ADN : Acide du noyau des cellules vivantes, constituant l’essentiel des chromosomes et porteur de caractères génétiques. Avec ADN, La Face B part à la rencontre des artistes pour leur demander les chansons qui les définissent. Alors qu’elles viennent de dévoiler leur premier EP, Rage Blossom, les filles de Île de Garde nous partagent aujourd’hui leurs influences musicales.

HUGO TSR – La pluie
Choix de Klara (chant et textes)
J’ai beaucoup écouté Hugo TSR pendant la compo des morceaux de Rage Blossom (et je l’écoute toujours beaucoup). J’admire sa précision dans l’écriture, sa capacité à chroniquer son quotidien, celui des classes populaires, et à les mettre en perspective avec les réalités sociales. C’est à la fois une individualité très forte mais aussi très secrète et paradoxalement – pour quelqu’un d’aussi mystérieux – un excellent porte-parole. J’ai choisi ce morceau en particulier parce qu’au niveau des paroles, les thèmes sont « cousins » avec ceux d’Ageless Woman et de Fear The Sun : avenir très assombri, inaction face à la catastrophe à venir, corruption morale généralisée et pourtant invitation à rester droits. Et aussi parce que le morceau est en français, comme Homicide Volontaire qui est ce que l’on a de plus proche pour l’instant d’un morceau de rap et qui dépeint – en version plus fictionnalisée – une scène de fait divers.
MIKE OLDFIELD PART FOUR – North Star / Platinum Finale
Choix de Cécile (synthés)
Mike Oldfield est le compositeur et multi instrumentiste des années 70 le plus fascinant et il est, pour moi, absolument inclassable ! Sa liberté de composition, de narration m’ a toujours fascinée. On passe de morceaux hybrides et volatiles au main theme de L’exorciste, comme s’il n’y avait aucune barrière, de la créativité pure ! On ressent beaucoup, par exemple, le travail qu’il a mené sur la vidéo, dans son approche du son.
LOST SOUNDS – 1+1 = Nothing
Choix de Morgane (batterie)
Quand je suis tombée amoureuse de Jay Reatard, j’ai voulu tout apprendre de lui. En diggant, j’en suis arrivée à découvrir l’une de ses premières formations : les Lost Sounds. Ce qui m’a marquée à l’époque c’est que je n’étais pas habituée à entendre des synthés analos hyper texturés dans le rock, la guitare prenant généralement toute la place. La dimension drama des nappes que ça apportait m’a totalement conquise. Rencontrer Cécile et envisager de faire un groupe où l’instru serait synthé/batterie tout en gardant l’énergie rock était donc possible. James, je t’aime.
SCOUT NIBLETT – Let thine hearts be warmed
Choix collectif
Nous avons découvert Scout Niblett à Bruxelles en 2014. Son chant viscéral – brut, puissant, mêlant cris libérateurs à une vulnérabilité lumineuse – nous a profondément marquées. Probablement autant que sa capacité unique à raconter des histoires avec une authenticité singulière, sans jamais sembler mentir.
À l’époque, nous n’avions jamais entendu une expression féminine aussi audacieuse, bouillonnante, osant incarner des archétypes sombres mais toujours avec un liseré de finesse et d’intelligence qui donne envie de pleurer. Cela a en tout cas beaucoup influencé Klara, lui permettant d’oser une intensité qu’on peut retrouver sur To Death, par exemple.
On attend le retour de Scout en Europe avec plus d’impatience que la plupart des catholiques n’attendent le retour du messie, ahah <3
FEVER RAY – When I Grow Up
Choix collectif
La voix de Karin Dreijer (que l’on a découvert.e grâce à l’époustouflant morceau Marble House qu’iel a composé avec le projet The Knife) traverse les mondes. Sa musique, inquiétante, passionne et envoûte en quelques secondes, tout en étant pourtant très réconfortante. Il y a dans sa musique une âme qui ne ressemble à aucune autre C’est à la fois bouleversant et en même temps lumineux. Son style de composition (mélodies futuristes, basses grondantes, entrelacs vocaux) nous emmène quelque part entre méditations introspectives et projections vaporeuses sur l’avenir. On y plonge en tous cas à chaque fois, les yeux fermés, avec un grand sourire.
Cette personne fait partie, depuis le début, de celles qui nous donnent envie de faire de la musique, et nous lui en sommes profondément reconnaissantes. Un immense merci à iel.