vonsharon signe un premier album habité

Il y a des groupes qui naissent dans la lumière. D’autres dans l’urgence. vonsharon appartient clairement à la seconde catégorie. Le duo breton ne cherche ni les fioritures ni les paillettes. Une batterie, une guitare, une voix (parfois deux). Rien de plus. Leur premier album, text when you get home, est sorti le 13 février 2026, veille de Saint Valentin mais ne sonne pas comme une déclaration romantique. Plutôt comme un message envoyé à 2h17 du matin, relu dix fois avant d’appuyer sur “envoyer”. Né d’une faille intime survenue lors des attentats au Bataclan, vonsharon ne transforme pas le traumatisme en posture. Il le canalise. L’énergie du disque tient de là : une tension constante proche du débordement.

Une boucle qui ne se referme jamais

L’album s’ouvre sur (home yet?). Quelques notes de piano, progressives, mélancoliques, presque dramatiques. On entre dans quelque chose de sombre, d’introspectif. Une interrogation suspendue. Ce motif reviendra plus tard, déformé, comme une cicatrice sonore qui refuse de disparaître. Dès les premières secondes, vonsharon installe son obsession : l’attente, le message, la vérification.

Avec we need to get our stories straight, le son explose. Un riff sec et efficace, dans la lignée de Royal Blood. Ça frappe fort, ça avance artifices. Le refrain s’envole avec évidence, avant une outro lourde et grasse qui donne immédiatement envie de pogoter. Le duo rappelle ici qu’il sait écrire des morceaux faits pour la fosse.

Des riffs pour la fosse 

summerover poursuit sur cette lancée. Même intensité, même noirceur électrique. On imagine sans mal le morceau en live, compressé dans la chaleur d’une salle trop petite. Il y a chez vonsharon ce goût pour le riff qui cogne, qui s’imprime, sans jamais tomber dans la démonstration.

Déjà connu, dm for collab confirme leur sens de l’ironie contemporaine. Derrière son titre presque cynique, le morceau fonctionne redoutablement bien. 

Puis vient televangelism, qui réintroduit le piano avec justesse. L’instrument arrive exactement au bon moment dans la dynamique du disque, comme pour rééquilibrer la charge. Sur ce titre, la voix évoque par instants Brian Molko rappelant l’ombre élégante de Placebo. Le morceau joue sur la tension.

Avec puta calor, le duo repart de plus belle. Guitare et batterie hyper calibrées, groove tendu, presque désertique. Impossible de ne pas penser à Queens of the Stone Age dans cette manière d’installer le riff. C’est charnel, efficace, probablement taillé pour devenir un moment fort sur scène.

Respirer avant l’explosion

La respiration arrive avec (i don’t dare to dream of you). Parenthèse planante, douce, presque hypnotique. Une transition nécessaire dans un album traversé par des riffs diablement efficaces. On y retrouve la boucle initiale, plus enfouie, comme un souvenir qu’on n’arrive pas à classer.

got a lot to show you revient avec un riff lent, gras, lourd. Headbanging immédiat. Le morceau est tendu de bout en bout, comme s’il retenait quelque chose.

Plus bref, in tuscon condense cette tension. Toujours sombre, mais avec une pointe d’érotisme latent. Une vibe à la Arctic Monkeys, dans cette façon d’être à la fois cool et inquiétante, minimaliste et chargée.

Enfin, wd40 atterrit en douceur. Un morceau planant, presque chantant, qui semble vouloir apaiser. Mais chez vonsharon, rien ne reste sage longtemps : l’intensité finit par éclater, comme si la pression accumulée tout au long du disque devait forcément trouver une sortie.

text when you get home est un album dense. Il parle de contrôle, de désir, d’attente, de ces messages envoyés pour rassurer. C’est un disque construit en boucle : une question posée au début, reformulée autrement à la fin, sans réponse définitive.

Puissant, mais habité, vonsharon ramène le rock dans l’ombre, loin des filtres. Juste deux types, leurs instruments.

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