Rencontre avec Coline Rio & Vanille

Cette année, chacune de son côté de l’Atlantique, Coline Rio et Vanille ont dévoilé deux albums fabuleux. On avait eu le plaisir de les retrouver cet été pour une interview croisée autour de leur expérience commune pour La Traversée.

La Face B : Comment ça va ?

Vanille :  Ça va super ! Ça va comme sur des roulettes ! 

Colline Rio : Ouais, on est trop heureuses, franchement !

LFB : Vous avez passé combien, une semaine ensemble ?

Colline Rio : Une semaine, ouais.

Vanille : Même un peu plus parce que techniquement on s’est vu hier aussi. 

Colline Rio : Oui, c’est vrai qu’on a passé du temps ensemble hier !

Vanille : Donc ça fait huit jours ! Huit beaux jours !

Colline Rio : C’était génial ! Franchement, on est un peu sur un petit nuage tous là !

LFB : Et du coup, qu’est-ce qui vous a donné envie de postuler à cette expérience de la Traversée ? C’est quelque chose que vous aviez déjà vu ou c’est quelque chose qui est venu de votre management, par exemple ?

Colline Rio : Moi, c’est ma manageuse qui m’en a parlé, en effet. Et c’est les Francos de la Rochelle qui ont pensé à moi et à James, apparemment, en binôme. J’en avais déjà entendu parler par d’autres artistes français qui l’avaient très, très bien vendu ! Donc, je connaissais la Traversée et dès qu’on m’a dit “Oh, on pense à toi pour la Traversée”, j’étais trop heureuse ! L’année dernière je n’avais pas pu le faire, mais là, cette année oui et c’était parfait ! Je suis trop contente et j’ai l’impression qu’en plus qu’on a vraiment eu un vrai match global tous les quatre ensemble.

Vanille : Moi aussi, même chose, je n’ai pas appliqué en fait, on m’a recrutée. On m’a dit “est-ce que ça t’intéresserait de faire ça ?” Je n’avais jamais pensé à faire ça, parce que je ne fais jamais des choses qui ressemblent à des concours. Tout ce qui est un peu scolaire, on va dire, je n’ai jamais embarqué. Mais là, l’idée était vraiment cool de faire un show aux Francos de la Rochelle et au Francos Montréal avec des gens que je ne connais pas. Je n’avais jamais fait ça d’embarquer dans une nouvelle patente comme ça. J’ai trouvé ça quand même cool ! Mais j’avoue qu’à la base, c’était vraiment parce que j’avais envie de retourner en France [rires] !

Colline Rio : Oui, moi aussi, très honnêtement, c’est un rêve de venir à Montréal depuis super longtemps, pour toute la scène de chanson francophone que j’adore ! Les artistes dont je suis le plus fan viennent d’ici. C’était une opportunité de dingue ! Et en plus, en effet, ce concept, il est génial ! Moi, je n’avais jamais vu ça, mais peut-être que ça existe ailleurs. Monter un live avec des artistes qu’on ne connaissait pas avant, c’est fou quand même. Je trouve ça génial !

Vanille : Ça faisait peur un peu, j’étais méga stressée. Je n’avais jamais rien fait comme ça, et au final, on a juste pris les atouts de tout le monde.

LFB : Quand ils ont annoncé les noms, vous êtes allés voir les artistes avec qui vous seriez ? Est-ce que ça vous a surpris ?

Colline Rio : Oui, moi, ça m’a surpris, je me suis dit que tout était hyper différent. 

Vanille : Oui, c’est ça, on ne savait rien en signant. Mais c’était ça aussi qui était excitant, c’est de ne pas savoir. Puis au final,pareil, je me suis dit qu’on était tous très différents. Là, j’ai essayé de penser à qu’est-ce qu’on va s’apporter, comment je vais pouvoir m’intégrer ? 

Colline Rio : Oui, complètement pareil.

Vanille : Au final, ça n’a même pas été difficile. 

Colline Rio : Pas du tout, c’est ça que je trouve vraiment fabuleux dans cette expérience. C’est qu’on est très différents, mais il y a quelque chose d’hyper logique quand même, de fluide dans le live. On s’est tous hyper investis, en vrai, et c’est trop bien.

