Surfez sur la vague Tacoblaster !

Tom Caussade et ses acolytes de Tacoblaster sont prêts à tout retourner en ce début d’année et à créer toujours plus de magie. Pour leur cinquième album studio, la formation bordelaise a choisi de s’exprimer en toute liberté, de ne pas se mettre de limites. Véritable écrin d’expérimentation, Digital Fun-Zone! porte à merveille son nom. Douze titres garage punk électriques et libérateurs.

Tacoblaster, terrain de jeu et d’expérimentation

Il est doux, parfois nécessaire, de replonger en enfance. De laisser s’exprimer notre insouciance et notre spontanéité. Tacoblaster, c’est tout d’abord le projet de Tom Caussade. Le multi-instrumentiste bordelais écrit, compose et joue avec des tubes punk et power pop qui touchent leur cible, et bien plus ! Tom est accompagné de deux musiciens talentueux : Sabrina Ben Marzouk et Rémi Tourneur, pour leurs représentations live. Tour d’horizon sur Tacoblaster et leur dernier nouveau-né du 30 janvier : Digital Fun-Zone! 

En réalité, Tacoblaster n’en est pas à son coup d’essai. Depuis 2021, le trio a été plutôt productif car 4 projets sont déjà sortis. Leur premier album, Early Days, passé inaperçu à sa sortie, renferme pourtant une inspiration originale et des propositions pop-rock très intéressantes. On plonge dans des riffs saturés et vibrants, plusieurs couches vocales et une vibe années 2000/2010. On ressort les Converse, la mèche sur le côté et les jeans slim ! En 2023, un court EP de 4 titres, sobrement intitulé Tacoblaster, explore l’univers vaste de la pop, mais toujours à leur sauce ! Les guitares se font plus acoustiques, mais toujours avec une légère reverb dans les riffs. On ressent des inspirations de la pop-punk américaine des années 90/2000.

Royal Color, second album de Tacoblaster, sort en mai 2024 et on a du mal à imaginer qu’il n’ait pas eu plus de succès ! Le groupe fait ici la démonstration de tout leur talent à la guitare et à la batterie, et dans leur capacité à créer une esthétique, une ambiance unique. L’impression d’être plongé au cœur d’un album mêlant des inspirations de Blink 182, Green Day ou Nada Surf ne nous quitte pas. Mais Tacoblaster crée des tubes qui restent en tête, et un album qu’on met en relecture ! 

Le groupe sortira à la surprise générale un autre album en octobre 2024. Chew Goo Gum-Like Substance est plus garage et plus punk. Les guitares sont plus saturées, les voix plus pressantes, plus sèches. On commence à voir apparaître l’identité de Tacoblaster dans son ensemble : un terrain de jeu sans fin pour Tom, qui s’invente et se réinvente au fur et à mesure des projets. 

Un album surf-rock sincère

Nous arrivons aujourd’hui en 2026, et Tom Caussade n’a pas voulu nous laisser nous reposer en ce mois de janvier. Car voici Digital Fun-Zone!, cinquième projet de Tacoblaster. Sorti chez Flippin’ Freaks Records, Howlin’ Banana Records et Les Disques du Paradis, les choses deviennent sérieuses pour ce groupe émergent ! A la production, on retrouve Stéphane Gillet, qui avait déjà collaboré sur leur EP Tacoblaster. Sur ce nouvel opus, Tom Caussade a souhaité y délivrer toutes ses personnalités, pour en faire un projet personnel, qui pourra atteindre les auditeurs. Ainsi, lui et le producteur ont souhaité garder certains défauts des titres, certaines écorchures, qui en font un album riche et fidèle à ce qu’est Tacoblaster : un condensé imparfait, mais sincère. 

L’album débute sur le survolté Toxic Surfer, qu’on avait présenté à sa sortie il y a quelques mois ! Et l’envie nous prend de crier “Get out of my wave !” avec eux. Enfilez votre combinaison et attrapez votre planche de surf, car l’immersion commence fort ! Les guitares sont abrasives, le ton est donné : prenez la vague Tacoblaster immédiatement, ou restez sur la rive. 

Le second titre, Pyjama, nous transporte dans un tout autre univers où la batterie est à l’honneur. On retrouve toujours une vibe californienne grâce à la guitare, mais l’ambiance générale est plus légère et douce que le premier titre. Ici, on contemple, on reste sur la plage à admirer l’océan. Cela n’empêche pas Tom de parler de sujets plus personnels, comme ici l’anxiété et l’insomnie : My brain is on overdrive / Why can’t I shut off my mind. 

Tacoblaster réinvente le style surf-rock en diversifiant ses influences, et voici un parfait morceau tubesque et touchant. On en redemande !

Et on est resservi, avec le prochain titre de Tacoblaster, Jelly Field. Un de mes préférés de cet album, on retrouve des guitares rythmiques et mélodiques, presque légères. Mais si on creuse un peu, on perçoit une symbolique forte dans les paroles. Tom semble y dépeindre un personnage se noyant dans l’alcool et la cigarette pour s’évader de son monde, de sa tête, se laissant embarquer dans un “Jelly field”. Un lieu imaginaire sans problèmes. Le protagoniste ne sait pas comment délivrer son ami de ce mal, le synthé perçant à la fin du morceau semble nous rappeler ce sentiment d’impuissance et de malaise.

