Cinq ans après Night Songs, Yael Naim revient plus forte et audacieuse que jamais. Solaire n’est pas seulement un nouveau chapitre : c’est une mue. Un disque de transformation, traversé d’ombres et de lumière, où l’artiste s’autorise enfin toutes les libertés. Un nouvel album foisonnant, intime et politique, qui déroutera sans doute les fans de la première heure, mais qui réussit le pari de nous emmener là où on ne s’attendait pas à aller !

Aux commandes de bout en bout, Yael Naim signe ici son œuvre la plus personnelle. Musique, production, visuels, clips : tout porte son empreinte. Jusqu’au documentaire Yael Naim, une nouvelle âme, coécrit avec la réalisatrice Jill Coulon (toujours disponible sur Arte.tv), qui éclaire ce moment charnière. On y découvre une artiste en mouvement, en questionnement, déterminée.
Se raconter sans fard
Dans Solaire, Yael Naim se dévoile comme rarement. Femme, mère, fille, artiste : les identités se superposent, se confrontent, se cherchent. La fille pas cool en est l’aveu le plus tendre. Elle y refuse les postures et les archétypes – « la fille qui ose, la fille qui pose » – pour revendiquer une normalité fragile, une force tranquille. Une manière de dire qu’on peut exister sans bruit, sans masque.
Yael Naim ne se contente pas de sonder son intériorité. Dans Wow, elle pointe le règne de l’image et la superficialité contemporaine. Dans Dream, né d’un échange avec l’activiste Reine Willing, elle imagine la Terre prenant la parole pour dénoncer la toxicité de notre relation au vivant.
La métamorphose de Yael Naim passe également par sa prise de parole sur des sujets politiques. Avec Rabbit Hole, écrit avant le 7 octobre, l’artiste interroge ses racines israéliennes et la mécanique de la peur. Elle y questionne les récits dominants, les fractures identitaires, les haines attisées – là-bas comme ici. Même élan dans Multicolor, hymne incandescent à la tolérance et au droit à la différence.
Explorer, expérimenter, s’affranchir
Musicalement, Solaire marque une rupture. Longtemps attachée aux sonorités organiques, Yael Naim plonge ici dans les textures électroniques. Les genres se croisent et se répondent : néo-soul (Solaire, Free), hip-hop (Wow), pop (La fille pas cool), minimalisme (Rabbit Hole), expérimentations sonores (What’s in Your Soul).
Multicolor incarne cette ouverture. Le morceau, à la fois organique et électronique, convoque des influences hindoues à travers des percussions et des cordes issues d’anciennes sessions enregistrées en Inde avec le duo mythique Laxmikant–Pyarelal. Le résultat : une explosion presque Bollywood, festive et spirituelle, qui célèbre la vie, la différence et la tolérance comme un acte de résistance.
Plus radical encore, What’s in Your Soul, avant-dernier titre de près de dix minutes, déploie une boucle hypnotique construite autour d’un synthétiseur Moog. La voix s’y fait mantra, répétant comme une promesse : rien ne s’efface vraiment.
L’album se referme sur Free, note néo-soul lumineuse qui sonne comme une libération.
Avec Solaire, Yael Naim livre son disque le plus audacieux et sans doute le plus nécessaire : un album qui ne cherche plus à plaire, mais à être. Et c’est précisément là qu’il touche juste.
L’artiste entamera une tournée en France et en Suisse dès avril, avec une Cigale parisienne déjà complète.