Vanille : Je pense que c’est ce qui a rendu le tout vraiment spécial, c’est qu’on a été investis dans les chansons des autres pour de vrai. C’était vraiment un bel exercice pour nous.

LFB : Justement, comment on fait cohabiter quatre univers qui sont complètement différents ?

Colline Rio : Là, j’ai l’impression que ce qui a permis ça, c’est de partir dans un objectif full live, on a très peu de séquences, il n’y a que quelques morceaux où il y a des séquences.

Mais globalement, on joue tous. On est accompagné d’un batteur incroyable Vincent et d’une bassiste dingue, Amélie, et ça nous donne un socle qui est très solide. Et ce qui fait aussi qu’on a une unité de couleur dans le son puisqu’on a tous les mêmes instruments, c’est le même son pour tout le monde. Je pense que c’est un point fort et aussi, en vrai, l’investissement, franchement, je le répète, c’est important. On se donne tous autant sur chaque morceau des uns et des autres, donc ça fait un groupe quoi.

Vanille : Vraiment, exactement.

LFB : On en parlait un peu avant, mais c’est un concept intéressant aussi, le fait d’être un artiste ayant l’habitude d’être sur le devant de la scène, mais là de te reculer un peu pour faire vivre la musique des autres, c’est aussi une idée qui est hyper intéressante dans ce projet-là.

Vanille : Oui, tout à fait, je suis d’accord. 

Colline Rio : Ça faisait longtemps que je ne m’étais pas retrouvée dans cette posture d’instrumentiste. Je pense que je ne l’ai jamais trop été d’ailleurs, puisque dans Inuït, j’étais vraiment chanteuse lead, mais je faisais quand même un peu de percus. Mais comme c’était un groupe, j’avais expérimenté le fait de composer à plusieurs ou d’être dans ce genre de circonstances où on est tous autour des instruments, et il y a une sorte de démocratie qui se met en place pour les arrangements des chansons. Et franchement, c’est génial, j’adore le fait d’être derrière le clavier ou au tambourin, de faire des chœurs, d’être là en soutien, de regarder les autres.

Vanille : Moi aussi, j’adore regarder les autres chanter. Quand Audrey Michel a dit qu’on était au service de l’artiste qui est en avant, je me suis dit “ben oui, c’est tellement ça”. C’est comme si on s’oubliait pendant un instant et on existe à travers la personne en avant. C’est juste trop magique.

Colline Rio : C’est trop beau, c’est trop bien vu ! 

Vanille : Perso, ça m’a aussi vraiment fait du bien, parce que je ne me considère pas comme une musicienne moi non plus, je me considère comme une autrice-compositrice avant même d’une chanteuse. Mais là, d’assumer que c’est moi qui est la guitariste, qui fait des parts de guit, qui a même un petit tone surf, c’est jamais moi la fille qui tone d’habitude, puis là, c’est moi. Ça m’a fait du bien. Ça m’a confirmé que j’étais capable d’être une musicienne, d’avoir ma place aussi, c’est cool.

LFB : Tu t’es trouvée une nouvelle voix, une nouvelle ligne.

Colline Rio : Je me suis rendue compte que je suis autant capable que mes homologues masculins. Il y en a qui sont moins bons que moi, puis qui se la pètent plus. Des fois je suis comme “aie la confiance de ce médiocre white boy ! ».

LFB : Non mais c’est intéressant, ça te permet aussi de te redécouvrir en tant qu’artiste j’ai l’impression.

Colline Rio : Ça nous pousse aussi dans nos retranchements, dans le sens où on se met à un endroit où on n’est pas à l’aise habituellement. Je suis d’accord avec toi sur cet aspect de découverte. Moi, c’était plus sur le fait de partir à l’étranger et d’y aller avec des personnes que je ne connais pas. Ça, ça me faisait super peur. L’aspect vraiment instrumentiste, je suis plutôt à l’aise avec ça. Moi, c’était de ne pas se connaître et d’être à l’étranger, j’étais super stressée. Mais ça s’est tellement bien passé que ça m’a donné un boost de confiance genre “Ah, en fait, ça marche, c’est possible”.

