Aujourd’hui le 6 mars 2026, Vincent Khouni sort son nouvel EP Accident. On s’est rencontré pour en parler, au Nouveau Palais dans le Mile-End, ancien quartier de Vincent pour aussi bien parler d’avenir que de souvenirs.

Photos de Juliette Devie
La Face B : Comment ça va Vincent?
Vincent Khouni : Ça va bien, écoute. On vient d’une session photo froide mais chaleureuse.
LFB : Une session photo mi-chaud, mi-froid.
Vincent Khouni : Aussi, je suis content qu’on soit dans ce bar-là, au Nouveau Palais, c’est un petit plaisir.
LFB : Et c’est quoi ton anecdote sur le Nouveau Palais dont tu voulais nous parler déjà?
Vincent Khouni : Au début, j’allais dans ce bar-là quand j’habitais dans le Mile-End, j’ai habité dans le quartier pendant 8 ans. C’était vraiment le petit coin sympa qui faisait un peu vibe américaine, mais le bon côté ! C’est un vieux diner et le serveur, qui est là depuis vraiment longtemps, avait un groupe qui s’appelait Valleys, un band un peu dream pop – synth super cool ! Depuis, je ne sais pas si ce band existe encore. Je ne sais pas s’il est célibataire non plus, mais c’est un très beau gars !
LFB : Et voilà, on n’a même plus besoin de poser de questions à La Face B, les artistes nous racontent des choses de leur plein gré ! Mais revenons à ce qui nous intéresse, aussi. On se parle quelques semaines avant la sortie de ton EP Accident, qu’est-ce que tu as envie de dire au Vincent du 6 mars qui sera le jour de sa sortie ?
Vincent Khouni : Profite et sois à l’heure en répétition. Pas comme au photoshoot d’aujourd’hui. On va prendre de bonnes habitudes et se dire que EP rime avec ponctualité.
LFB : Est-ce que tu peux nous parler de ton EP, de ses influences, d’où il vient et de son thème principal ?
Vincent Khouni : Mon EP précédent 8:12pm, c’était pas mal folk, folk rock, style Beatles et années 70. Pour celui-ci, on a essayé d’être plus moderne, de garder un peu l’esprit dream pop, mais en allant vers du Saya Gray sur la prod. Ça, c’est plus grâce à Manu (Alias) qui est à la production de l’EP, je dirais. Mais de mon côté, je sais que j’ai des influences plus Thom Yorke et Flavien Berger, un peu de vieux chanteurs aussi comme Laurent Voulzy pour la naïveté du chant. Et je pense qu’on est allés sur cette avenue que j’aime beaucoup. Pour l’avoir testé live, ça marche bien parce que c’est pas mal épuré aussi.



LFB : On a pu lire dans tes RP et dans tes communications que tu as eu un accident de vélo, et que c’est pour ça que ton EP s’appelle Accident. Qu’est-ce qui t’a amené à te dire que c’était ça son nom ?
Vincent Khouni : En fait, je n’avais pas de nom pour l’EP, je n’avais pas de fil rouge. Un jour, je prends mon vélo, je pars faire des courses juste après le travail, et là, mon vélo se brise. Mais genre la rouille l’a rongé de l’intérieur et la fourche a complètement pété. Mon nez a heurté le sol. Je ne me rappelle de rien. Quelqu’un m’a vu, qui a appelé les urgences et je n’avais pas mon téléphone sur moi, il était chez nous, et ma copine aussi. Elle se disait juste : il est en retard, il a dû s’arrêter dans un bar. Et oui c’est vraiment ce qu’elle s’est dit [rires] ! En vrai, ce n’était pas critique, c’était plus de peur que de mal finalement. On m’a recousu vraiment rapidement et j’étais chez nous à 5 heures du matin.
Mais c’est plus après que ça a commencé à me travailler. Je fais beaucoup de choses en général dans mes journées, je me considère comme très actif. Là, c’était la première fois où je n’avais pas le choix de me relaxer. C’est en me relaxant justement que le thème de l’accident est venu, que le thème de l’EP est venu.
Au-delà de ça, j’ai repris un peu la peinture, que je pratiquais au lycée, parce que je voulais vraiment quelque chose de DIY dans la production et dans tout en fait. Ça a donné la pochette de l’EP qui est un autoportrait. Et voilà comment Accident est né.
