2025 – Les coups de cœur(s) de La Face B – Acte IV

Le rendez vous devient un classique, comme chaque année la rédaction de La Face B a aiguisé ses plus belles plumes pour vous offrir ses albums coups de cœur(s) du cru 2025. Tout de suite, on vous révèle notre quatrième acte avec Djo, Folk Bitch Trio, Alex G , ALA.NI, Marianne Mirage et la collaboration entre Vald, Vladimir Cauchemar et TODIEFOR.

Djo – The Crux (Océane)

crédit : Neil Krug

Certains artistes suscitent ce paradoxe doux-amer, où l’on voudrait continuer de les admirer secrètement, égoïstement donc, tout en leur souhaitant la plus juste des reconnaissances. Pour leur talent, évidemment, mais surtout pour la sincérité et la passion qui habitent chacune de leurs créations. Djo est de ceux-là. Et de ceux qui nous ont également bouleversés cette année avec une sortie qui a fait l’unanimité : The Crux.

Son troisième album studio est, sans conteste, une évolution marquante dans sa carrière. Si ses précédents opus nous ont déjà ouvert une porte sur ses influences psychédéliques et ses approches audacieuses, ce dernier album va encore plus loin, confirmant une recherche artistique sans compromis. Le titre, à la fois simple et profond, évoque ce cœur, ce noyau de vie, comme un carrefour émotionnel où l’artiste, tout en nous faisant part de sa vulnérabilité, tisse une toile sonore où la lumière et l’ombre s’entrelacent.

Le premier aspect qui frappe dans The Crux est la richesse de ses atmosphères. Djo parvient à mêler des sons rétro avec des explorations plus modernes, créant une sorte de terrain de jeu musical où chaque morceau semble évoluer sous une nouvelle forme. Il y a une sensation de fluidité, une continuité entre chaque chanson, comme si l’album était un tout, une expérience à part entière qui ne peut se réduire à quelques morceaux isolés. Les influences des années 60 à aujourd’hui, des Beatles à LCD Soundsystem, sont toujours présentes, mais le tout est réinterprété à travers le prisme de Djo, apportant une qualité novatrice à des sonorités familières.

Et là où The Crux se distingue, c’est dans sa capacité à marier des textures électroniques audacieuses avec des arrangements plus organiques. Djo crée des atmosphères uniques, où les sons se mélangent et se superposent, parfois de manière chaotique, parfois d’une manière plus ordonnée. Les productions de l’album oscillent entre des moments de pure euphorie et des instants plus mélancoliques, qui rappellent l’ambivalence de l’expérience humaine.

L’un des grands atouts de cette sortie réside dans la voix de Joe Keery, qui s’affine, s’adapte et s’épanouit tout au long de l’album. Plus expressive que jamais, sa voix semble tour à tour fragile, éthérée, mais aussi assurée, comme une mise à nu de ses émotions. Ce contraste entre légèreté et intensité se retrouve dans des morceaux comme Egg, où la production se fait à la fois expansive et intime, ou dans Link qui semble capturer l’énergie brute d’une explosion intérieure.

Les thématiques abordées sont aussi universelles que personnelles, évoquant des luttes intérieures, des doutes, mais aussi une forme de réconciliation avec soi-même. C’est un album qui déborde d’honnêteté, loin des artifices, et qui nous invite à une introspection nécessaire.

Au final, The Crux est un album qui se dévoile au fur et à mesure des écoutes, où chaque chanson apporte quelque chose de nouveau, de plus profond. C’est un témoignage musical de l’évolution d’un artiste qui ne cesse de se réinventer. Djo a su capturer quelque chose d’essentiel : l’idée que la musique, au-delà de tout, est une forme de catharsis. Et à travers ce disque, il nous invite, avec une sincérité désarmante voire presque réconfortante, à plonger dans l’intensité de notre propre cœur.

Folk Bitch Trio – Now Would Be A Good Time (Léo)

Tout simplement l’une des révélations de cette année. Folk Bitch Trio s’impose doucement, mais avec une évidence rare, en laissant derrière elles une traînée de poésie lumineuse.

C’est une œuvre qui murmure à l’intime, une ode à la béatitude née de la nostalgie, à cette idée fragile mais essentielle : il existe toujours une magnificence cachée dans la vulnérabilité. Les voix s’entrelacent, se frôlent, se portent mutuellement jusqu’à ne former qu’une seule respiration, pure et délicate. Les guitares rappellent qu’un orchestre peut naître de peu, que la grandeur n’est jamais une affaire de nombre. Toute chanson devient alors un fragment d’un ensemble sensible, une histoire vivante, enveloppante, presque hors du temps.

Depuis le mois de juillet, cette magie auditive caresse l’ouïe et s’installe doucement, comme un souvenir que l’on n’arrive pas à quitter. Now Would Be A Good Time ressemble à la première pierre d’un château invisible, bâti pour accueillir celles et ceux prêts à écouter les beautés les plus douces et les plus percutantes que l’humanité sait encore offrir, et à laisser le temps transformer les démons en lumière.

C’est l’une des plus belles découvertes de l’année, un frisson persistant, appelé à durer bien au-delà d’aujourd’hui. Avec, en filigrane, ce désir presque fébrile de partager enfin ces instants en chair et en sons, le 14 mars au Petit Bain, face aux magiciennes à l’origine de ces harmonies. 

Vald, Vladimir Cauchemar & Todiefor – Pandemonium Reloaded (Matthieu)

Pandemonium Reloaded de Vald, Vladimir Cauchemar et Todiefor s’est imposé comme l’un de mes albums de l’année presque naturellement. Déjà très solide, Pandemonium marquait un vrai retour en forme pour Vald, mais cette version tech est venue complètement redistribuer les cartes. Deux mois après la sortie initiale, le trio a pris tout le monde à contrepied avec une relecture pensée directement pour le live, sans annonce, sans transition.

