vers métal, d’autres plus vers le punk. Personellement je commence à m’en foutre un peu, puis il y a tellement de sous genres et dérivés du hardcore, tous aussi intéressant les uns que les autres. Et il y a aussi diviser sur les textes, parce que les sujets sont assez lourds, mais si les personnes ne sont pas d’accord avec ce que j’écrit, les invite à ne pas venir nous voir en concert. Le groupe s’appelle peut-être SPLIT mais on veut rassembler comme je disais.
Je trouve qu’au final, le nom, même sans avoir particulièrement été réfléchi, je suis content que ce soit celui-là, parce qu’il est assez en adéquation avec nous.
LFB : On n’est pas loin de spit, cracher…
Marvin : À la base, ça devait être ça. Je voulais que ce soit “Spit” Mais c’était déjà pris.
Romain: Ça me fait penser à notre concert à Orléans à lAstrolabe, on avait la porte de notre loge où ils avaient écrit “SPLIT” sur un petit tableau, mais c’était à la craie et plus la soirée avance, il y avait quelqu’un qui effaçait à chaque fois une lettre sur le tableau, donc c’est passé à “Spit” puis genreà « Pit ». Et Coilguns qui jouait avec nous ce soir là, c’est passé à “Oil”. Bref
LFB : Justement, les thématiques, tu vois, un morceau comme Coward qui parle quand même d’un truc hyper intime et hyper violent et tout ça, ça te fait de la jouer, de la rejouer, de la rejoindre. Est-ce que ça te permet de plus te libérer de toute cette histoire-là ? Ou est-ce que ça te fait…
Marvin : Oui, déjà, ça me permet de me rappeler pourquoi je suis là. Chaque début de concert, je sais pourquoi je suis là.
Et ça permet aussi de régler un peu mes comptes avec ça, parce que ça ne sera jamais réglé, cette histoire. La personne qui a fait ça, n’a pas été assez punie pour moi, ça lui a fait ni chaud ni froid. Ça permet de me défouler comme je l’aimerai à chaque début de concert.
LFB : Comme quoi, c’est ce qu’on fait sur la musique. C’est là quand même, ça te permet aussi de ne pas vriller…
Marvin : J’ai déjà vrillé une fois via cette histoire quand j’avais 20 ans. Si je recroise cette personne,je ne sais pas comment ça se passera, peut-être que je serai libéré d’un truc parce que jouer “Coward” en live comme tu disais, m’a peut être permis de passer à autre chose. Mais franchement, je ne peux pas te dire. ça n’est encore jamais arrivé. Je pense avoir mûri, j’essaie d’être mieux dans mes bottes et plus réfléchi, mais on ne sait jamais avec l’adrénaline ce qui peut se passer dans ce genre de contexte, quand des sentiments forts prennent le dessus, surtout quand c’est un truc aussi traumatisant pour ta famille.
Si on la joue en début de set, si ça introduit l’album, c’est pour une raison. Ça me rappelle pourquoi je fais ça. C’est tout.
LFB : La question est évidente au vu de l’album. Est-ce que vous pensez que la musique se doit forcément d’être politique et revendicatrice ?
Marvin : Avant je ne partageai pas forcément cet avis, maintenant je répondrais oui, en tout cas, c’est une des raisons qui m’anime aujourd’hui. De mon expérience et de ce que j’ai fait, aujourd’hui, si on ne faisait pas ce qu’on fait là avec SPLIT, j’aurais arrêté la musique. Clairement. J’ai besoin d’avoir un sens à tout ça, d’avoir un message. Parce qu’en fait, juste faire de la musique pour faire de la musique, ça ne m’intéresse plus, je n’en joue d’ailleurs pas si bien, et je préfère jouer au foot par exemple. Le milieu, il ne me plaît pas non plus de ouf même si j’aimerais y rester par la suite pour apporter mon expérience à d’autres et y travailler à ma façon. Après être sur scène et partager des choses avec le public, des sentiments, des convictions, c’est différent, si je me donne autant de mal, c’est aussi pour ça.
On a des choses à dire. Si on ne le fait pas, personne va le faire à notre place. Surtout dans ce monde ou nos idéaux politiques sont invisibilisés. Il faut prendre le peu de temps de paroles qu’on nous accorde pour bousculer un peu les choses et dire ce qu’on pense.
LFB : Justement, ce que vous disiez tout à l’heure, c’est aussi ce qui vous a attiré dans ce projet-là, pour le rejoindre, c’est le propos et ce qu’il avait envie de défendre.
