Le quatuor jurassien installé à Lyon vient de délivrer A Strained Ocean, un premier album en trois actes, cinématographique et profondément humain. Rencontre avec Swann Foucher et Matthias Joannon, qui reviennent sur deux ans de création intense, un live entièrement repensé, et une vision artistique qui ne doit rien au hasard.

La Face B : On se parle à un peu plus d’un mois de la sortie de votre album A Strained Ocean. C’est quoi votre état d’esprit actuel, et qu’est-ce que vous aimeriez dire à votre vous-mêmes du futur lors de sa sortie le 3 avril ?
Swann (chanteur) : Bravo, en vrai. En ce moment, je suis en train de monter des extraits d’archives et je revois le groupe il y a deux ans, en train de commencer à composer cet album, et tout le chemin qu’on a parcouru. On est assez fiers d’enfin sortir ce bébé qui traînait dans des coins de disques durs depuis un petit moment, et qu’on a mis longtemps avant de réussir à amener au jour. Je pense que ça va être une grande fierté, et qu’on sera très très heureux d’enfin délivrer ce disque au monde.
Matthias (bassiste) : Moi, j’aurais dit bravo pour ces deux années de patience. Il y a deux ans qu’on s’est dit qu’on enregistrait, mais qu’on sortirait ça dans deux ans. On a eu un peu peur de se projeter si loin après avoir enregistré l’album, peur de peut-être se lasser des morceaux. Et en fait, on a eu cette patience et on adore toujours autant chaque morceau qui est sur cet album. On est très heureux d’arriver au bout.
LFB : Vous avez une belle tournée qui a commencé depuis le début du mois de février. Est-ce que vous jouez déjà des titres de votre prochain album ?
Swann : Oui, ça fait quelques dates déjà, même depuis 2025, qu’on joue certains morceaux composés il y a un bout de temps. Pour nous, c’est hyper pertinent de pouvoir les jouer en live, parce que ça permet de les roder, de voir ce qui fonctionne, et ça fait aussi une sorte de pont entre l’ancien live et le nouveau. Il y a quelques morceaux qu’on joue depuis un ou deux ans déjà.
Mais il y a beaucoup d’exclusivités aussi. Le live va prendre une toute autre forme par rapport à ce qu’on faisait l’an dernier. On avait un live très cru, très intense, avec beaucoup de moments très denses musicalement. On a eu envie d’aller vers quelque chose de plus doux, plus introspectif, plus intime dans la manière de jouer, dans les morceaux qu’on présente, et qui font en quasi-totalité partie de cet album. C’est un gros changement, et on est hyper excités de le jouer enfin.
LFB : Est-ce qu’on peut avoir des exclusivités sur ce qui va se passer dans ce nouveau show ?
Swann : Pour les gens qui connaissent le groupe et qui tomberont peut-être sur cet article : le dernier morceau du live que les gens adorent depuis très très longtemps ne sera plus là. On change cette formule qui nous suivait depuis maintenant au moins trois ans. Ça va faire un gros changement pour nous aussi.
On n’a pas envie de trop en dire, mais tout est un peu chamboulé dans ce live, et la fin particulièrement. On a pu l’essayer une ou deux fois sur des petits shows intimistes dans le Jura. C’est vraiment une fin qui nous touche particulièrement, pour remplacer ce morceau qui commençait à avoir été beaucoup entendu. On a très très hâte de se retrouver avec un public et de vivre ce moment ensemble, parce que ça va être un grand moment d’émotions je pense. Ça promet, et on a hâte de le vivre collectivement.
LFB : Vous venez tous du Jura. Est-ce que vous pouvez raconter comment vous vous êtes rencontrés, depuis combien de temps vous vous connaissez, et ce qui a fait que vous avez commencé à faire de la musique ensemble ?
Matthias : On s’est rencontrés au lycée en 2018-19 : Swann et Matthieu, le batteur, étaient en terminale ; Ivanoé et moi en seconde. On a commencé à faire de la musique ensemble dans le chalet du lycée. Tout de suite, on a trouvé que ça matchait esthétiquement. On a commencé par quelques reprises, puis on a très vite dérivé vers la composition, parce que c’est ça qui nous liait : aller chercher les influences de chacun pour en faire une musique hybride. Au début, c’était bien hybride et bien chelou. Mais c’est le lycée qui nous a réunis, et depuis, on a fait un bon bout de chemin.
LFB : C’était quoi les influences que vous aviez au lycée ?