Le changement de direction artistique était un vrai risque, et c’est précisément ce qui fait la force du projet. Ici, on n’est pas face à de simples remixes, mais à une transformation totale des morceaux. L’énergie est plus brute, plus frontale, et chaque titre semble calibré pour faire réagir une foule plutôt qu’une écoute solitaire.

Des morceaux comme Régulation Reloaded ou Prozaczopixan Reloaded prennent une dimension complètement différente en concert. Vécus en live, ils deviennent de véritables décharges d’adrénaline, où la fusion entre rap et techno fonctionne à plein régime. L’ambiance dans le public est immédiate, presque incontrôlable.

Avec cet album, Vald, Vladimir Cauchemar et Todiefor ne se sont pas contenté de suivre une tendance, ils ont déplacé les lignes. Ce mélange des genres, assumé et maîtrisé, ouvre de nouvelles perspectives pour le rap en live. Un projet audacieux, cohérent, et sans hésitation l’un de mes disques de l’année.

Alex G – Headlights (Mathilde V)

Cette année a vu naître le nouveau projet d’Alex Giannascoli, plutôt connu sous son nom d’artiste, Alex G. Son album Headlights, sorti en juillet, a été un de mes albums préférés de cette année ! Dès les premières notes de June Guitar, le démarrage de l’album, j’ai su qu’il finirait dans mes coups de cœur. Le jeu de guitare si apaisant, profond, se mélange délicatement avec les différentes harmonies vocales du musicien, qu’il nous présentera sous diverses variations. 

Alex G sort pour la première fois un album au sein d’une major, RCA Records. Cela ne l’empêche pas de rester fidèle à lui-même, à ses convictions. Mais il reconnaîtra dans Beam Me Up qu’il n’est pas au dessus des lois, et qu’être indépendant, ce n’est pas un boulot facile. “Some things I do for love, some things I do for money/It ain’t like I don’t want, it ain’t like I’m above it”. 

Le tout possède une ambiance sonore particulière, faite de multiples couches de sonorités diverses, Alex G joue avec ses inspirations, nous transportant dans son monde et dans son esprit, presque dans ses rêves. Mélancolique, oui certainement, mais certains titres surprennent par leur pop-attitude qui vient réveiller nos écoutilles, comme Afterlife, ou certains plus expérimentaux comme Bounce Boy. 


Headlights reste un album résolument pop-folk, mais offre des variations et expérimentations ultra riches vers de l’indie rock et électro/pop. Alex G semble avoir atteint un nouveau sommet avec cet album, faisant preuve de l’étendue de son talent.

ALA.NI – Sunshine Music (Lena)

J’ai découvert ALA.NI sur FIP radio à l’occasion de la sortie de son troisième album, Sunshine Music, en septembre 2025. J’ai d’abord été marquée par sa voix singulière, délicate et jazzy, et par l’atmosphère solaire et envoutante de ses chansons.

Singer-songwriter britannique basée à Paris, ALA.NI a composé Sunshine Music lors d’un séjour de deux ans et demi entre la Barbade, la Jamaïque et Grenade, dont sont originaires ses parents. Durant cette période, l’artiste s’est confrontée à de nouvelles influences rythmiques et culturelles qui ont façonné l’album, se révélant ainsi comme une véritable mosaïque de styles — du calypso au rocksteady, en passant par la bossa nova et le jazz — avec en fil rouge la voix élégante et expressive d’ALA.NI.

Les chansons évoquent tantôt les moments de la vie (Something You Said), la beauté de la nature (Blue Mountain), et surtout les caprices de l’amour (This is Why, Ton Amour, Don’t Want to Hate You). On retrouve de l’effervescence et de l’optimisme dans Summer Meadows, un titre qui met en vedette des trompettes, des cors carnavalesques et des passages au violoncelle de Clément Petit, qui a coproduit l’album. ALA.NI incorpore également à ses morceaux des réflexions personnelles et socioculturelles. Son séjour en Jamaïque a notamment inspiré des prises de conscience sur l’identité, la liberté d’expression et les micro-agressions quotidiennes, qui alimentent certaines dimensions plus profondes de l’album.

Avec Sunshine Music, produit par le label No Format, ALA.NI signe selon nous son meilleur album, affirmant sa capacité à fusionner différents styles et influences tout en conservant une identité artistique singulière.

Marianne Mirage – Teatro (Camille)

S’il fallait ne retenir qu’un seul album en 2025, il faudrait penser à Teatro de l’italienne Marianne Mirage : un disque magistral d’une grande beauté et d’une sensibilité marquée. Certes, il faut quelques billes en italien pour comprendre l’élégance de ses textes mais quelques traductions sur internet suffisent. Puis l’expressivité du folk de Marianne Mirage suffit à saisir l’idée de ses morceaux sans forcément en connaître le sens des mots.

Avec raffinement et sans jamais se perdre ou s’égarer la Milanaise se promène à travers divers genres musicaux. L’artiste flâne dans la douceur et la lenteur. Teatro démarre sur un morceau plein de rondeur, de poésie, que des cuivres viennent réchauffer (Chiuci Gli Occhi), qui se conjugue à merveille avec d’autres chansons d’amour tout aussi chic (Tramontana, Baci). Marianne Mirage compose des titres entraînants et voluptueux. Dans sa musique, il y a des airs baroques, des mélodies romantiques et gracieuses autant que des rythmiques cuirassées (Senza Ridere). Conquis par cet album, on attend le prochain avec impatience, autant qu’une date en France !

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