Vanille : Ouais genre tu peux faire ça n’importe où dans ta vie. Tu peux être telle que tu veux y arriver avec ton bagage. Ça va toujours être suffisant. Tu vas toujours être accueillie.

Colline Rio : Et puis, se dire qu’on est à la hauteur, en fait. Parce qu’à partir du moment où tu es là, vraiment là, dans le présent, tout fonctionne, en fait. 

Vanille : Je n’ai jamais autant vécu le moment présent que dans ce show-là, j’ai l’impression. 

Colline Rio : Ah oui, et moi j’ai tellement peur de me tromper pour les autres, t’es en mode “là, c’est la chanson de untel, c’était pas ma chanson, fait que tu assures”.

Vanille : C’est tellement vrai ! Quand j’arrive à mes chansons, je suis comme désinvolte, genre on s’en fout, mais quand ce n’est pas les miennes je suis comme “Oh, merde, attends, faut que je rentre le solo là chill” !

Colline Rio : Pareille ! L’intro, j’ai une chanson pour James où je démarre vraiment une mélodie de piano et je suis en mode “Putain, c’est moi qui démarre !”, à chaque fois, je suis stressée de fou !

Vanille : Au pire, comme on a dit, les petites erreurs, on s’en fout parce que le core de tout ça, c’est qu’on sent, qu’on entend, qu’on voit un groupe. Puis ça, ça va marcher même s’il y a une erreur.

LFB : Vous avez eu des guides aussi, côté québécois avec Audrey Michel et français Nico Lockhart, qui sont des personnes très bienveillantes et de très pédagogues aussi là-dedans.

Vanille : Honnêtement, je pense que c’est le meilleur mot pour les décrire tout le long de l’aventure. Ils étaient bienveillants et vraiment à l’écoute. Je me suis vraiment bien sentie en plus d’avoir intégré des nouveaux trucs, où je me suis dit je vais continuer, je vais garder ça en tête. J’ai appris sur le plan humain, sur le plan musical, c’est vraiment cool comme expérience !

Colline Rio : Oui, c’est génial. En effet, ils sont super les deux là.

Vanille : Ils sont trop gentils, c’est comme c’est des soies.

LFB : Est-ce qu’il y a des choses qui vous ont surpris chez les uns et les autres, comme vous ne vous connaissiez pas du tout ?

Colline Rio : Ouais. Moi, je vais te dire un truc pour toi Vanille, parce que tout au long de la semaine, t’étais un peu réservée. tu sais, tu te cachais dans ton coin pour réviser les accords et tout. Et le dernier filage qu’on a fait devant les équipes, j’étais trop surprise de ta présence et du fait que tu sois hyper à l’aise, je me suis dit, ah ouais, ok haha ! Ça m’a trop impressionnée, t’as une présence qui est exceptionnelle sur scène.

Vanille : T’es trop mignonne ! 

Colline Rio : C’est sincère ! 

Vanille : Pour moi, c’était une surprise de tout le monde, dans le sens où je ne m’attendais vraiment à rien, ou à la limite de trouver ça difficile de ne pas apprendre bien vite ou que les chansons soient difficiles ou quoi que ce soit. Genre moi, mes chansons ne sont pas super faciles parce qu’il y a quand même beaucoup de changements d’accords. Mais au final je me suis dit “beh voyons, c’est des pros, ils sont tellement capables”, puis rapidement, vous avez pogné la twist. J’étais vraiment impressionnée qu’on arrive à s’accorder autant même si on n’a pas les mêmes intuitions musicales au final, on s’est carrément rejoint.

Colline Rio : Moi aussi j’ai été vraiment surprise du professionnalisme de tout le monde, comme Jame qui est hyper doué et joue hyper bien de plein d’instruments.

Vanille : C’était le premier à aller chanter dans son coin pour apprendre les paroles, il était tout le temps en train de pratiquer, alors qu’il a l’air hyper nonchalant. 