LFB : On est presque sur l’adage un mal pour un bien.
Vincent Khouni : Oui c’est vraiment ça !

LFB : Tu dis aussi que tu fais comme une espèce de 360 par rapport à ton premier album. C’est quoi, pour toi, le plus gros changement entre les deux ?
Vincent Khouni : Certainement la production. Après, le fait aussi qu’on est passés de quatre à deux à travailler dessus. Comme c’est un EP, je savais que ça allait être beaucoup plus moi qui allais un peu être le centre du truc. Mais en même temps, Manu prend aussi la grande place qui lui est due. C’est limite un duo presque à ce niveau-là. Donc c’est pas mal ça qui a changé, c’était moins pensé en formule band que de penser un peu plus égoïstement en duo.
LFB : Est-ce que c’est important pour toi de travailler avec des personnes qui sont proches de toi ?
Vincent Khouni : À la base, pas nécessairement. On ne travaille pas nécessairement tout le temps ensemble avec Manu, mais c’est vrai que le premier EP c’est lui, cette fois-ci aussi, et le prochain album, ça risque d’être lui. Mais je suis aussi en train de travailler sur un autre EP et cette fois, pas avec lui. En règle générale, si ça adonne je vais travailler avec la personne, proche ou pas proche. Mais c’est vrai que c’est souvent des gens proches de moi. En même temps, je pense que c’est bien aussi parfois d’aller voir ailleurs pour justement retourner après avec ces ami.e.s-là et avoir d’autres idées ou d’autres cordes à son arc. Donc on pourrait dire oui, entre parenthèses, et non.
LFB : Tu viens de dire que tu avais un autre EP qui allait se faire avec quelqu’un d’autre. Pourquoi sortir un autre EP et pas un album ensuite ?
Vincent Khouni : Je travaille aussi sur un album depuis à peu près un an, on va dire, qui s’appelle La gomme balloune. J’avais présenté le projet aux Francouvertes en 2024 et j’avais vu qu’il y avait quand même un certain intérêt, et je les gardais un peu dans un coin de ma tête. Avec Accident je suis parti vraiment sur autre chose mais je gardais ça en tête, j’ai déjà écrit toute la trame de cet album.
Et en fait, j’ai écrit toute l’histoire du deuxième album. Il y a d’autres projets que l’album en parallèle parce que le format EP, c’est ce qui est le plus rapide, autant dans la mise en marché que dans la réalisation, dans la création, la production… L’album, c’est un peu un format plus long à mettre en place. Il va sortir un jour, mais pour l’instant, j’ai envie de sortir des formules EP. On est aussi dans une société de l’instantanéité, il faut sortir beaucoup de choses dans un court laps de temps, versus quand on était plus jeunes. Les albums, ça prenait trois, quatre ans même plus à se faire. Là, je suis plus dans une réflexion de : j’ai mon album en parallèle, mais je ne vais pas me brider et ne pas créer plus à côté. Là, je fais comme je peux et quand je veux, avec qui je veux.



LFB : Question bonus de mi-entrevue : est-ce que par rapport au mode de consommation qu’on a actuellement de la musique, comme tu dis, ça a un impact sur la manière des artistes de créer derrière, de moins prendre le temps justement et d’être obligés de toujours sortir quelque chose pour rester dans une sorte d’événement perpétuel et de devoir tout le temps donner quelque chose à son public ?
Vincent Khouni : Je pense oui et non. C’est sûr que c’est contradictoire ce que je dis, mais je pense qu’il y a des moments où c’est bon de prendre son temps, comme en studio, ou en création et recherche de manière générale. Il y a un truc qui me fait super mal au cœur depuis que je fais de la musique, c’est que j’ai beaucoup d’ami.e.s qui sont plus talentueux.ses que moi et qui n’ont jamais sorti d’album ou même de musique, alors qu’iels mériteraient autant de spotlight que n’importe qui d’autre.
Ça pourrait vraiment fonctionner mais après, on ne le sait jamais, mais iels mériteraient aussi de sortir de quoi. Parfois, ça prend de la motivation, ou le bon timing… Je pense que c’est important de créer, peu importe quand, peu importe comment.