Matthias : Ça venait d’horizons très différents, et très changeants aussi, parce qu’à ce stade-là, on découvre plein de choses. On avait tous, à un moment donné, écouté du rock, mais carrément pas les mêmes courants. Ivanoé venait du rock des années 70, prog. Moi, je venais plus du rock britannique des années 90. Matthieu était beaucoup dans la funk, les musiques très groovy. Swann venait du métal. Matthieu s’est ensuite dirigé vers le jazz. Beaucoup de courants nous ont traversés à cette époque, et dans les premières années de Wheobe, beaucoup de choses qu’on découvrait. Ça donnait des morceaux très chaotiques dans la forme au début, comme des titres qui commençaient hyper lents et qui partaient dans tous les sens.
Ça nous a tout de suite mis dans la tête d’aller chercher des choses originales dans la composition, de ne pas se cantonner à un style. On ne savait pas où on allait artistiquement, mais on était d’accord sur le fait qu’on voulait creuser un truc qui nous était propre, plutôt que de rentrer dans une formule ou une esthétique qui nous réunirait tous, puisqu’au finale elle n’existait tout simplement pas.

LFB : Il ressort dans pas mal d’entrevues ou de communiqués que vous avez des influences de Radiohead. Quelle a été la place de ce groupe pour vous ?
Matthias : Radiohead a beaucoup été écouté par Swann et Ivanoé, le guitariste. Et ça se sent dans la voix, les arpèges, les harmonies de guitare. Matthieu et moi, on n’a pas du tout grandi avec ça. Ça nous a permis d’avoir une touche Radiohead sans être un groupe de reprise : on a apporté quelque chose de vraiment différent dans la basse, qu’on ne peut pas trouver dans leurs morceaux par exemple. Après, je m’y suis mis quand même à un moment. Les lignes de basse de Colin Greenwood sont vraiment super, parce que c’est simple et tellement efficace.
Swann : On nous a longtemps dit, et encore maintenant, que Radiohead est une influence évidente. Quand j’entends ça, ça me fait rire, parce que pour deux membres du groupe, c’est vraiment vrai, et pour les deux autres, ils n’ont pas du tout baigné dedans. Il y a des groupes qu’on nous cite beaucoup, comme At the Drive-In ou encore The Mars Volta, un groupe qu’aucun de nous n’écoute vraiment.
En fait, les gens associent très vite les influences de la voix aux influences du groupe entier. J’ai une manière de chanter, en voix de tête, qui est très proche de Thom Yorke, ça transparait tout de suite et les gens reconnaissent instantanément. Mais il y a plein d’influences prog, peut-être plus nichées, qui définissent encore plus la direction de composition du groupe. C’est un mélange complet de tout ça. Radiohead fait partie de ce qui nous a inspiré dans le son et dans l’écriture mélodique en tout cas.
LFB : Il y a quelque chose de très arty dans votre univers visuel, que ce soit dans vos clips ou dans vos performances live. Ça vient d’où, et c’est quoi votre intention derrière ça (si il y en a une) ?
Swann : Il y a toujours eu une volonté, même si elle n’était pas explicite au départ, de faire quelque chose d’assez cinématographique, musicalement déjà. On a toujours parlé d’une envie commune de peut-être un jour faire de la musique à l’image, une BO. Dans notre manière d’écrire, de composer, de travailler les textures, il y a ce côté paysage sonore qu’on a envie de mettre en valeur aussi par l’image.
collapse; relapse, c’était une façon de faire ça à l’époque, en commençant à travailler avec Nele Veilhan-Goemans, qui est aujourd’hui derrière les visuels de 95 % de ce qu’on sort, que ce soit les dessins, les peintures, et qui a fait la cover de l’album qui arrive. Sur le clip plus récent de Sort, on a travaillé avec Les Films de la Sauvagère, une boîte de production lyonnaise qui sort de la CinéFabrique, avec Camilia Penagos et Kim Fino à la réalisation, deux amies qui font habituellement du court-métrage.
La démarche, c’est d’aller chercher un univers visuel qui colle à la musique. On ne fait pas de la musique lo-fi dans l’esthétique, et on veut une image qui appuie cette notion de grandeur, de paysage, d’ampleur qu’on essaie d’avoir dans le son, mettre toutes les armes de notre côté pour aller chercher ces idées-là dans le visuel.
On essaie de confier cet univers visuel à des personnes en qui on a confiance et dont on s’entoure depuis longtemps. Nele pour le dessin, Joseph Calhoun qui nous aide pour la réalisation, il est là depuis le tout début, il a fait nos premiers clips, c’est un ami de longue date. Toute l’équipe autour des clips sont des amis. Le graphiste qui fait la plupart de nos visuels, c’est Ivanoé, le guitariste du groupe. Il y a vraiment ce côté familial dans cet univers visuel, pour que tout soit cohérent avec ce qu’on défend musicalement.
