2025 – Les coups de cœur(s) de La Face B – Acte II

Le rendez vous devient un classique; comme chaque année la rédaction de La Face B a aiguisé ses plus belles plumes pour vous offrir ses albums coups de cœur(s) du cru 2025. Second acte sans attendre avec Wet Leg, SPORE, Lou-Adriane Cassidy, Sarah Maison, Bad Bunny et Bambara.

Wet Leg – moisturizer (Léo)

Vouloir être percutant auprès du plus grand nombre en s’appropriant des codes connus pour les transformer en quelque chose de plus personnel est une quête noble, mais semée d’embûches. À la fois éclectique dans ses ressentis sonores et portée par une cohérence artistique quasi indiscutable, l’écoute de ces titres traverse la chair et les sens.

Ce deuxième opus du groupe britannique fait évoluer leur travail de manière explosive. Il ne s’agit plus de rester confortablement ancré dans des réflexions familières, mais de les pousser plus loin. Déployer une idée naturelle pour l’emmener vers quelque chose de plus inattendu devient ici une évidence.

À la fois cohérent et surprenant, le disque nourrit cette envie presque addictive de goûter à la maturité créative du groupe et d’en capter l’évolution. Simple en apparence, il révèle une complexité qui se dévoile au fil des écoutes. Il y a quelque chose de rassurant à écouter un projet de cette trempe, à constater qu’un groupe peut faire évoluer ses harmonies tout en préservant une identité forte, sans jamais chercher à la fuir.

Wet Leg mérite ainsi d’être placé sur un piédestal cette année avec moisturizer : sans avoir besoin d’une justification profonde, ce sont des chansons qui fonctionnent pleinement et dont l’impact s’impose, quelle que soit leur forme.

SPOREouverture (Mathilde V)

Cet album porte bien son nom car Ouverture est le premier album du quintet SPORE, et promet une discographie haute en couleurs ! En dix titres, le jeune groupe réussit à prouver à l’industrie musicale qu’innover, expérimenter et mélanger les genres est possible, et ils réussissent haut la main la délicate épreuve du premier opus. Amis depuis longtemps et ayant chacun leur projet de leur côté, les cinq musiciens décident en 2023 de s’unir pour créer SPORE, un groupe de rock alternatif, qui grandit au sein du label Floral Records. Depuis, leur single Floral sorti à la formation du groupe, cumule aujourd’hui plusieurs centaines de milliers de streams sur les plateformes. 

Dans cet album, chaque chanson est unique, raconte une histoire, semble avoir sa propre identité. Le titre Ouverture, qui débute l’album, pose le cadre : “Cinq styles, milles formes. J’ai posé ce décor. Seul deal, c’est fou, y’a plus qu’à sonner fort”. SPORE est là pour faire du bruit, mais le faire bien ! Puis tout s’enchaine, La course folle, qui porte à merveille son nom car vous aurez tout simplement envie de taper du pied et de vous déhancher pendant 3 minutes 14 ! Chaque chanson a sa spécificité : Cette ville plonge dans de l’électro-pop psychédélique hypnotisante, Libre et le rap percutant de Tristan… 

Mon coup de cœur de l’album s’appelle J’extériorise : une pépite rock brute salvatrice, mais au texte touchant, presque méditatif. “Alors / À l’ombre des voix / J’extériorise les maux que je bois / À force de lire des gens qui se broient / Des mondes qui se noient”. Une seule envie : entendre ces titres se défendre en live, et plonger dans les profondeurs de SPORE, se laisser surprendre par leur magie. 

Bad Bunny  – DeBÍ TiRAR MáS FOToS (Enzo)

Franchement, ça va être un peu cliché, mais je pense que cet album est peut-être le préféré de la planète quand on voit son nombre de streams dans le monde entier (plus de 19,8 milliards en même pas un an) et l’engouement énorme autour de sa tournée. Avec 54 stades et plus de 2,5 millions de billets vendus, on ne peut pas passer à côté de Bad Bunny et son déjà incroyable DeBÍ TiRAR MáS FOToS

C’est peut-être la première fois que je mets autant de titres d’un seul album dans ma playlist, et surtout pas tout d’un coup. Cet album s’est clairement bonifié avec le temps, en tout cas pour moi. Évidemment, j’ai direct accroché aux hits comme BAILE INoLVIDABLE et DtMF. Mais plus je l’écoutais, et plus j’avançais sur ma chronique, plus le reste du projet m’a attrapé. Des morceaux comme TURiSTA, LA MuDANZA ou KLOuFRENS, pour n’en citer que quelques-uns, m’ont accompagné quasiment toute l’année. À chaque fois que je mettais ma playlist en aléatoire et que ça arrivait, je pense que je n’ai presque jamais skip un titre de l’album. 

