Ulrika Spacek expérimente toujours plus avec EXPO

En écoutant d’une traite EXPO (Full Time Hobby), on ressent l’expérimentation jusqu’au-boutiste d’Ulrika Spacek. Les morceaux sont tous des moments d’exception, fruits de bidouillages noisy et pour le moins que l’on puisse dire, arty. Comme des bribes de voyages sonores qui, parfois, semblent joyeusement chaotiques. Dissonance et saturations cohabitent ensemble. Elles deviennent les caractéristiques d’une certaine exigence que s’est imposée le groupe britannique depuis sa création.

Du chaos expérimental à la contemplation sonore

Comment analyser cette entrée en matière qui prend pour titre la simplicité même : Intro. En 41 secondes, Ulrika Spacek pose un décor angoissant où une sirène de police retentit, des voix humaines s’interposent par bribes incompréhensibles et des samples déstructurés commencent à peupler l’espace. Une mise en condition fonctionnelle, totalement conceptuelle et nourrie d’étrangeté. On s’installe dans un climat anxiogène qui promet des surprises.

La véritable entrée dans la matière se fait avec Picto. Le morceau fait partie des derniers de la vague promotionnelle qui accompagnait la sortie de l’album. Picto se caractérise par son instabilité. Le morceau balade son auditeur entre une tension active et des moments plus contemplatifs où les blocs électroniques alimentent la machinerie noisy expérimentale. Pour l’apaisement, il faudra se faire patients, le morceau s’étend sur un peu plus de 5 minutes.

Avec ce qui pourrait s’apparenter à son refrain“But the message is out of sync”,  I just could do it souligne l’ironie d’un message en permanent décalage. Une boucle au piano ouvre le morceau pour jeter les bases “A cell, a seed, a dot” qui suggèrent l’origine pour nous entrainer progressivement sur un territoire plus alternatif. Indépendamment du genre musical, il en va de sa conception même qui joue avec l’analogique et l’électronique, métaphore sonore de la lente propagation de la technologie dans nos vies ? On appréciera le petit clin d’œil politique avec “Eyes accross America / A place in a fracture”.   

Build a box then break it est introduit par une répétition mécanique d’inspiration trip-hop – amateurs de Massive Attack, réveillez-vous ! -. Un geste répété pour justement concevoir la dite boite pour mieux la briser – rien qu’au son, on dirait qu’un marteau vient la briser à peine finalisée -. Les boîtes métaphoriques seraient celles de nos identités façonnées. Ulrika Spacek s’ouvre doucement dans un univers utopique, lumineux – traduit par les synthés -. Il trouve sa place ici alors que c’est bien lui qui était le premier à ouvrir les festivités pour annoncer l’album. On renoue avec une forme de contemplation.

Sur This time I’m present, les expérimentations sont mises en léger retrait pour en faire un morceau non moins riche sur sa composition mais beaucoup plus chaleureux voire carrément accueillant. On délaisse le caractère anxiogène jusque-là encore très prégnant, l’urgence pour une véritable enveloppe lumineuse. Un câlin réconfortant ? Oui, finalement c’est ça que l’on ressent. Et au moment où s’écrivent ces lignes, croyez-le ou non, l’éclaircie s’installe.

Voyage psychédélique et conclusion lumineuse

Après cette transition lumineuse, voilà qu’on bascule dans une espèce de lo-fi japonisante avec Showroom poetry. Les collages électroniques sont beaucoup plus discrets mais bien présents. Le morceau avance prudemment, la tension qui se faisait sentir sur les premiers morceaux réapparait mais, subtilement, intelligemment. Contemplation nous revoilà. Comme dans un paysage orné de gigantesques tours, Expo nous invite à observer toute la grandeur qui nous entoure. Expo s’installe par couche progressive et installe de légères variations dans les textures sans déstabiliser radicalement.

Laisser le paysage tranquille pour retourner à un espace bien plus mystérieux c’est le défi qu’impose Square Root of None. Est-ce qu’on ne serait pas dans un genre de laboratoire où les tableaux blancs sont peuplés de formules mathématiques complexes où l’on calcule Square Root of None ? La saturation des couches et la complexité auditive sont de retour. Ca fuse de tous les côtés pour mieux vous désorienter.

Non non, vous n’êtes pas dans un lounge bar où le DJ aurait du mal à mettre en route son ordinateur. On est toujours sur l’album d’Ulrika Spacek. Weights & Measures aurait toute sa place dans une bande originale d’un James Bond. Si vous étiez encore sonnés par l’écoute de Square Root of None, ce n’est pas Weights & Measures qui vous aidera à retrouver le chemin. Vous avancez sur un terrain complètement psychédélique qui vire à l’onirique.

Vous en êtes là, désormais en flottaison sur A Modern Low. C’est brumeux mais non moins chargé émotionnellement. Il nous prépare aussi bien psychologiquement que musicalement à la conclusion prochaine. Il en va d’une posture méditative sur l’ensemble du discours. La légèreté comme ligne directrice de cet avant-dernier morceau.

Et enfin, fermer l’opus avec Incomplete Symphony qui bien au contraire est très complète. Elle mêle les textures musicales telles les ambiances rock et atmosphériques croisées dans l’album. Elle écarte la dimension anxiogène qui était présente dans l’introduction pour mieux s’ouvrir avec lucidité. Si Incomplete Symphony s’achève un peu brutalement, elle demeure un morceau riche, multiforme.

EXPO a tout du bon voyage musical : expérimentation audacieuse et réflexion profonde. Ulrika Spacek joue avec les tensions et la contemplation. Décidément déconcertants ou incroyablement lumineux, les morceaux sont comme des pièces d’une exposition qu’il faut voir avec des yeux curieux. Un peu de patience, il faudra attendre l’automne pour les croiser sur les routes européennes !

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