LFB : Tu disais tout à l’heure que vous aimeriez peut-être un jour faire de la musique à l’image. Est-ce que vous avez en tête un film dont vous auriez rêvé composer la B.O. ?
Matthias : Star Wars 4 ? *rires*
Swann : C’est dur parce que c’est déjà tellement bien fait, mais des films comme les Ghibli, les créations de Miyazaki. Ça, je pense que ça nous aurait bien fait kiffer de trouver un univers sonore qui corresponde à ces images folles. On a tous vu des films de ce réalisateur, et cet univers peut bien nous parler, même si notre musique ne ressemble pas du tout à celle de Joe Hisaishi, le compositeur de la plupart de ses films.
On a aussi cette volonté d’aller chercher d’autres choses. Je pense que les prochains albums seront différents en couleurs, on a plein d’idées déjà. Moi, je pensais plutôt du côté du cinéma hors animation, à Wes Anderson. Esthétiquement, il matche pas mal avec certains morceaux qu’on pourrait faire, même si Wheobe n’a pas forcément la couleur des musiques qu’il choisit dans ses films. C’est ce genre d’esthétique qui peut nous parler, en tout cas à plusieurs membres du groupe.
Et puis on a plein d’amis qui font des films, comme Kim par exemple. J’ai fait un petit morceau pour son dernier court-métrage. Je pense que ça peut aussi se faire entre copains, juste se lancer sur une BO comme ça.
LFB : C’est quoi l’évolution principale que vous voyez entre le premier EP et l’album qui sort ?
Swann : Purement musicalement, on a mis une beaucoup plus grande attention aux textes et à la mélodie dans cet album. On a donné une beaucoup plus grande part à l’émotion par rapport à avant, où c’était beaucoup plus une musique à riff, un truc composé quasiment que pour la scène, pour mettre des claques sonores par l’ampleur du son.
On est allé beaucoup plus loin dans l’écriture harmonique, mélodique et rythmique. On est allé plus dans le détail, et ça nous a fait nous poser des questions entre nous, humainement, beaucoup plus profondes, presque existentielles, sur pourquoi on fait cette musique et ce qu’on a envie d’y transmettre. Ça a été un processus beaucoup plus long, et pas que musical : parfois très humain, aller se trouver des moments ensemble, vivre des choses ensemble sans forcément avoir des instruments dans les mains. Je crois que c’est ça qui a le plus fait évoluer le projet.
Matthias : Je n’aurais pas mieux dit.
Swann : Je suis dans le montage depuis trois jours et je retombe sur plein de moments de vie qu’on a eu. Dans la création de cet album, c’était une période où on vivait presque ensemble. On se voyait hyper régulièrement et on a vécu des moments hyper intenses émotionnellement, sans parler de musique. Je crois que c’est ce qui en ressort le plus.
LFB : Tu fais le montage d’un documentaire pour la sortie de l’album ?
Swann : Je ne sais pas si ça prendra la forme d’un documentaire, mais c’est beaucoup d’images d’archives qu’on essaie de condenser pour retranscrire l’ambiance qui se dégage de l’univers qu’on a voulu créer, et l’état dans lequel on était quand on a composé cet album. Je suis en train de refaire le tour de multiples disques durs dans cette idée-là, essayer de transmettre cette énergie et cette émotion pour accompagner l’écoute de l’album.

LFB : Pour faire un virage à 360 et parce que je ne savais pas comment introduire cette question, vous écrivez et vous chantez en anglais. Pourquoi ?
Swann : C’est moi qui écris tous les textes de Wheobe. Avant tout, c’est un choix de sonorité. Nos influences sont très britanniques, que ce soit dans le rock prog ou dans des groupes plus récents, comme Black Midi, beaucoup de groupes qui viennent d’Angleterre. Ce sont des sonorités qui se prêtent beaucoup à la musique qu’on fait, dans les sons de voyelles, dans l’ouverture phonétique de la langue anglaise. Et puis c’est aussi ce dans quoi j’ai baigné depuis que je suis gamin : mes parents écoutaient beaucoup de musique britannique, et ça m’a toujours porté. C’était assez naturel de partir sur ces sonorités-là dès le début.