Raphaël : Oui, complètement. Parce que, je répète ce que j’ai dit tout à l’heure, je pense qu’on est dans une telle violence du quotidien avec tout ce qui se passe dans le monde, aux États-Unis, à Gaza ou même en France etc. En fait, tu te dis, quand tu es artiste, tu as cette place-là où tu es quand même privilégié, où tu peux avoir une sorte de moyen de t’exprimer, d’exprimer tout ça.
Romain : On a un temps de parole. Pour moi, je n’ai pas envie de l’utiliser pour dire à mes ami.e.s « Salut, je suis machin, je fais ça, prenez mes places pour mon concert. » Ta gueule, en fait.
Marvin : Toi t’as plus de potes après l’interview (rires). Nan mais je suis d’accord.
Raphaël : Moi, c’était évident que je n’allais pas me mettre dans un groupe qui n’avait rien à dire. Surtout en ce moment. Surtout dans le climat actuel.
LFB : Ce qu’il y a d’intéressant, je trouve, dans l’album, c’est que tu parles de sujets sociétaux, de violences conjugales, de violences policières. En fait, tu parles aussi de choses plus centrées sur ta génération, sur la dépression, les excès…
Marvin : Oui, du burn-out aussi … le besoin vital de faire quelque chose pour soi et d’arrêter de faire des choses pour les autres.
LFB : C’est ce que j’allais te dire, c’est que pour moi, il y a un titre dans l’album qui est un peu discret mais qui, pour moi, est hyper important. Que ce soit dans l’album ou pour toi, c’est Something Of My Own.
Marvin : C’est celui où les paroles sont vraiment les moins enragées et où il y a le moins d’insultes (rires). Pour moi, il veut dire beaucoup par sa simplicité parce qu’il est arrivé à un moment où j’en avais juste ras-le-cul de faire des choses pour les autres, de devoir exister à travers les autres et de plus pouvoir me saquer.
Les paroles sont hyper adolescentes et pas hyper réfléchies j’avoue, pour le coup, mais je m’en foutais. Je voulais juste répéter un truc pendant 2 minutes parce que c’est ce que je ressentais à ce moment-là. L’envie vital de faire un truc pour moi. tous les jours que je passais, j’avais l’impression que c’était pour les autres, d’être à coté de ma vie, mais de le faire parce que c’est comme ça. Bah nan, Fuck en fait, je pense qu’il y a beaucoup de gens qui sont dans ce même schéma. Clairement.
LFB : Ce morceau-là, c’est un peu l’idée de comment SPLIT t’a sauvé.
Marvin : Oui, un peu.
LFB : Qui t’a sauvé des autres, mais qui t’a aussi sauvé de toi-même et de ce que tu aurais pu devenir.
Marvin : Oui, l’envie d’exister à travers soi-même, une meilleure version de soi et de faire ce t’as envie de faire et que personne ne te dise quoi faire ou ce qui est bien ou pas bien, de plaire ou de ne pas plaire. On s’en bat les couilles, juste foutez-nous la paix. C’est très ado, mais on s’en tape.
LFB : Je te parlais de naïveté tout à l’heure. Je trouve dans cet album-là un truc justement très adolescent et autour d’une espèce de pureté de j’ai envie de dire les choses et que je les dis en fait.
Marvin : Je suis encore un grand adolescent. J’ai 32 ans et je le suis toujours. Je déteste quand on me dit quoi faire, j’ai un problème avec ça, surtout avec l’autorité. Quand tu oublies ce que t’es au fond de toi car tu sais pas comment réagir, bah tu déprimes ta race, tu fais un burn-out et au bout d’un moment, tu as les idées sombres. A un moment il faut trouver le moyen de t’en sortir, te sortir de tout ce qui fait que tu en es arrivé à ce point.
Romain : Mais je pense que tu as ressenti un espèce de réveil.
Marvin : Je fais ce que j’ai envie de faire aujourd’hui et je peux exprimer ce que je ressens par le hardcore, la musique que j’aime.
Est-ce que ce n’est pas ça, au final, exister ? Vous avez 4 heures.

LFB : Ce qui est intéressant, justement, c’est que personne ne te dit quoi faire. Il y a un truc qui m’a vachement impressionné dans cet album, c’est l’utilisation de ta voix. J’ai l’impression qu’il y a une vraie discipline pour pouvoir chanter comme tu le fais et qui va aussi dans le sens des changements que tu as apportés à ta vie et de pouvoir tenir ce rôle de leader et de l’intensité de ce que ça fait dans ta musique, en fait.
