Chroniques

Une plongée dans l’univers de Louise Charbonnel

Artiste
Louise Charbonnel
Album
How To Be Confused About Happiness
Sortie
18 septembre 2026

Si les doutes quittent rarement nos vies, que ce soit dans les moments difficiles ou dans les moments de joie, alors comment trouver sa place et être dans le monde sans perdre de vue notre jardin intérieur ? Comment y vivre à plusieurs ? Au plus proche de nos émotions, Louise Charbonnel nous offre de quoi arroser nos jardins avec son tout premier album How To Be Confused About Happiness.



Louise Charbonnel est une artiste française compositrice et multi-instrumentiste. Elle a fait son apparition à la télévision puis avec le spectacle Starmania mis en scène par Thomas Jolly. Cependant, (peut-être que vous serez le ou la prochaine ?) je l’ai personnellement découverte avec ce projet. L’effet est immédiat et les frissons garantis. C’est à la fois vertigineux, réconfortant et bouleversant. Louise Charbonnel nous invite, le temps de dix morceaux, dans un univers feutré, un monde poétique et parallèle, qui échappe au temps et à ses injonctions. Il s’agit ici d’un temps pour soi, où nos émotions sont comme démultipliées, à vif. Qu’y a-t-il sous la peau ?


Ce projet est porté par des compositions riches et inattendues. Spaces donne le ton. Dès les premières secondes nous voilà emportés par la voix de Louise. Il y a quelque chose de puissant et de très maitrisé. Ses envolées lyriques introduisent une dimension dramatique et lumineuse. La terre tremble et nous aussi. On s’attend à tout.

 

La surprise. How To Be Confused About Happiness est un monde magique car hypnotique. Si Spaces a piqué notre curiosité, Lady Blue confirme la trajectoire du projet et nourrit le mystère. Course-poursuite à travers la ville, difficile à suivre pourtant impossible de s’arrêter. Cette artiste semble avoir trouvé sa propre recette entre électronique et acoustique.


 

Ce projet est un ascenseur émotionnel. Sur le titre Solitude, les cuivres apportent un ton grave, une impression de vertige. Avec cet album, Louise Charbonnel nous conte une quête, une recherche d’équilibre qui ne suit pas un chemin linéaire. Au pic de l’émotion, je pense également à SKIN. Plus j’ai écouté ce morceau, plus je l’ai aimé. Si on salue les prouesses vocales, on reconnaît aussi les talents de composition. C’est un cri du cœur, qui chante la disparition et emplit tout l’espace dans cet entre-deux éphémère. Ces séparations qui nous collent à la peau.    

 

Sur les vagues de la vie, parfois on nous chahute, parfois on nous prend dans les bras. Little Blue est un titre avec beaucoup de tendresse. C’est un des morceaux les plus suaves de l’album. Il se présente un peu comme une balade, un générique de fin de film, une épaule sur laquelle on pourrait enfin se reposer. Le clavier accompagne parfaitement la voix de Louise qui s’envole dans les aigus. Landscape nous permet aussi de reprendre notre souffle au milieu de l'histoire. Peut-être plus en retenu, porté par des nappes électro et une boucle qui pose la toile du morceau. « It will also cry » revient comme une pluie qui ne cesse de teinter le décor.

 

Dans cette dimension parallèle et intérieure, la nature est omniprésente. La nature est dans les titres, dans les paroles et les métaphores. Planant et lumineux, le début de Bee est très proche d’un état méditatif, de notre respiration. Avec ce morceau, Louise Charbonnel détourne cette abeille travailleuse, qui refuse cette fois-ci ce dévouement total et opte pour la lenteur. Reprendre possession de ce temps, le faire germer.    

 

Flowers est une de mes chansons préférées du projet, pour son élégance peut-être, pour le mystère. Marquée par le tic tac d’une horloge invisible, Louise y ajoute sa voix au grain soul. S’abandonner à la musique et sentir la pulsation du temps qui passe. C’est un morceau qui s’installe doucement avant de se révéler comme une fleur, avant de prendre toute la lumière sur un feu d’artifice enivrant. Ce sont des questions envoyées dans les airs, qui ne se poseront peut-être jamais. Ces changements de rythme créent aussi des aller-retours surprenants. Du feu on retournera à la glace, et inversement. Laisser naître le possible. 

 

Le possible c’est aussi le fait de se permettre de composer de « longs » morceaux, d’être totalement libre dans le format. Come s’étire sur plus de 6mn, avec des changements de rythme très intéressants. Presque à l’arrêt, le son repart ensuite de plus belle dans un tourbillon sombre et tonitruant. Avec ce premier album, Louise Charbonnel se livre à une exploration musicale riche et libérée. Ce sont des strates qui s’ajoutent les unes aux autres, se complètent jusqu’à se confondre. Mother Nature’s Suicide est la dernière pièce du puzzle. À fleur de peau et apaisée, la mélodie nous fait revenir sur le virage. Les voix se multiplient pour créer ce bouquet final, un chant de la nature complexe et coloré.



How To Be Confused About Happiness est une plongée ; car on s’y abandonne, on se laisse totalement submerger par nos émotions. Je crois que c’est une découverte qui ne se fait pas à moitié. C’est un projet qui m’a énormément touchée, pour sa justesse, sa générosité et sa sincérité. Pour toutes les émotions qu’il réveille en nous. Je ne pense pas que ce soit un album qui traite vraiment du « bonheur », enfin si, mais c’est plutôt un album qui le met en perspective, qui ne chante pas le bonheur en soi mais bien tous les fils qui le composent, toutes les images en toile de fond. Il décrit toute la multiplicité et complexité de ce sujet, le chemin à parcourir sans avoir la certitude d’arriver à destination. Il y a quelque chose de très élégant dans le processus, un travail d'orfèvre. Avec How To Be Confused About Happiness, Louise Charbonnel réalise un grand pas, et on ne peut qu’avoir envie de la suivre dans son voyage. Enfin, si cette talentueuse artiste cherche à créer du lien entre les gens, alors peut-être que ça ne se fera pas sur une piste de danse mais bien dans la reconnaissance de nos émotions partagées, dans le miroir de notre vulnérabilité, de notre sensibilité et de nos rêves.



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