Colline Rio : C’est ça qui est génial, tu penses qu’il n’est pas investi, mais en fait, il est surinvesti. Il y a un personnage qui se cache derrière ses lunettes, et en fait, il est trop gentil, il est trop investi, pareil pour Jules (Super Plage), il avait bossé de fou avant.

Vanille : Il savait toutes les chansons, il avait travaillé avant le show, avant la Traversée, il connaissait les solos, il est arrivé, il avait tout !

LFB : Il est venu préparé !

Vanille : Oui, exactement ! Et lui, il disait, moi ça me terrorise de faire ça, d’apprendre des trucs. Il dit qu’il voulait arriver prêt, parce que pour son confort à lui, puis j’ai dit, je te comprends tellement !

LFB : Est-ce que vous trouvez ça important, justement, cette idée de lier des cultures différentes autour de la francophonie? Parce que la culture québécoise et la culture française, même musicalement, c’est des choses qui sont très différentes.

Colin Rio : Oui, c’est vrai, c’est très différent, mais je crois qu’on s’admire beaucoup. En tout cas, moi, j’ai vraiment la culture québécoise en référence dans ma création.

Je suis fan de beaucoup d’artistes qui viennent d’ici. Pour n’en citer que trois, je dirais Leonard Cohen, Patrick Watson, Klô Pelgag, … Il y a trop d’artistes ! J’ai beaucoup d’admiration pour toute la scène francophone québécoise, donc c’est juste une opportunité de dingue de pouvoir se rencontrer et mélanger nos cultures, nos langues. Franchement, c’est fou d’être si loin des uns des autres et de parler la même langue !

Vanille : Tu es à l’autre bout du monde pratiquement, mais on se comprend. C’est différent, mais on se comprend, c’est vraiment beau. Puis, moi je trouve que c’est toujours mignon d’essayer de faire apprendre des expressions ! On a bien rigolé quand même ! 

Colline Rio : Au début, j’avais du mal à comprendre haha !

Vanille : Comme “maudit cône orange !” 

Colline Rio : Ah oui, c’est vrai ! Hier soir tu m’as appris ça !

LFB : Même au niveau des concerts qui sont prévus, que ce soit ici ou en France, ça va être deux expériences complètement différentes parce que là à Montréal tu es sur un truc en plein air avec beaucoup de monde. Alors qu’en France, vous allez être à la Verrière, c’est dans une salle assise.

Vanille : Là, je ne veux pas te stresser, mais il y aura du monde en salle aussi, parce que on est avant et après des groupes beaucoup aimés, donc, c’est sûr qu’il y aura beaucoup de gens. Avant nous, c’est Marie-Pier Arthur qui est comme une grande légende, puis après nous, c’est Galaxie qui est un groupe aussi culte que tout le monde aime et qui ne joue pas souvent, donc, ça va être plein !

LFB : J’ai une dernière question. Si vous aviez un conseil à donner aux artistes qui sont tentés par la Traversée, qu’est-ce que vous leur diriez ?

Vanille : Je dirais juste, faites-le ! N’hésitez pas ! Parce que moi, j’ai beaucoup appris, ça a vraiment changé des perspectives aussi, j’ai réalisé que les portes pouvaient vraiment plus s’ouvrir que je ne le pensais.

Colline Rio : Je suis complètement d’accord. Il y a ce truc de, faut pas avoir peur, faut y aller, parce qu’en fait, on rencontre des gens et ça, déjà, c’est hyper précieux. C’est une expérience de dingue ! C’est hyper rare de pouvoir se rencontrer comme ça, dans de si bonnes conditions. On a eu le temps de se rencontrer, on a eu le temps de travailler. C’est court, mais c’est quand même suffisant. Et en effet, on apprend plein de choses au-delà de la Traversée, ou dans ce cas, pour soi, en tant qu’artiste. Franchement, moi, ça m’a fait grandir.
Vanille : Moi aussi, ça m’a fait vraiment grandir, c’est fou. Il faut y aller ! Je me sens plus équipée pour la vie, il y a eu un truc très profond qui s’est passé pendant cette semaine. C’est trop bien !

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