Romain : Nous, on la voit la discipline. Les concerts, c’est zéro bière.
Raphaël : Il n’y a pas d’alcool, c’est full tisane.
Marvin : C’est pas mal de sport. C’est intense et ça demande un minimum de discipline sinon t’es forcément moins performant, d’ailleurs dès que j’ai fait un petit écart je l’ai ressenti. Une bonne hygiène de vie qui va en accord avec la personne que j’ai envie d’être. Là, on boit une bière, c’est pas pour autant que je vais me mettre une cuite, et je ne vais pas négliger non plus le fait de prendre une cuite de temps en temps, pour décompresser un peu. En vrai, c’est un équilibre personnel à trouver, chacun a ses rituels, sa façon. J’envie les “Straight Edge”, j’admire beaucoup. Peut-être qu’un jour, je pourrais y aspirer.
Pour l’instant j’ai encore quelques trucs à régler avec moi, surtout avec l’alcool. J’adore la bière, mais je pense que si j’en bois, des fois, par exemple quand je suis sur Paris, c’est aussi parce que j’ai un problème d’anxiété sociale. Il y a de ça. Peut-être que d’ici quelques années, ça changera, je l’espère. Pour l’instant, j’ai arrêté pas mal de choses mauvaises pour la santé physique et mental depuis quatre ans et demi, dont la clope, bon à part quand je suis très déchiré et encore (rires).
LFB : C’est un chemin.
Marvin : Je suis sur le bon chemin, je bois beaucoup moins qu’avant et je tiens un journal depuis trois ans. Je note tout ce que je bois et ce que je fume (quand ça arrive) Il n’y a pas un seul jour où j’ai loupé depuis trois ans. Ça fait partie de la rigueur, de vouloir changer. J’ai vu un addictologue et j’aurais pu dire que je fais ça un an et j’arrête, ça va mieux. Non, ça peut toujours être mieux.
LFB : C’est ce que je m’étais dit avec l’alcool.Je me suis dit que je vais le faire un an et on verra bien.C’est intéressant. Le rôle de leader dans un groupe fait aussi partie de cette évolution et de ton chemin vers le mieux. Je n’ai pas l’impression que tu aurais pu faire ça il y a deux ans.
Marvin : Je mettais toute la violence que j’avais en moi dans ma basse et dans ma consommation d’alcool. J’avais l’impression d’être un clown. Les gens après les concerts au merch me disaient “ Tu joues bien et t’as a une belle énergie, sa défonce”. Ça ne me faisait ni chaud ni froid, j’étais juste un gars malheureux et anxieux qui ne voulait plus être là et voulait jeter sa basse partout puis se déchirer la gueule. “Pourquoi tu jettes ta basse” parce j’en ai plein le-cul en fait mais que j’arrive pas à m’en sortir. J’étais en dépression, j’essayais de me dire que j’avais de la chance de jouer sur scène alors qu’à chaque fois, je me disais « Je n’ai pas envie d’être là. Qu’est-ce que je fous là ? » J’avais l’impression de me trahir.
LFB : Ça n’existe plus du coup ?
Marvin : Non. En même temps, je n’ai plus de basse (rires). Je n’en joue pas dans le groupe, mais j’écris avec et qui sait peut-être qu’un jour j’y reviendrai, on ne sait jamais …
LFB : Tu continues à composer ta musique.Est-ce que l’évolution c’est aussi de laisser aux musiciens une part dans la création ?
Raphaël : C’est un truc qu’il nous a annoncé dès le départ quand on est arrivés avec Romain. Pour nous, ce n’était pas une condition pour jouer dans le groupe. On ne s’est pas dit qu’on voulait rentrer là-dedans pour pouvoir écrire. Mais c’est le premier truc qu’il nous a dit quand on est rentrés dans le groupe : « J’ai envie que ce soit un groupe et que tout le monde puisse participer à sa hauteur ».
Marvin : On fait step by step. Je continue à penser à des compos. On les travaille ensemble en répète ensuite. Je pense que pour garder notre identité, une suite logique, c’est bien de fonctionner comme ça. Je ne suis pas fermé pour la suite, ils apportent des idées aux compos, me parlent, on communique. Pour l’instant, je suis sur le prochain et on commence déjà à en parler, de comment on pourrait faire des démos ensemble.