Ma chance là-dedans, c’est de ne pas avoir été très mauvais en anglais. Je me suis vite intéressé à la langue, et j’ai essayé de creuser pour ne pas écrire des textes chiants de Français qui écrit de l’anglais sans vraiment maîtriser la langue, mais d’aller chercher quelque chose de proche de ce que je pourrais écrire en français, qui me ferait plaisir poétiquement. Je cherche une écriture très poétique en anglais, très abstraite.
Ça passe aussi par le fait qu’en tant que français, chanter en anglais permet de se détacher du texte et de se laisser porter vraiment par la mélodie. Pour la musique qu’on fait, le cœur de l’émotion ne se trouve pas forcément dans le texte, dans le texte donne un contexte, mais il est vraiment dans l’écriture musicale et dans l’interprétation. Ça permet de désintellectualiser la musique et de laisser la mélodie et les textures prendre le dessus.
LFB : L’album est pensé en trois actes, avec une boucle mélodique entre la première et la dernière chanson. Pourquoi cette structure ?
Swann : Les trois parties ne sont pas venues tout de suite. Au début, on était beaucoup plus dans le fait de créer de la matière et de trouver un sens à pourquoi on jouait tel ou tel morceau. Notre processus de composition est beaucoup basé sur l’improvisation, on se retrouve pour improviser, et à partir de là on extrait des éléments qui servent de base pour construire des morceaux. On n’était pas parti dans l’idée de faire un album en trois parties.
Ça s’est présenté à nous notamment quand on a trouvé cette boucle, ces vagues qui sont un peu le fil directeur de l’album. Ivanoé a ramené ce son, ces accords, et tout de suite en répétition on a su que c’était quelque chose d’important. Ça a résonné en nous comme quelque chose d’assez central dans l’émotion de l’album. Les interludes sont nés de là. On a commencé à conscientiser que certains morceaux se rapprochaient dans leur thématique, et de là sont nés les trois actes. On a fini de composer l’album dans cette idée de trilogie, un seul opus, mais séparé chronologiquement et thématiquement.
Un premier acte qui est plutôt un état des lieux, une base mentale un peu post-traumatique, un état neutre sur lequel tout est à bâtir. Le deuxième acte porte sur la confrontation au monde extérieur : on passe de quelque chose de très intérieur sur le premier à quelque chose de très ouvert sur le deuxième. Et le dernier acte, « le dialogue » dans l’interlude, s’interroge sur comment se trouver une place au sein du marasme sociétal et universel qu’on vit, comment faire sens de l’existence, comment s’y trouver bien. C’est un chemin de pensée qu’on a voulu explorer, nourri par plein d’événements qu’on a tous vécus pendant la période de composition.
LFB : Si vous aviez quelque chose à dire à une personne qui va découvrir votre album pour la première fois, ça serait quoi ?
Swann : Le premier truc qui me semble important dans l’état d’esprit pour approcher cet album, et Wheobe de manière générale, c’est que c’est une musique faite pour être écoutée dans sa durée. Ce n’est pas un album fait pour être écouté un morceau par-ci, un morceau par-là, en tout cas en première approche. Il se vit mieux en se posant, en fermant les yeux, en se laissant aller sans forcément lire les paroles, parce que ce n’est pas le cœur du truc. Son cœur, c’est de se laisser ressentir, de se laisser un peu brusquer et bouleverser par les différentes parties, par la déconstruction des morceaux, sans avoir d’attente et en se laissant guider par le son. C’est un album très humain, pour peu qu’on se laisse chambouler dans le processus.
LFB : Est-ce qu’on a des chances un jour de vous voir au Québec ?
Matthias : Si un jour on vient au Québec, ça sera sûrement en bateau à voile, parce que ça tient fort à notre comparse Matthieu, qui est un grand fan de voile. Je ne suis pas sûr qu’on soit très proches de prendre l’avion pour aller faire une date très loin. Mais si c’est en bateau et sur vingt dates qui s’enchaînent, pourquoi pas.
Swann : Et si on vient au Québec, j’espère qu’on trouvera du temps pour aller voir Angine de Poitrine en concert, parce que c’est légendaire. On y est allé au Bistrot des Tilleuls à Annecy il y a dix jours, il y avait cinquante personnes dehors, on n’a pas pu rentrer. C’est notre regret de cette soirée.
LFB : Demandez à faire des premières parties d’Angine de Poitrine !
Swann : On a la même attachée de presse, donc il faut qu’il y ait quelque chose qui se passe *rires*. Et au-delà de la première partie, juste le groupe, on l’a découvert il y a quelques mois. Ils ont sorti une petite live session et depuis, c’est une légende. On doit les voir une fois. Peut-être que c’est à nous d’aller les chercher au Québec, si c’est trop blindé en France.