Et ce qui me frappe encore plus, c’est que le style du Portoricain n’a jamais été mon préféré. J’ai toujours aimé les rythmiques latines et le reggaeton, mais jamais au point de me dire que ça deviendrait un jour l’un de mes albums préférés. Et pourtant. En plus, ce projet m’a fait découvrir plein d’autres styles : je connaissais vite fait la salsa et la bossa nova, presque pas le boléro, et cet album m’a donné envie d’aller creuser tout ça. Parfois la musique ça ne s’explique pas

Et, quand on prend le temps de creuser un peu le fond du projet, le propos, paroles, ça donne encore plus de poids à l’album. On sent un artiste investi, profondément attaché à son peuple et à son île. Ce n’est pas juste une esthétique ou un décor, c’est un vrai engagement qui traverse le projet. Et voir un artiste de cette ampleur utiliser sa musique pour porter ce genre de message, qui fonctionne en plus, forcément, ça force le respect. Même si, oui, le choix d’accepter le Super Bowl me laisse un goût bizarre. Une sorte de tache noire dans le parcours du projet qui, jusque-là, me paraissait presque parfait.

BAMBARA – Birthmarks (Léa)

Si BAMBARA n’est pas inconnu de La Face B, ils n’en sont pas moins ma découverte de cette année 2025 et un sacré coup de cœur ! Il aura fallu attendre de me pencher sur mon organisation du Printemps de Bourges pour aller à la rencontre de ces charmants Américains pour m’imprégner de ce très bel album qu’est Birthmarks (Bella Union).

Le cinquième opus de la bande menée par les jumeaux Bateh, Birthmarks est peuplé de fantômes et vous hantera tout autant. Birthmarks rassemble des paysages nocturnes aux ambiances ultra cinématographiques. Les textes de Reid Bateh sont écrits comme de véritables récits noirs allant parfois jusqu’à la forme carrément poétique. Reid Bateh n’est pas que chanteur, il s’aventure sur certains morceaux comme un poète qui clamerait sa poésie avec intensité.

La violence y est omniprésente. En filigrane, elle se ressent progressivement. Si vous souhaitez frémir, l’univers général de Birthmarks ne pourra que vous convaincre avec ses 10 pistes impeccables, cohérentes. S’alternent des morceaux énergiques, accrocheurs et plus contemplatifs – Elena’s Dream comme un interlude jazzy d’un film noir -, des instruments inattendus pour le genre – saxophone, vibraphone ou encore trompette – feront leur apparition qui viendront enrichir cette palette déjà bien dense. Mentions spéciales à son ouverture Hiss véritable prologue à l’ambiance inquiétante comme au sublime Because you asked qui n’est pas sans rappeler un héritage du grand Nick Cave.

Amateurs d’un post-punk immersif, voilà un objet qui ne vous laissera assurément pas de marbre !

Lou-Adriane Cassidy – Triste Animal (Mathilde D)

Si il y a bien un album que l’on n’a pas vu venir cette année c’est Triste Animal de Lou-Adriane Cassidy. Sorti seulement 4 mois après son déjà culte Journal d’un Loup-Garou, Lou-Adriane ne sort pas juste un EP avec, on pourrait croire, quelques chansons exclusives qui ne se retrouvent pas sur son dernier album, mais un album de 8 titres avec un tout autre concept, une toute autre histoire. 

Durant notre entrevue pendant les Francos de Montréal, elle nous a révélé qu’elle avait besoin d’un exutoire après un gros morceau comme Journal d’un Loup-Garou. Ça a été un projet très prenant moralement mais aussi physiquement, et il lui fallait quelque chose qui puisse la faire revenir aux bases et lui permettre de retrouver une écriture et une composition plus simples, même chose dans l’interprétation et l’enregistrement. Quand d’autres font de la poterie pour se détendre, Lou-Adriane écrit des bangers.

Si Journal d’un Loup-Garou est une pièce d’orfèvre, Triste Animal est un diamant brut avec toutes les imperfections qui le rendent unique. Même si j’ai adoré Loup-Garou, comme tout le monde, et comme toutes les récompenses reçues cette année à l’ADISQ le prouvent et sont amplement méritées pour elle et son équipe le prouve, j’ai personnellement plus d’attachement pour Triste Animal qui offre un rendu plus brut et plus fragile.

Sarah Maison – Divad (Camille)

Strass scintillant, halo et auréole sur la pochette de Divad, son premier album autoproduit et sorti à la fin septembre, la chanteuse Sarah Maison se mue en diva. Une envie de grandiloquence qui s’affirme autant dans la direction artistique que dans la musique. Elle joue dans le « kitsch oriental ». L’artiste accompagne sa guitare seventies de mélodies arabisantes jouées sur des synthétiseurs.

Sarah Maison utilise cette figure de la diva pour la liberté qu’elle offre. La chanteuse, compositrice et performeuse chantent en arabesque des émotions exacerbées. Elle évoque le processus de guérison parfois douloureux qui accompagne une rupture (Jamais), l’hyper-productivité à l’absurde qui engendre une perte d’estime de soi (Dessiner), ou encore l’expérience du racisme (Bonsoir) et la peur de la séparation (Reste près de moi) . La chanson éponyme de l’album résume bien ce geste : Divad porte sur l’acceptation de soi.

Après deux EP remarqué, l’artiste a su faire sa place au sein de la scène émergente. L’album Divad marque un tournant dans la carrière de Sarah Maison. Un nouveau volet pour l’artiste qui par ce disque concrétise quatre ans d’écriture et de composition. D’autant que cette sortie d’album s’accompagne d’un show à la hauteur de ses attentes. Sa release party, complète, à la Boule Noire (75018) fin novembre, comprenait un show digne des plus grande diva, entouré de drag queen et des codes de la culture ball. De quoi laisser présager un bel avenir à Sarah Maison pour 2026.