LFB : Même dans l’enregistrement des morceaux.
Marvin : Je pense que c’est assez important de garder ce truc un peu insouciant et noob de ma part, d’écrire comme j’écris, parce que c’est aussi ce qui fait le son de SPLIT. Pour l’enregistrement à venir même si j’écris les compos , chacun joue ses parts, je n’enregistrerai plus solo avec Jey (Nottre batteur) c’est bien que tout le monde enregistre ce qu’il fait en live.
LFB : Je trouve que les visuels sont hyper importants, que ce soit les clips, la pochette, le côté noir et blanc assumé. L’identité visuelle pour toi dans SPLIT, quelle importance a-t-elle ? Est-ce que c’est quelque chose que tu as réfléchi même avant d’envisager la musique ?
Marvin : Oui c’est voulu, je voulais une direction, des visuels en accord avec notre musique qui pour moi ne mérite pas d’être mise en couleur, parce qu’elle est tout simplement sombre. Je trouve ça intéressant de collaborer avec des artistes, qui plus est, comprennent ce qu’on a voulu retranscrire. Je trouve l’art en général souvent snobe et bourgeois, j’avais besoin que notre direction artistique soit à l’opposé.On n’a rien inventé. Les supports artistiques que tu choisis doivent être en accord selon moi avec ton univers. C’est aussi ce qui introduit ta musique.
Peut-être que ça évoluera un jour pour le noir et blanc, je ne sais pas, je n’y pense pas. Pour l’instant, je n’en ai pas forcément envie, au vu même de ce qui se prépare pour la suite. Mais je ne suis pas fermé à ça. J’attache une importance particulière à avoir un univers contemporain, on ne vit pas dans le passé, on parle de choses très actuelles.
Tout ça était en adéquation avec le travail de Rémy Barbe, qui est un réalisateur. Le fait que ce soit très cinématographique, pour moi, c’était logique et assez différent de ce qu’on peut attendre d’un groupe de hardcore. Après, le fait que j’aie dû jouer dedans, ça m’a saoulé. Clairement, je ne suis pas acteur, mais on n’a pas de fric, donc j’ai dû le faire. Après, Rémy me disait « Qui peut mieux jouer tes paroles que toi ? » Oui, peut-être, mais je ne suis pas acteur quand même (rires).
Raphaël : Tu t’en sors bien quand même (sourire).
Marvin : Oui mais c’était chiant. je déteste me voir dedans, j’aurais préféré que quelqu’un joue à ma place.
Raphaël : L’exercice est désagréable mais tu t’en sors bien.
Marvin : C’est important de travailler avec des gens qui comprennent ta musique. Je pense que Rémy la comprend. Il est lui-même fan de hardcore et de films d’horreur comme nous dans le groupe. Déjà, d’être sur la même longueur d’onde, parler le même langage, ça aide, mais aussi l’amitié. Rémy est devenu un super ami à nous. Basile Marion, qui a fait le premier clip avec des images d’archives, etc. Pareil, d’ailleurs, ils ont travaillé à deux sur notre dernière live session. On continuera certainement à travailler ensemble, parce que j’aime bien travailler avec les gens que j’aime… Je suis quelqu’un d’assez casanier, je dirais. Même si c’est bien de s’ouvrir pour voir ce que d’autres personnes peuvent proposer. Rémy, je le vois un peu comme un membre supplémentaire du groupe.
Peut-être un peu comme ce qu’Andy Warhol a été avec le Velvet au début. Oh, tu as vu la référence ?
Romain : Tu vas lui chier dessus.
Marvin : C’est justement pour ça que je l’ai dit. Andy Warhol était une grosse merde. Voilà.
Romain : Non, et là, il est parti en tournée avec nous (Rémy). Il a été d’un soutien énorme. En plus du travail qu’il apporte visuellement. C’est une personne en or et on s’entend super bien. Moralement, il nous a fait beaucoup de bien. Je pense qu’il a clairement une part dans ce qu’on est en train de faire.
LFB : Une dernière question. Quelles sont vos envies pour la suite en 2026 ?
Marvin : Plus de dates. Jouer le plus possible pour défendre l’album et nos idées. Continuer de dire des choses qui comptent pour nous.
LFB : Trouver un tourneur ?
Marvin : Trouver un tourneur, pourquoi pas. Après, s’ils ne viennent pas nous voir en concert et qu’ils ne veulent pas signer SPLIT, c’est comme ça. Je le ferai tout seul.