Ensuite, on enchaîne sur Plan B, un titre plus électro, plus abrasif et lo-fi ! Pour garder cet effet “plein de défauts”, la batterie a été enregistrée au téléphone, les guitares passées sur des ampli mal réglés, pour conserver l’instinct initial et l’ambiance “pressée” du morceau. On l’a dit, Digitale Fun-Zone! est une véritable cour de récré ! Plan B et son slacker rock évoquent la difficulté à se connaître soi-même. Il revendique le fait de foncer dans ce monde sans plan de secours, sans plan B !

Besoin d’une pause ? ça tombe bien ! Outer space vient nous offrir une bulle instrumentale bien méritée, qui nous transporte dès les premières notes. Puis les basses viennent créer de la texture, avant d’arriver sur des ajouts électroniques hypnotiques. 

Aux nuances moins insouciantes

Et c’est reparti ! En douceur avec le morceau Wendy, sa guitare acoustique et la voix veloutée de Tom qu’on prend le temps d’apprécier. Loin du rock abrasif des premiers titres, celui-ci est plutôt contemplatif. On a envie de se poser à une fenêtre et de rêver d’évasion ! On ne peut s’empêcher de penser au conte de Peter Pan et les paroles nous dépeignent une Wendy nostalgique de son passé et où elle s’est elle-même perdue. Elle doit retrouver qui elle est, ce qu’elle aime, faire le deuil d’une relation, vivre de nouvelles aventures. (It’s easier following his footsteps / It’s easier without any regret). 

Le repos, il en faut un peu mais pas trop ! Nous voilà repartis sur un titre clairement mené par la batterie et ces guitares saturées lo-fi qu’on commence à bien cerner ! Magic dog possède une énergie brute, éclatante, qui semble rendre hommage à un compagnon à quatres pattes. Le morceau est court, efficace, et redonne un coup de pep’s, en milieu d’album. Tom Caussade dévoile ici ses talents d’arrangeur et de musicien (il joue presque tous les instruments sur l’album !) et son imagination sans limites. 

Nouveau retour en enfance avec le titre Toyland, qui offre une palette sonore toute en reverb. On parle ici d’enfance et d’insouciance, où un simple jouet pouvait guérir tous les maux. “Plastic pieces heal my heartache”. Toyland démarre sur une interlude instrumentale d’une minute, qui bouclera sur tout le morceau, rendant le morceau hypnotique, rassurant, comme un doux souvenir qu’on prend plaisir à se remémorer. 

Sur Digitale Fun-Zone!, Tom a souhaité évoquer des sujets importants, parfois difficiles. Tout en gardant une âme enjouée, l’artiste nous évoque des thèmes qui le touchent personnellement. Le titre suivant s’appelle I Stay et dévoile les contradictions relationnelles et sentimentales que vous aurez peut-être déjà vécues. Ne pas se sentir à sa place, ne pas savoir parler de ses sentiments. Voir l’être aimé s’éloigner, se sentir seul. Tom Caussade pose des mots tristes sur une composition dansante, rageuse. Tacoblaster renoue ici avec son âme rock 90’s ! 

Un final expérimental éclatant

Nous passons ensuite à Swirl Girl, et je trouve que ce titre a un petit truc en plus ! Un côté rock blues qui fonctionne à merveille avec l’arrivée de cuivres discrets mais efficaces sur la seconde moitié du morceau. On a envie de balancer la tête, de se déhancher au rythme des percussions sèches. Swirl Girl ressemble à un patchwork de plein d’éléments variés, mais qui forme un ensemble cohérent et qualitatif. Ce qui en fait selon moi un des meilleurs titres de l’album !

Il y a sur Digitale Fun-Zone! une telle diversité de genres et de rythme qu’il est impossible de s’ennuyer, chaque morceau est unique. L’avant dernier morceau de l’album ne déroge pas à la règle ! On plonge dans un tout autre univers que le titre précédent. Slab City nous transporte dans un monde post-apocalyptique. L’ambiance du titre se veut assez angoissante. La basse prend le dessus mais se mêle à des cordes claires en opposition, plaçant directement ce sentiment de malaise. Plusieurs voix se mêlent, se joignent en harmonie pour envelopper l’auditeur. En seconde moitié de morceau, celles-ci se superposent, appuyant cette atmosphère angoissante. L’ensemble de Slab City fonctionne à merveille ! Elle hypnotise complètement l’auditeur et montre à nouveau toute la diversité musicale dont Tacoblaster est capable.

Pour clôturer l’album, Tom Caussade choisit de nous présenter Sing, une balade guitare-voix tout en douceur, qui tend vers l’indie pop shoegaze. On perçoit également les défauts dans la voix, faisant presque penser à une version live, et qui donne toute sa texture et son humanité au titre. Sur Sing, le musicien fait parler les défunts qui accompagnent leurs êtres chers partout où il vont. Walk through that door / Without turning back / And carry me as far as you can. 

Tacoblaster, pour ce cinquième projet, place la barre très haut. L’ensemble forme un tout pertinent, cohérent et en même temps touchant. Tom Caussade n’hésite pas à aborder des thèmes personnels, parfois difficiles, et qui peuvent être universels. Chaque morceau de Digitale Fun-Zone! est différent et possède ses particularités, ses défauts et c’est selon moi ce qui en fait un projet unique et dont on se souviendra ! 

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Crédit photo : Jean-Baptiste Laporte-Fray

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