Personnellement, en travaillant en plus en marketing en musique, je ne reste pas insensible au fait que maintenant, si tu es émergent et que tu ne sors pas de la musique pendant 5 ans, tes auditeurs mensuels sur Spotify, ça ne va pas être la grosse fête. Mais après, je pense qu’il y a une certaine balance, et qu’il faut essayer de s’adapter à ce qui se passe en ce moment avec la musique, les plateformes… La demande est importante sur les réseaux sociaux aussi. Je pense qu’on est obligé d’essayer de le faire et de donner son 100 % partout. Mais je pense aussi que par contre, il faut que ça reste le fun. Justement, ça, pour beaucoup d’artistes, moi y compris parfois, parfois tu es tellement dans ta tête à te dire “ok, là, il faut que je poste un TikTok aujourd’hui”, ou “c’est quoi l’idée que je vais avoir pour ça ? C’est quoi la DA que je vais avoir derrière mes TikToks ? Je fais quoi devant la caméra ? …”. Il faut que ça reste simple et que tu te sentes toi-même dans tout ça aussi. Et après, bon, c’est sûr qu’il faut que tu essayes d’avoir une stratégie, mais il faut quand même garder du fun, sinon après, ça peut vite tomber dans des dérives où tu arrêtes tout, où tu es déprimé… Je pense qu’il faut s’adapter, mais en même temps, il faut se faire plaisir.
LFB : C’est quoi ton avis sur le statut des artistes auto-entrepreneurs aujourd’hui avec le fait que tu fais plus de choses qu’avant, tu deviens en plus d’artiste, créateur.ice de contenu ? En plus, toi qui travailles dans le marketing, est-ce que tu as l’impression de plus travailler sur la promotion de ce que tu fais ou de créer pour les personnes qui vont découvrir ce que tu fais ?
Vincent Khouni : Justement, au contraire de quand je travaille pour d’autres artistes, je fais ce que j’ai envie de faire, je teste des trucs. Après, parfois c’est boboche, parfois c’est cool. Mais malheureusement, tu n’as pas le choix que de te montrer. Je donne un exemple bidon, mais sur TikTok, quand tu regardes le feed de quelqu’un, tu es obligé de voir ce qu’il fait. Si tu es musicien, forcément, il faut te voir avec un instrument ou faire quelque chose. Si tu es athlète, il faut te voir faire du sport. Qu’on le veuille ou non, il faut que ça fasse quand même partie de ton quotidien, mais pas de manière toxique. C’est ce que j’essaye vraiment de faire, de m’amuser, d’avoir du fun en termes de création de contenu. Maintenant, je me vois plus dans une extension de ma création que dans une contrainte ou un truc où je fais juste de la promo. Mais je comprends vraiment ce que peuvent ressentir d’autres artistes avec qui je travaille qui ne voient pas ce genre de liens à faire, mais à la base, on est des artistes. Et même la création de contenu, ça peut être artistique.
LFB : Pour revenir plus sur ton contenu musical, tu as joué une première fois ton EP lors du Taverne Tour le 14 février dernier. Comment c’était de livrer ces tounes-là pour la première fois au public ?
Vincent Khouni : Ça faisait du bien. On avait déjà fait une session live CISM avant, mais c’était la première fois sur scène. J’ai l’impression aussi que le single qu’on a sorti, 2 secondes, avec le clip fait par mon ami Jean-Baptiste Beltra, c’était le bon single. Je suis content de la réception et je suis content de la jouer en live.
Je pense qu’il y a aussi de la place à l’amélioration et d’essayer de le jouer le plus possible pour que ça devienne vraiment hyper spontané comme show. Mais honnêtement, j’ai vraiment eu beaucoup de plaisir à O Patro Vys. C’était cool de briser la glace. Aussi on ouvrait la soirée, il n’y avait pas de pression, c’était vraiment bien. J’avais un peu peur pour le choix de la salle au début, elle est là depuis longtemps mais est un peu oubliée depuis quelques années par le circuit montréalais. J’ai dû y aller une fois il y a 10 ans de ça. Quand je suis allé faire le soundcheck, je me suis dit “Ah, mais je ne me rappelais pas que ça ressemblait à ça en fait !”. C’était vraiment cocasse de se retrouver là-bas.