LFB : Ma dernière question qui n’a rien à voir avec le reste de l’entrevue mais bizarrement on fait quand même un lien avec ce que vous venez de dire : comment ça se passe la vie actuellement à Lyon, où il fait 18 degrés fin février ?
Swann : Hier on est allé au parc en t-shirt, il faisait super bon. C’est à la fois atroce d’avoir ces températures en février. À la fois, le soleil, on est toujours heureux qu’il y en ait un peu dans nos vies, ça aide beaucoup à passer les journées. En même temps, on a grandi dans le Jura, dans la neige tous les hivers, et si on ne fait pas deux heures de route, on ne retrouve pas un peu de fraîcheur. On est témoins de tout ça et on essaie de faire au mieux, même si comme tout le monde on n’a aucun pouvoir sur les décisions de certains gouvernements. Sujet ô combien déprimant et redondant depuis des dizaines et des dizaines d’années.
On essaie à notre échelle de faire au mieux : ne pas tourner avec des moyens de transport polluants, manger végé… Même si ce sont des choses qui prennent du temps, on espère que la mentalité change. Ce sont aussi des sujets qu’on n’a pas énormément abordés dans cet album, parce que c’est un disque plus introspectif, le sujet était plus de vivre ensemble, même si ça se rejoint d’une certaine manière. Je pense que ce sont des sujets qu’on a très envie d’aborder dans des prochains albums. On a grandi à la campagne, on a eu un contact avec la nature assez tôt. Aujourd’hui, à Lyon, la température nous fait peur, les bâtiments nous font peur, le goudron fait peur même. Tout est hyper hostile à la vie dans ce qu’on vit au quotidien.
Matthias : À Lyon, il y a une salle qui s’appelle Le Périscope, qui a lancé le slogan « small is better » et qui revendique vraiment de remettre l’accent sur les petites salles et les petites scènes et de ne pas faire venir la moitié d’un pays pour une Défense Arena ou un Zénith avec une empreinte carbone de fou. C’est bien qu’ils se réveillent pour redonner de la visibilité et des ressources à ces petits lieux qui proposent de la culture, par rapport aux immenses concerts qui font déplacer la moitié de l’Europe. Je pense aux Taylor Swift et compagnie, qui sont des catastrophes écologiques, que ce soit de la part de l’artiste ou des gens qui viennent.
Swann : Il y a énormément de festivals en France, dans l’Est notamment, je pense au Festival de la Paille, au Woodstower, au Nologo, qui se font manger par de gros événements promus par les régions avec de grosses têtes d’affiche internationales. Dans le Jura, il y a Sting qui passe avec Gims, évidemment le même week-end que le Festival de la Paille, qui existe depuis 30 ans. Du coup, c’est leur dernière édition, parce qu’ils savent qu’ils ne pourront pas se relever niveau trésorerie. Ces actions ne sont pas innocentes : elles écrasent la culture locale et les groupes émergents. Environnementalement, c’est pareil, c’est en milieu rural, ça va attirer des gens de Lyon, de partout. C’est un enfer. Vive Le Périscope pour leur action !
C’est aussi une histoire de curiosité. J’ai l’impression que depuis l’époque COVID, beaucoup de gens ont perdu la curiosité d’aller découvrir des choses qu’ils ne connaissent pas. Les gens ont l’habitude de se faire servir ce à quoi ils s’attendent. Je trouve que c’est le plus important pour préserver notre humanité : accepter de se faire surprendre par la vie, aller se faire secouer par des projets qu’on ne connaît pas, des lieux qu’on ne connaît pas, se perdre dans des rues et trouver un petit lieu niché où il se passe des choses super. Ces moments-là ont d’autant plus de valeur qu’ils sont intimes, qu’on ne les revivra pas, qu’ils ne sont pas sur-diffusés. Ce son des moments dans l’instant. On manque de ça. C’est un encouragement à la curiosité, pas une niche perdue : c’est une niche hyper enthousiaste et hyper vivante, et ça fait plaisir d’y tomber.
Matthias : Le Périscope a eu la chance d’être une SMAC et d’être subventionnée, mais je pense aussi à tous les petits clubs qui ont vu sauter le FONPEPS. Il ne faut pas hésiter à se déplacer, à aller donner un peu de cœur et d’argent aux petits lieux.
LFB : Merci pour ces mots d’espoirs, et merci beaucoup pour votre temps! On vous souhaite une bonne sortie d’album et on continuera à vous suivre.
Swann : Merci à La Face B pour cette entrevue.
Matthias : Merci !