LFB : Tu vas aussi faire ton lancement le 21 mars prochain à l’Escogriffe, est-ce qu’on peut s’attendre à des surprises ?
Vincent Khouni : Déjà, au Taverne Tour on était trois et là on sera quatre avec Anne-Sophie Coiteux qui va jouer avec nous du synth, en fait. À la base, c’est Kat Pereira qui jouait avec nous, mais elle a un agenda un peu chargé en ce moment (bisou Kat !). Sinon, il y a quelqu’un qui va sûrement s’inviter pour la première toune. Tout le monde le connaît autour de cette table, mais je ne dirai pas son nom.
Voilà. Je vous laisse deviner. Aussi, il y a Hanks Dream qui va ouvrir la soirée. J’ai adoré leur album sorti l’année dernière et ça faisait du sens pour moi de les inviter à cette soirée-là. On va aussi avoir des projections pendant le show, faites par Jean-Baptiste, ça va être génial. Et dernière surprise, je vais faire un pop-up le lendemain de la sortie de l’EP, le 7 mars, au disquaire Le Vacarme.



LFB : Dernière question, la question bonus qui n’a rien à voir avec le reste de l’entrevue : C’est quoi le truc le plus dingue que t’aies vu durant un show ?
Vincent Khouni : Je pense quand je suis allé voir Connan Mockasin au Théâtre Fairmount, anciennement le Cabaret du Mile-End. Il faisait son show, et là, il demande à tout le monde d’enlever son haut et genre beaucoup, mais BEAUCOUP de gens l’ont fait, topless. J’ai trouvé ça fou qu’autant de gens le fassent. Cet artiste-là, il a une aura, un peu comme un gourou tu vois. Moi j’étais genre “jamais j’enlève mon perfecto c’est mort”. Et le clou du spectacle, c’est pendant sa chanson phare Forever Dolphin Love, il a dit à quelqu’un du public “toi, tu vas être mon dauphin”. Tout le monde s’est assis et la personne a fait comme si elle nageait comme un dauphin. C’était trop bizarre.
J’ai une autre histoire aussi avec FIDLAR. À un moment donné, le chanteur s’était accroché par en arrière, genre sur le coin du mur, il était perché en arrière, la tête dans le vide, à crier dans son micro.
Oh j’en ai une dernière je pense que c’est la meilleure ! C’est une anecdote en deux parties. Première partie : j’étais bénévole au Bonfire Festival et Mac DeMarco y jouait en tête d’affiche. Et c’est super bizarre parce qu’il joue tout son set, tout seul ! On se dit que les musiciens vont embarquer à un moment et pas du tout. Mais il arrive quand même à lever la foule. Et à un moment, il fait une reprise de Wicked Game de Chris Isaak, et là, le monde embarque sur le stage, les gens chantent un peu avec lui. Jusqu’à ce qu’un mec arrive vers lui et chante complètement autre chose, rien à voir avec la reprise qu’il faisait, c’était une autre. C’était n’importe quoi.
Deuxième partie de cette longue anecdote : à la fin du show il dit à la foule, si vous voulez continuer à faire la fête, venez dans Westmount on se retrouve là-bas. Avec un ami, on y va, on se retrouve devant une énorme maison, en effet il y a une soirée dedans, mais c’est juste démesuré, on se sent vraiment pas à notre place et, bien évidemment, pas de Mac DeMarco. On commence à réfléchir, s’il veut faire la fête, où il pourrait aller ? À cette époque, il habitait à Montréal dans le Mile-End, on cherche des afters là-bas et à un moment, on finit par tomber sur son frère à l’entrée d’un club. On est vite montés et il était juste là devant nous ! On s’est parlé deux secondes, on lui a dit qu’on avait adoré son show et on est partis.
LFB : C’était une sacrée quête !
Vincent Khouni : C’était un peu la quête de la loose haha ! C’est à peine si on s’est adressé la parole, c’était vraiment en mode genre “bon, finalement, on t’a trouvé, merci, ciao, bye”.
LFB : Merci beaucoup Vincent pour ton temps et toutes tes histoires.
Vincent Khouni : Merci à La Face B pour l’entrevue !
